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Poésie

Posts Tagged ‘maudire’

Encore Un Matin (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Encore Un Matin

Encore un matin
Un matin pour rien
Une argile au creux de mes mains
Encore un matin
Sans raison ni fin
Si rien ne trace son chemin

Matin pour donner ou bien
matin pour prendre
Pour oublier ou pour apprendre
Matin pour aimer, maudire ou mépriser
Laisser tomber ou résister

Encore un matin
Qui cherche et qui doute
Matin perdu cherche une route
Encore un matin
Du pire ou du mieux
A éteindre ou mettre le feu

Un matin, ça ne sert à rien
Un matin
sans un coup de main
Ce matin
C’est le mien, c’est le tien
Un matin de rien
Pour en faire
Un rêve plus loin

Encore un matin
Ou juge ou coupable
Ou bien victime ou bien coupable
Encore un matin, ami, ennemi
Entre la raison et l’envie
Matin pour agir ou attendre la chance
Ou bousculer les évidences
Matin innocence, matin intelligence
C’est toi qui décide du sens

Un matin, ça ne sert à rien…

(Jean-Jacques Goldman)

Illustration

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Soirs de fête (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2019



Ernest Pignon-Ernest mn

 

Soirs de fête

Je suis la Gondole enfant chérie
Qui arrive à la fin de la fête,
Pour je ne sais quoi, par bouderie,
(Un soir trop beau me monte à la tête !)

Me voici déjà près de la digue ;
Mais la foule sotte et pavoisée,
Ah ! n’accourt pas à l’Enfant Prodigue !
Et danse, sans perdre une fusée….

Ah ! c’est comme ça, femmes volages !
C’est bien. je m’exile en ma gondole
(Si frêle !) aux mouettes, aux orages,
Vers les malheurs qu’on voit au Pôle !

– Et puis, j’attends sous une arche noire….
Mais nul ne vient; les lampions s’éteignent ;
Et je maudis la nuit et la gloire !
Et ce coeur qui veut qu’on me dédaigne !

(Jules Laforgue)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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Mouettes (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2019



Pour elles c’est la faim,
L’espace de la faim

Et le temps de crier
L’espace avec leur faim,

Le temps de promener
L’espace dans leur faim,

D’accompagner la mer,
De maudire la mer

Qui ne sait pas borner
L’espace ni la faim.

(Guillevic)

Illustration: ArbreaPhotos

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Les alliés (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2019



 

J’ai des alliés
Que je ne connais pas.

J’ai des alliés
Qui me tiennent en vie,
Qui me donnent racine.

J’ai des alliés
Qui sont à mon côté,
Qui me prêtent main-forte.

Peut-être que ma vie
Se passe à les chercher.

Je sais, je crois savoir
Un peu quoi je maudis,
Je ne sais pas qui m’aide.

(Guillevic)

 

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Le printemps doucement (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Le printemps doucement
posait sur les arbres un baiser,
et le vert nouveau jaillissait
comme une verte fumée.

Les nuages passaient
sur la campagne juvénile…
J’ai vu sur les feuilles trembler
les fraîches pluies d’avril.

Dessous l’amandier fleuri,
tout chargé de fleurs,
— je m’en souviens —, j’ai maudit
ma jeunesse sans amour.

Aujourd’hui, au milieu de la vie,
je me suis arrêté pour méditer…
Oh! jeunesse jamais vécue,
que ne puis-je encor te rêver!

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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CHANSON DE LA FORTUNE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2018



 

Pino Settanni Roue de la Fortune

CHANSON DE LA FORTUNE

Comme elle a les yeux bandés,
Elle a d’abord demandé
Où aller.

Des maquignons qui passaient,
Des bagues à tous leurs doigts,
Ont entouré ses poignets
De leur fouet.

Elle a couché avec eux
Et ils ont coupé pour eux
Ses cheveux.

Et ils l’ont gardée depuis
Dans l’enceinte qui est faite
De leurs ventres.

Il ne faut pas la maudire
O vous tous qui supputiez
Ses sourires !
Elle ignore où elle va…
A ses poignets les cuirs gras
Lui font mal.

C’est ce bandeau, ce bandeau…
Oh ! derrière ce bandeau
Ses yeux peut-être sont beaux
Et pleins d’eau.

Qu’on arrache ce noir scel
Et nous la verrons, qui sait ?
Avec des yeux de pucelle,
Donner du pain aux moineaux.

(Charles Vildrac)

Illustration: Pino Settanni

 

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Maudire (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018


Arthure-Vers-le-centre-386080

 

Cherchant mon chemin
Vers le bord du temps
Ou pour le longer
Ou pour le quitter,
Quelquefois j’ai cru
L’avoir traversé
Et plus rien, personne,
Je ne maudissais.
Maintenant je vais
Plutôt vers le centre.

J’ai trop à savoir
Et maudire est loin

(Guillevic)

Illustration

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COLLIER DE PERLES (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Auguste Macke
    
COLLIER DE PERLES

Perles… rare collier… pures gouttes de pierre :
Sonnet… à son épaule apporte ta fraîcheur.
Je t’offre à cette femme. Et pourtant, plein d’ardeur,
Étrangle-la, Sonnet, si, ne daignant se taire,

Elle répond au scélérat cossu, prospère.
Sonnet, maudis-nous tous… si la fuit le bonheur.
Ses rêves, défends-les comme on défend la fleur.
Jette ton feu dès que se mouille sa paupière.

Tous mes pleurs sont pour elle. Oh! ne le dis jamais !
Elle en rirait. Tous les poèmes que je fais,
Mais ne le lui dis pas non plus, tous, sont pour elle.

Dans l’immense folie aboutit mon chemin.
Mais quand brille, à minuit, ta lumière si belle,
Sur ses cheveux, pour moi, dépose un baiser fin.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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JAMAIS PLUS ! (Noël Bazan)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



JAMAIS PLUS !

Quand le printemps revient, sous l’ombre des saulaies,
Mirer son jeune front à la fraîcheur des eaux,
Et rendre au bois feuillu toutes les notes gaies
Qu’en bâtissant leur nid fredonnent les oiseaux,

Quand la fleur d’aubépin se courbe sous une aile,
Que le blé qui grandit estompe les sillons,
Que le muguet s’entr’ouvre, et que, sur sa dentelle,
A travers le soleil, volent les papillons,

L’esprit chargé de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je vais, comme l’on va vers une ensevelie,
Écarter un linceul et contempler l’amour.

Il est là, pâle et froid, la paupière fermée,
Le coeur ne battant plus, et, cependant, si beau!
Insensible à ma voix, jadis la voix aimée,
Endormi pour jamais dans la nuit du tombeau.

Je mets, les yeux en pleurs, ma lèvre sur sa bouche,
Je lui dis : « Viens, je t’aime!… Ecoute, tout renaît!
Viens! C’est moi qui te parle et c’est moi qui te touche!»
Mais il ne me répond ni ne me reconnaît.

« Mon amour, mon amour, éveille-toi, c’est fête!
La violette a mis son étoile au gazon,
C’est la saison d’aimer, pour aimer je suis prête,
C’est la délicieuse et divine saison!

« Viens !… nous irons encor, sous la lune attiédie,
Redire les serments que tu m’as répétés ! »
Mais sa main de ma main s’échappe, refroidie,
Et l’arc brisé d’Eros demeure à ses côtés.

Il n’est plus ! je maudis le sourire des choses,
Le velours de la mousse et la paix des étangs;
Je maudis la nature et ses métamorphoses,
Je maudis le soleil, je maudis le Printemps,

Et, l’esprit plein de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je laisse ma jeunesse, hélas! ensevelie,
S’endormir pour jamais au tombeau de l’Amour!

(Noël Bazan)

Illustration: Emile Vernon

 

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Je maudis (Théodore Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 

Euan MacLeod

Je maudis les fiertés, les beautés et les cieux,
Je maudis mon vouloir, mon désir et mes yeux,
Je louerais les beautés, cieux et persévérance,

Si sa beauté voulait animer sa pitié,
Si les cieux inclinaient sur moi son amitié,
La dure fermeté, si elle était constance.

(Théodore Agrippa d’Aubigné)

Illustration: Euan MacLeod

 

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