Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘martyr’

Cris d’aveugle (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019



 

Jules Bastien Lepage -

Cris d’aveugle

L’oeil tué n’est pas mort
Un coin le fend encor
Encloué je suis sans cercueil
On m’a planté le clou dans l’oeil
L’oeil cloué n’est pas mort
Et le coin entre encor

Deus misericors
Deus misericors
Le marteau bat ma tête en bois
Le marteau qui ferra la croix
Deus misericors
Deus misericors

Les oiseaux croque-morts
Ont donc peur à mon corps
Mon Golgotha n’est pas fini
Lamma lamna sabacthani
Colombes de la Mort
Soiffez après mon corps

Rouge comme un sabord
La plaie est sur le bord
Comme la gencive bavant
D’une vieille qui rit sans dent
La plaie est sur le bord
Rouge comme un sabord

Je vois des cercles d’or
Le soleil blanc me mord
J’ai deux trous percés par un fer
Rougi dans la forge d’enfer
Je vois un cercle d’or
Le feu d’en haut me mord

Dans la moelle se tord
Une larme qui sort
Je vois dedans le paradis
Miserere, De profundis
Dans mon crâne se tord
Du soufre en pleur qui sort

Bienheureux le bon mort
Le mort sauvé qui dort
Heureux les martyrs, les élus
Avec la Vierge et son Jésus
O bienheureux le mort
Le mort jugé qui dort

Un Chevalier dehors
Repose sans remords
Dans le cimetière bénit
Dans sa sieste de granit
L’homme en pierre dehors
A deux yeux sans remords

Ho je vous sens encor
Landes jaunes d’Armor
Je sens mon rosaire à mes doigts
Et le Christ en os sur le bois
A toi je baye encor
O ciel défunt d’Armor

Pardon de prier fort
Seigneur si c’est le sort
Mes yeux, deux bénitiers ardents
Le diable a mis ses doigts dedans
Pardon de crier fort
Seigneur contre le sort

J’entends le vent du nord
Qui bugle comme un cor
C’est l’hallali des trépassés
J’aboie après mon tour assez
J’entends le vent du nord
J’entends le glas du cor

(Tristan Corbière)

Illustration: Jules Bastien Lepage

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Orgueil d’aimer (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019



 

Samy Charnine

Orgueil d’aimer

Hélas ! la chimère s’envole
Et l’espoir ne m’est plus permis ;
Mais je défends qu’on me console.

Ne me plaignez pas, mes amis.
J’aime ma peine intérieure
Et l’accepte d’un coeur soumis.

Ma part est encor la meilleure,
Puisque mon amour m’est resté ;
Ne me plaignez pas si j’en pleure.

A votre lampe, aux soirs d’été,
Les papillons couleur de soufre
Meurent pour avoir palpité ;

Ainsi mon amour, comme un gouffre,
M’entraîne, et je vais m’engloutir ;
Ne me plaignez pas si j’en souffre.

Car je ne puis me repentir,
Et dans la torture subie
J’ai la volupté du martyr ;

Et s’il faut y laisser ma vie,
Cc sera sans lâches clameurs.
J’aime ! j’aime ! et veux qu’on m’envie !

Ne me plaignez pas si j’en meurs.

(François Coppée)

Illustration: Samy Charnine

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le coucher d’un petit garçon (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



 Franz Von Defregger

Le coucher d’un petit garçon

Couchez-vous, petit Paul ! Il pleut. C’est nuit : c’est l’heure.
Les loups sont au rempart. Le chien vient d’aboyer.
La cloche a dit : « Dormez ! » et l’ange gardien pleure,
Quand les enfants si tard font du bruit au foyer.

« Je ne veux pas toujours aller dormir ; et j’aime
A faire étinceler mon sabre au feu du soir ;
Et je tuerai les loups ! Je les tuerai moi-même ! »
Et le petit méchant, tout nu ! vint se rasseoir.

Où sommes-nous ? mon Dieu ! donnez-nous patience ;
Et surtout soyez Dieu ! Soyez lent à punir :
L’âme qui vient d’éclore a si peu de science !
Attendez sa raison, mon Dieu ! dans l’avenir.

L’oiseau qui brise l’oeuf est moins près de la terre,
Il vous obéit mieux : au coucher du soleil,
Un par un descendus dans l’arbre solitaire,
Sous le rideau qui tremble ils plongent leur sommeil.

Au colombier fermé nul pigeon ne roucoule ;
Sous le cygne endormi l’eau du lac bleu s’écoule,
Paul ! trois fois la couveuse a compté ses enfants ;
Son aile les enferme ; et moi, je vous défends !

La lune qui s’enfuit, toute pâle et fâchée,
Dit : « Quel est cet enfant qui ne dort pas encor ? »
Sous son lit de nuage elle est déjà couchée ;
Au fond d’un cercle noir la voilà qui s’endort.

Le petit mendiant, perdu seul à cette heure,
Rôdant avec ses pieds las et froids, doux martyrs !
Dans la rue isolée où sa misère pleure,
Mon Dieu ! qu’il aimerait un lit pour s’y blottir ! »

Et Paul, qui regardait encore sa belle épée,
Se coucha doucement en pliant ses habits :
Et sa mère bientôt ne fut plus occupée
Qu’à baiser ses yeux clos par un ange assoupi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Franz Von Defregger

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SANS NOUS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



 

Léon Comerre_Deluge

SANS NOUS

Que serait la terre sans nous
Anonyme, inexistante déserte.

Et le ciel que serait-il sans nous.
Forme sans lumière et sans voix
Pour le nommer, sans éternité.

Et Dieu que serait-il donc,
Une chose sans nom et sans éclat.
Quelle chair prendrait-il pour apparaître
Sans chair sur la terre, quel visage
Sans le visage humain,
Sans l’habit humain et la forme.
Quelle gifle et quel sang, quel martyr
Sans le martyr humain :
« Ecce homo, ecce Deus… »
Sans la mort humaine,
Sans enterrement et lamentation — sans résurrection

Sans nous la mort que serait-elle.

(Georges Themelis)

Illustration: Léon Comerre

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sans Mots Dire (Virginie Greiner)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



Illustration: Olivier G. Boiscommun
    
Sans Mots Dire

Tel un martyr, tu gis dans mes draps, Ies bras en croix.
Toucher, caresser, lécher, sucer…
Tout ce qui peut te contenter serait aisé
Si l’on pouvait oublier que ce péché si décrié
N’existe qu’en vue de te troubler!
Et que c’est juste de l’amour!
Tout court!

(Virginie Greiner)

 

Recueil: EN MÂLES DE NUS
Traduction:
Editions: Attakus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’irréparable (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Salvador Dali La-Main-Les-Remords-de-conscience-Salvador-Dali [800x600]

L’irréparable

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s’agite et se tortille,
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille ?
Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords ?

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi ?
Dans quel philtre ? – dans quel vin ? – dans quelle tisane ?

Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,
A cet esprit comblé d’angoisse
Et pareil au mourant qu’écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
Dis-le, belle sorcière, oh ! dis, si tu le sais,

A cet agonisant que le loup déjà flaire
Et que surveille le corbeau,
A ce soldat brisé ! s’il faut qu’il désespère
D’avoir sa croix et son tombeau ;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire !

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres ?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?

L’Espérance qui brille aux carreaux de l’Auberge
Est soufflée, est morte à jamais !
Sans lune et sans rayons, trouver où l’on héberge
Les martyrs d’un chemin mauvais !
Le Diable a tout éteint aux carreaux de l’Auberge !

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?
Dis, connais-tu l’irrémissible ?
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
A qui notre coeur sert de cible ?
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés ?

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite
Notre âme, piteux monument,
Et souvent il attaque, ainsi que le termite,
Par la base le bâtiment.
L’Irréparable ronge avec sa dent maudite !

– J’ai vu parfois, au fond d’un théâtre banal
Qu’enflammait l’orchestre sonore,
Une fée allumer dans un ciel infernal
Une miraculeuse aurore ;
J’ai vu parfois au fond d’un théâtre banal

Un être, qui n’était que lumière, or et gaze,
Terrasser l’énorme Satan ;
Mais mon coeur, que jamais ne visite l’extase,
Est un théâtre où l’on attend
Toujours, toujours en vain, l’Être aux ailes de gaze !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Salvador Dali

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au passant d’un soir (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



Erik Johansson 2c_orig [1280x768]

Au passant d’un soir

Dites, quel est le pas
Des mille pas qui vont et passent
Sur les grand’routes de l’espace,
Dites, quel est le pas
Qui doucement, un soir, devant ma porte basse
S’arrêtera ?

Elle est humble, ma porte,
Et pauvre, ma maison.
Mais ces choses n’importent.

Je regarde rentrer chez moi tout l’horizon
A chaque heure du jour, en ouvrant ma fenêtre ;
Et la lumière et l’ombre et le vent des saisons
Sont la joie et la force et l’élan de mon être.

Si je n’ai plus en moi cette angoisse de Dieu
Qui fit mourir les saints et les martyrs dans Rome,
Mon coeur, qui n’a changé que de liens et de voeux,
Eprouve en lui l’amour et l’angoisse de l’homme.

Dites, quel est le pas
Des mille pas qui vont et passent
Sur les grand’routes de l’espace,
Dites, quel est le pas
Qui doucement, un soir, devant ma porte basse
S’arrêtera ?

Je saisirai les mains, dans mes deux mains tendues,
A cet homme qui s’en viendra
Du bout du monde, avec son pas ;
Et devant l’ombre et ses cent flammes suspendues
Là-haut, au firmament,

Nous nous tairons longtemps
Laissant agir le bienveillant silence
Pour apaiser l’émoi et la double cadence
De nos deux coeurs battants.

Il n’importe d’où qu’il me vienne
S’il est quelqu’un qui aime et croit
Et qu’il élève et qu’il soutienne
La même ardeur qui monte en moi.

Alors combien tous deux nous serons émus d’être
Ardents et fraternels, l’un pour l’autre, soudain,
Et combien nos deux coeurs seront fiers d’être humains
Et clairs et confiants sans encor se connaître !

On se dira sa vie avec le désir fou
D’être sincère et d’être vrai jusqu’au fond de son âme,
De confondre en un flux : erreurs, pardons et blâmes,
Et de pleurer ensemble en ployant les genoux.

Oh ! Belle et brusque joie ! Oh ! Rare et âpre ivresse !
Oh ! Partage de force et d’audace et d’émoi,
Oh ! Regards descendus jusques au fond de soi
Qui remontez chargés d’une immense tendresse,
Vous unirez si bien notre double ferveur
D’hommes qui, tout à coup, sont exaltés d’eux-mêmes
Que vous soulèverez jusques au plan suprême
Leur amour pathétique et leur total bonheur !

Et maintenant
Que nous voici à la fenêtre
Devant le firmament,
Ayant appris à nous connaître
Et nous aimant,
Nous regardons, dites, avec quelle attirance,
L’univers qui nous parle à travers son silence.

Nous l’entendons aussi se confesser à nous
Avec ses astres et ses forêts et ses montagnes
Et sa brise qui va et vient par les campagnes
Frôler en même temps et la rose et le houx.

Nous écoutons jaser la source à travers l’herbe
Et les souples rameaux chanter autour des fleurs ;
Nous comprenons leur hymne et surprenons leur verbe
Et notre amour s’emplit de nouvelles ardeurs.

Nous nous changeons l’un l’autre, à nous sentir ensemble
Vivre et brûler d’un feu intensément humain,
Et dans notre être où l’avenir espère et tremble,
Nous ébauchons le coeur de l’homme de demain.

Dites, quel est le pas
Des mille pas qui vont et passent
Sur les grand’routes de l’espace,
Dites, quel est le pas
Qui doucement, un soir, devant ma porte
S’arrêtera ?

(Emile Verhaeren)

Illustration: Erik Johansson

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Fiat nox (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Leon Spilliaert-Young man with red scarf-1908

Fiat nox

L’universelle mort ressemble au flux marin
Tranquille ou furieux, n’ayant hâte ni trêve,
Qui s’enfle, gronde, roule et va de grève en grève,
Et sur les hauts rochers passe soir et matin.

Si la félicité de ce vain monde est brève,
Si le jour de l’angoisse est un siècle sans fin,
Quand notre pied trébuche à ce gouffre divin,
L’angoisse et le bonheur sont le rêve d’un rêve.

Ô coeur de l’homme, ô toi, misérable martyr,
Que dévore l’amour et que ronge la haine,
Toi qui veux être libre et qui baises ta chaîne !

Regarde ! Le flot monte et vient pour t’engloutir !
Ton enfer va s’éteindre, et la noire marée
Va le verser l’oubli de son ombre sacrée.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Leon Spilliaert

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES LITANIES DE LA SOLITUDE (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018




LES LITANIES DE LA SOLITUDE

O fille de l’orgueil et mère de la force,
Maitresse-vierge dont la voix est le silence,

O Palais des miroirs où se confronte l’âme,
Tour d’ivoire où les nuits même sont translucides,

Trône de la sagesse, Arche où font alliance
Les souvenirs fanés et les espoirs vivaces,

Etoile des matins et des molles vesprées
Qui luis, guidant cerveaux et coeurs comme des voiles,

Porte du ciel promis aux prunelles voyantes,
Firmament constellé des désirs et des rêves,

Vase spirituel et cassolette ardente
Où brûlent les parfums des plus rares pensées,

Rose mystique ouverte aux âmes idéales,
Grenade mûre offerte aux chairs passionnelles,

Festin où les esprits prédestinés s’enivrent
Jusqu’à trouver toute clarté dans leur ivresse,

Manne apaisante aux faims de Jésus et d’Orphée,
Vin qui fais les héros, Pain qui nourris les vierges,

Refuge des pécheurs, douce Consolatrice
Des affligés, Salut des infirmes, Viatique

Pour les marcheurs lassés par nos époques lourdes,
Fleuve d’oubli où les oublis mêmes s’oublient,

Soleil sur les glaciers de nos amours défuntes,
Pluie d’or sur les déserts de nos amitiés mortes,

Reine des saints et des martyrs et des poètes,
Reine des vraiment rois, reine des vraiment reines,

O Colombe, ô Vautour, inlassable couveuse
Des germes du génie humain et de ses fièvres,

Toi, la seule par qui les hommes
Trouvent l’entendement des célestes silences,

Accueille-nous, accueille-nous, ô Solitude !

(Pascal Bonetti)

Illustration: Tatiana Yushmanova

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ST PIERRE MARTYR (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2018



Illustration:  Fra Angelico
    
ST PIERRE MARTYR
(San Marco)

II a posé un doigt sur ses lèvres :
Il faut se taire. Au-dehors
Les arbres continuent de trembler dans la brise.
Et l’oiseau sur le mur, par la fenêtre
De lumière, ouvre un oeil sage
Couleur de raisin noir. De l’autre main
Il tient l’écritoire et la plume. La nuit
Chaude descend sur ses épaules. Derrière,
Le mur est comme l’âme dépouillée, terne et nue.
Alors commence la lumière.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :