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Poésie

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Qui rêve à qui? (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Qui rêve à qui?

Si je dors longtemps à l’ombre
du grand saule droit au bord de l’étang
le rêve de l’arbre entrera dans mon rêve
Mon corps feuillu frémira pour chasser
un pic-vert en train de marteler mon écorce
pendant que je retourne à l’école
en tablier noir afin d’apprendre à lire
et que la maîtresse ressemble à l’infirmière
dont je ne vois que les yeux
derrière le masque bleu
Est-ce le saule qui se rêve écolier dans la classe enfantine?
Est-ce moi qui me fais tronc branches feuilles agitées?
Ou bien la vie vivante qui mélange nos rêves?

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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CONTEMPLATION (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018




    
CONTEMPLATION

Avec une peur ancienne se lamentent ou pleurent les voix.
Des formes fugitives venues pour la cérémonie
où elles arracheront de toi le coeur de ta figure lointaine.

La nuit fulgure au dedans de ton masque.
Elles te percent de croassements,
elles te martèlent d’oiseaux noirs.

Des couleurs ennemies s’unissent dans la tragédie.
Quand nous sommes arrivés au centre de l’obscurité
le bois s’est ouvert.

Les formes épouvantées de la nuit sont mortes
et il n’y a plus eu ni dehors ni dedans.

Elles t’ont précipitée,
tu as disparu le masque à la main.
Et plus rien n’a eu l’air d’un coeur.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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CONTEMPLATION (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




CONTEMPLATION

Les formes épouvantées moururent et il n’y eut plus
ni au-dehors ni au-dedans. Nul n’écoutait l’endroit
car cet endroit n’existait plus.
A seule fin d’écouter les voici qui écoutent l’endroit.
A l’intérieur de ton masque la nuit lance des éclairs.
On te transperce de croassements.
On te martèle avec des oiseaux noirs.
Des couleurs ennemies s’unissent dans la tragédie.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Caspar David Friedrich

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L’ÉCART (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018



 

Aat Verhoog (14)

L’ÉCART

Souvent j’habite mon corps
jusqu’aux creux des aisselles
Je me grave dans ce corps
jusqu’aux limites des doigts
Je déchiffre mon ventre
Je savoure mon souffle
Je navigue dans mes veines
à l’allure du sang

Sur mes pommettes la brise prend appui
Mes mains touchent aux choses
contre ma chair ta chair m’établit

Souvent d’être mon corps
J’ai vécu
Et je vis

Souvent d’un point sans lieu
Ce corps je l’entrevois
martelé par les jours
assailli par le temps

Souvent d’un point sans lieu
J’assourdis mon histoire
De l’avant à l’après
je conjugue l’horizon

Souvent d’un point sans lieu
Ce corps je le distance

Et de cet écart même
en alternance
Je vis.

(Andrée Chedid)

Illustration: Aat Verhoog

 

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Tu fus quelques nuits d’amour en mes bras (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



Tu fus quelques nuits d’amour en mes bras
et beaucoup de vertige, beaucoup d’insurrection
même après tant d’années de mer entre nous
à chaque aube il est dur de ne plus t’aimer

parfois dans la foule surgit l’éclair d’un visage
blanc comme fut naguère le tien dans ma tourmente
autour de moi l’air est plein de trous bourdonnant
peut-être qu’ailleurs passent sur ta chair désolée
pareillement des éboulis de bruits vides
et fleurissent les mêmes brûlures éblouissantes

si j’ai ma part d’incohérence, il n’empêche
que par moments ton absence fait rage
qu’à travers cette absence je me désoleille
par mauvaise affliction et sale vue malade
j’ai un corps en mottes de braise où griffe
un mal fluide de glace vive en ma substance

ces temps difficiles malmènent nos consciences
et le monde file un mauvais coton, et moi
tel le bec du pivert sur l’écorce des arbres
de déraison en désespoir mon cœur s’acharne
et comme, mitraillette, il martèle
ta lumière n’a pas fini de m’atteindre
ce jour-là, ma nouvellement oubliée
je reprendrai haut bord et destin de poursuivre
en une femme aimée pour elle à cause de toi

(Gaston Miron)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Illustration

 

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Chuchotements (Kettly Mars)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Francis Picabia -   (3)

Chuchotements

je n’ai rien à vous dire
voulez-vous m’aimer?

je n’ai rien à vous dire
et si on se faisait plaisir?
caresses au crépuscule
gémissements de brise
extases musquées
et si on s’aimait d’amours fulgurantes?

*

même les carreaux ont eu froid
sur le sol que martelaient nos pas
entre deux battements de sang
dorment des frissons

ce qui meurt
renaît à chaque instant
l’éternité est le silence
entre deux battements de vie

*

entre deux soleils
refaire tous les chemins
traverser tes pôles
en passant par ton milieu
m’enfouir dans ton extrême

je t’aperçois
entre deux battements de cils
étendard au vent
dans la poussière des piaffements
les hennissements de ton sang
je te fais de grands signes
le vent ramène nos histoires parallèles

(Kettly Mars)

Illustration: Francis Picabia

 

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Terre aimée (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Terre aimée

Jamais nous ne saurons nous satisfaire des chemins que
martèle le pas de décembre !
Notre enfance, nous ayant quittés, nous laissa cependant
l’amitié de son ombre.
La mouette, effleurant nos ravages, conjure l’image du
bourreau, rétablissant ainsi la tendre incertitude.

Qu’elle gronde la menace ! Qu’elle se plante en nous !
Nos vies surgiront de cette halte soudaine,
toujours plus éprises du grand soleil perdu.
Légers ou noirs, les jeux s’oublient.
Seule demeure l’eau jaillissante accordée aux saisons ;
Et de cette eau, même la douleur est saine.

Il est temps de croire.
Temps d’accepter notre terre trop concise.
Temps de se tourner, sans oraison,
vers le coeur qui nous réserve tout.

(Andrée Chedid)

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Un couvreur perdu (Alain Lance)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018




    
Un couvreur perdu parmi les gros pigeons
Parmi les fientes et les plumes courtes
Un homme jeune
Accroupi
Martèle le zinc
Rajoute des coups
Pour la rage

Et tout le quartier résonne comme une méchante boîte.

(Alain Lance)

 

Recueil: Temps criblé
Editions: Obsidiane et le temps qu’il fait

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TERRE AIMÉE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



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TERRE AIMÉE

Jamais nous ne saurons nous satisfaire des chemins que martèle
le pas de décembre !
Notre enfance nous ayant quittés nous laissa cependant l’amitié
de son ombre.
La mouette, effleurant nos ravages, conjure l’image du bourreau,
rétablissant ainsi la tendre incertitude.

Qu’elle gronde la menace ! Qu’elle se plante en nous !
Nos vies surgiront de cette halte, toujours plus éprises du grand
soleil perdu.
Légers ou noirs, les jeux s’oublient.
Seule demeure l’eau jaillissante accordée aux saisons ;
Et de cette eau, même la douleur est saine.

Il est temps de croire.
Temps d’accepter notre terre trop concise.
Temps de se tourner, sans oraison, vers le coeur qui nous réserve
tout.

(Andrée Chedid)

Illustration: Kris Galli

 

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AURORE (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



 

AURORE

LES chants d’oiseaux en extase martèlent
la profonde étendue du ciel
avec de métalliques tintements —
font monter de la couleur
à l’horizon lointain, — la frappent et La frappent
avec une ardeur triomphante —
la mélangent à la chaleur,
avivent en elle une métamorphose qui s’étend —
éclatant sauvagement comme s’il
écartelait l’horizon, un lourd soleil
se lève — s’est levé —
peu à peu sur la crête
des choses, — court enfin librement
à ciel ouvert — ! d’une lourde démarche
en plein essor glorifié —
les chants ont cessé.

***

DAWN

ECSTATIC bird songs pound
the hollow vastness of the sky
with metallic clinkings —
beating color up into it
at a far edge, — beating it, beating it
with rising, triumphant ardor, —
stirring it into warmth,
quickening in it a spreading change, —
bursting wildly against it as
dividing the horizon, a heavy sun
lifts himself — is lifted —
bit by bit above the edge
of things, — runs free at last
out into the open — ! lumbering
glorified in full release upward —
songs cease.

(William Carlos Williams)

Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy-Trioson

 

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