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Poésie

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Les jeunes filles torturées (Benjamin Péret)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2019




Les jeunes filles torturées

Près d’une maison de soleil et de cheveux blancs
une forêt se découvre des facultés de tendresse
et un esprit sceptique

Où est le voyageur demande-t-elle

Le voyageur forêt se demande de quoi demain sera fait
Il est malade et nu
Il demande des pastilles et on lui apporte des herbes folles
Il est célèbre comme la mécanique
Il demande son chien
et c’est un assassin qui vient venger une offense

La main de l’un est sur l’épaule de l’autre
C’est ici qu’intervient l’angoisse une très belle femme en
manteau de vison

Est-elle nue sous son manteau
Est-elle belle sous son manteau
Est-elle voluptueuse sous son manteau
Oui oui oui et oui
Elle est tout ce que vous voudrez
elle est le plaisir tout le plaisir l’unique plaisir
celui que les enfants attendent au bord de la forêt
celui que la forêt attend auprès de la maison

(Benjamin Péret)

 

 

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Un fakir part à la recherche de la pierre philosophale (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
Un fakir part à la recherche de la pierre philosophale,
celle qui convertit le plomb en or.
Il prend les chemins de tous les exils,
passant d’un lieu à l’autre afin de trouver cette pierre,
l’une de ces présences à peine aperçues dont la poésie tire sa fulguration.

Pour se simplifier la tâche, il s’est passé à la taille une ceinture de cuivre et,
selon qu’il va, chaque fois qu’il voit une pierre qui pourrait être celle qu’il cherche,
il s’en saisit et la frotte contre son ventre : hélas, rien ne se passe.
Les journées s’écoulent, et les années.

Il fait toujours le même geste d’une manière de plus en plus mécanique :
chaque fois qu’il trouve une pierre susceptible d’être celle qu’il quête,
il la prend, la frotte contre sa ceinture, puis la jette et continue sa route.
Car à quoi bon ?
Finalement, il désespère.

Puis un jour, par hasard, il regarde sa ceinture.
Elle brille, elle étincelle, elle flambe.
À quel moment le cuivre s’est-il métamorphosé ?
Et lui-même, où donc et quand a-t-il rencontré la pierre ?
Il ne le sait pas et sans doute ne le saura-t-il jamais.
C’est ainsi.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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La couverture s’écarte (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



pied nu

La couverture s’écarte.
C’est une femme.
Un squelette de femme.
Elle est nue.
On voit les côtes et les os iliaques.
Elle remonte la couverture sur ses épaules,
continue à danser.
Une danse de mécanique.
Un squelette de femme qui danse.
Ses pieds sont petits,
maigres et nus
dans la neige.

(Charlotte Delbo)

 

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La vénus mathématique (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



venus

La vénus mathématique

Dans un journal à fascicules
J´ai lu en lettres majuscules
Qu´on ne peut vivre sans calcul
En ce siècle où les automates
Sont les grands rivaux des primates
Qu´on ne peut plus vivre sans maths

Comme d´ailleurs depuis toujours
Quel que soit l´homme et ses recours
On ne peut vivre sans amour

Moi qui tiens fermement à vivre
Et qui suis lucide autant qu´ivre
J´ai uni le lit et le livre

J´ai rencontré au point critique
La femme la plus érotique
Une Vénus mathématique
Vive la nouvelle Vénus mathématique!

Au bal de l´Hôtel Terminus
Je vis soudain cette Vénus
Qui embrasa mes cosinus

C´était la folle nuit du rythme
Au bras d´un jeune sybarite
Elle exhibait ses logarithmes

C´était pour moi un jour de bol
La voilà qui me carambole
D´un grand sourire en hyperbole

C´était la grande nuit du rut
Le temps de pousser un contre-ut
Je l´attaquai comme une brute

Grâce à son triangle et son pis
Aussi rond que le nombre Pi
Elle augmenta mon entropie
Vive la nouvelle Vénus mathématique!

Et moi, très vite, j´adorai
Cette enfant qui suivait de près
De toute science les progrès

Les manuels, les opuscules
Les courbes, les tests, les calculs
Lui tenaient lieu de crépuscules

Au saint nom des mathématiques
Elle appliqua ses statistiques
À nos étreintes frénétiques

Au diable les gens qui attifent
Leur passion de préservatifs
Ou de retraits intempestifs

Bientôt, nous réglâmes tous nos
Exercices abdominaux
Selon la méthode Ogino
Vive la nouvelle Vénus mathématique

Et la Vénus aux équations
Me fit goûter des sensations
D´une nouvelle dimension

Les entités humanoïdes
Aux formes hyperboloïdes
Charment les spermatozoïdes

Dans mon vieux grenier en spirale
Chaque soir, quel concert de râles
Quand je frôlais son intégrale

Elle avait uni sans histoire
La mécanique ondulatoire
Et les positions giratoires

Mes caresses venaient en troupe
Selon la théorie des groupes
Pour réunir jambes et croupes
Vive la nouvelle Vénus mathématique

Hélas, un jour, un jour funeste
Elle me fit passer un test
Qui lui démontra sans conteste
En comparant des numéros
Que j´étais un pauvre zéro
Elle prit la tangente au trot

Avec ses courbes inconnues
Dans l´espace discontinu
Elle s´en alla toute nue
Vive la nouvelle Vénus mathématique!

(Guy Béart)

 

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Au ras de l’eau un vol de cygnes (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration
    
Au ras de l’eau
un vol de cygnes
remonte le fleuve
et le lourd battement mécanique de leurs ailes
a fait taire les cris des enfants
jouant sur l’autre rive

(Jean-Pierre Chambon)

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Chaque nuage (Max-Henri de Larminat)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



Chaque nuage
est un morceau
de poésie en proie
à la mécanique
des fluides

(Max-Henri de Larminat)


Illustration: Lisbonne

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LIVRET DE GARANTIE (Ewa Lipska)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018




    
LIVRET DE GARANTIE

Notre mécanique à mariage
s’est soudain grippée.

Et tout en continuant
à éplucher les tomates
hacher l’ail
farcir la soirée
de conversations sur le sexe
consommer les souvenirs
les uns après les autres

nous cherchons anxieusement
un livret de garantie
qui saurait tenir parole.

(Ewa Lipska)

 

Recueil: Moi ailleurs l’écharde
Traduction: Isabelle Macor-Filarska et Irena Gudaniec-Barbier
Editions: Grèges

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Le corps (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2018




    
le corps n’est plus dans sa physique

la mécanique se grippe
se fausse doucement
sûrement

corps opaque
muet

mais qu’est-ce qu’on a à voir là-dedans

(Antoine Emaz)

 

Recueil: LIMITE
Traduction:
Editions: Tarabuste

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L’oiseau mécanique (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



 

Michelle Reader  oiseau mécanique -7 [1280x768]

L’oiseau mécanique

L’oiseau tête brûlée
Qui chantait la nuit
Qui réveillait l’enfant
Qui perdait ses plumes dans l’encrier

L’oiseau pattes de 7 lieues
Qui cassait les assiettes
Qui dévastait les chapeaux
Qui revenait de Suresnes

L’oiseau l’oiseau mécanique
A perdu sa clef
Sa clef des champs
Sa clef de voûte

Voilà pourquoi il ne chante plus.

(Robert Desnos)

Illustration: Michelle Reader

 

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Avec un cheval… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Avec un cheval…

Avec un cheval
Ou bien un chameau
On peut aller jusqu’au Sénégal
Avec dix chevaux
Par monts et par vaux
On peut aller jusqu’à l’hôpital
On peut même aller jusqu’au tombeau
Mais le plus beau
C’est qu’on a une contravention
Désolation
Pour avoir
Sans savoir
Encombré
Le pavé
Et maculé
L’asphalte avec son sang.
C’est inique
Agaçant
Pathétique
Et mécanique
Ce n’est plus dix chevaux
Mais plutôt dix chameaux
Moins la sobriété,
Car à votre santé,
Ça boit l’essence à flots
C’est inique
Agaçant
Pathétique
Épuisant
La dix chevaux
C’est une dix chameaux.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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