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Posts Tagged ‘matière’

Nous nous retrouverons (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2019



Odd Nerdrum__o [800x600]

Nous nous retrouverons. Tous.
Mais nous n’aurons rien fait pour vaincre ces distances.
Ce sera le triomphe de la seule matière.
Nous nous effondrerons. Les uns sur les autres.
Les uns dans les autres. Au mieux, j’aurai ta cuisse blanche sur mon coeur.
Ou bien la main de mon ennemi dans la mienne.
Mais je n’en saurai rien.
Et quand bien même ?
Qu’est-ce que ça change à ce qui est,
ce peu d’espoir qui tremble comme un linge au bord des pourritures,
ce peu d’espoir qu’ici nous n’aurons pas payé,
nous ici plus morts que morts ?

(Jean Rousselot)

Illustration: Odd Nerdrum

 

 

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MANTRA DE TCHENRÉZIGS (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2019



 

    

MANTRA DE TCHENRÉZIGS

OM
Appelle le souffle,
le silence éclatant,
le rythme né au-delà des origines,
appelle le souffle.

MANI
Cherche la voie,
l’élixir, le diamant,
l’esprit de la matière,
cherche la voie.

PADMÉ
Contemple la vision,
le réel qui s’éveille,
l’espace du coeur,
contemple la vision.

HÛM
Découvre l’unité,
le mouvement du même
en tous ses corps dilapidé,
découvre l’unité.

HRÎH
Réalise l’échappée,
dans le royaume vide
où l’âme est lumière,
réalise l’échappée.

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tu n’es aucun des autres (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Tu n’es aucun des autres

N’espère rien de ce que t’ont laissé
Écrit tous ceux qu’implore ton effroi;
Tu n’es aucun des autres et tu te vois
Centre du labyrinthe qu’ont tramé
Tes pas. Jésus, Socrate à l’agonie
Ne te sauveront pas, ni le vaillant
Siddharta d’or qui, au jour déclinant,
Dans un jardin à la mort a dit oui.
Poussière aussi est le mot que ta main
Vient d’écrire, le verbe prononcé
Par ta bouche. L’Hadès est sans pitié
Et la nuit divine n’a pas de fin.
Ta matière est le temps, cet incessant.
Tu n’es que chaque solitaire instant.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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Engloutir la matière (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustration: David Galchutt  
    

Engloutir la matière
sans être rassasié

Vouloir que tout ressemble
au vide que l’on porte

Que l’on s’y reconnaisse.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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VERBE ET MATIÈRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Illustration
    
VERBE ET MATIÈRE

J’ai je n’ai pas
J’avais eu je n’ai plus
J’aurai toujours

Un béret Un cheval de bois Un
jeu de construction Un père
Une mère Les taches de soleil à
travers les arbres Le chant du
crapaud la nuit Les orages de
septembre.

J’avais je n’ai plus
Je n’aurai plus jamais

Le temps de grandir, de dési-
rer. L’eau glacée tirée du puits
Les fruits du verger Les veufs
frais dans la paille. Le grenier
La poussière Les images de
femmes dans une revue légère
Les gifles à l’heure du piano Le
sein nu de la servante.

Si j’avais eu
j’aurais encore

La fuite nocturne dans les
astres
La bénédiction de l’espace
L’adieu du monde à travers la
clarté La fin de toute crainte
de tout espoir L’aurore démas-
quée Tous les pièges détruits
Le temps d’avant toutes choses.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Arche de l’amour (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019




    
Arche de l’amour

Au coeur du temple en secret
elle veille : présence invisible !

Qui es-tu, matière du rêve ?

Une parole qui ne se livre pas ?
Un regard qui se dévoile ?

Une main a construit l’arche
mais nul ne verra

briller l’infini

s’ouvre et s’éteint
dans sa nuit.

Au coeur de l’arche, en secret
il s’éveille : amour invincible !

Qui es-tu matière du rêve ?

Un chant qui cherche son diapason ?
Une énigme qui ne se dévoile pas ?

Une loi a voulu l’arche
mais nul ne verra

briller l’infini

qui s’ouvre et nous ouvre
à sa joie.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Une seule matière (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Carole Moutte
    
Une seule matière

Le mystère de l’évidence
nous a-t-il aveuglés ?
Le réel est une construction
que la matière n’abrite pas.
Le monde indéchiffrable
à jamais nous échappe

et nous constitue.

Le Poème, trace d’une langue
perdue, bloc détaché
de l’oubli premier
à jamais témoigne
d’un amour égaré
dans les replis du Temps.

Une seule matière

nous échappe
et nous constitue :
quelle est sa teneur ?
Le Poème dévoile
sans l’éteindre
l’évidence du mystère.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Formes (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Josephine Wall
    
Formes

Pourquoi sommes-nous une forme ?

Et les objets —
sont-ils piégés
dans une forme
à jamais ?

Ou voguent-ils
dans plusieurs dimensions

selon le regard

selon le moment

selon les vagues de matière
qui les ont composés ?

Pourquoi sommes-nous une forme
passagère ?

Un cri de la matière
ou le souvenir
de la première lueur du vivant ?

Étincelle et miracle

feu et brûlure
forme en dérive

sur l’océan des univers ?

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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LACUSTRE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



LACUSTRE

J’entends pleuvoir depuis tant de nuits,
Oui, j’entends la matière qui pleure…
Je suis seul… Mon esprit me conduit
Au loin, vers les lacustres demeures.

Je crois dormir sur du bois mouillé,
Une vague énorme me submerge —
Je sursaute et je rêve, égaré,
Que le pont est resté sur la berge.

Un vide s’étend entre les âges,
Je me trouve porté en ces temps…
Et je sens sous cette pluie en rage
Les pilotis s’écrouler, lourdement.

J’entends pleuvoir depuis tant de nuits,
Et je sursaute et passent les heures…
Je suis seul… Mon esprit me conduit
Au loin vers les lacustres demeures.

(George Bacovia)

Illustration

 

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Je confonds (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Illustration: Marie Coisnon  
    
Je confonds les noms des gens,
mais non leurs silences.
Je confonds les feuilles des arbres,
mais jamais leur ombre.

Je confonds dans la caresse
ton tact avec le mien,
mais non ta main avec ma main.
Je confonds ton regard et mon regard,
mais pas tes yeux et mes yeux.
Je confonds ma présence avec mon absence,
mais jamais ton absence et ta présence.

Je confonds ce dieu que j’avais naguère
avec le dieu que maintenant je n’ai plus,
mais non avec celui que mes mots créèrent entre nous deux.
Je confonds très souvent la vie avec la mort,
mais jamais la mort avec la vie.
confonds la matière et le vide,
Mais jamais le vide et un vide.
et je redoute ce pas que je n’ai pas encore fait :
confondre tout ce que je confonds
avec ce que je ne confonds pas
ou peut-être ne confondre plus rien.

Pourtant, je ne sais plus
si confondre quelque chose avec quelque chose
est seulement un subterfuge
pour ne pas les confondre.
Et ne pas confondre une chose avec une autre,
rien qu’un ajournement
de la confusion totale.

***

Confundo los nombres de la gente,
pero no sus silencios.
Confundo las hojas de los árboles,
pero nunca su sombra.

Confundo en la caricia
tu tacto con el mío,
pero no tu mano con mi mano.
Confundo tu mirada y mi mirada,
pero no tus ojos y mis ojos.
Confundo mi presencia con mi ausencia,
pero nunca tu ausencia y tu presencia.

Confundo aquel dios que antes tenía
con el dios que ahora no tengo,
pero no con el que crearon mis palabras
en el medio de ambos.
Confundo muchas veces la vida con la muerte,
pero nunca la muerte con la vida.
Confundo la materia y el vacío,
pero nunca el vacío y un vacío.
Y temo dar et paso que aún no he dado:
confundir todo lo que confundo
con lo que no confundo
o tal vez no confundir ya nada.

Sin embargo, ya no sé
si confundir algo con algo
es solo un subterfugio
para no confundirlos.
Y no confundir algo con algo,
nada mas que un retraso
de la confusion total.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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