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Posts Tagged ‘matin’

Non, mes heures idéales ne tiennent pas (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



Moonlight installation.

Non, mes heures idéales
ne tiennent pas — non ! —
en mon jour matériel !

Non ! il ne m’est pas possible
de couper la rose de feu,
de la réduire aux limites
que fixe l’implacable horloge !

Si ma vie toute entière
n’est rien d’autre qu’une heure ;
et si seule l’éternité
pouvait être mon soir ou mon matin !

***

¡No, si no caben mis horas
ideales en las horas
de mi día material!

¡Si no es posible que corte
la rosa de fuego, hasta
dejarla justa en los límites
que le da el reló implacable!

¡Si mi vida enteras es
sólo una hora; y tan sólo
podría la eternidad
ser mi mañana o mi tarde!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

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MOISSON (Maria Do Sameiro Barosso)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
MOISSON

Je passerai par d’autres portes,
quand la lumière afflue
et que le matin la rosée scintille
sur les boutons de rose et l’écume de la mer.
Telle la première syllabe de la nuit tranquille
je parlerai
d’ombres et d’anges bleus.
Ainsi était ma vie.
Je suis une étincelle,
un instant,
un crâne blanc,
un crépuscule,
un petit poisson dans l’étang.
Je nage dans l’eau
et dans le vin savoureux
d’une moisson d’or.

***

ERNTE

Ich werde durch andere Türen eintreten,
wenn das Licht mich drängt
und der Tau am Morgen glänzt
in Rosenblüten und Meerschaum.
Wie die erste Silbe der stillen Nacht
werde ich reden,
von Schatten und blauen Engeln.
So war mein Leben.
Ich bin ein Funke, ein Augenblick,
ein weißer Schädel,
eine Dämmerung,
ein kleiner Fisch in einem Teich.
Ich schwimme in Wasser, Duft
und im süßen alten Wein
einer goldenen Ernte.

***

COLHEITA

Por outras portas entrarei,
quando a luz me compelir
e o rocio da manhã luzir
em flores de rosa e espuma do mar.
Como a primeira sílaba da noite silenciosa falarei,
de sombras e de anjos azuis.
Assim foi a minha vida.
Sou um clarão, um instante,
um crânio branco,
um crepúsculo,
um pequeno peixe num lago.
Nado em água, aroma
e vinho doce
de uma antiga colheita dourada.

***

收 获

我要穿过其它的门,
当光明推我的时候
当玫瑰花瓣上的露珠
和大海泡沫的水珠
在早晨闪闪发光时。
就像寂静夜晚的第一个音节,
我会谈
到阴影和蓝色天使。
我的生命同样如此。
我是火花,瞬间,
白色头盖骨,
黄昏,
池塘里的小鱼。
我在水里游,在芬芳中游,
在金色老人的
庄稼的甜酒里游泳。

***

HARVEST

I’ll pass through other doors,
when the light pushes me
and the dew shines in the morning
on rose petals and the foam of the sea.
Just like the first syllable of the silent night,
I will talk
about shadows and blue angels.
So was my life.
I am a spark, a moment,
a white skull,
a twilight,
a small fish in a pond.
I swim in water, in fragrance,
and in the sweet wine
of an golden-aged crop.

***

COSECHA

Entraré por otras puertas,
cuando la luz me empuje
y el rocío de la mañana brille
en flores color de rosa y espuma de mar.
omo la primera sílaba de la noche silenciosa hablaré
de sombras y de ángeles azules.
Esa era mi vida.
Soy una chispa, un instante,
una calavera blanca,
un amanecer,
un pequeño pez en un estanque.
Nado en el agua, en olores
y en el dulce vino
de una vieja cosecha dorada.

***

OOGST

Ik zal door andere deuren gaan,
als het licht aandringt
en de dauw ’s ochtends glinstert
op rozenbloesems en zeeschuim.
Zoals de eerste lettergreep van de stille nacht
zal ik spreken
over schaduwen en blauwe engelen.
Zo was mijn leven.
Ik ben een vonk,
een ogenblik,
een witte schedel,
een deemstering,
een kleine vis in een vijver.
Ik zwem in het water
en in de zoete wijn
van een gouden oogst.

***

RECOLTĂ

Eu voi veni pe alte uși,
cu bolduri de lumină,
iar roua zorilor de zi,
prin roze și marină spumă va licări.
Prima silabă-n noaptea mută
o voi rosti tot eu
printre umbre și îngeri bleu.
Astfel a mea viață se va vedea-n adins
ca o scânteie sau o clipă,
un creștet nins
sau întuneric greu,
un pește mic în eleșteu.
Înot înconjurat de o mireasmă
de dulce și vechi vin înnobilat
dintr-o recoltă aurie.

(Maria Do Sameiro Barosso)

 

Recueil: ITHACA 574
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Original en Allemand puis Portugais Maria Do Sameiro Barosso / Chinois William Zhou / Anglais Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan / Espagnol Rafael Carcelén / Néerlandais Français Germain Droogenbroodt / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg /
Editions: POINT

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Qu’intercaler alors entre la rose et la lumière (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2019



Christian Schloe-he-loves-me-he-loves-me-not

Qu’intercaler alors entre la rose et la lumière,
entre la nuit et l’amour,
entre un homme et la mort,
entre la vie et ce matin transmué en souvenirs ?

Que mettre entre ce qu’est une chose
et cela qu’elle n’est pas,
pour qu’elle puisse l’être ?

Comment tamiser la distance
entre nous et l’absence
pour trouver à la fin notre présence ?

(Roberto Juarroz)

Illustration: Christian Schloe

 

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Le palais (Wang Po)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019



Le palais n’est plus visité que le matin par les vapeurs du rivage
et le soir par la pluie qui ronge les stores en lambeaux.

Des nuages paresseux se promènent lentement
en se mirant dans les eaux limpides.
Combien d’automnes ont déjà passé sur ce palais ?…
Le jeune roi qui l’habitait a contemplé comme nous ce grand fleuve
qui roule toujours ses flots muets et profonds.

(Wang Po)

 

 

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L’amitié de Wang Wei (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019




    
L’amitié de Wang Wei

Un saule pleureur sur le bord
du Lac de la brise de Mai
dans le parc du Midi à Pékin
et l’oiseau blanc dont je ne sais pas le nom
qui se penche dans les rizières du Kuantung
sur le dos d’un buffle d’eau
au frais dans la boue

Ils ont fait le voyage pour venir me dire
ce matin dans l’entre-sommeil
et journée

« Le but secret du voyageur
est d’ignorer où il va»

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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C’est le premier matin du monde (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019



 

C’est le premier matin du monde.
Comme une fleur confuse exhalée de la nuit,
Au souffle nouveau qui se lève des ondes,
Un jardin bleu s’épanouit.

Tout s’y confond encore et tout s’y mêle,
Frissons de feuilles, chants d’oiseaux,
Glissements d’ailes,
Sources qui sourdent, voix des airs, voix des eaux,
Murmure immense,
Et qui pourtant est du silence.

Ouvrant à la clarté ses doux et vagues yeux,
La jeune et divine Ève
S’est éveillée de Dieu.
Et le monde à ses pieds s’étend comme un beau rêve.

Or Dieu lui dit : Va, fille humaine,
Et donne à tous les êtres
Que j’ai créés, une parole de tes lèvres,
Un son pour les connaître.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Lucien Levy Dhurmer

 

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L’Écoute-Silence (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019



Illustration
    
L’Écoute-Silence
pour Suzanne Flot

Écouter ce que dit le vent quand il ne dit plus rien
mais reprend souffle et se souvient
d’avoir été si haletant après sa course
sa course de vent qui court après le vent

Que dit le vent quand il se tait?
Que dit le silence du vent?
Écouter ce que dit la pluie
quand un instant elle fait halte
et cesse l’espace de trois mesures
de tambouriner ses doigts d’eau
sur le toit et sur les carreaux
Que dit la pluie quand elle se tait?
Que dit le silence de la pluie?

Écouter ce que dit la mésange nonnette
quand elle suspend ses roulades
et que son chant dans le matin clair
reste en filigrane dans l’air
Que dit l’oiseau quand il se tait?
Que dit le silence de la mésange?

Le silence dit que le silence
écoute couler la source du chant

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ca n’est pas une mince affaire d’attendre le matin (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



ça n’est pas une mince affaire
d’attendre le matin
là-haut dans la chambre on souhaite
que dorme l’épouse on espère
qu’elle rêve et que surtout rien
ne l’éveille on est seul on préfère
être seul à savoir que l’aurore
n’est pas toujours cette heure aimée
des vieux poètes on fait le guet
pour aider le silence
à supporter le bruit

(Jean-Claude Pirotte)

Illustration

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UN IMMENSE DÉSESPOIR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



 

Edvard Munch - Melancholía,   00

UN IMMENSE DÉSESPOIR

Un immense désespoir
Noir
M’atteint
Désormais, je ne pourrais
M’égayer au rose et frais
Matin.

Et je tombe dans un trou
Fou,
Pourquoi
Tout ce que j’ai fait d’efforts
Dans l’Idéal m’a mis hors
La Loi ?

Satan, lorsque tu tombas
Bas,
Au moins
Tu payais tes voeux cruels,
Ton crime avait d’immortels
Témoins.

Moi, je n’ai jamais troublé,
Blé,
L’espoir
Que tu donnes aux semeurs
Cependant, puni, je meurs
Ce soir.

J’ai fait à quelque animal
Mal
Avec
Une badine en chemin,
Il se vengera demain
Du bec.

Il me crèvera les yeux
Mieux
Que vous
Avec l’épingle à chapeau
Femmes, au contact de peau
Si doux.

(Charles Cros)

Illustration: Edvard Munch

 

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QUESTIONS (Paul de Roux)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2019



Illustration: Fan Ho 
    
QUESTIONS

Tous ceux qui passent le matin et dont tu entends les pas
tracent-ils avec toi les lignes d’une dessin caché?
Un jour ces milliards de pas déboucheront-ils dans quelque clairière
et vous étant retrouvés verrez-vous par le gros bout de la lorgnette
la rue là-bas, ces pas, ces veilles, ces sommeils dans les chambres
vous reconnaissant, vous nommant
dans l’architecture délicieuse qui fait trembler les anges?

(Paul de Roux)

 

Recueil: Les pas
Traduction:
Editions: L’Alphée

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