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Poésie

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Dix maximes pour la marche (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration:  Bénédicte Muller
    
Dix maximes pour la marche

Qui cherche une soeur gerce de douceur
qui cherche pourquoi herse toujours soi

qui hisse l’ennui la nuit le dévisse
qui tranche ses veines épanche sa peine

qui tue le lundi pue le vendredi
qui pâlit d’un pleur meurt au lit d’un râle

qui patauge en songe jauge le mensonge
qui hèle l’effroi cisèle sa croix

qui freine sa main traîne son chagrin
qui prouve le feu
les cieux le recouvrent.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Attention (Ikkyû)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



 

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Un jour, un homme du peuple dit au Maître Ikkyu :
— Maître, vous plairait-il d’écrire pour moi quelques maximes de la plus haute sagesse ?
Ikkyu prit immédiatement son pinceau et écrivit le mot « Attention ».
— C’est tout ? demanda l’homme. N’ajouterez-vous pas quelque chose ?
Ikkyu écrivit alors deux fois de suite : « Attention. Attention. »
Irrité, l’homme lui dit :
— Je ne vois vraiment pas beaucoup de profondeur ou de subtilité dans ce que vous venez d’écrire.
Alors Ikkyu écrivit le même mot trois fois de suite : « Attention. Attention. Attention. »
L’homme, presque en colère, demanda : Que signifie ce mot, en fin de compte ?
Et Ikkyu répondit gentiment : « Attention signifie attention. »

(Ikkyû)

 

 

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L’HOMME ET SON IMAGE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



 

L’HOMME ET SON IMAGE

Un homme qui s’aimait sans avoir de rivaux
Passait dans son esprit pour le plus beau du monde.
Il accusait toujours les miroirs d’être faux,
Vivant plus que content dans son erreur profonde.
Afin de le guérir, le sort officieux
Présentait partout à ses yeux
Les Conseillers muets dont se servent nos Dames :
Miroirs dans les logis, miroirs chez les Marchands,
Miroirs aux poches des galands,
Miroirs aux ceintures des femmes.
Que fait notre Narcisse ? Il va se confiner
Aux lieux les plus cachés qu’il peut s’imaginer
N’osant plus des miroirs éprouver l’aventure.
Mais un canal, formé par une source pure,
Se trouve en ces lieux écartés ;
Il s’y voit ; il se fâche ; et ses yeux irrités
Pensent apercevoir une chimère vaine.
Il fait tout ce qu’il peut pour éviter cette eau ;
Mais quoi, le canal est si beau
Qu’il ne le quitte qu’avec peine.

On voit bien où je veux venir.
Je parle à tous ; et cette erreur extrême
Est un mal que chacun se plaît d’entretenir.
Notre âme, c’est cet Homme amoureux de lui-même ;
Tant de Miroirs, ce sont les sottises d’autrui,
Miroirs, de nos défauts les Peintres légitimes ;
Et quant au Canal, c’est celui
Que chacun sait, le Livre des Maximes.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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