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Posts Tagged ‘(Maurice Carême)’

LA CUISINE SENT BON L’OSEILLE (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019



LA CUISINE SENT BON L’OSEILLE

La cuisine sent bon l’oseille.
La soupe fume sur la table.
La nappe jaune y est semblable
À un rectangle de soleil.

On croirait voir des pâquerettes
Fleurir sur le bord des assiettes.
Les fourchettes et les couteaux
Portent des clartés sur le dos.

Le sel montre son aile d’ange.
Dans un grand plat bleu, les oranges
Sont aussi gonflées que les joues

Des enfants impatients qui soufflent
Sur la fumée où, toute blanche,
Tourne royalement la louche.

(Maurice Carême)

Illustration: Paul Delvaux

 

 

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IL OFFRAIT DU COEUR (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019



 

IL OFFRAIT DU COEUR

Donc, il offrait du coeur
Avec un tel sourire
Qu’on s’empressait d’ailleurs
En tous lieux de le dire.

On en voulait partout,
Mais on finit pourtant
Par se demander où
Il en trouvait autant.

Et il riait dans l’ombre.
C’était son propre coeur
Vaste comme le monde
Qu’il offrait à la ronde,

Offrait pour un sourire
Qui répondait au sien,
Offrait rien que pour dire
Aux gens : « Portez vous bien »

(Maurice Carême)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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L’homme et le chien (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019




L’homme et le chien

Il ne voyait rien, il ne cherchait rien,
Il se contentait d’avoir un grand chien

A qui il parlait, à qui il riait
Comme à un ami qui lui ressemblait.

A deux, ils formaient sûrement quelqu’un,
Quelqu’un de très bon, quelqu’un de très bien

Traversant la vie sans souci aucun,
Simplement content d’être très content,

De ne désirer rien d’autre vraiment
Que d’être ici-bas un homme et un chien.

(Maurice Carême)

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Il a neigé (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019


Boule+à+neige+chat

Il a neigé dans l’aube rose,
Si doucement neigé
Que le chaton noir croit rêver.
C’est à peine s’il ose
Marcher.
Il a neigé dans l’aube rose.
Si doucement neigé
Que les choses
Semblent avoir changé.

Et le chaton noir n’ose
S’aventurer dans le verger,
Se sentant soudain étranger
A cette blancheur ou se posent,
Comme pour le narguer,
Des moineaux effrontés.

(Maurice Carême)

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Deux petits éléphants (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019


 

C’était deux petits éléphants,
Deux petits éléphants tout blancs.

Lorsqu’ils mangeaient de la tomate,
Ils devenaient tout écarlates.

Dégustaient-ils un peu d’oseille,
On les retrouvait vert bouteille.

Suçaient-ils une mirabelle,
Ils passaient au jaune de miel.

On leur donnait alors du lait:
Ils redevenaient d’un blanc tout frais.

Mais on les gava, près d’Angkor,
Pour le mariage d’un raja,

D’un grand sachet de poudre d’or.
Et ils brillèrent, ce jour-là,

D’un tel éclat que plus jamais,
Même en buvant des seaux de lait,

Ils ne redevinrent tout blancs,
Ces jolis petits éléphants.

(Maurice Carême)

 

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La peine (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



La peine

On vendit le chien, et la chaîne,
Et la vache, et le vieux buffet,
Mais on ne vendit pas la peine
Des paysans que l’on chassait.

Elle resta là, accroupie
Au seuil de la maison déserte,
A regarder voler les pies
Au-dessus de l’étable ouverte.

Puis, prenant peu à peu conscience
De sa force et de son pouvoir,
Elle tira d’un vieux miroir
Qui avait connu leur présence,

Le reflet des meubles anciens,
Et du balancier, et du feu,
Et de la nappe à carreaux bleus
Où riait encore un gros pain.

Et depuis, on la voit parfois,
Quand la lune est dolente et lasse,
Chercher à mettre des embrasses
Aux petits rideaux d’autrefois.

(Maurice Carême)


Illustration

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Le chat et le soleil (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



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Illustration: ArbreaPhotos
    
Le chat ouvrit les yeux,
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta.

Voilà pourquoi, le soir,
Quand le chat se réveille,
J’aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil.

(Maurice Carême)

 

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Le brouillard d’Automne (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



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Le voici devenu fantôme.
Le voici s’approchant du seuil
Où il jouait seul, autrefois,
Enfant triste au milieu des feuilles
Que semait le brouillard d’automne.

Le voici brouillard à son tour
Et se penchant avec amour.

Le voici prenant dans ses bras
L’enfant seul qui joue sans l’entendre,
Et comprenant soudain pourquoi,
Dans les automnes d’autrefois,
Le brouillard lui semblait si tendre.

(Maurice Carême)

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Automne en ville (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



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Automne en ville

Les quelques arbres de la ville,
Avec un ensemble émouvant,
Font pleuvoir leurs feuilles tranquilles
Sur les enfants.

Et l’on dirait que dans les rues
Et dans les cours où l’ombre dort,
Une main inconnue
Fait doucement pleuvoir de l’or.

Les tramways vont, les autos filent,
Les gens se pressent sans rien voir,
Un avion fait sur la ville
Une ombre de grand oiseau noir.

Un large soleil de nickel
Brille, glacé, aux devantures.
Plus un ange ne s’aventure
Sur les hauts trapèzes du ciel.

Et polie ainsi qu’un ivoire
Derrière un petit rideau blanc,
Une vieille sourit de voir
S’affairer sans fin les passants.

(Maurice Carême)

 Illustration

 

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Reflet des choses (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



 

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Reflet des choses

Je suis le reflet des choses;
Je ris jusqu’au bout des doigts.
Je ne suis ni vert ni rose,
Je suis vous et je suis moi.

Hé! je me métamorphose
Parfois en petit Chinois,
Je suis le reflet des choses;
Je ris jusqu’au bout des doigts.

Oui, je ris, je ris sans cause
De tout, de vous et de moi.
Jamais je ne me repose.
Je luis partout à la fois.
Je suis le reflet des choses.

(Maurice Carême)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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