Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘médecin’

Souvenir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




Souvenir

Tu m’as inventée. Celle que tu imagines
N’existe pas, ne peut exister nulle part.
Chez les médecins, pas de remède ; pas de réconfort
chez les poètes.
Cette ombre, ce fantôme jour et nuit te persécute.

Notre rencontre eut lieu en une année invraisemblable.
Les forces du monde étaient à bout.
Tout portait le deuil. Tout déclinait, malade.
Rien de nouveau, sinon des tombes.

Plus de lumière. Flots de la Néva, noirs comme du goudron.
Nuit, tout autour, compacte, comme un mur.
C’est alors que ta voix m’a défiée.
Ce que je faisais, je ne le comprenais pas encore.

Tu es venu vers moi, comme conduit par une étoile,
Tu foulais aux pieds l’automne tragique,
Tu es entré dans la maison à jamais déserte,
D’où avait fui le vol des poèmes brûlés.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Fabienne Contat

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Sphinx (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    

Sphinx

Ils la trouvèrent, le crâne à demi défoncé,
tenant dans sa main roide un revolver brûlant.
Les badauds s’étonnaient. — Et l’ambulance
l’emporta vers l’hôpital jaune.

Une seule fois s’ouvrit sa paupière…
Nulle lettre, nul nom, — seuls une robe, un châle;
puis vint le médecin, questionnant à voix basse, —
puis le prêtre. — Elle resta muette et livide.

Pourtant, tard dans la nuit, elle voulut parler,
avouer… Personne dans la salle ne l’entendit.
– Un râle. — Et on l’emporta,
elle et sa souffrance. —

Et dehors nulle tombe.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au temps (Virginie Sampeur)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



 

Edward Okun 4_15

Au temps

Médecin de mon coeur naguère si souffrant,
qu’as-tu fait de mon mal que je regrette tant?
Rends-le-moi, je t’en prie;
Rends-moi mon autre vie;

Rends-moi des jours passés le langoureux soupir
et l’espoir décevant dont j’ai failli mourir,
Et mes douces chimères,
Et mes larmes amères!

Mon pauvre coeur va-t-il saigner encor, ô Temps?
Connaîtra-t-il encor la foi de ses vingt ans?
J’aurais trop peur d’y croire :
Cours à d’autres victoires!

(Virginie Sampeur)

Illustration: Edward Okun

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Soleil (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Soleil

[De la difficulté de convertir un Aztèque]
Une fois baptisé sous le nom d’Esteban, l’Aztèque se fixa à Mexico,
où il vécut d’une pension modique que lui faisait le gouvernement
en qualité de descendant de Montézuma.
Des doutes s’étaient élevés plusieurs fois sur la sincérité de sa conversion,
et on songeait à le faire passer de nouveau devant le saint-office, lorsqu’il tomba gravement malade.
Il demanda à voir un médecin: ses voisins, plus charitables, lui envoyèrent un prêtre.

—Frère Esteban, lui dit le prêtre, le moment est venu de recommander votre âme à Dieu.
—Je ne m’appelle pas Esteban, dit la cacique, on me nomme Tumilco. Allez-vous en.
—Songez à Dieu, mon frère.
—Ton Dieu n’est pas le mien, reprit Tumilco; qu’on ouvre les fenêtres.
On obéit à ce désir. Le soleil à son déclin brillait encore à l’horizon.
—Voilà mon Dieu, s’écria le cacique, c’est celui de mes pères. Soleil, reçois ton enfant dans ton sein.
—Le prêtre se cacha les yeux avec la main, fit le signe de la croix, et murmura: Vade retro Satanas.
—Vous empêcheriez plutôt le tournesol de suivre le marche du soleil,
que ces héritiques de revenir au culte de leur astre. Voilà ce qu’on a gagné à ne pas le brûler.

Le voisin charitable qui prononçait cette oraison funèbre, ne se doutait pas que Tumilco le cacique
n’était autre chose que l’incarnation du Tournesol.
En adorant le soleil, il ne faisait que suivre la loi de la nature.

(J.J. Grandville)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mon apaisement (Râbi’a)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



 

Aaron Westerberg    (7) [1280x768]

Mon apaisement, ô mes frères, est dans l’isolement
Car mon Aimé pour moi se fait Toute-Présence

A mon amour pour Lui je ne vois pas de substitut,
Vécu au sein de la multitude cet amour est ma dure épreuve

Où que je sois, Sa beauté m’est lieu de contemplation
Il est ma chaire d’enseignement, la niche de mon oraison

Si de cet excès je meurs et qu’Il n’en soit guère content
Mon séjour parmi les vivants ne m’aura été que malheur

Ô Toi, Médecin du coeur et Cime de mon désir,
Accorde-moi l’union en Toi, celle en qui l’âme cicatrise

Ô ma Fête, ô ma Vie, profuse éternité :
En Toi ma source ; en Toi, mon ivre ressource !

J’ai délaissé tout le créé par espérance
De m’unir à Toi, c’est la pointe de mon voeu !

(Râbi’a)

Illustration: Aaron Westerberg 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Y-a-t-il une voix pour répondre (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018



Illustration: Karen Lamonte
    
Y-a-t-il une voix pour répondre à qui t’appelle,
un médecin pour qui se plaint de toi,
De toi, toujours proche quand tu n’es pas là,
présente lorsque tu t’en vas ?
Comment pourrait t’oublier un amant
dont son aimée est la parure ?
Tu es, à tout prendre, la brise
que l’on accueille de plein coeur.
Je sais, par cette conviction intime
sur quoi se fonde assurément la vérité,
Que la beauté tient son secret
de ce qui se cache aux plis d’une robe.

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Examinez-vous (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
Examinez-vous.
Cela s’appelle réflexion, double réflexion,
se voir vivre, voir vivre les autres.
C’est la vie intérieure.

Ce qui fait un grand médecin ou un grand poète
ce n’est pas le nombre de livres qu’ils ont lus,
mais la qualité de leur vie intérieure :
la digestion des connaissances et l’enquête.

On demandait à Rockefeller comment il avait fait fortune :
«En cherchant comment on peut faire fortune avec chacun des objets que je touchais. »

Idem pour la poésie, la littérature.

(Max Jacob)

 

Recueil: Conseils à un jeune poète
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le vieux tilleul du chemin (Gustave Nadaud)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017



Quand de ses branches élancées
Les mille fleurs parfument l’air,
Par nous elles sont ramassées;
Les remèdes coûtent si cher!
Nous n’avons pas dans le village
De savant qui parle en latin;
Le médecin qui nous soulage,
C’est le vieux tilleul du chemin.

(Gustave Nadaud)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Puissé-je être pour toutes les créatures (Cantideva, Boddhicaryavatara)(Sagesse bouddhique)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    
Puissé-je être pour toutes les créatures
celui qui calme les douleurs !

Puissé-je être pour le malade le remède, l’infirmier, le médecin,
jusqu’à la disparition de la maladie !

Puissé-je être pour les pauvres un trésor inaliénable.

Puissé-je être le protecteur des abandonnés, le guide de ceux qui cheminent,
la barque, le gué, le pont pour ceux qui désirent l’autre rive,

Puissé-je être la lampe de ceux qui ont besoin de lampe,
le serviteur de ceux qui ont besoin de serviteurs.

(Cantideva, Boddhicaryavatara)(Sagesse bouddhique)

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Amour, signal étrange (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



Amour, signal étrange

Je les aime trop, sans savoir que je les aime,
les filles en route pour la prière.
Tombée du jour.
Elles non plus ne se savent pas aimées
par le garçon aux yeux baissés mais attentifs.
J’en regarde une, j’en regarde une autre, je sens
le signal silencieux de quelque chose
que je ne sais définir — plus tard je le saurai.
Ce n’est pas seulement Hermînia, ou Marieta,
ou Dulce ou Nazaré ou Carmen.
Toutes, elles me blessent — doucement,
elles passent sans le remarquer. Le jour tombant
déjà décompose les silhouettes, moi-même
je suis une ombre à la fenêtre du premier étage.
Que faire de ce sentiment
que je ne puis même nommer sentiment?
Je suis en train de me préparer à souffrir
tout comme les jeunes gens étudient pour devenir médecin
ou avocat.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Maurice Denis

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :