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Posts Tagged ‘massacre’

COLLOQUE DE SOURDS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
COLLOQUE DE SOURDS

Je sortirai de moi-même. Oui
je partirai. Je porterai secours.
Je me sacrifierai.

Si tu choisis (même le bien,
même la paix) tu engendres le
massacre.

Vois ce visage de femme
Écoute la musique Réjouis-toi
des couleurs !

La mort est dans nos racines ;
sans elle, rien ne vit.

J’aime la vérité. J’irai au bout
du vrai.

Es-tu bien sûr de toi?
Une goutte de mensonge au
fond du verre et toute l’eau est
empoisonnée.

Pourtant j’exerce la parole :
elle est mouvement pur, par elle
je m’envole.

L’univers est sourd, aveugle,
muet. Son silence est intradui-
sible.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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ARRIVE QUI PLANTE (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



ARRIVE QUI PLANTE

Epique, aigre, de petit bois et sur les dents
Cette époque écoute le fracas des naufrages
Les marées têtues de la fièvre.

Elle grandit au milieu des statues,
Elle enfante des spectres et des machines.

Son âme, pour ne pas rouiller, est peinte au minium,
C’est la couleur du sang,
Du sang magique et secret qui bat sans fin
Dans les artères aveugles et soudées.

Les bivouacs ont peur de fermer l’oeil
Dans les avoines gorgées de nuit
Et les hommes pour gagner le ciel
Amarrent les cathédrales égarées dans ce siècle.

C’est l’heure où l’haleine des prairies
Entre dans les chambres des jeunes filles
Et souffle sur les braises du désir.

Avec tout cet acier qui se fabrique chaque nuit,
Avec ses terreurs, ses sortilèges, ses massacres,
Cette époque, je vous la laisse
Pour les maigres fleurs rousses des champs.

(Albert Ayguesparse)

 

 

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TRAGIQUE DU TEMPS (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018




TRAGIQUE DU TEMPS

La porte si forte des prisons
le vent passe dessous quand même
parfois aussi un pâle soleil
en un vieux temps nuance les plis
d’une robe de bourreau.
Dans un bourg de vacances
commence à jouer une harmonie
tandis qu’ayant posé sa houe
assis un journalier contemple
les exécutants pacifiques
voués au massacre
dans l’année
disant croire à leurs âmes éternelles
à leurs corps ressuscitant.

(Jean Follain)

Illustration: Maurice Denis

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Au bois joli (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



Au bois joli

L’arbre ne va pas à l’école
L’arbre ne va pas à la guerre
L’arbre se plaît là où il est
L’arbre ne fait pas de tourisme
L’arbre ne va pas au travail
L’arbre ne prend pas de vacances
Il accepte le temps qu’il fait
L’arbre prend le temps comme il vient
Et l’arbre ne se plaint de rien.

L’arbre monte à la lumière et creuse vers l’antipode.
Ni maître, ni disciple, ni patron, c’est l’arbre.
Arbre appelle oiseau, nid, hamac, écureuil.
L’automne le décoiffe, il se découvre même pour saluer
l’hiver.

On s’imagine qu’il a élu là sa racine de toute éternité.
On pense toujours qu’il ne passera pas l’hiver.
Mais il n’empêche, c’est lui qui nous enterre.
L’arbre, il lui faut un siècle pour se faire.
Au bipède déprédateur, il suffit d’une minute pour
l’assassiner, d’un déjeuner d’affaires, d’un conseil
d’administration pour organiser le massacre des arbres.
Si les hommes savaient comme il s’en moque, l’arbre !
Lui qui fera de l’ombre sur leurs marbres.

L’arbre ne fait pas le mal, l’arbre ne fait pas d’argent,
l’arbre ne fait pas d’histoire, l’arbre ignore la colère,
la fatigue, le sommeil.
Flammèches chlorophyliennes, éphéméride végétal,
confident du temps.
Philosophie de son mutisme, lui le télépathe du ciel, le
vigilant guetteur des vents.

Arbre mon ami, arbre au coeur secret, mon voisin discret,
il faut te couper pour savoir ton âge.
Arbre du cercueil, ta sève vaut notre sang.
L’arbre est innocent.
Même si l’animal vertical l’a destiné aux bois de justice,
aux croix, aux poteaux d’exécution, aux gibets, aux pals,
aux garrots, aux cages, aux clôtures, aux piloris, aux
crosses, aux échafauds, aux miradors, aux palissades,
aux bâtons, aux triques, aux baguettes de tambour, aux
matraques, aux carcans.

Ô la tristesse des feux de joie !
L’arbre est éponge, humus, poumon, calendrier, livre,
ombre et lyre.
L’arbre habille le globe de sa robe oxygène.
L’arbre c’est la paix, la fidélité, froufrou du silence, un
bloc de patience, la stabilité, le gnomon des jours.
L’arbre fait la vie.
Et l’arbre sait se taire.

L’arbre
libre.

(Bernard Lorraine)

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CHANSON DE GUERNICA (Henri Cornélus)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



CHANSON DE GUERNICA

Nous n’irons pas à Guernica :
Ses lauriers sont coupés.

Nous n’irons pas à Guernica :
Son arbre est massacré.

Nous n’irons pas à Guernica :
Ses enfants sont tués.

Nous n’irons pas à Guernica :
Le mensonge y est né.

Pourtant, tous les chemins d’Espagne
s’en vont à Guernica.

(Henri Cornélus)

Illustration: Pablo Picasso

 

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Les garçons et les filles s’aimaient (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Entre les viols les crimes
les parjures et les massacres
les tournois et les sacres
les garçons et les filles s’aimaient
sur les bords du ruisseau
Lorlei liseron le héron et l’eau.
Et pêchaient les pêcheurs d’alose
et de brochet
tandis que songeuses
les Eminences Roses
sirènes frileuses
regardaient à la poupe des bateaux
plonger au fil des eaux
pour prendre l’amour au filet
les carrelets beaux carrelets
de la trahison.
Colère colère du roitelet
et du pinson !

(Armand Lanoux)


Illustration

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Indompté dans ce déluge de terre (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



 

Indompté
dans ce déluge de terre —
où finissent les semences
qui annoncent le proche — tu feras retentir
le choeur tonitruant
de la mémoire, et tu suivras
le chemin des yeux. Il n’est pas de route
plus longue pour toi : dès l’instant
où tu t’ouvriras les veines, les racines commenceront
de dire le massacre
des pierres. Tu vivras. Tu construiras
ici ta maison — tu oublieras
ton nom. La terre
est le seul exil.

(Paul Auster)

Illustration: Ai Xuan

 

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Été 92 (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018


L’été 92
Imposait ses touffeurs
S’agrippait à nos corps
Brouillait de son éclat
L’enchevêtrement des rues

Le défilé des cars
Le cortège des touristes
Égayaient Paris

L’hirondelle fantasque
Accompagnait nos rires

Ailleurs
Cris et coups martelaient la terre
Plaies et cendres se succédaient
A l’image :
Faces gercées
Filaments de bras
Regards taris
Torses arides
Massacres et ruines
La mort vorace
Partout

Ce fut pourtant l’été
Des Jeux de Barcelone
L’été d’amours naissantes
Sous l’étoile de juillet.

(Andrée Chedid)

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Quand les nouvelles sont sinistres (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



 


   
Quand les nouvelles sont sinistres
D’étranges gens tournent autour
Ils les dépècent en artistes
La guerre et le massacre attirent
Leurs nuées d’images-vautours.

(Charles Dobzynski)

 

Recueil: La scène primitive
Traduction:
Editions: De la Différence

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Dans une vie, il y a place pour tout (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



Illustration: Henri Rousseau
    
Chaque jour je suis en Pologne sur les champs de bataille ou, peut-on dire, les champs de massacre.
Parfois s’impose à moi comme une vision des champs de bataille de la couleur verte d’un poison,
je suis auprès des affamés, des torturés, des moribonds, chaque jour ;
mais je suis aussi proche du jasmin et du morceau de ciel derrière ma fenêtre.
Dans une vie, il y a place pour tout.
Pour une foi en Dieu et pour une mort misérable

(Etty Hillesum)

 

 

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