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Ballade à la lune (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



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Ballade à la lune

C’était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d’un fil,
Dans l’ombre,
Ta face et ton profil ?

Es-tu l’oeil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?

N’es-tu rien qu’une boule,
Qu’un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?

Es-tu, je t’en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L’heure aux damnés d’enfer ?

Sur ton front qui voyage.
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité ?

Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S’allonge
En croissant rétréci ?

Qui t’avait éborgnée,
L’autre nuit ? T’étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu ?

Car tu vins, pâle et morne
Coller sur mes carreaux
Ta corne
À travers les barreaux.

Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phébé
La blonde
Dans la mer est tombé.

Tu n’en es que la face
Et déjà, tout ridé,
S’efface
Ton front dépossédé.

Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal !

Oh ! sous le vert platane
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers !

Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L’écoute,
L’écoute s’approcher.

Et, suivant leurs curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prées,
Ses chiens s’en sont allés.

Oh ! le soir, dans la brise,
Phoebé, soeur d’Apollo,
Surprise
A l’ombre, un pied dans l’eau !

Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d’un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.

Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L’histoire
T’embellira toujours.

Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.

T’aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu’à ton front
D’albâtre
Ses dogues aboieront.

T’aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament !

Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson.

Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L’océan montueux.

Et qu’il vente ou qu’il neige
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m’asseoir ?

Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.

Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,

Le pied dans sa pantoufle,
Voilà l’époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.

Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid,

Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame,
Qui commence à crier.

 » Ouf ! dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien.  »

Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L’empêche
De commettre un péché ?

 » Ah ! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
Avec ces deux grands yeux ?  »

Et c’est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

(Alfred de Musset)

Illustration

.. et sans clocher.. vue de l’Espace (Thomas Pesquet)
Super moon

et toute la splendeur de la Terre
https://www.flickr.com/photos/thom_astro/

https://arbrealettres.wordpress.com/2016/12/08/magnifique-notre-vaisseau/

 

 

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Matinal (Li Chang-Yin)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018




    
Matinal

Vent et rosée d’une aube calme.
Seul, derrière les stores, un homme qui se lève.
Loriots et fleurs, larmes et rires –
Ce printemps, à qui appartient-il ?

(Li Chang-Yin)

Recueil: La montagne vide Anthologie de la poésie chinoise (IIIè – XIè siècle)
Traduction: Patrick Carré et Zéno Bianu
Editions: Albin Michel

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VISITE MATINALE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Goyo Hashiguchi
    
VISITE MATINALE
Inconnu

La belle princesse Ko-Koué, qui possède le cœur du maître, va lui rendre hommage.
Dès l’aube, elle monte à cheval, et entre, au palais, par la Porte d’Or.
Elle dédaigne toute espèce de fards,
sachant bien qu’ils ne pourraient que ternir, les nuances exquises de son teint.

Mais, d’un pinceau léger, elle dessine ses sourcils.
Seuls, les papillons des vers à soie,
ont des cornes d’une courbe aussi délicate…
et c’est ainsi, qu’elle se présente devant sa Majesté.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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EMBARRAS MATINAL (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018




    
EMBARRAS MATINAL

Le sol ondule autour
de mes pieds. Les fleurs sauvages
dans leur multitude, me font obstacle,
me barrent la route
m’empêchent de passer.
Je me sens embarrassé.
J’ai l’impression que m’entourent des milliers
de jolis petits poèmes.

Étudiant toute ma
vie la perfection,
je pense immobile
à la modicité de mes vers.

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: LA MYTHOLOGIE DES FLEURS
Traduction: N. Lygeros
Editions:

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ROSÉE MATINALE (J. Shuin-Ling)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2018



 

ROSÉE MATINALE

Sur le fond sombre de l’élégante fenêtre, enguirlandée de fleurs,
la jeune fille émerge, lumineuse.

Demi-nue, elle se penche,
et sa chair, pareille au givre, apparaît, hors du rebord de pierre.
Le charme de la toilette moderne,
n’est visible qu’à la coiffure, déjà achevée.

Ses sourcils, blonds, ont la forme du croissant de la lune.
De l’arrosoir, plein d’eau pure, jaillit une pluie claire.
Avec effort, elle tient l’anse de métal,
et, bien sûr, se refroidit beaucoup les doigts.

Ah ! que je voudrais, si je pouvais être auprès de sa gracieuse personne,
Soir et matin, avec zèle, arroser à sa place !…

(J. Shuin-Ling)

Illustration: Gustav Klimt

 

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PROGRAMME MATINAL (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Françoise Naudet
    
PROGRAMME MATINAL

Heures claires du lever du Soleil
auxquelles mille trompettes d’or
annoncent le divin réveil !
Salut à toi, Orbe céleste et sonore !

Dans l’angoisse de l’ignorance
de l’avenir, sachons recevoir
la barque chargée de fragrances
dont les rames sont d’ivoire.

Épicuriens ou bien rêveurs,
aimons la Vie triomphante,
toujours couronnés de fleurs,
la torche toujours flamboyante !

Puissions-nous extraire des raisins
de notre existence transitoire
les plaisirs qui animent nos destins
et les champagnes de la gloire.

Dévidons les fils d’Amour,
faisons le Bien — il est amène,
dormons ensuite sans détour,
pour toujours, à jamais. Amen.

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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LA DOUCEUR DE L’ANGÉLUS… (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Salvador Dali
    
LA DOUCEUR DE L’ANGÉLUS…

La douceur de l’angélus matinal et divin
que dispensent d’ingénues cloches provinciales,
dans l’air innocent, avec la force des pétales,
des prières, des visions virginales et des refrains

du rossignol, s’opposant en tout au rude destin
qui en Dieu ne croit pas… La pelote du jour en déclin
que le soir dévide derrière d’opaques cristaux
pour tisser d’une seule pièce l’étoffe de nos maux,

tout entiers faits de chair et parfumés de vin…
Et cette atroce amertume de n’avoir point de goût,
de ne pas savoir vers où diriger notre proue,

tandis que le pauvre esquif dans la nuit calfeutrée,
avance sur les vagues hostiles et de l’aurore privé…
(O cloches suaves, que l’aube fasse son entrée !)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Statue (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Aristide Maillol
    
Statue

de Maillol

La lumière s’en échappe et joue
avec ses ombres matinales,
et glisse sans toucher et fuit
la pure lumière du torse.

Un sein, un ventre et un genou
sont des abris où l’air cherche
sa réponse claire, le passage
qui mène à soi toute statue.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Tant et tant de chemins (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2018




 Illustration
    
Tant et tant de chemins
affrontés caressés épousés,

mais le pas toujours premier,
la découverte,

jusqu’en la nuit le trait
matinal.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Contre-Chants
Traduction:
Editions: Gallimard

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Septembre matinal (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
septembre matinal se glisse
dans les chambres souple et jubilant
c’est partout dehors soudain
la moindre des choses déclare
avec une pieuse aisance
à la lumière son amour
le miroir ouvre grands ses yeux rajeunis
un vase avoue les couleurs à jamais
le bois lucidement s’étire

ailleurs le vent prend l’herbe
des steppes en pitié la console et lui offre
les secrets des lointains qu’il sait seulement fuir
l’aube plus loin d’une caresse sûre
réveille la féline fourrure de la mer
indécise entre rire et gronder

la main géante du sommeil
garde encore ta présence nue
et je n’ose te regarder plus
que ces troncs d’arbre aussi purs que des cris
par les vagues patiemment polis
et rejetés par elles sur le sable
pour révéler ce que seront les corps

notre nudité ne surgit
que d’un fourreau d’irréparables gestes
elle n’est vue que du seul bout des doigts
s’évanouit s’ils se taisent
finisterre des promesses
où la nuit vient d’un coup d’ailes
happer nos mots aventurés
entre gémir et murmurer

sous l’ogive des bras qui se tendent
tes paupières se lèvent
il fait moins clair déjà j’entends
croître l’ombre qui coule dans tes veines
comme nos voix sont rauques dans le cristal de l’aube
les étoiles se sont éteintes
et d’autres qui n’ont plus de nom
brûlent en nous désormais jusqu’au soir

de quelques pas soyeux
tu vas auprès de la fenêtre
septembre un peu s’affole
au bord de ton nu contrejour
en de lointaines alpes je le sais
un ruisseau joue sur les pierres
ondule et danse vif
on pourrait presque entendre son murmure

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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