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Poésie

Posts Tagged ‘matrice’

Depuis que j’ai rêvé (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Philippe Legoubin
    
Ma naissance m’a délivré jadis
de cette prison de ténèbres;
où je dormais sans conscience,
et le monde m’est apparu,
beau comme une peinture.

Mais aujourd’hui
ce monde lui-même
n’est plus pour moi
qu’une matrice ténébreuse,
depuis que j’ai rêvé
au delà la pure lumière
de ta Pensée.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Je suis ce nu minéral (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



Je suis ce nu
minéral :
écho du souterrain :
je suis joyeux
de venir de si loin,
du fond de tant de terre :
je suis dernier, à peine
viscères, corps et mains,
qui sans savoir pourquoi ont déserté
la roche maternelle,
sans espoir de trouver ici la permanence,
décidé à l’humain, au transitoire,
destiné à vivre et à s’effeuiller.

Ah! ce destin
de la perpétuité enténébrée,
de l’être en soi — granite sans statue,
matière pure, irréductible, froide :
j’ai été pierre : pierre obscure
et violente fut la séparation,
une blessure dans ma naissance étrangère :
je veux revenir
à cette certitude,
à ce repos central, à la matrice
de la pierre mère
d’où je ne sais comment et d’où je ne sais quand
on m’a détaché pour que je me désagrège.

(Pablo Neruda)


Illustration: Lehmbruck

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Jadis la nuit s’armait d’épouvantables mains (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017



Jadis la nuit s’armait d’épouvantables mains.
La géante couvrait le dormeur replié
comme ces morts rendus aux matrices pierreuses.

Voyage souterrain,
longue errance que clôt l’offrande d’une torche.

(Jean Joubert)

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Fête de taches (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Illustration: Odilon Redon
    
Fête de taches, gamme des bras
mouvements
on saute dans le « rien »
efforts tournants
étant seul, on est foule
Quel nombre incalculable s’avance
ajoute, s’étend, s’étend!
Adieu fatigue
adieu bipède économe à la station de culée de pont
lé fourreau arraché
on est autrui
n’importe quel autrui
On ne paie plus tribut
une corolle s’ouvre, matrice sans fond
La foulée désormais a la longueur de l’espoir
le saut a la hauteur de la pensée
on a huit pattes s’il faut courir
on a dix bras s’il faut faire front
on est tout enraciné, quand il s’agit de tenir
Jamais battu
toujours revenant
nouveau revenant
tandis qu’apaisé le maître du clavier feint le sommeil

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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Vision et prière (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



 

Qui es-tu , toi
Qui nais dans
La chambre à côté
Si fort près de la mienne
Que je peux entendre la matrice
S’ouvrir et l’obscur soudain courir
Au-dessus du fantôme et de l’enfant délivré
Derrière le mur aussi fin qu’un os de roitelet?
Dans la chambre natale inconnue au feu
Et au voeu du Temps l’empreinte
Du coeur de l’homme ne
Répand nul baptême
L’obscur seul
Bénit le très
Sauvage
Fils.

Je dois reposer
Comme pierre
Contre le mur en os
De roitelet, écoutant le
Gémissement de la mère cachée
Et la tête d’ombre de la douleur
Projetant le futur comme une épine
Et les sages-femmes du miracle chantent
Jusqu’à ce que le turbulent nouveau-né
Me brûle de son nom et de sa flamme
Et que le mur ailé se déchire
Sous sa couronne torride et
Rejette l’obscur d’un
Coup de reins à
La lumière
Vive.

Quand
L’os d’oiseau
Se tordra et se
Brisera et quand la
Première aube en un flot
De colère essaimera les parages
De l’éternité de l’enfant qui éblouit
Le paradis et de la mère virginale
Eclaboussée qui le porta, avec un feu
De joie dans la bouche et sut le bercer
Comme une tempête, je fuirai à perte
De souffle en terreur soudaine et
En lumière de la chambre
Décapuchonnée hurlant
En vain dans le
Chaudron
De son
Baiser.

En
La vrille
Du soleil dans
Le cyclone écumant
De son aile, oui, j’étais
Perdu, oui, moi qui crie
Contre le trône détrempé de
L’homme dans sa fureur native
De ses flots et des éclairs de l’adoration
Dos tournée contre le noir silence mêlé
Des larmes, oui, j’étais perdu, moi
Qui parviens abasourdi
Au paradis et à son
Découvreur et le haut
Midi de sa blessure
Aveugle mon
Cri.


Couché sur l’autel
De sa poitrine
Flamboyante je m’éveillerai
Au Jugement divin des fonds sans
Cage de la mer au nuage montant de
La tombe qui s’exhale à la poussière
Qui s’élève et salue chaque grain
De sa flamme. Ô spirale de
L’ascension de l’urne-
Vautour du matin de
L’homme quand
La terre
Et

La
Mer
Génésique ont
Loué le soleil lui, le
Découvreur le juste
Adam nouveau-né chanta
L’origine elle-même! Oui, les
Enfants ont des ailes! Ô l’envol vers
La blessure des anciens enfants égarés
Dans les canyons de l’oubli! La foulée
Stellaire de ceux qui furent tués
Dans les batailles! Les saints
Nés de leurs propres
Visions! La maison où
Habite le monde!
La peine souffre
Ouverte et je
Meurs.

[…]

Le voeu et le feu de la prière me brûlent
Dans une soudaine bénédiction du soleil.
Au nom des damnés, je reviendrai
Et pourrai courir vers
La terre cachée mais le
Soleil, si fort,
Baptise le
Ciel. Je
Me
Trouve.
Ô laissez-le
M’ébouillanter,
Me noyer dans sa
Blessure-au-monde. Son
Eclair est une réponse à mon cri.
Ma voix brûle dans sa main.
Désormais je suis un égaré car il m’éblouit
Aussi. Le soleil rugit à la fin de ma prière.
(Dylan Thomas)

 

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Les choses (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2017



 

Les choses

Les pierres me respirent
et je trouve en elles mes jumelles
Je me dissous dans l’eau
pour y rencontrer mes éléments

L’arbre me fait entrer dans sa trame
et je me love dans la matrice

Les étoiles m’aspirent
et j’y retrouve ma mémoire

Ephémère suis
dans la durée
Eternelle
dans l’instant

(Aïcha Arnaout)

Illustration: Julie Heffernan

 

 

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SOLEIL NOIR (Christiane Burucoa)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2017



SOLEIL NOIR

Le soleil noir de mes enfances
Celui du refuge à rebours
D’avant le jour
Miroite à travers ma naissance
Au profond des atomes sourds.

Depuis les bornages du monde
Et l’aube des commencements
Il est présent
Au coeur des formes vagabondes
Lorsqu’elles se vêtent de temps.

Plus infime que la poussière,
Plus léger qu’écume de mer,
Toujours offert
A l’avidité de la terre,
A la matrice de la chair.

Au désir des oiseaux vaincus
Par le vent de mer solitaire,
Sera-t-il le nuage nu
Dont se lamente et désespère
Leur vol perdu ?

Ou sera-t-il si creux d’espace
Que ni l’étoile, ni l’oiseau,
Ni l’encens de l’herbe, ni l’eau
N’en connaîtront jamais la trace
Mort sans tombeau…

(Christiane Burucoa)

Illustration: Béatrice Hunckler

 

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Mot (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2017



Il y a le mot ombre
chinoise
Torche dans la mine
le mot-matrice
émerveillé

(Edmond Jabès)

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Aujourd’hui temps de jardin (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2016



Aujourd’hui temps de jardin
Temps doré
Comme si tu étais là
Pour en être heureuse
Temps de tout coeur comme toi
Je suis allé m’asseoir
Au Luxembourg
Et dans cette facilité printanière
Je pensais aux lignes droites de ta tombe
Et au grain fin de la pierre
Un grain doux comme des seins
Il me semble à l’instant sentir
Que je me forme que je m’enroule
Dans l’intérieur de ma douleur
Comme un foetus dans sa matrice
Peut-être naîtrai-je à mon temps
Et c’est encor toi qui m’auras donné
Ce nouveau moi fils de ta mort

(Pierre-Albert Birot)

Illustration: Charles Courtney Curran

 

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Cette folle croyance (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2016



Alain Chayer   L'ACCOSTAGE [1280x768]

Cette folle croyance : qu’ici, lové dans la matrice du monde, attentif, il pourra naître ;
que cela va sourdre ; et que la vérité en mots simples viendra.

(Michel Deguy)

Illustration: Alain Chayer

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