Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘mât’

Tu es de ceux qui montent sur les bateaux (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Ernesto Arrisueño  clouds Zephyrus travels

Tu es de ceux qui montent sur les bateaux
et déploient d’immenses voiles
La marine en bois — tu te soûles de mots —
et quand à l’horizon la pointe du mât s’efface
tu es encore sur le quai à la contempler

Trouble trouble
l’aventure assise
et les camelots de ton effort endormis
et toute une grisaille dans ton cerveau
qui s’effrite

Et des voiles claires que tu aimes
et qui ne te recommencent pas

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Ernesto Arrisueño 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Minuit Automne (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019




    
Minuit Automne
à Florence Delay

Des pattes fines sur le toit la nuit sans lune
Le bruit mat d’une pomme qui tombe dans l’herbe
Les pattes qui tricotent doux sûrement un loir
On entend très haut dans le ciel un très fin cri d’oiseau
Que font les grives mauvis à voler à cette heure?
Et moi qu’est-ce que je fais à ne pas encore dormir?

J’aimerais avoir des mains légères de lingère
Je plierais ma tristesse comme du linge frais
qui sent encore la bonne chaleur du fer à repasser
Je la rangerais dans le tiroir de la commode
et je serais tranquille simplement l’ami des loirs
qui ont des pattes si fines et le bout du museau rose
l’ami des grives qui ont le jabot piqueté de confettis noirs
Je serais sage comme une grosse pomme tombée dans l’herbe
Je dormirais comme la pomme J’aurais des rêves légers
où les jeunes filles d’autrefois la plupart maintenant mortes
me diraient gravement des choses sans gravité
et me regarderaient avec de grands yeux clairs

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Notre langage est élimé (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018



Illustration: Bernard Bénézet
    
Notre langage est élimé.
Je voudrais creuser chaque mot
pour décrire le jaillissement
solaire, hors de l’argent mat
des oliviers, du campanile pieux.

Pour peindre l’abîme des rues
pleines de petits mendiants bruns,
je ne peux trouver le ton juste, —
ne peux trouver le moindre chant
qui puisse flotter dans cet air.

Tel est le sortilège : trouver de pauvres mots,
leur apprendre tout bas à marcher dans le chant.
Tel est le sortilège : la chevelure ornée
de tilleul, se dresser comme une reine.

Voilà le sortilège : avoir soif de la cruche
de ce délice qui sanctifie l’eau,
tout au fond de la vie éveiller une fugue,
puis contempler l’éternité.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Chevelure (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



La Chevelure

Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure!
Ô boucles! Ô parfum chargé de nonchaloir!
Extase! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir!

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique!
Comme d’autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour! nage sur ton parfum.

J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l’ardeur des climats;
Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève!
Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts:

Un port retentissant où mon âme peut boire
À grands flots le parfum, le son et la couleur
Où les vaisseaux, glissant dans l’or et dans la moire
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D’un ciel pur où frémit l’éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d’ivresse
Dans ce noir océan où l’autre est enfermé;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé!

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues
Vous me rendez l’azur du ciel immense et rond;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m’enivre ardemment des senteurs confondues
De l’huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps! toujours! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde!
N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir?

(Charles Baudelaire)

Illustration: Alena Klementeva

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Là (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2018



Là où ils hissent
le silence au mât.

(Yannis Ritsos)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le vent (Renée-Lise Jonin)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Le vent

Le vent m’a apporté
Des milliers de poèmes
Il avait pris sur un étang
Les reflets de la lune
Etait passé entre le plumes
De douze cygnes blancs

Dans les mâts de misaine
Et les feuilles de chêne
Et les feuilles de frêne
Et dans les chevelures
De tous les gens que j’aime

Le vent m’a apporté
Tant et tant de poèmes
Que je les écris en marchant
Je les écris même en parlant
J’en mets sous les fleurs en passant
Je les retrouverai demain
Quand je reprendrai ce chemin

(Renée-Lise Jonin)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Pins de l’océan (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Illustration: Marc Pfund

    

à Antoine Faivre
Pins de l’océan

Grands vaisseaux charpentés
Pour les vagues du vent
Dans la forêt des mâts
Et des haubans
Vous accueillez
Les fables hauturières

A quels rêves
De long voyage
Nous invite
Votre immobilité ?

Beau peuple terrien
Vous nous accompagnez
Depuis les premiers âges
De vos rumeurs
Et de vos ombres
Est-ce votre amitié
Qui nous enseigne
Contre l’oubli
D’offrir dans la ferveur
De nos paumes levées
Une âme assez rendue
A son mystère ?

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

T’en souviens-tu, Sarah ? (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



Camp_dachau_corps2

T’en souviens-tu, Sarah ?
La mort s’est abattue sur toi et sur les hommes.
Plus pressée que d’habitude. Cette mort-là n’est pas celle que nos sages
nous ont appris à respecter et à aimer.
Mort engendrée par la haine.

T’en souviens-tu, Sarah ?
En ce temps-là – temps de misère et de guerre – des millions d’hommes étaient partis
en croisade contre le nez, la bouche ; contre le front et l’âme d’une fraction de leurs
semblables dont les poitrines se rétrécissaient, dont les paumes avaient glissé le long des hanches.

Sarah, t’en souviens-tu ?
En ce temps-là – ceci se passait à l’intérieur de la parole donnée, glorifiée, répandue –
l’adolescent avait vu père et mère pris au piège, devenir le centre foisonnant d’une rafle,
le fardeau d’une rose humiliée et disparaître avec son parfum…

En ce temps-là, en ce temps-là – Sarah, t’en souviens-tu ? –
le crachat du conquérant, dans la nuit, rivalisait d’éclat avec l’étoile étirée
et le monde voguait sans mât (…)

(Edmond Jabès)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une rose rouge à ma main (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018




    
Une rose rouge à ma main
Si pure
chaque feuille brûle,
à l’instant c’est plein feu
en chacun de mes yeux, ma tête en feu.

Ô mat carmin
vin gelé qui
éclate soudain en flammes rouges
et sang couleur feu
chaleur des fontaines,
échappé des digues du coeur.

Je peux d’un regard prendre votre lumière,
je peux me coucher humblement, plume voletant,
haletant, haletant pour vous,
je peux me laver au fond des flaques,
je peux tout boire votre brillance
vos douces flammes.

Une rose rouge pour mon sommeil
voyez comme elle est sombre,
du sang dans mon sommeil
un rêve d’ambre,
sur une mer rouge rêvée, moi cap blanc.

Ô triste clapotis
et sombres chocs
autour de mon pied rêveur —
Ô fontaine de deuil,
rêve immobile de femme,
blanc éclatant et sombre comme la suie.

Je peux me rêver près de vous
je peux pleurer, à vos côtés,
vous si rouge dans mon âme —
vous volcan brûlant, â jamais furieux
où je suis tombé.

Mort, o mort,
sombre, sombre rouge figé,
viens, o viens.

Mes mains sont si chaudes —
mes yeux brûlent de fatigue
au fond de ma tête, je ne sais
plus rien, je suis si fatigué.

Des voix dans la rue,
vent et lumière céleste —
autour de moi des mots vides,
mon oreille cède.

1l ne reste rien en moi
que ce pauvre désir affamé —
Il est la depuis si longtemps, si longtemps,
Il ne veut plus partir.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :