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Poésie

Posts Tagged ‘maudire’

Les alliés (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2019



 

J’ai des alliés
Que je ne connais pas.

J’ai des alliés
Qui me tiennent en vie,
Qui me donnent racine.

J’ai des alliés
Qui sont à mon côté,
Qui me prêtent main-forte.

Peut-être que ma vie
Se passe à les chercher.

Je sais, je crois savoir
Un peu quoi je maudis,
Je ne sais pas qui m’aide.

(Guillevic)

 

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Le printemps doucement (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Le printemps doucement
posait sur les arbres un baiser,
et le vert nouveau jaillissait
comme une verte fumée.

Les nuages passaient
sur la campagne juvénile…
J’ai vu sur les feuilles trembler
les fraîches pluies d’avril.

Dessous l’amandier fleuri,
tout chargé de fleurs,
— je m’en souviens —, j’ai maudit
ma jeunesse sans amour.

Aujourd’hui, au milieu de la vie,
je me suis arrêté pour méditer…
Oh! jeunesse jamais vécue,
que ne puis-je encor te rêver!

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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CHANSON DE LA FORTUNE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2018



 

Pino Settanni Roue de la Fortune

CHANSON DE LA FORTUNE

Comme elle a les yeux bandés,
Elle a d’abord demandé
Où aller.

Des maquignons qui passaient,
Des bagues à tous leurs doigts,
Ont entouré ses poignets
De leur fouet.

Elle a couché avec eux
Et ils ont coupé pour eux
Ses cheveux.

Et ils l’ont gardée depuis
Dans l’enceinte qui est faite
De leurs ventres.

Il ne faut pas la maudire
O vous tous qui supputiez
Ses sourires !
Elle ignore où elle va…
A ses poignets les cuirs gras
Lui font mal.

C’est ce bandeau, ce bandeau…
Oh ! derrière ce bandeau
Ses yeux peut-être sont beaux
Et pleins d’eau.

Qu’on arrache ce noir scel
Et nous la verrons, qui sait ?
Avec des yeux de pucelle,
Donner du pain aux moineaux.

(Charles Vildrac)

Illustration: Pino Settanni

 

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Maudire (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018


Arthure-Vers-le-centre-386080

 

Cherchant mon chemin
Vers le bord du temps
Ou pour le longer
Ou pour le quitter,
Quelquefois j’ai cru
L’avoir traversé
Et plus rien, personne,
Je ne maudissais.
Maintenant je vais
Plutôt vers le centre.

J’ai trop à savoir
Et maudire est loin

(Guillevic)

Illustration

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COLLIER DE PERLES (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Auguste Macke
    
COLLIER DE PERLES

Perles… rare collier… pures gouttes de pierre :
Sonnet… à son épaule apporte ta fraîcheur.
Je t’offre à cette femme. Et pourtant, plein d’ardeur,
Étrangle-la, Sonnet, si, ne daignant se taire,

Elle répond au scélérat cossu, prospère.
Sonnet, maudis-nous tous… si la fuit le bonheur.
Ses rêves, défends-les comme on défend la fleur.
Jette ton feu dès que se mouille sa paupière.

Tous mes pleurs sont pour elle. Oh! ne le dis jamais !
Elle en rirait. Tous les poèmes que je fais,
Mais ne le lui dis pas non plus, tous, sont pour elle.

Dans l’immense folie aboutit mon chemin.
Mais quand brille, à minuit, ta lumière si belle,
Sur ses cheveux, pour moi, dépose un baiser fin.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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JAMAIS PLUS ! (Noël Bazan)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



JAMAIS PLUS !

Quand le printemps revient, sous l’ombre des saulaies,
Mirer son jeune front à la fraîcheur des eaux,
Et rendre au bois feuillu toutes les notes gaies
Qu’en bâtissant leur nid fredonnent les oiseaux,

Quand la fleur d’aubépin se courbe sous une aile,
Que le blé qui grandit estompe les sillons,
Que le muguet s’entr’ouvre, et que, sur sa dentelle,
A travers le soleil, volent les papillons,

L’esprit chargé de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je vais, comme l’on va vers une ensevelie,
Écarter un linceul et contempler l’amour.

Il est là, pâle et froid, la paupière fermée,
Le coeur ne battant plus, et, cependant, si beau!
Insensible à ma voix, jadis la voix aimée,
Endormi pour jamais dans la nuit du tombeau.

Je mets, les yeux en pleurs, ma lèvre sur sa bouche,
Je lui dis : « Viens, je t’aime!… Ecoute, tout renaît!
Viens! C’est moi qui te parle et c’est moi qui te touche!»
Mais il ne me répond ni ne me reconnaît.

« Mon amour, mon amour, éveille-toi, c’est fête!
La violette a mis son étoile au gazon,
C’est la saison d’aimer, pour aimer je suis prête,
C’est la délicieuse et divine saison!

« Viens !… nous irons encor, sous la lune attiédie,
Redire les serments que tu m’as répétés ! »
Mais sa main de ma main s’échappe, refroidie,
Et l’arc brisé d’Eros demeure à ses côtés.

Il n’est plus ! je maudis le sourire des choses,
Le velours de la mousse et la paix des étangs;
Je maudis la nature et ses métamorphoses,
Je maudis le soleil, je maudis le Printemps,

Et, l’esprit plein de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je laisse ma jeunesse, hélas! ensevelie,
S’endormir pour jamais au tombeau de l’Amour!

(Noël Bazan)

Illustration: Emile Vernon

 

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Je maudis (Théodore Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 

Euan MacLeod

Je maudis les fiertés, les beautés et les cieux,
Je maudis mon vouloir, mon désir et mes yeux,
Je louerais les beautés, cieux et persévérance,

Si sa beauté voulait animer sa pitié,
Si les cieux inclinaient sur moi son amitié,
La dure fermeté, si elle était constance.

(Théodore Agrippa d’Aubigné)

Illustration: Euan MacLeod

 

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Les mains (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2018



Les mains

Avec quelque maladresse
Les mains se tendent vers l’ami
Elles caressent le vide
Mais répondent aux appels
Elles s’écorchent aux pierres
Et murmurent des paroles indistinctes
Elles étreignent les corps
Plongent dans les cheveux
Et parlent d’amour
En touchant les visages
Elles partagent le pain et versent le vin
Elles cueillent les fleurs et les offrent
Elles coupent les gerbes
Et cueillent les fruits
Elles bénissent le jour
Et maudissent la nuit

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Poème pour mon ombre (Marie-Célie Agnant)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 Ettore Aldo Del Vigo 1_1280

Poème pour mon ombre

grises ou mordorées
quand autour des rêves
s’estompent les brumes
demeure le désenchantement

paumes vers le ciel affronter le renoncement

fais appel si le coeur t’en dit
aux diseuses de bonne aventure
supplie-les de te redire
l’éblouissement
les miracles
quémande les vertiges
face contre terre maudis le chant des sirènes

il y a un homme disent-elles toujours
qui vous regarde
qui nous regarde
l’amour est là
il était là
au début
il était

très tôt tu apprendras
ce poids de la soif
hydre d’eau douce à la chair amère
rocher informe
lourdement
au plus profond de toi
de matière vivante
très tôt tu seras
matière inerte
deviendras
d’un tout
deviendras
ne seras
que
plus que
rien que
fragments épars

le temps poursuit sa route
voyage interminable
nulle terre en vue

l’entêtement est souvent un ennemi tenace

réinvente si tu peux les premières lueurs
réapprends situ veux le désir
mais surtout

invite ton ombre à te tenir compagnie

(Marie-Célie Agnant)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

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Qui suis-je ? Que suis-je ? (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Qui suis-je ? Que suis-je ? Tout juste un songe-creux
Qui a perdu la clarté de ses yeux
Dans les ténèbres. J’ai vécu cette vie comme il faut
Sur cette terre, de concert avec les autres.

Nous nous embrassons par habitude,
Et puis j’ai tant embrassé.
Ainsi je dis des mots d’amour
Comme on gratte des allumettes.

Bien-aimée, ma chérie, pour toujours,
Mais dans l’âme ça ne bouge pas.
Éveille le désir chez l’homme :
Sa vérité tu ne la trouves pas.

C’est pour cela qu’il ne m’est pas cruel
De ne pas désirer, d’exiger de flamme,
Et toi, mon vivant bouleau, toi,
Tu es créé pour beaucoup et pour moi.

Toujours à la recherche de ce que j’aime,
Et dans une peu amène captivité,
Je ne suis pas jaloux,
Je ne te maudis pas.

Qui suis-je? Que suis-je? Tout juste un songe-creux
Qui a perdu la clarté de ses yeux
Dans les ténèbres, et je t’aimais comme on doit
Sur cette terre, de concert avec les autres.

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Poèmes 1910-1925
Traduction:
Editions: La Barque

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