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Poésie

Posts Tagged ‘marteau’

L’ouragan (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
L’ouragan

Rauque le vent mugit, un taureau qu’on égorge!
Tout s’effondre et se brise; au fond du ciel béant
Résonnent les marteaux de quelque horrible forge,
S’effrènent les galops des esprits du néant.

Les corbeaux effarés et battus par l’averse
Tourbillonnent perdus aux creux des noirs sillons
Qui labourent le ciel et que l’éclair traverse
Avec un craquement de verdâtres rayons.

Tout un choeur inconnu semble chanter des stances,
L’ardente Volonté y clame son tourment,
Son éternel désir et ses douleurs intenses
Et l’amour qui promet et la mort qui dément.

Il s’exhale du sol une odeur sulfureuse
Ainsi que d’un trépied, mais l’oracle exilé
N’explique plus l’énigme et la raison la creuse
En vain. – Les dieux sont morts et leur secret scellé.

(Marie Dauguet)

 

 

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Lettre ouverte (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2017




    
Lettre ouverte

Y a-t-il un cerisier qui brûle
Qui brûle à ta porte, qui brûle
Et consume ta porte, qui brûle
Et fond la vitre à la fenêtre
Dis, qu’en est-il

Y a-t-il un silence qui hurle
Qui hurle sur ta langue, qui hurle
Et couvre tes paroles, qui hurle
Et va criant dans le désert
Dis, qu’en est-il

O sombre oiseau perdu dans la chute bleue du soir
Et le rouge marteau de mon sang

Dis-moi, sois avec moi
Dis-moi, y a-t-il
Le cerisier qui brûle
Le silence qui hurle

Oh dis-moi dis-moi

***

Open letter

Is there a cherry tree burning
outside your door burning
burning the door down burning
melting the glass in yor windows
tell me is there

Is there a silence screaming
over your tongue screaming
screaming your words down screaming
crying in the wilderness
tell me is there

Oh dark bird in the blue-falling night
and the red hmmer of my blood

Tell me be with me
tell me is there
the cherry tree burning
the silence screaming

Oh tell me tell me

(Kenneth White)

 

Recueil: En toute candeur
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Les promesses du feu (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



Illustration: Jean-Marie Reynaud
    
Les promesses du feu

Ce fer amour que je forge deux fois,
Va le jeter dans l’extase liquide.
Entends siffler le métal rouge orange
Devenu bleu par morsure de l’eau.

Comme un poumon ce soufflet qui s’anime
Et porte l’air au coeur du brasier.
Un autre fer pour un même cheval
Qui tirera le soc sur les labours.

Un autre, un autre encore pour l’image
De quatre fers, quatre points cardinaux
Qui jailliront comme des étincelles
Pour situer ta présence en ces lieux.

Coups sur l’enclume, un village s’éveille.
Coups sur le fer, une forme apparaît.
Le forgeron sous son cuir a des ailes
Et sur son front des perles de rosée.

Qui les dira ses prouesses cosmiques
Mariant l’air et la terre et le feu ?
Le bras se lève et retombe en cadence
Et le fer chante et chante le marteau.

L’adolescent qui regarde la flamme
Forge sa vie et contemple ce bras
Si musculeux, si noueux qu’il évoque
De vieux exploits enfouis dans l’Histoire.

Et cette odeur de charbon, de matière,
De fer à blanc, de sueur sur la chair
Grise l’instant. Des chapelets de fers
Sur le mur noir attendent leur voyage.

Frères du jour revenons à ces forges
Où fut un homme au visage de feu
Que je revois, présence salvatrice,
Quand le présent m’assaille de sa nuit

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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La faim (Jean l’Anselme)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



La faim

On a beau se dire
que Demain sera beau
et l’Avenir meilleur
si on est boulonneur.
Quand maigre comme un clou
et que le froid vous pince
à vous en faire faire « Aïe ! »
y a de quoi devenir marteau
quand la faim vous tenaille.

(Jean l’Anselme)

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La Raison qui s’obscurcit (Pensées celtiques)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



La Raison qui s’obscurcit

As-tu à présent la Raison qui s’obscurcit?
Trouves-tu difficile à présent de penser clairement ?
La logique te paraît-elle un marteau dans ta tête,
Frappant ton cerveau ramolli jusqu’à le réduire en bouillie ?

Peut-être la vieillesse t’affaiblit-elle l’esprit,
Peut-être ta Raison décline-t-elle avec les années.
Ou peut-être as-tu vu les limites de la logique
Et reconnu le peu de discernement qu’il y a dans la logique ?

Que la vieillesse ou la sagesse en soit la cause,
Fais bon accueil à la confusion de tes pensées.
C’est à partir du chaos que Dieu a créé le monde :
C’est à partir de la confusion que la vérité apparaît.

(Pensées celtiques)

 

 

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Bloc intransigeant (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Illustration
    
Bloc intransigeant
Même réduit en miettes
Nous sommes la vie entière

Sous l’ignoble marteau
Chaque bris rejoint tous les cris
Chaque éclat

Clame l’innocence nue

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Avec Fanon (Maurice Fanon)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Fabienne Contat
    
Avec Fanon

C’est peut-être à coup de châtaigne qu’on devient marron
C’est peut-être à coup de bonbaine qu’on devient neutron
C’est peut-être à coup de canon qu’on se fait un bâton de maréchal
Une veuve joyeuse, une gueule cassée deux étoiles
C’est peut-être en débitant du saucisson qu’on fait fortune dans la chanson
Faudra que j’essaye avec Fanon…

C’est peut-être à petits coups de blanc qu’on devient poivrot
C’est peut-être à petits coup de dents qu’on devient salaud
C’est peut-être à coup de métro qu’on se fait une gueule de parigot
Qui ne pense plus qu’à sa voiture à son frigo
C’est peut-être en montrant le fond de son pantalon
Qu’on fait son trou dans la chanson
Faudra que j’essaye avec Fanon…

C’est peut-être par la calotte qu’on devient païen
C’est peut-être par la culotte qu’on devient putain
C’est peut-être par le calot qu’on devient crétin
par le culot qu’on devient quelqu’un
Qui ne fait rien de ses deux mains
C’est peut-être en chantant mon cul sur la commode

Qu’on se fait une chanson à la mode
Faudra que j’essaye avec Fanon…

C’est peut-être au chapeau qu’on voit l’homme d’affaires
C’est peut-être aux affaires qu’on voit le gangster
C’est peut-être à coup d’oseille qu’on se fait sa place au soleil
A coup de baise-main qu’on se fait un lit à baldaquin
C’est peut-être en marchant sur les mains des copains
Qu’on se fait un nom dans la chanson
Faudra que j’essaye avec Fanon…

C’est peut-être en forgeant qu’on devient forgeron
C’est peut-être en ahanant qu’on devient bûcheron
C’est peut-être en bourlinguant qu’on devient matelot
A coup de faucille qu’on devient marteau,
A coup de marteau qu’on fait le gros dos
C’est peut-être à coup de chansons sans concession
Qu’on fait sa petite révolution chez les rois loups de la chanson
C’est peut-être à cause d’une chanson
Qu’en une nuit comme des champignons
Poussent les amis qui font la rime à mes chansons.

(Maurice Fanon)

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Oses-tu voir une Ame en « Incandescence »? (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017


benoit-extase

Oses-tu voir une Ame en « Incandescence »?
Alors blottis-toi sur le seuil –
Le Rouge – est la teinte commune du Feu –
Mais lorsque le vif Minerai

A surmonté l’épreuve de la Flamme –
Il frémit au sortir de la Forge
Sans autre couleur que la Lumière
Du Brasier non consacré –

Le moindre Village, est fier d’avoir son Forgeron –
Son Enclume dont le son égal
Est le symbole de la Forge plus subtile
Qui sans bruit travaille – au dedans –

Affinant avec Brasier, et Marteau
Ces impatients Minerais
Jusqu’à ce que la Lumière choisie
Répudie la Forge –

(Emily Dickinson)

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IL N’Y A PLUS D’AMOUR (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



 

Olivier Valsecchi  i-0

IL N’Y A PLUS D’AMOUR
(Extraits)

Le ciel est si pur
qu’on s’étonne presque
de ne pas y voir
l’image de l’homme.

Limpide, limpide,
le mauvais miroir
mange qui s’y mire,
et c’est le désert.

Les moins amoureux
en perdent leur ombre.
Une solitude
y met son nuage.

*

Avant le marteau
les portes s’effacent,
et l’on peut entrer
dans chaque maison.

La citerne est sèche,
et sur la terrasse
une mousse blanche
imite la neige.

Poussière… Tes mains,
tes cheveux, ta voix,
n’étaient que poussière
à fermer les yeux.

*

Un soir on oublie
le parler commun
quand montent les murs
d’un coeur étranger.

Avoir si longtemps
rêvé ton visage,
si longtemps dormi
le poids de ton corps,

pour se réveiller
aussi loin des mots
qui prenaient en toi
le sens de ma vie !

(Axel Toursky)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

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Le hareng saur (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Le hareng saur

Il était un grand mur blanc – nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle – haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur – sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains – sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou – pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle – gros, gros, gros.

Alors il monte à l’échelle – haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu – toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc – nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau – qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle – longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur – sec, sec, sec.

Il redescend de l’échelle – haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau – lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s’en va ailleurs – loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur – sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle – longue, longue, longue,
Très lentement se balance – toujours, toujours, toujours.

J’ai composé cette histoire – simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens – graves, graves, graves,
Et amuser les enfants – petits, petits, petits.

(Charles Cros)

Illustration

 

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