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Posts Tagged ‘martyre’

Rescousse (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



 

David Alfaro Siqueiros hart-crane-1931

Rescousse

Si ma guitare
Que je répare,
Trois fois barbare :
Kriss indien,

Cric de supplice,
Bois de justice,
Boîte à malice,
Ne fait pas bien…

Si ma voix pire
Ne peut te dire
Mon doux martyre…
– Métier de chien ! –

Si mon cigare,
Viatique et phare,
Point ne t’égare ;
– Feu de brûler…

Si ma menace,
Trombe qui passe,
Manque de grâce;
– Muet de hurler…

Si de mon âme
La mer en flamme
N’a pas de lame ;
– Cuit de geler…

Vais m’en aller !

(Tristan Corbière)

Illustration: David Alfaro Siqueiros

 

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L’âpre fureur de mon mal véhément (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2019



 

 

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L’âpre fureur de mon mal véhément
Si hors de moi m’étrange et me retire
Que je ne sais si c’est moi qui soupire,
Ni sous quel ciel m’a jeté mon tourment.

Suis-je mort ? Non, j’ai trop de sentiment,
Je suis trop vif et passible au martyre.
Suis-je vivant ? Las ! je ne le puis dire,
Loin de vos yeux par qui j’ai mouvement !

Serait-ce un feu qui me brûle ainsi l’âme ?
Ce n’est point feu : j’eusse éteint toute flamme
Par le torrent que mon deuil rend si fort.

Comment, Belleau, faut-il que je l’appelle ?
Ce n’est point feu que ma peine cruelle,
Ce n’est point vie, et si ce n’est point mort.

(Philippe Desportes)

Illustration: Robert Liberace

 

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LE MARTYRE DE SAINTE EULALIE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019



 

MARTYRE DE SAINTE EULALIE

 

LE MARTYRE DE SAINTE EULALIE

PANORAMA DE MERIDA

Dans la rue court et bondit
Un cheval à la queue longue
Tandis que jouent où sommeillent
Quelques vieux soldats de Rome.
Une futaie de Minerves
Ouvre mille bras sans feuilles.
De l’eau suspendue redore
Les arêtes de rochers.
Une nuit faite de torses,
D’étoiles au nez cassé,
Attend les fentes de l’aube
Pour s’écrouler toute entière.
De temps à autre résonnent
Des jurons à crête rouge.
Les soupirs de l’enfant sainte
brisent le cristal des coupes.
La roue aiguise ses lames
et ses crochets suraigus.
Le taureau des forges brame
Et Mérida se couronne
De nards presque réveillés
et de mûres sur leurs tiges.

LE MARTYRE

Voici Flore nue qui monte
De petits escaliers d’eau. .
Le Consul veut un plateau
Pour les deux seins d’Eulalie.
De la gorge de la sainte
Sort un jet de veines vertes.
Son sexe tremble, embrouillé
Comme un oiseau dans les ronces
Sur le sol, déjà sans norme,
Sautent ses deux mains coupées
Pouvant encore se .croiser
Dans une prière ténue,
Ténue mais décapitée.
Et par les trous purpurins
Où naguère étaient ses seins
On voit des ciels tout petits
Ét des ruisseaux de lait blanc.
Mille petits arbres de sang
Opposent leurs troncs humides
Aux mille bistouris du feu.
De jaunes centurions,
Chair grise ayant mal dormi,
Vont au ciel entrechoquant
Leurs armures en argent.
Pendant que vibre confuse
Une passion de crinières
Et d’épées longues et courtes
Le Consul sur son plateau
Tient les seins fumés d’Eulalie.

ENFER ET GLOIRE

La neige ondulée repose.
Éulalie pend à son arbre.
Sa nudité de charbon
Charbonne les airs glacés.
La nuit tendre brille haut.
Eulalie morte dans l’arbre.
Tous les encriers des villes
Versent l’encre doucement.
Noirs mannequins de tailleurs
Vous couvrez la neige au loin.
Vos longues files gémissent
Un silence mutilé.
La neige vient à tomber.
Eulalie blanche dans l’arbre.
Des escadrons de nickel
Joignent à son flanc leurs lances.
On voit luire un ostensoir
Sur un fond de ciels brûlés
Entre des gorges d’eau douce,
Des bouquets de rossignols.
Sautez, vitres de couleurs !
Eulalie blanche sur neiges.
Des anges, des séraphins
Disent : Sainte, sainte, sainte.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Bernardo Martorell

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Pour vos beaux yeux qui me vont consumant (Vincent Voiture)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Loetitia Pillault_372_p

Pour vos beaux yeux qui me vont consumant,
L’Amour n’a point de peine et de tourment,
De feu cuisant, ny de cruel martyre,
Que de bon coeur je ne voulusse élire,
Et qu’on ne doive endurer doucement.

Tout l’Univers n’a rien de si charmant,
Et s’il estoit sous mon commandement,
Je quitterois volontiers son empire
Pour vos beaux yeux.

Toute la cour vous sert également ;
Mais quant à moy, si je vous vais aimant,
Ne croyez pas que par là je desire
Cette faveur où tout le monde aspire
Car je vous ayme et vous sers seulement
Pour vos beaux yeux.

(Vincent Voiture)

Illustration: Loetitia Pillault

 

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Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous (André Mage de Fiefmelin)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Ce Monde, comme on dit, est une cage à fous,
Où la guerre, la paix, l’amour, la haine, l’ire,
La liesse, l’ennui, le plaisir, le martyre
Se suivent tour à tour et se jouent de nous.

Ce Monde est un théâtre où nous nous jouons tous
Sous habits déguisés à malfaire et médire.
L’un commande en tyran, l’autre, humble, au joug soupire ;
L’un est bas, l’autre haut, l’un jugé, l’autre absous.

Qui s’éplore, qui vit, qui joue, qui se peine,
Qui surveille, qui dort, qui danse, qui se gêne
Voyant le riche soûl et le pauvre jeûnant.

Bref, ce n’est qu’une farce, ou simple comédie
Dont, la fin des joueurs la Parque couronnant,
Change la catastrophe en triste tragédie.

(André Mage de Fiefmelin)

 

 

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Deuxième anniversaire (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018




    
Deuxième anniversaire

Non, je n’ai pas pleuré toutes mes larmes
Elles se sont amassées en moi.
Depuis longtemps mes yeux n’en ont plus,
N’en ont plus aucune, et je vois le monde.

Plus rien ne m’étouffe, aucune torture,
Douleur de l’offense, ou de l’absence.
Leur sel, qui brûle tout, s’est glissé
Dans mon sang. Tout est lucide et sec.

J’ai l’impression qu’en quarante et un,
C’était, je crois, le premier jour de juin,
Est apparue, comme sur une soie
Froissée, ton ombre de martyre.

Partout encore s’imprimait le sceau
Des grands malheurs, des récentes menaces.
Et j’ai aperçu ma ville à travers
L’arc-en-ciel des larmes dernières.

(Anna Akhmatova)

 

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Le Désir (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



 

Arthur Braginsky   abab014xl

Le Désir

Celuy n’est pas heureux qui n’a ce qu’il desire,
Mais bien-heureux celuy qui ne desire pas
Ce qu’il n’a point : l’un sert de gracieux appas
Pour le contentement et l’autre est un martyre.

Desirer est tourment qui bruslant nous altere
Et met en passion ; donc ne desirer rien
Hors de nostre pouvoir, vivre content du sien
Ores qu’il fust petit, c’est fortune prospere.

Le Desir d’en avoir pousse la nef en proye
Du corsaire, des flots, des roches et des vents
Le Desir importun aux petits d’estre grands,
Hors du commun sentier bien souvent les dévoye.

L’un poussé de l’honneur par flateuse industrie
Desire ambitieux sa fortune avancer;
L’autre se voyant pauvre à fin d’en amasser
Trahist son Dieu, son Roy, son sang et sa patrie.

L’un pippé du Desir, seulement pour l’envie
Qu’il a de se gorger de quelque faux plaisir,
Enfin ne gaigne rien qu’un fascheux desplaisir,
Perdant son heur, son temps, et bien souvent la vie.

L’un pour se faire grand et redorer l’image
A sa triste fortune, espoind de ceste ardeur,
Souspire apres un vent qui le plonge en erreur,
Car le Desir n’est rien qu’un perilleux orage.

L’autre esclave d’Amour, desirant l’avantage
Qu’on espere en tirer, n’embrassant que le vent,
Loyer de ses travaux, est payé bien souvent
D’un refus, d’un dédain et d’un mauvais visage.

L’un plein d’ambition, desireux de parestre
Favori de son Roy, recherchant son bon-heur,
Avançant sa fortune, avance son malheur,
Pour avoir trop sondé le secret de son maistre.

Desirer est un mal, qui vain nous ensorcelle;
C’est heur que de jouir, et non pas d’esperer :
Embrasser l’incertain, et tousjours desirer
Est une passion qui nous met en cervelle.

Bref le Desir n’est rien qu’ombre et que pur mensonge,
Qui travaille nos sens d’un charme ambitieux,
Nous déguisant le faux pour le vray, qui nos yeux
Va trompant tout ainsi que l’image d’un songe.

(Rémy Belleau)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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Marais salants (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2018



 

Marais salants

Terre aride
et sèche
pleine de crevasses

Terre désséchée
terre altérée
terre assoiffée

Terre gorgée de sel
tu souffres le martyre
sous ce soleil de plomb

Tu saignes
terre à chardons
et à coquelicots

(Paul Louis Rossi)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Les fusillés de Chateaubriant (René-Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017


Les fusillés de Chateaubriant

Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d’étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d’amour
11s n’ont pas de recommandations à se faire
Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus
L’un d’eux pense à un petit village
Où il allait à l’école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-dessus de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé 1à ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n’entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu’ils ne sont pas des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque la liberté se survit.

(René-Guy Cadou)

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BIEN QU’UN CRUEL MARTIRE (Pierre Guédron)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



Illustration: Annette Poupard
    
BIEN QU’UN CRUEL MARTIRE

Bien qu’un cruel martire me rende languissant
Et que plus je soupire, plus mon mal va croissant.
La cause en est si belle, que soufrant le trespas
Cent fois pour elle, Je ne m’en plaindrois pas.

Tout les maux dont se trouve mon esprit agité
Ne servent que de preuve à ma fdélité
Dont la cause en est si belle, que soufrant le trespas
Cent fois pour elle, Je ne m’en plaindrois pas.

J’ai cela d’avantage sur les autres amants
Que jamais mon courage ne s’étonne aux tourments
Car la cause est si belle, que soufrant le trespas
Cent fois pour elle, Je ne m’en plaindrois pas.

Je ne crains leurs supplices Plustot je les chéris
Et les tiens pour délices les souffrant pour Cloris,
Cloris qu’on voit si belle, que soufrant le trespas
Cent fois pour elle, Je ne m’en plaindrois pas.

***

Even though a cruel martyrdom makes me listless
And the more I breathe, the greater my ill.
The cause of it is so lovely that were I to suffer death
A hundred times for her, I should not complain.

All the ills by which my mind is perturbed
Serve only as proof of my faithfulness.
The cause of it is so lovely that suffering death
A hundred times for her, I should not complain.

I have this advantage over other lovers:
My courage is never astonished by torments.
The cause of it is so lovely that suffering death
A hundred times for her, I should not complain.

I fear not their torture; rather, I cherish it
And view it as a delight, suffering it for Cloris,
Cloris, seen so beautiful that suffering death
A hundred times for her, I should not complain.

***

Auch wenn ein grausam‘ Marter mich gar sehr sehnen lässt,
Und je mehr ich seufze, desto stärker noch mein Elend,
Doch ist der Grund dafür so schön,
Dass, sollt ich hundertmal verscheiden
Für sie, ich gar nicht klagen tät’.

All‘ Übel, die meinen Geist aufwühl‘n,
Sind nichts als Probe meiner Treu‘,
Für die der Grund so schön,
Dass, sollt ich hundertmal verscheiden
Für sie, ich gar nicht klagen würd’.

Mein Vorzug ist‘s, vor andren Liebsten,
Dass niemals nicht mein Mut vor einer Qual erbebt,
Denn’s ist der Grund dafür so schön,
Dass, sollt ich hundertmal verscheiden
Für sie, ich gar nicht klagen tät’.

Ich fürcht‘ nicht ihre Qualen, vielmehr ich hoch sie schätz‘,
Und sind sie gar für Chloris, so sind mir sind sie Ergetz‘!
Chloris, die Allerschönste,
Dass, sollt ich hundertmal verscheiden
Für sie, ich gar nicht klagen tät’.

(Pierre Guédron)

 

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