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Posts Tagged ‘mausolée’

Beaux comme des morts (Constantin Cavafis)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



 

Ferdinand Hodler the-dying-valentine-gode-darel

Beaux comme des morts qui n’ont point vieilli,
enfermés au milieu des larmes dans un mausolée splendide,
le front ceint de roses et jasmins aux pieds –
tels sont les désirs qui nous ont quittés
sans s’être accomplis; sans qu’aucun n’atteigne
à une nuit de volupté ou à son lumineux matin.

(Constantin Cavafis)

Illustration: Ferdinand Hodler

 

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Esthétique (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018



 

 

Illustration: Franz Skarbina
    
Esthétique

Je fais la cour à ma Destinée ;
Et demande:  » Est-ce pour cette année ?  »

Je la prends par la douceur, en Sage,
Tout aux arts, au bon coeur, aux voyages….

Et vais m’arlequinant des défroques
Des plus grands penseurs de chaque époque….

Et saigne ! en jurant que je me blinde
Des rites végétatifs de l’Inde…..

Et suis digne, allez, d’un mausolée
En pleine future Galilée !

De la meilleure grâce du monde,
Donc, j’attends que l’Amour me réponde….

Ah ! tu sais que Nul ne se dérange,
Et que, ma foi, vouloir faire l’ange….

Je ferai l’ange ! Oh ! va, Destinée,
Ta nuit ne m’irait pas chiffonnée !

Passe ! et grâce pour ma jobardise….
Mais, du moins, laisse que je te dise,

Nos livres bons, entends-tu, nos livres
Seuls, te font ces yeux fous de Survivre

Qui vers ta Matrice après déchaînent
Les héros du viol et du sans-gêne.

Adieu. Noble et lent, vais me remettre
A la culture des Belles-Lettres.

(Jules Laforgue)

 

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Alors que nous nous effaçons… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
Alors que nous nous effaçons…

Alors que nous nous effaçons,
Ainsi qu’au penchant des saisons
L’or des éphémères moissons;

Que sous les paupières qui saignent
Et dans les larmes qui les baignent
Tant de regards blessés s’éteignent;

Que, du soleil abandonnés,
Cendreux bleuets embruinés,
Tant d’yeux humains se sont fanés;

Que pareilles aux flots qui roulent,
Leur cours aux grèves qui s’écroulent,
Les générations s’écoulent,

Et qu’à l’abîme qu’il pressent
Chaque homme va disparaissant,
Tel un naufragé pâlissant,

Pendant qu’aux pentes des vallées
Filtrent, des tombes descellées,
Et du marbre des mausolées,

Et des sépulcres crevassés
Sous les vieux ormes délaissés,
Tourbillons par le vent poussés,

Tant d’ombres et de cendre vaine,
O Nature calme et sereine,
Tu te dresses comme une reine,

Et debout à travers le temps,
Toujours jeune et sans changement,
Subsistant invinciblement,

Tu souris, entre tes mains pures
Tenant, aux riches ciselures,
La clef d’or des aubes futures,

Et moi qui fuis comme le vent,
– Vers quel horizon décevant? –
Atome d’infini rêvant;

Emporté par quel noir quadrige
Que l’heure hâtivement fustige,
Il me reste, dans ce vertige,

Et du néant sombre guetté,
Ce bonheur d’avoir reflété,
Nature, et compris ta Beauté,

Cet espoir profond de renaître
Aux bourgeons emmiellés des hêtres,
Aux chansons des huppes champêtres,

Au cours des ruisseaux opalins,
Aux frissons bleuissants des lins,
Au rire emperlé des matins!…

(Marie Dauguet)

 

 

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Retouche à l’abandon (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017




    
retouche à l’abandon

reptile du silence dans les sables

un homme à contre-jour
garde le mausolée du ciel
son ombre est en couleur

le figuier mort dans l’étendue
est le reflet de sa prière

(Daniel Boulanger)

 

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UNE ROSE POUR… (Oscar Milosz)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



UNE ROSE POUR…

Une rose pour l’amante, un sonnet pour l’ami,
Le battement de mon cœur pour guider le rythme des rondes;
L’ennui pour moi, le vin des rois pur mon ennui,
Mon orgueil pour la vanité de tout le monde,
Ô noble nuit de fête au palais de ma vie !

Et la complainte, pour mon secret, dans le lointain,
De la citronnelle, et de la rue, et du romarin…

Le rubis d’un rire dans l’or des cheveux, pour elle,
L’opale d’un soupir, dans le clair de lune, pour lui:
Un nid d’hermine pour le corbeau du blason;
Pour la moue des ancêtres ma forme qui chancelle
D’illusions et de vins dans les miroirs couleur de pluie,

Et pour consoler mon secret, le son
Des rouets qui tissent la robe des moribonds.

Un quart d’heure et une bague pour la plus rieuse,
Un sourire et une dague pour le plus discret;
Pour la croix du blason, une parole pieuse.
Le plus large hanap pour la soif des regrets,
Une porte de verre pour les yeux des curieuses.

Et pour mon secret, la litanie désolée
Des vieilles qui grelottent au seuil des mausolées.

Mon salut pour la révérence de l’étrangère,
Ma main à baiser pour le confident,
Un tonneau de gin pour la gaie misère
Des fossoyeurs; pour l’évêque luisant
Dix monnaies d’or pour chaque mot de la prière.

Et pour la fin de mon secret
Un grand sommeil de pauvre dans un cercueil doré.

(Oscar Milosz)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Ceinture d’arbres (Patricia Castex Menier)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2017



 

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Ceinture
d’arbres autour du mausolée:

l’idée
de mort adoucie
par le cercle.

(Patricia Castex Menier)

Illustration

 

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Le corps d’Eurydice (3/4) (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2017



Elle a relevé un instant les yeux, entrouvert
Ses lèvres comme pour dire quelque chose, tout haut.
Elle s’est appuyée sur son coude, la main
Qui écrivait, maintenant soutient la tête. Elle
Se sent déchirée par la joie et par la peur,
Et le désir, et l’agonie du désir. Encore obscure,
Pourtant dévorée par des flammes qui n’éclairent pas.
Les mots, consumés, resplendissent, redeviennent
Des lèvres brûlantes, ou les marques sur la peau
D’une bouche avide. Elle rêve en finir
Avec ce brasier d’images, en finir avec les jours
Noirs, la mise en page du noir. Finir en beauté
Dit-elle, l’éclat de ce geste, seul resterait:

« Regarde-moi encore, sous ton regard je vacille,
Sous ton souffle je danse. Et j’étais
Ce bois mort, cette bûche lourde,
Inerte et froide. Regarde-moi comme une émotion
Concrète, du bois pour la lumière. L’amour. »

Elle dit aussi qu’elle est venue de là,
De l’emplacement de la mort qui est en nous.
Qu’elle est entrée sans faire de bruit
Dans le corps amoureux de la parole, – que
Morte, elle est entrée dans cette vie des images
Plus belle que l’existence chatoyante
Du soleil au milieu des feuillages de juin,
Et désirable comme l’eau où plongent
Les reflets des branches fleuries,
Plus sombre que le milieu de la mer,
Et plus émouvante aussi que le mot Jardin,
Que le mot Pluie, et le mot Souvenir:

« A l’amant qui m’a regardée dans le contre-jour
De la porte, adossé aux couleurs nombreuses,
Comme à la force de son désir, je n’aurais donc confié
Ni mon corps ni ma danse, le nom propre
De l’amour, seulement. La poésie? »

Répondant à l’appel, venant à pas furtifs
Vers lui, l’amant à la lyre. Ecoutant déjà
Par la porte entrouverte le bruissement des fontaines,
Et jouissant par avance de la fraîcheur
Des linges parmi les ombres bariolées
Et les parfums de la terrasse, – ce n’était pas
Pour un acte d’amour, pour la folle idée d’une étreinte
Quelle allait ainsi, sans crainte, vers son désir.
Elle le savait bien: l’acte projeté
C’était son propre meurtre. Elle allait entrer
Avec l’amant dans ce mausolée d’ailes
Et de fleurs envolées. Cruellement il allait
La distraire de sa chair, de sa vie,
Du destin qu’elle portait en elle:

« Telle fut notre façon de nous regarder,
De nous parler, de nous toucher.
Faites-moi l’amour, nous deux nous
Joignant dans l’adultère mort, et demeure
L’enfer vide, après moi. »

(Claude Adelen)

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Le Temps (Juana de Ibarbourou)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2016



Le Temps

Prends moi maintenant qu’il est encore tôt,
et que je porte des dahlias nouveaux dans la main;

Prends moi maintenant, tant qu’elle est noire,
ma taciturne chevelure,

maintenant que j’ai la chair odorante
et les yeux limpides et la peau de rose;

Maintenant que chausse ma plante légère
la sandale vive du printemps.

Maintenant que mes lèvres éclatent de rire
comme une cloche secouée à toute volée

Après… Ah, je sais bien
que plus tard, je n’aurai plus rien de tout cela !

Qu’ensuite ton désir sera inutile,
comme une offrande posée sur un mausolée.

Prends moi maintenant qu’il est encore tôt
et que j’ai la main riche de nards !

Aujourd’hui, et non plus tard. Avant le crépuscule
et le flétrissement de la fraîche corolle.

Aujourd’hui, et non demain ! Oh, Amant ! Ne vois tu pas
que sur la vigne poussera le cyprès ?

***

LA HORA

Tómame ahora que aún es temprano
Y que llevo dalias nuevas en la mano.

Tómame ahora que aún es sombría
Esta taciturna cabellera mía.

Ahora, que tengo la carne olorosa.
Y los ojos limpios y la piel de rosa.

Ahora, que calza mi planta ligera.
La sandalia viva de la primavera.

Ahora, que en mis labios repica la risa
Como una lampara sacudida a prisa.

Despúes… ¡ah, yo sé
Que ya nada de eso más tarde tendré!

Que entonces inútil será tu deseo
Como ofrenda puesta sobre un mausoleo.

¡Tómame ahora que aún es temprano
Y que tengo rica de nardos la mano!

Hoy, y no más tarde. Antes que anochezca
Y se vuelva mustia la corola fresca.

Hoy, y no mañana. Oh amante, ¿no ves
Que la enredadera crecerá ciprés?

(Juana de Ibarbourou)

 

 

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Sable et sel (André Devynck)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2016



Tombeau d’un arbre
l’arbre ou le poète :
Je secoue
mon socle brut.
Archange fou
j’habite un mausolée de ruines.
Je roule
sur mon erre de racines.
Je hante obscurément
les pluies nacelles.
Au bleu
au vrai du ciel
je dédie un adieu aux oiseaux.
J’aile
ma nuit
d’espace à faire feu.

(André Devynck)

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In Memoriam J.J. RABEARIVELO poète malgache (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2016




in Memoriam Jean-Joseph Rabearivelo
poète malgache

I

Je suis venu revoir les lieux où tu t’endors.
Je n’ai pu retenir mes sanglots et mes larmes.
Le souvenir n’est-il, à l’ombre de la mort,
Qu’un éclair sans éclat dans une nuit sans charmes ?

O mon ami, voici ce qui reste de toi :
Un peu de terre rouge où des chiendents sauvages
Suivent nonchalamment le -destin- de leur loi.
La mort et la ruine emmêlent leurs ravages.

La Solitude, soeur fidèle des tombeaux,
Garde dans son manteau ton rêve et ton mystère.
Une pierre, immobile, un couple de corbeaux,
Sont-ils les seuls veilleurs aux portes de la terre ?

II

J’ai beau crier ton nom aux vallons d’alentour :
Nul écho ne répond aux syllabes sonores.
Le buisson est muet. L’espace reste sourd.
Tout est calme et serein comme une claire aurore.

Ton Emyrne, O Poète, a trahi les serments.
Au pied du mausolée où ton âme médite,
Expirent quelquefois de lointains aboiements
Semblables aux sanglots de quelques voix maudites.

Mais partout le silence et partout l’abandon.
Le sommeil éternel triomphe de tes songes.
J’ai réveillé parmi la ronce et le chardon
Un arrière-refrain du Chant qui te prolonge.

III

La nature sourit et revêt sans remords
La splendeur d’un azur qui n’a point de limites.
Le ciel que nous peuplions de voeux pour notre sort
Range notre destin aux grandeurs des termites.

Ah ! que chanter encore et que dire de plus
Qui ne marque l’éclat et l’emprise du sable.
L’homme est un pèlerin au seuil d’un tumulus ;
Que sert de se parer de lauriers périssables !

Mais je vois refleurir sur les flancs des remparts
Les roses et les lis dont quelques mains pieuses
Ont jadis apprêté l’heure de ton départ.
Je vois croître en beauté les collines heureuses.

IV

Les cimes dont tes vers ont fixé les langueurs
N’ont pas, pour te pleurer, changé leur attitude.
Sur la face des rocs, des choses, dans les odeurs
S’inscrit en feux dorés la noire ingratitude.

L’Oubli, comme un vautour qui de gloire se tord,
Impérialement plane et bâtit son aire
Sur le tertre désert qu’un sombre figuier tors
Couvre d’une tristesse immense et millénaire.

Seul, l’arbre des hauts-lieux, dont tu prisais l’orgueil
Oppose au grand azur qui s’emplit de lumières
L’auguste frondaison de ses rameaux en deuil
Et semble un renouveau de tes forces premières.

V

Peut-être sa racine errant dans les limons
Trempe sa sève antique au sang de ta jeunesse.
Faut-il, O mon ami, que le gardien des monts
D’un siècle à l’autre ainsi de nos souffles renaisse ?

Est-ce là pour la vie un terme glorieux ?
Oh ! dis-moi, toi qui sais les énigmes des choses
Quel mirage a séduit ton esprit curieux
Pour t’enivrer d’espoir en les Métamorphoses ?

Par quels rayons nouveaux tes yeux sont-ils dorés ?
La barque dont ta main a brisé l’armature,
Ah ! quelles cargaisons de bonheurs ignorés
T’a-t-elle su promettre au port de l’Aventure ?

VI

Je ne viens pas troubler ton rêve évanoui.
Mais l’éclair d’un regard et le pli d’une rose
N’auraient-ils pu suffire à ton coeur ébloui
Pour chanter sur la route un hymne moins morose !

Laisse, Ami, laisse-moi devant ton frais tombeau,
Parmi l’oubli des odeurs, la vanité des choses,
Ecouter la Sagesse en ce désert enclose
Et conjurer la mort dans l’attente du Beau.

Qu’est-ce la vie en somme et que dois-je en attendre,
Puisque tout doit périr et fumier devenir !
O Poète, les yeux fermés sur l’avenir,
Je n’ai pas à presser l’heure qui doit descendre,

Et je reste les bras croisés et le coeur tendre…

(Jacques Rabemananjara)

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