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Boubat (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2022



Boubat ne « prend » pas ses photographies, il les reçoit.
Il les accueille.

Quant à connaître précisément ce qui est ainsi accueilli,
c’est impossible.

Le savoir que nous avons d’une chose enferme cette chose sur nous-mêmes.
Dans l’accueil, c’est le mouvement inverse :

nous sommes ouverts à l’autre et,
pour tout dire, nous sommes un peu perdus.

Boubat ne connaît pas tout ce qu’il voit,
pas plus que je ne comprends tout ce que j’écris.

Le meilleur de nous arrive toujours à notre insu.

(Christian Bobin)

 Illustration: Edouard Boubat

 

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Aujourd’hui, le dégel (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2022



Illustration: Jill Battaglia
    
Aujourd’hui, le dégel, aujourd’hui,
Debout, près de la fenêtre, de nouveau
Apaisée, regard dégrisé, plus encore,
Et ma poitrine — plus libre.

Je ne sais pourquoi. Peut-être
L’âme simplement fatiguée,
Et sans envie de toucher
Au crayon rebelle.

Debout, ainsi, dans le brouillard —
Au loin du bien et du mal,
Je tambourine d’un doigt léger
Sur la vitre qui vibre à peine.

Ni meilleure ni pire — par l’âme,
Que le premier venu — au hasard —
Ou que les flaques dans lesquelles
Le ciel répand ses perles,

Ou qu’un oiseau qui passe,
Ou qu’un chien qui erre, ou,
Même, qu’une chanteuse pauvre
Qui ne m’a pas fait pleurer.

Déjà, mon âme a retrouvé
L’art subtil de l’oubli.
Dégel, aujourd’hui, dans l’âme,
Pour le vaste sentiment.

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Jean-Daniel

I

Ce jour-là, quand je t’ai vue,
j’étais comme quand on regarde le soleil;
j’avais un grand feu dans la tête,
je ne savais plus ce que je faisais,
j’allais tout de travers comme un qui a trop bu,
et mes mains tremblaient.

Je suis allé tout seul par le sentier des bois,
je croyais te voir marcher devant moi,
et je te parlais,
mais tu ne me répondais pas.

J’avais peur de te voir, j’avais peur de t’entendre,
j’avais peur du bruit de tes pieds dans l’herbe,
j’avais peur de ton rire dans les branches;
Et je me disais: «Tu es fou,
ah! si on te voyait, comme on se moquerait de toi! »
Ça ne servait à rien du tout.

Et, quand je suis rentré, c’était minuit passé,
mais je n’ai pas pu m’endormir.
Et le lendemain, en soignant mes bêtes,
je répétais ton nom, je disais: « Marianne… »
Les bêtes tournaient la tête pour entendre;
je me fâchais, je leur criais: « Ça vous regarde?
allons, tranquilles, eh! Comtesse, eh! la Rousse… »
et je les prenais par les cornes.

Ça a duré ainsi trois jours
et puis je n’ai plus eu la force.
Il a fallu que je la revoie.
Elle est venue, elle a passé,
elle n’a pas pris garde à moi.

II

Les amoureux, c’est pour les filles
comme un écureuil dans un arbre;
elles s’amusent à le voir grimper:
sitôt qu’il est loin, il est oublié.
Elles ne pensent qu’à des bagues,
à des chapeaux, à des colliers;
qu’est-ce que çа leur fait qu’on souffre?
sitôt qu’on est loin, on est oublié.

C’est des miroirs à alouettes,
ça brille à distance, mais, quand on est près,
ça n’est plus rien que des morceaux de verre.
Il faut être bien fou pour leur courir après.

Ces filles, c’est comme des poupées
faites avec des ficelles et du carton;
ça a des joues en porcelaine,
ça a le ventre plein de son.

Mais on a beau dire et beau faire,
on n’y peut rien:
quand on est pris, c’est qu’on l’est bien.

III

Je lui demandé pardon dans mes pensées
de l’avoir ainsi méprisée.
Je sais qu’elle est douce et qu’elle a bon coeur.

Je sais qu’elle ne me connaît pas
et qu’il serait bien étonnant
qu’elle eût fait attention à moi
puisqu’elle ne me connaît pas.

Seulement il est dur d’être seul quand on aime.
On est comme fou, on se met en colère,
on pleure, on rit, sans savoir pourquoi.
On n’est pas juste quelquefois,
tant on a mal au coeur qui aime.

Mon coeur a mal, et moi je suis
comme un oiseau qui s’est envolé
et qui ne peut plus se poser,
et qui se sent bien fatigué
loin de son nid.

IV

Elle vit avec sa mère qui est vieille.
Elle l’aide à tenir le ménage.
Elle lave la vaisselle,
elle fait le dîner et les savonnages,
elle travaille du matin au soir:
il n’y a pas beaucoup de filles
qui font comme elle leur devoir.

Quand elle coud, ses doigts vont vite
comme au jeu de pigeon vole,
sa tête se penche sous la lampe,
sous la lampe sa tête se penche,
elle est appliquée et vaillante.

Elle laisse passer les jours
sans regret du temps qui s’en va,
ayant bien employé ses heures.
Le temps s’en va, elle demeure;
et sa vie est comme un ruisseau
qui coule d’un cours bien régulier,
sous les frênes et les noisetiers,
avec les oiseaux qui viennent y boire
et l’ombre errante vers le soir
des arbres noirs sur le ciel rose.

Et les mois et les mois viendront:
quand sera-t-elle comme elle est,
bonne et gaie, à coudre et à faire la cuisine,
dans une maison qui serait à nous,
dans une maison qui serait notre maison?

V

Car, moi, je suis pauvre et sa mère est riche.
Elle a une ferme et des champs,
elle a de l’argent
tout plein son armoire.

Elle a des chevaux, des boeufs et des vaches,
deux domestiques toute l’année,
des ouvriers quand l’ouvrage est pressant;
sa grange est pleine, ses étames de même;
et elle veut un gendre qui soit riche comme elle.

Il faudrait sans doute qu’on vienne
et qu’on lui dise: «Donnez-moi
votre fille, j’ai du bien
autant que vous;
j’ai comme vous des prés, des vaches et des bois,
alors c’est à égalité, n’est-ce pas ? »
Mais qu’on aime sa fille, elle n’y pense même pas.

Elle aura pour gendre un coureur d’auberges,
une espèce de beau parleur
qui fait briller ses écus
pour qu’on sache qu’il a de quoi…
Et je n’ai que mon amour, moi.

Seulement aussi amenez-m’en un
qui travaille davantage,
qui boude moins à l’ouvrage,
qui se lève de plus grand matin.

Je dis que des bons bras, c’est de l’argent comptant;
et je porterais des montagnes,
si on me disait: C’est pour Marianne.

VI

Quand le jour est mort, une lampe brille.
C’est la lampe, la petite lampe
que tu as à ta fenêtre,
Marianne, par les temps noirs,
pour les pauvres gens qui sont sur les routes.

On n’a plus peur; on voit de loin la lampe, on dit:
« C’est la lampe de Marianne,
elle est à coudre dans sa chambre avec sa mère »;
et on va vers la lumière,
parce qu’on sait que la porte s’ouvrira.

C’est comme une étoile, celle
qui guidait les bergers dans la nuit de Noël
et ils ont été amenés par elle
dans l’étable chaude où était la crèche
entre le boeuf et l’âne.

Là où la lampe brille, là aussi il fait chaud.
Celui qui vient pousse la porte et dit bonsoir.
On ne voit pas ses yeux sous son grand chapeau.
Sa moustache est givrée, il se fait déjà tard,
et il tient à la main un gros bâton d’épine.

Moi, je suis comme un papillon de nuit
qui tourne autour de la lumière.
Je me glisse le long des murs comme un voleur
pour te voir par la fenêtre.

Je n’ose pas entrer; je n’ose pas heurter;
je regarde de loin
le linge que tu tiens.
Je reste ainsi longtemps sans bouger de mon coin,
les yeux tendus vers toi,
mais c’est mon coeur qui va pour moi.

Il va vers toi, il se tient bien tranquille;
il est dans l’ombre de tes rideaux
il est dans l’aiguille qui brille,
il est dans le fil que tu casses
de temps en temps entre tes dents.

A quoi songes-tu? Sais-tu que je suis là?
Quand je te vois rêver, je pense que c’est à moi;
je ris ensuite de ma sottise.
Mais j’attends quand même
et sans savoir quoi,
jusqu’à ce que ta lampe s’éteigne.

VII

Le dimanche matin, elle va à l’église.
Le clocher a l’air d’un peu se pencher
pour mieux voir les fleurs dans les prés
comme ferait une petite fille
qui cueille un bouquet en chantant;
et la cloche dans le clocher
sonne d’abord un long moment.

Les femmes passent deux par deux;
elles sont en noir par respect pour le bon Dieu,
elles ont leur psautier dans la main.

Les hommes attendent qu’elles soient entrées
devant le porche en causant du beau temps,
du prix du bétail, des travaux des champs;
et il y a tant d’oiseaux dans les haies
que les branches se balancent
comme quand il fait du vent.

Alors, elle aussi, elle vient, elle a des gants blancs,
une robe bleue, un chapeau de paille;
elle traverse la place,
elle entre, je ne la vois plus.

La cloche se tait, le sonneur descend,
ses gros souliers dans l’escalier
font un bruit comme quand on bat en grange;
les gens dans l’église attendent en silence;
le pasteur, avec sa robe noire,
son chapeau de soie et son rabat blanc,
approche d’un air grave dans l’ombre des arbres.
Et je me sens si seul que je voudrais pleurer…

Je serais sur le banc, assis à côté d’elle;
quand elle chanterait, j’écouterais sa voix
et elle pencherait la tête pour prier.

VIII

Comme tu es jolie sur le petit sentier,
où tu vas, portant ton panier
avec le pain et le café
pour les quatre-heures.
L’ombre des cerisiers glisse sur tes épaules,
il fait chaud, les gens se reposent,
assis dans l’herbe, tout en causant,
et, te voyant venir, ils disent:

« Voilà Marianne avec son panier. »
Ils sont contents, parce qu’ils ont faim,
ayant travaillé qu’ils n’en peuvent plus
et le foin qui sèche sent fort au soleil.

Ils te disent: «Vous avez fait
la paresseuse! »
Tu dis: « Mais non, il n’est pas quatre heures. »
Un des ouvriers regarde à sa montre,
il dit: « Que si! il est quatre heures et cinq! »
Et tout le monde
éclate de rire sans savoir pourquoi.

C’est peut-être que le café
est meilleur quand tu le verses.
Tu fais plaisir à regarder
avec ton gros jupon d’indienne;
tu fais plaisir avec cette façon que tu as
de sourire en tendant la miche
et d’avoir soin qu’on soit toujours servi.

IX

Elle est venue un soir pour la première fois.
Il faisait nuit, elle est venue sans bruit.
Je regardais partout, je ne voyais personne
et j’entendais mon coeur battre dans le silence.
Mais, quand je l’ai vue, j’ai eu presque peur
et j’aurais voulu me sauver.

Elle venait entre les saules,
elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi ?
Ou bien est-ce que c’était de l’ombre ?

Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour.
« Alors, comme ça, ça va bien? »
« Oui, merci. » Nous n’avons plus su que dire.
Il y avait un arbre, l’étang était tout près,
le vent a passé dans les roseaux
et j’ai senti sa main trembler.
« Écoute, est-ce qu’on fait un petit tour? »
« On nous verrait, non, j’aime mieux… »
« On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. »
J’ai voulu parler, mais je n’ai pas pu
et elle était déjà partie.

X

Elle m’a dit: «J’ai bien senti
tout de suite
que tu serais mon bon ami
N’est-ce pas? la première fois
qu’on se voit,
on ne s’aime pas,
pour bien dire, encore,
mais çа vient tout tranquillement
avec le temps.
Parce que, tu sais, ma mère est bien bonne
et je l’aime bien aussi,
mais ce n’est pas tout dans la vie.
On peut travailler du matin au soir
et être bien sage, çа n’empêche pas
qu’on pense parfois à des choses.

On se dit: «Il y en a qui ont des enfants,
il y en a qui se sont fait
des trousseaux d’une beauté
qu’on ne peut pas s’imaginer,
et on rêve à se marier
quand même. »

Elle m’a dit: «Je t’aime tellement
qu’il me faudrait bien venir à cent ans
pour t’aimer jusqu’au bout
et que je ne sais pas si j’y arriverais. »
Elle m’a dit: «Et toi, est-ce que tu m’aimes autant? »
« Ah! lui ai-je dit, qu’est-ce que tu penses? »
Et je lui ai serré la main
tellement fort qu’elle a crié.

XI

J’ai été au soleil et je pensais à toi.
Tu es toujours avec moi,
comme avant, mais avec un sourire,
à présent que je sais que, moi aussi, je vais
à tes côtés dans ta pensée.

Des oiseaux tombaient des branches,
l’herbe était fleurie, les foins mûrissaient;
j’avais ma faux, j’ai fauché,
ma faux allait toute seule.

Je suis revenu chercher la charrette,
j’ai chargé mon herbe; la roue grinçait
comme quand tu chantes pour le plaisir
ou pour te tenir compagnie.

Et puis le soir venu, j’ai pensé : « Que fait-elle? »
Je m’étais assis sur un banc,
j’avais mis mes mains dans mes poches;
je fumais ma pipe, je te voyais venir;
et tu étais dans la fumée
comme un de ces anges avec des ailes bleues
qui sont dans les livres.

XII

Je ne sais pas pourquoi
d’autres fois je suis triste
et je n’ai de coeur à rien faire.
Il faudrait faucher, il faudrait semer,
mais je dis: «Tant pis!» qu’il pleuve ou qu’il grêle,
ça m’est bien égal.
C’est ainsi quelquefois sans raison,
à cause d’une manière qu’elle a eue de me parler,
à cause d’un air qu’elle a eu de me regarder,
à cause de son rire,
à cause de sa voix qui était changée et de ses yeux
qui se sont baissés devant les miens,
comme si elle me cachait quelque chose.

Et pourtant je suis heureux quand même.
Je l’accuse à tort parce que je l’aime.
C’est pour me faire mal, et puis je me repens.
J’ai honte de moi, je me dis: «Tout va bien»;
et le bonheur me revient
comme quand la lune sort
de derrière un gros nuage.

XIII

Si ta mère savait pourtant que nous nous aimons,
et que le soir je viens t’accompagner
jusque tout près de la maison,
si elle savait que nous nous fréquentons
et que, cette fois, c’est pour de bon,
que dirait-elle ?

Elle qui a un front ridé,
des mains noires toutes tremblantes,
elle qui ne se souvient plus
de sa jeunesse;
elle qui a oublié le temps où elle allait danser,
et qui ne sait plus ce que c’est
tout le bonheur qu’on a d’aimer,
ta mère, qu’est-ce qu’elle penserait?

Nous ne parlons pas de ces choses
pour ne pas gâter notre bonheur;
nous nous regardons seulement
pour nous redonner du courage.
Car nous ne faisons rien de mal,
n’est-ce pas? il est naturel
d’être amoureux comme nous sommes;
ils ont tous été comme nous.
Et je dis: «Vois-tu, il faudra s’aimer d’autant plus,
d’autant plus fort, d’autant plus doux;
alors peut-être que ta mère aura pitié,
et elle nous laissera nous aimer. »

XIV

Marianne a pleuré, il faisait du soleil,
la cuisine était rose.
Ses larmes coulaient sur ses joues.
Elle a pris son mouchoir, elle a pleuré dedans,
elle s’est assise, n’ayant plus de force.

«Est-ce que c’est vrai que tu l’aimes tant? »
Marianne n’a rien répondu.
«J’aurais voulu pour toi quelqu’un d’autre. »

Marianne a secoué la tête.
«J’ai la raison que tu n’as pas,
j’ai connu la vie, je suis vieille.
Il n’y a pas que l’amour,
l’amour est beau, mais l’amour passe,
tandis que l’argent, ça dure une vie
et qu’on en laisse à ses enfants.»

Marianne a pleuré si fort
qu’on l’entendait depuis dehors.

« Mais maintenant que je t’ai dit ce que je pensais,
je ne voudrais pas te faire de la peine.
Prends ton amoureux si tu l’aimes… »

Marianne a levé la tête
et elle a cessé de pleurer.
« Je crois que c’est un bon garçon,
il aura soin de la maison,
il ne boit pas, il est sérieux,
eh bien, puisque tu le veux,
mariez-vous et soyez heureux. »

Elle a embrassé sa mère sur le front,
elle l’a prise par le cou:
«Tu permettras que je te l’amène?…
Tu verras que j’avais raison. »

XV

Le jour de notre noce, j’y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n’a jamais vu;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu’on claque du fouet pour qu’elle aille plus fort.
On lui donnera de l’avoine,
en veux-tu, en voilà;
on l’étrillera bien qu’elle ait l’air d’un cheval
comme ceux de la ville;
et trotte! et tu auras ton voile qui s’envole,

et tu souriras au travers
parce qu’il aura l’air
de faire signe aux arbres
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira: « On s’en va,
on commence le grand voyage;
heureusement qu’il n’y a pas
des océans à traverser. »
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s’ouvrira,
l’orgue se mettra à jouer;
tu diras oui, je dirai oui;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu’on n’aime à se dire ces choses
que tout doucement à l’oreille.

XVI

Notre maison est blanche, elle est sous les noyers,
ta mère tricote près de la fenêtre;
iI fait chaud, on va moissonner,
mais, comme les foins sont rentrés,
on a un moment pour se reposer.

Tu mets les verres sur la table pour le dîner.
Du rucher, je te vois passer dans la cuisine,
et ta chanson me vient parmi
le bourdonnement des abeilles.

Ta mère s’est levée, elle a mis son tricot
et ses aiguilles dans la corbeille;
elle a l’air heureux de vivre avec nous,
nous sommes heureux de vivre avec elle.

Ne sommes-nous pas heureux de nous aimer,
d’être ensemble, de travailler,
de voir mûrir les foins, les moissons se dorer,
et, plus tard, vers l’automne,
les arbres plus lourds du poids de leurs fruits
jusqu’à terre se pencher?

Tu vas dans la maison, faisant un petit bruit,
et, du matin au soir, c’est toi qui veilles à tout;
pendant que, moi, je vais faucher
et que les chars rentrent grinçants,
hauts et carrés,
comme des petites maisons roulantes.

VII

Un jour je te verrai venir un peu plus lasse
et lourde d’un fardeau que tu n’as pas connu,
tandis que s’épaissit ta taille,
marchant dans le jardin où les roses fleurissent
et je t’aimerai encore un peu plus.

Je songe que tu portes deux vies
et qu’il me faut donc t’aimer doublement
pour toi-même et puis pour celui
qui va naître de tes souffrances.

Je sens que j’ai grandi vers de nouveaux aspects
d’où le monde paraît avec des tristesses,
mais missi avec des joies accrues en nombre;

et, quand je sens ta main s’appuyer sur mon bras,
et l’ombre de ton front se poser sur ma joue,
il me semble avancer sûrement avec toi
vers la réalisation d’une promesse.

XVIII

L’enfant que nous aurons ne nous quittera pas.
Il grandira dans la campagne.
Il sera paysan comme nous.
Il portera la blouse comme son père a fait,
et, comme son père, il traira les vaches;
il fera les moissons, il fera les regains,
il fauchera les foins;
il étendra peu à peu son domaine;
et, lorsque nous serons trop vieux,
quand l’heure du repos sera pour nous venue,
il nous remplacera, maître de la maison.

Il aimera comme nous avons aimé;
les jeux de nos petits-enfants
entoureront notre vieillesse.

Ce sera une après-midi de beau temps;
je serai assis au soleil,
j’aurai joint les mains sur ma canne,
il fera clair sur la campagne;
et toi, utile encore avec tes vieilles mains,
tu iras et viendras, tout près, dans le jardin,
nous acheminant ainsi ensemble
vers l’autre repos, qui est sans fin.

Nos derniers jours seront paisibles,
nous aurons fait ce que nous devions faire;
il y a une tranquillité qui vient,
une grande paix descend sur la terre.

Nous nous parlerons du passé:
te souviens-tu du jour où tu avais pleuré,
te souviens-tu du jour de nos noces?
on avait sonné les deux cloches
qu’on voyait bouger en haut du clocher.

Te souviens-tu du temps des cerises
et on se faisait avec des boucles d’oreilles,
et du vieux prunier qu’on secouait
pour en faire tomber les prunes?

Le cadet des garçons arrive alors et dit:
«Grand’mère, la poule chante,
elle a fait l’oeuf. »
«Va voir dans la paille, mon ami.»
Et nous sourions de le voir qui court
tant qu’il peut, à travers la cour,
sur ses grosses jambes trop courtes.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2021



Illustration: Charles de Groux
    
NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE

Les cloches essèment au vent
La joi’ de leur carillonnée,
Qui vient me surprendre, rêvant,
Dans le coin de ma cheminée ;
Noël ! Noël ! c’est aujourd’hui
Que Jésus vint sur sa litière,
Noël ! mon ventre a tressailli
Sous les plis de ma devantière.

O toi qui vas, dans mon sabot,
Me descendre, avec un petiot,
De la misère et de la peine,
Noël ! Noël ! si ça se peut
Attends encore ! Attends un peu ! …
Attends jusqu’à l’année prochaine !

Noël ! Noël !cette anné’-ci
Le froid tua les blés en germe,
Tous nos ceps ont été roussis ;
Le « jeteux d’sorts », sur notre ferme,
A lancé son regard mauvais
Qui fait que sont « péri’s » mes bêtes,
Que mes pigeons se sont sauvés
Et que mon homme perd la tête.

Tous mes gros sous, à ce train-là,
Ont filé de mon bas de laine,
Quand reviendront ? Je ne sais pas !
Mais, à la récolte prochaine,
J’espère voir les blés meilleurs
Et meilleure aussi la vendange,
Pour mon bonheur et le bonheur
De l’enfant dont j’ourle les langes.

(Gaston Couté)

 

 

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ONE HAND, ONE HEART – WEST SIDE STORY (West Side Story)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2021



    

ONE HAND, ONE HEART – WEST SIDE STORY

(Dialogue parlé)

[Tony] – Moi, Anton, je te veux pour épouse, Maria…
[Maria] – Moi, Maria, je te veux pour époux, Anton…

[Tony] – Dans la richesse comme dans la pauvreté…
[Maria] – Dans la santé comme dans la maladie…
[Tony] – Je t’aimerai et t’honorerai…
[Maria] – Pour le meilleur et pour le pire…
[Tony] – Du lever du soleil au coucher de la lune…
[Maria] – De lendemain en lendemain…
[Tony] – Pour l’éternité…
[Maria] – Jusqu’à ce que la mort nous sépare.
[Tony] – Avec cette alliance, je te prends pour épouse.
[Maria] – Avec cette alliance, je te prends pour époux.

(Chanté)

[Tony]
Que nos mains n’en forment plus qu’une,
Que nos cœurs ne fassent plus qu’un,
Échangeons maintenant un dernier vœu :
De n’être séparés que par la mort.

[Maria]
Que nos vies n’en forment plus qu’une,
Jour après jours, construisons notre vie.

[Ensemble]
C’est à présent le début
Une main, un cœur,
Même la mort ne saurait nous séparer.

Que nos vies n’en forment plus qu’une,
Jour après jours, construisons notre vie.
C’est à présent le début

Une main, un cœur,
Même la mort ne saurait nous séparer.

(West Side Story)

***

WEST SIDE STORY – ONE HAND, ONE HEART

(Dialogue parlé)
[Tony] – I, Anton, take thee, Maria . . .
[Maria] – I, Maria, take thee, Anton . . .
[Tony] – For richer, for poorer . . .
[Maria] – In sickness and in health . . .

[Tony] – To love and to honor . . .
[Maria] – To hold and to keep . . .
[Tony] – From each sun to each moon . . .
[Maria] – From tomorrow to tomorrow . . .
[Tony] – From now to forever . . .
[Maria] – Till death do us part.
[Tony] – With this ring, I thee wed.
[Maria] – With this ring, I thee wed.

(Chanté)
[Tony]
Make of our hands one hand,
Make of our hearts one heart,
Make of our vows one last vow:
Only death will part us now.

[Maria]
Make of our lives one life,

Day after day, one life.

[Ensemble]
Now it begins, now we start
One hand, one heart;
Even death won’t part us now.

Make of our lives one life,
Day after day, one life.
Now it begins, now we start
One hand, one heart,
Even death won’t part us now.

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MOTS (Kamala Das)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2021



Illustration: Satish Gupta    
    

Poem in French, English, Spanish, Dutch and in Arabic, Armenian, Bangla, Catalan, Chinese, Farsi, German, Greek, Hebrew, Hindi, Icelandic, Indonesian, Irish (Gaelic), Italian, Japanese, Kiswahili, Kurdish, Macedonian, Malay, Montenegrin, Polish, Portuguese, Romanian, Russian, Serbian, Sicilian, Tamil

Drawing by Satish Gupta, India
gupta_ zazen – zazenstudio@gmail.com

Poem of the Week Ithaca 701 “WORDS”,
KAMALA DAS, India 1934–2009

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

MOTS

Partout autour de moi il y a des mots, des mots et des mots,
ils me poussent comme des feuilles, ils semblent
ne jamais terminer leur lente croissance de l’intérieur
mais je me dis, les mots
sont une charge, méfie-toi d’eux, ils
peuvent être tant de choses, un
gouffre où des pieds qui courent doivent faire une pause, pour
regarder, une mer aux vagues paralysantes,
une explosion d’air brûlant ou,
un couteau prêt à trancher la gorge
de ton meilleur ami … Les mots sont une charge, mais
ils me poussent comme des feuilles à un arbre,
ils semblent ne jamais arrêter de venir,
d’un silence, quelque part profondément à l’intérieur …

(Kamala Das), L’Inde 1934 – 2009

Traduction Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

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WORDS

All round me are words, and words and words,
They grow on me like leaves, they never
Seem to stop their slow growing
From within … But I tell myself, words
Are a nuisance, beware of them, they
Can be so many things, a
Chasm where running feet must pause, to
Look, a sea with paralyzing waves,
A blast of burning air or,
A knife most willing to cut your best
Friend’s throat … Words are a nuisance, but
They grow on me like leaves on a tree,
They never seem to stop their coming,
From a silence, somewhere deep within …

KAMALA DAS, India 1934–2009

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PALABRAS

A mi alrededor hay palabras, palabras y palabras,
que crecen en mí como hojas, que nunca
parecen detener su lento crecimiento
desde adentro … Pero me digo que las palabras
son una molestia, ten cuidado con ellas, pueden
ser tantas cosas, un
abismo donde los pies que corren deben detenerse, para
mirar, un mar con olas paralizantes,
una ráfaga de aire ardiente o,
un cuchillo muy dispuesto a cortar la garganta de tu mejor
amigo … Las palabras son una molestia, pero
crecen en mí como las hojas de un árbol,
como si nunca dejasen de llegar,
desde un silencio, en algún lugar profundo de mi interior …

KAMALA DAS, India 1934–2009
Traducción Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

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WOORDEN

Overal om me heen zijn er woorden, woorden en woorden,
ze groeien aan mij als bladeren, ze lijken
hun langzame groei van binnen nooit te stoppen
maar ik zeg tegen mezelf, woorden
zijn een lastpost, pas voor ze op, ze
kunnen zoveel dingen zijn, een
afgrond waar rennende voeten moeten pauzeren, om
te kijken, naar een zee met verlammende golven,
een explosie van brandende lucht of,
een mes dat bereid is om je beste
vriend de keel door te snijden … Woorden zijn een lastpost, maar
ze groeien aan mij als bladeren aan een boom,
ze lijken nooit op te houden met komen,
vanuit een stilte, ergens diep van binnen …

KAMALA DAS, India 1934 – 2009
Vertaling Germain Droogenbroodt

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كلمات

كل ما يحيط بي كلمات…كلمات وكلمات
هي تنمو بداخلي كأوراق شجر،
ولا يبدو بأنها ستتوقف عن النمو البطيء بداخلي
لكنني:
لا أنفك أحدث نفسي، عن كونها قد تحمل إزعاجا….
ـــــــــــ احذر منها، يمكن أن تكون أي شيء..
« فجوة »
تعجز الأقدام الجريئة على التوقف
بمثابة:
بحر بأمواج مشلولة
انفجار هواء محترق
أو سكين مستعد لقطع حلق صديقك المفضل

الكلمات مزعجة
لكنها تنمو عليَّ كأوراق على شجرة
ولا يبدو أنها ستتوقف عن الصدور
من الصمت
أو من
مكان ما في أعماقي.

كمالا داش(KAMALA DAS)، الهند 1934-2009
ترجمة للعربية: عبد القادر كشيدة
Translated into Arab by Mesaoud Abdelkader

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ԲԱՌԵՐ

Շուրջս բառեր են, բառեր ու բառեր,
Նրանք աճում են ինձ վրա որպես տերևներ,
Որոնք երբեք չեն դադարում աճել ներսից…
Բայց ես ասում եմ ինքս ինձ՝ բառերը
Անախորժություն են պատճառում, զգուշացեք նրանցից,
Նրանք կարող են ամենատարբեր բաներ լինել՝
Անջրպետ, ուր վազող ոտքերը պետք է դադար առնեն,
Ծով՝ կաթվածահար ալիքներով,
Այրվող օդի պայթյուն կամ
Դանակ՝պատրաստ կտրելու
Ձեր լավագույն ընկերոջ կոկորդը…
Բառերը անախորժություն են,
Բայց նրանք աճում են ինձ վրա
Ինչպես տերևները ծառի վրա, ու կարծես երբեք
Չեն դադարի ելնել ներսի խոր լռությունից:

Քամալա Դաս, Հնդկաստան 1934–2009
Translated into Armenian by Armenuhi Sisyan
Հայերեն թարգմանեց Արմենուհի Սիսյանը

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শব্দ

আমার চারপাশ ঘিরে আছে শব্দ, আর শব্দ আর শুধু শব্দ,
তারা আমার উপর পাতার মত গড়ে ওঠে, তারা কখনোই
থামেনা তাদের ধীর গতির বেড়ে ওঠায়
নিজের ভিতর থেকে… কিন্তু আমি বলি নিজেকে, শব্দ
হোল একরকম আপদ, সতর্ক থাকুন তাদের থেকে, তারা
হতে পারে অনেক কিছুই, এক
গভীর খাত যেখানে দৌড়ে যাওয়া পদযুগল কে দিতে হয় নিশ্চিতভাবে বিরতি, দেখতে
একটি, সাগর সাথে নিয়ে পক্ষাঘাতগ্রস্ত ঢেউ,
একটি জ্বলন্ত বায়ু রাশির বিস্ফোরণ অথবা,
একটি ছুরি যে সর্বোচ্চভাবে ইচ্ছুক কাটতে আপনার শ্রেষ্ঠ
বন্ধুর গলা… শব্দরা একটি আপদ, কিন্তু
তারা আমার উপর গাছের পাতার মত গড়ে ওঠে,
তারা কখনোই থামেনা তাদের আসায়
নিঃশব্দতা থেকে, নিজ মাঝারে কোথাও গভীর…
কমলা দাস, ভারত ১৯৩৪-২০০৯

Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

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PARAULES

Al meu voltant hi ha paraules, i paraules i paraules,
creixen sobre mi com fulles, mai
semblen aturar el seu lent creixement
des de dins … Però em dic que les paraules
són una molèstia, vés amb compte amb elles, poden
ser moltes coses, un
abisme on els peus que corren s’han d’aturar, per a
mirar un mar amb onades paralitzants,
una ràfega d’aire ardent o
un ganivet disposat a tallar la gola del teu
millor amic … Les paraules són una molèstia, però
creixen sobre mi com les fulles en un arbre,
sembla que mai deixen de venir
des d’un silenci d’algun lloc de dins …

KAMALA DAS, Índia 1934 – 2009
Traducció: Natalia Fernández Díaz-Cabal

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词 语

围绕我的都是词语,和词语还是词语,
词语像树叶生长我身上,似乎它们
从未停止过内部的缓慢
生长……但我告诉自己,词语
是个讨厌鬼,要谨防他们,它们
可能是很多东西,一个
奔跑脚步必须停顿的鸿沟,要
瞧的话,是一片波涛瘫痪的大海,
一股燃烧的空气或,
一把最愿割你最好朋友
喉咙的刀……词语是个讨厌鬼,但
它们在我身上长得就像树上的叶子,
从沉默中,从内心深处的某个地方
他们似乎从未停止过他们的光临……

原作:印度 卡马拉 · 达斯 (1934-2009)
汉译:中国 周道模 2021-10-10
Translated into Chinese by Willam Zhou

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کلمات
در اطرافم کلمات‌ست، و کلمات و کلمات،
مانند برگهایی روی من رشد می‌کنند
و بنظر می‌رسد رشدشان سر ایستادن ندارد
اما من به خود می‌گویم
آنها می‌توانند چیزهای زیادی باشند
دره‌یی که پاهای دوان را متوقف می کند، تا ببیند
دریایی با امواجی افتان و خیزان
انفجار هوای سوزان
چاقویی که می‌خواهد گلوی بهترین دوستت را ببرد
کلمات مزاحمند، اما
مانند برگهایی روی درختی، در من رشد می‌کنند.
بنظر می‌رسد سر توقف ندارند
از سکوت، از جایی در اعماق وجود من.

کاملا داس، هند، ۲۰۰۹-۱۹۳۴
ترجمه: سپیده زمانی
Translatio into Farsi by Sepedih Zamani

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WORTE

Überall um mich herum sind Worte, Worte und Worte,
sie wachsen an mir wie Blätter, sie scheinen
nie ihr langsames Wachsen von innen
heraus zu beenden …Aber ich sage mir, Worte
sind ein Ärgernis, hüte dich vor ihnen, sie
können so viele Dinge sein, ein
Abgrund, in dem laufende Füße anhalten müssen, um
Ausschau zu halten, ein Meer mit lähmenden Wellen,
ein brennender Windstoß oder,
ein Messer, das bereit ist, deinem besten Freund
die Kehle durchzuschneiden … Worte sind ein Ärgernis, aber
sie wachsen an mir wie Blätter an einem Baum,
sie scheinen nie aufzuhören zu sprießen,
aus einer Stille, irgendwo tief im Inneren …

KAMALA DAS, Indien 1934 – 2009
Übersetzung Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

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ΛΕΞΕΙΣ

Παντού γύρο μου λέξεις και λέξεις
που πάνω μου φυτρώνουν σαν φύλλα
ποτέ δεν σταματούν εκ των έσω
προς τα έξω, μα λέω στον εαυτό μου
πως οι λέξεις είναι μπελάς, πρόσεχε τες
μπορεί να γίνουν τόσα άλλα πράγματα, ένα
χάσμα που τα πόδια του δρομέα σταματούν μπροστά του
η θάλασσα με τα αιώνια κύματα της
μια έκρηξη ψηλά στον αέρα
ή το μαχαίρι που μπορεί να κόψει
το λαιμό του φίλου σου, οι λέξεις
είναι μπελάς μα φυτρώνουν πάνω μου
σαν φύλλα του δέντρου
ποτέ δεν σταματούν να `ρχονται
σαν απ’ τη σιωπή βαθειά μέσα μου

KAMALA DAS, India 1934–2009

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated into Greek by Manolis Aligizakis

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מלים / קמלה דאס, הודו
KAMALA DAS, India 1934–2009

הַכֹּל סְבִיבִי מִלִּים, מִלִּים, מִלִּים,
הֵן צוֹמְחוֹת עָלַי כְּמוֹ עָלִים, נִרְאֶה שֶׁלְּעוֹלָם לֹא
תַּפְסֵקְנָה אֶת צְמִיחָתָן הָאִטִּית
מִבִּפְנִים… אֲבָל אֲנִי אוֹמֶרֶת לְעַצְמִי, מִלִּים
הֵן מִטְרָד, הִזָּהֲרִי מֵהֶן, הֵן
יְכוֹלוֹת לִהְיוֹת כָּל כָּךְ הַרְבֵּה דְּבָרִים:
תְּהוֹם, שָׁם רַגְלַיִם רָצוֹת חַיָּבוֹת לַעֲצֹר,
לְהִסְתַּכֵּל, יָם עִם גַּלִּים מְשַׁתְּקִים,
פֶּרֶץ שֶׁל אֲוִיר בּוֹעֵר אוֹ
סַכִּין שֶׁשּׁוֹאֶפֶת לְשַׁסֵּף אֶת גְּרוֹנָם שֶׁל
חֲבֵרַיִךְ הַטּוֹבִים בְּיוֹתֵר… מִלִּים הֵן מִטְרָד, אֲבָל
הֵן צוֹמְחוֹת עָלַי כְּמוֹ עָלִים עַל עֵץ,
לֹא נִרְאֶה שֶׁהֵן תַּפְסֵקְנָה לָבוֹא אֵי פַּעַם,
מִדְּמָמָה, אֵי שָׁם עָמֹק בִּפְנִים…

תרגום לאנגלית: ג’רמיין דרוגנברודט וסטנלי ברקן
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translated into Hebrew by Dorit Weisman

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शब्दों

मेरे चारों ओर शब्द हैं, और शब्द और शब्द हैं,
वे मुझ पर पत्तों की तरह उगते हैं, वे कभी नहीं
उनकी धीमी गति से बढ़ने से रोकने लगते हैं
भीतर से…
लेकिन मैं खुद से कहता हूं, शब्द
उपद्रव हैं, इनसे सावधान रहें, वे
बहुत सी चीजें हो सकती हैं,
खाई जहां दौड़ते पैरों को रुकना चाहिए,
देखो, लकवा मारने वाली लहरों वाला समुद्र,
जलती हुई हवा का एक विस्फोट या,
एक चाकू जो आपका सबसे अच्छा काटने के लिए तैयार है- दोस्त का गला…
शब्द एक उपद्रव हैं, लेकिन
वे मुझ पर पेड़ पर पत्तों की तरह उगते हैं,
उनका आना कभी रुकता नहीं दिखता,
एक सन्नाटे से, कहीं गहरे भीतर…

कमला दास, भारत 1934–2009
Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

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KATA-KATA
Sekelilingku ada kata-kata, dan kata-kata dan kata-kata,
Mereka bersemi dalam diriku bagai daun-daun, mereka tidak pernah
Tampak untuk hentikan pertumbuhan mereka yang perlahan
Dari dalam…Tetapi aku berkata pada diriku sendiri, kata-kata
Mengganggu, waspada pada mereka, mereka
Dapat membuat banyak hal, sebuah
Jurang, tika kaki yang berlari harus berhenti, untuk
Melihat, laut dengan ombak yang melumpuhkan,
Semburan dari udara yang terbakar atau,
Pisau yang sangat ingin memotong
Leher teman-baikmu…Kata-kata sungguh mengganggu, Tetapi
Mereka muncul dalam diriku bagai daun-daun pada tumbuhan,
Mereka tampak tak henti-henti hampiriku,
Dalam hening, di suatu tempat jauh di dalam…

KAMALA DAS, India 1934–2009
Translated into Indonesian by Lily Siti Multatuliana

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FOCAIL

Im thimpeall, dom chlúdach, tá focail.
Fásann siad orm mar bhaclóga ar chrann,
Fásann siad go tréan istigh ionam
Agus deirim …cén mhaith iad na focail seo
is iad de shíoraí do mo chrá? Bí ar d’fhaichill, adeirim,
Beirfidh siad amuigh is istigh ort—
Is geall le gríog nó gaineamh reatha iad,
Farraige suaite
nó poll suaraic,
scian a ghearrfadh do scórnach
i bhfaiteadh na súl. Crá croí na focail,
Fásann siad orm mar dhuilleoga ar chrann,
gan stad gan staonadh fásann siad
ón gciúnas, ó áit éigin go domhain ionam féin …

KAMALA DAS, an India 1934–2009
Aistrithe go Gaeilge ag Rua Breathnach
Translated into Irish (Gaelic) by Rua Breathnach

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ORÐ
Allt í kring eru orð, og orð og orð.
Þau vaxa á mér eins og lauf. Þau
ljúka aldrei hægum vexti
að innan… En ég hugsa með mér, orð
eru plága, gætið ykkar á þeim. Þau
taka á sig ýmsar myndir, ‒
hyldýpi og maður verður að stansa á hlaupunum.
Lítið á, haf með lamandi öldum,
logandi eldgustur,
hnífur býðst til að skera
besta vin manns á háls… Orð eru plága, en
þau vaxa á mér eins og lauf á tré,
Þau birtast áfram endalaust,
úr þögn, djúpt úr iðrum…

KAMALA DAS, Indlandi, 1934–2009
ÞÓR STEFÁNSSON ÞÝDDI
Translated into Islandic by Thor Stefánsson

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PAROLE

Tutto intorno a me è parole, parole e parole,
mi spuntano addosso come foglie, mai sembrano
fermare il loro crescere lente
da dentro … mi dico: eppure le parole
sono un fastidio, sappilo,
possono essere molte cose,
un crepaccio dove il piede di chi corre deve fermarsi
e guardare, un mare di onde immobili,
uno scoppio di aria rovente,
un coltello pronto a tagliare la gola
del tuo migliore amico… le parole sono un fastidio
eppure mi spuntano addosso come foglie di un albero,
mai sembrano fermare il loro arrivo,
dal silenzio, da un luogo nel dentro più profondo …

KAMALA DAS, India 1934–2009
Traduzione di Germain Droogenbroodt – Luca Benassi

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言葉

わたしのまわりは言葉、言葉、言葉だらけ
まるで葉っぱのように大きくなる
内からゆっくりと大きくなり、止めることがないようだ
しかし、わたしは断言する、言葉は迷惑だ
それを知らなければいけない
言葉はあらゆるものになり得る
走者が止まらなければいけない深い溝
波が麻痺するような海を見てみろ
燃える気体の爆発
あるいは、親友の喉をかき切ろうとする刃物
言葉は迷惑だ
しかしそれは樹木の葉っぱのように大きくなる
沈黙の中から、どこか深い内側から

カマラ・ダス(インド,1934-2009
Translated into Japanese by Manabu Kitawaki

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MANENO

Nimezungukwa kila pahali na maneno mingi,
maneno na maneno zaidi,
Inamea juu yangu kama majani,
haionekani kamwe
kama imekoma kumea pole pole
Kutoka ndani…Lakini najieleza, maneno
Ni kero na upumbavu, kaa chonjo na ujihadhari maneno, yaweza
kukuletea mambo mingi, ni pengo ambalo miguu inayo kimbia lazima
ipumue ikifikia, ili
iangalie, bahari iliyo na mawimbi ya kupooza,
Mlipuko wa hewa inayochomeka ama,
Kisu ambacho kinataka kukata koo la rafiki wako halisi…
Maneno ni kero na upumbavu halisi, lakini
Inamea mwilini mwangu kama majani kwa mti,
Haionekani kamwe kama inakoma kutokea
Palipo kimya, pahali palipo ndani mwangu…

Kamala Das, India 1934–2009
Utafsiri Bob Mwangi Kihara
Translated into Kiswahili by Bob Mwangi Kihara

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PEYV

Li hawîrdora min her peyv in, peyv û peyv,
ew li ser min wek pelan direwzin, ew tucaran
bibereyî rewza xwe naxuyînin
û ji hundur ve ranawestînin … Lê ez ji xwe re dibêjim
peyv ziyan in, tu xwe ji wan biparêze, ew
kanin pir tiştan bin; kaviliyekê li pêş te
rawestînin taku tu zeryayekê
bi pêlên filîçbûyî, bibîne,
sirweyeke sotîndar yan
kêrekê, ku amadeye bona birîna
gewriya baştirîn dostekî te … Peyv ziayandar in, lê
ew di min de direwzin çawa pelên darekê,
weha dixuye ew naxwazin rawestin, ku ji hêminiyekê
netên, li cihdereke kwîr di hundur de …

Kamala Das, 1934 – 2009 Hindistan
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

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ЗБОРОВИ
Насекаде околу мене има зборови, и зборови и зборови,
Растат тие на мене ко лисја, се чини како никогаш
да не запираат во својот бавен раст
од внатре… Но си велам себеси, зборовите
се непријатност, биди претпазлив со нив, тие
можат да бидат толку многу нешта,
несреќата што ги следи стапалата што трчаат мора да престане,барем за миг,
за да го погледне морето со парализирани бранови,
експлозијата од воздух што гори или
ножот подготвен да го пресече гркланот
на твојот најдобар пријател… Зборовите се непријатност, но
растат тие на мене како лисја на дрво
Се чини нема никогаш да престане нивното доаѓање,
Од тишината, од некаде длабоко од внатре…

КАМАЛА ДАС, Индија 1934–2009
KAMALA DAS, India 1934–2009
Превод од англиски: Даниела Андоновска-Трајковска
Translated from English into Macedonian: Daniela Andonovska Trajkovska

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AKATA-KATA

Di sekelilingku ialah kata-kata, dan kata-kata, dan kata-kata,
Ia berkembang padaku seperti dedaun, tidak pernah ia
Ingin berhenti perkembangan perlahannya
Dari dalaman… Tapi aku katakan kepada diriku, kata-kata
ialah pengganggu, berhati-hati terhadapnya, ia
mungkin berupa apa sahaja, sebuah
jurang tempat kaki yang berlari perlu berhenti, untuk
Melihat, laut dengan ombak yang melumpuhi
semburan udara panas atau,
sebilah pisau yang bersedia memotong
kerongkong rakan… Kata-kata ialah pengganggu, tetapi
Ia berkembang pada diriku seperti dedaun pada pokok,
Tidak nampak mahu berhenti,
Dari kesepian, di mana-mana jauh di dalaman…

KAMALA DAS, India 1934–2009
Malayan translation by Dr. Irwan Abu Bakar

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ORIJEČI
Svuda oko mene, riječi su
Riječi i riječi
Prekrivajući me poput lišća
Čini se kao da nikada neće stati
Sa tim mučnim sporim rastom
Iznutra

Stalno govorim sebi:
Riječi su nesreća
Čuvajte se riječi
U njih stane toliko mnogo stvari
Zatrpanih u ponoru u kojem noge za trčanje moraju porinuti
Kao u moru sa parališućim valovima
Naletu gorućeg vazduha
Ili pak noža isukanog u spremnosti da isječe
Čak i grlo najboljeg prijatelja

Riječi su kob
Riječi po meni rastu poput lišća sa drveta
Čini se da nikada neće stati
Zakopati
Se u tišini
Negdje duboko u nutrini

KAMALA DAS, India 1934 – 2009
Translated from English: Katarina Sarić, Montenegro

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SŁOWA
Otaczają mnie słowa, słowa, i słowa
Porastają mnie jak liście, wydaje się
Jakby nigdy nie przestawały wyrastać
Z głębi mnie… Ale mówię sobie: słowa
To plaga, strzeż się ich, bo
Mogą być niejednym:
Przepaścią, nad którą stopy w biegu muszą stanąć, by
Spojrzeć, morzem i jego obezwładniającymi falami,
Podmuchem płonącego powietrza, albo też
Nożem, ktory bardzo pragnie podciąć gardło najlepszemu
Przyjacielowi… Słowa to plaga, ale
Porastają mnie jak liście drzewo
Wydaje się, jakby nigdy nie przestawaly wychodzić
Z ciszy , gdzieś z samej głębi mnie …

Przekład na polski: Mirosław Grudzień ꟷ Anna Maria Stępień

***

PALAVRAS

À minha volta há palavras, e palavras e palavras,
crescem sobre mim como folhas, nunca
parecen parar o seu lento crescimento
vindo de dentro… Mas, digo para mim que as palavras
são um aborrecimento, toma cuidado com elas, podem
ser muitas coisas, um
abismo onde os pés que correm devem parar para
olhar um mar com ondas paralizantes,
um sopro de ar ardente ou,
um punhal mais que pronto a cortar a garganta do teu melhor
amigo … As palavras são um aborrecimento, mas
crescem sobre mim como as folhas numa árvore,
parece que nunca deixam de vir
de um silêncio, algures, de um lugar bem fundo…

KAMALA DAS, Índia 1934 – 2009
Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

***

CUVINTE

În jurul meu cuvinte, cuvinte și cuvinte,
Mă acoperă crescând ca frunzele,
Nu încetează niciodată ieșirea la lumină
Răsar din profunzimi … Dar eu îmi zic, cuvintele
Sunt o nenorocire, feriți-vă de ele,
Pot însemna atât de multe lucruri,
Prăpăstii în care pașii se afundă, pentru ca noi
Să putem admira marea, cu valurile ei paralizante,
Ele pot fi furtuni cu aer arzător, sau un cuțit
Gata să taie gâtul celui mai bun prieten …
O pacoste sunt ele, cuvintele, însă fără încetare
Din mine ies ca frunzele pe un pom,
Nu dau semne că ar vrea să întârzie vreodată,
Nasc în tăcerea care îmi zace în adânc …

KAMALA DAS, India
Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

СЛОВА
Вокруг меня везде слова, слова, слова…
растут, как листья на деревьях,
и никогда расти не перестанут,
но я твержу себе – слова
назойливы, будь осторожна, они
быть могут всем –
обрывом – сделай шаг и упадешь,
и взглядом на застывшие морские волны,
сиянием пожара,
ножом, которым ты готов
разрезать другу горло… Слова назойливы, но
они растут, как на деревьях листья,
и никогда не прекратят расти
из той бездонной тишины внутри души.
КАМАЛА ДАС, Индия 1934 – 2009
Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translated into Russian by Daria Mishueva

***

REČI

Svud oko mene reči, i reči, i reči,
Prekrivaju me kao lišće, čini se ne prestaju
Spor rast iz mene…Ali kažem sebi, reči su
Varljive, pazi se,
Mogu da znače toliko mnogo stvari,
Bezdan pred kim stopala moraju da stanu, da
Vide more talasa koji paralizuju,
Eksploziju vatre u vazduhu ili,
Nož koji će vrlo rado preseći grlo tvog
Najboljeg prijatelja… Reči su štetočine, ali
Rastu na meni kao lišće na mladici,
Izgleda neće nikada prestati da niču,
Iz tišine, negde duboko u meni…

Kamala Das, Indija 1934–2009
Sa engleskog prevelar S. Piksiades
Translated into Serbian by S. Piksiades

***

PALORI

Attornu a mia palori, palori e palori,
Mi crisciunu ncoddu comu fogghi, pari
Ca mai finisciunu di crisciri dinnintra…
Mi dicu: li palori sù un fastidiu,
piriculusi: ponnu essiri tanti cosi,
na lavanca unni li pedi ca currunu
s’hannu a firmari e taliari,
un mari di unni paralizzanti,
na vintata d’aria ca brucia
o un cuteddu prontu a tagghiaricci lu coddu
ô to megghiu amicu… Li palori sù un fastidiu,
ma mi criscinu ncoddu come fogghi d’arburu,
pari ca non finisciunu mai di nesciri
di lu silenziu, di na parti dintra di mia…

Kamala Das, India 1934–2009
Traduzioni in Siciliano di Gaetano Cipolla

***

சொற்கள்

என்னைச் சுற்றி சொற்கள், சொற்கள், சொற்கள்
இலைகளைப் போல என்மேல் வளர்கின்றன
அவை வளர்வது , தன்னுள்ளிருந்து
எனது மெதுவான
வளர்வை நிறுத்த முடியாது போல உள்ளது!
எனக்கே நான் கூறிக்கொள்கிறேன்
சொற்கள் தொல்லை தருவன
அவற்றில் பல இருக்கலாம்
அவற்றைப் பற்றி கவனமாக இருங்கள்
ஒரு வெடிப்பு ஊடே செல்கிறது
கால்கள் நடக்க வேண்டும் பார்க்க
ஒரு கடல் முடக்கும் அலைகளோடு!
நண்பர்களின் குரல்வளை……
சொற்கள் தொல்லை தருவன
இலைகளை மரத்தில் வளர்வதைப் போல என்மேல் வளர்கின்றன
அவை வருவது நிற்கும்படி தெரியவில்லை
ஆழத்தில் ஓர் அமைதியினின்று!

ஆக்கம்
கமலாதாஸ், இந்தியா 1934-2009
Translated into Tamil by DR. N V Subbaraman

 

Recueil: ITHACA 701
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
Holland: https://boekenplan.nl
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
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TOUTE PETITE CHOSE (Georges Nicole)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2021



Théodore Jourdan -Chevrière-et-son-âne 

TOUTE PETITE CHOSE

Là-haut
Sera l’herbe la meilleure
Et la plus vive lumière
L’air le plus frais à ma peau.
Là-haut seule je serai
Blanche reine des chèvres
Et des terres des chèvres
Oh ! liberté.

(Georges Nicole)

Illustration: Théodore Jourdan

 

 

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Puisqu’ici-bas toute âme (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2021



    

Puisqu’ici-bas toute âme

Puisqu’ici-bas toute âme
Donne à quelqu’un
Sa musique, sa flamme,
Ou son parfum ;

Puisqu’ici toute chose
Donne toujours
Son épine ou sa rose
A ses amours ;

Puisqu’avril donne aux chênes
Un bruit charmant ;
Que la nuit donne aux peines
L’oubli dormant ;

Puisque l’air à la branche
Donne l’oiseau ;
Que l’aube à la pervenche
Donne un peu d’eau ;

Puisque, lorsqu’elle arrive
S’y reposer,
L’onde amère à la rive
Donne un baiser ;

Je te donne, à cette heure,
Penché sur toi,
La chose la meilleure
Que j’aie en moi !

Reçois donc ma pensée,
Triste d’ailleurs,
Qui, comme une rosée,
T’arrive en pleurs !

Reçois mes voeux sans nombre,
Ô mes amours !
Reçois la flamme ou l’ombre
De tous mes jours !

Mes transports pleins d’ivresses,
Purs de soupçons,
Et toutes les caresses
De mes chansons !

Mon esprit qui sans voile
Vogue au hasard,
Et qui n’a pour étoile
Que ton regard !

Ma muse, que les heures
Bercent rêvant,
Qui, pleurant quand tu pleures,
Pleure souvent !

Reçois, mon bien céleste,
Ô ma beauté,
Mon coeur, dont rien ne reste,
L’amour ôté !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Après l’hiver (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



    

Après l’hiver

Tout revit, ma bien aimée !
Le ciel gris perd sa pâleur ;
Quand la terre est embaumée,
Le coeur de l’homme est meilleur.

En haut, d’où l’amour ruiselle,
En bas, où meurt la douleur,
La même immense étincelle
Allume l’astre et la fleur.

L’hiver fuit, saison d’alarmes,
Noir avril mystérieux
Où l’âpre sève des larmes
Coule, et du coeur monte aux yeux.

O douce désuétude
De souffrir et de pleurer !
Veux-tu, dans la solitude,
Nous mettre à nous adorer ?

La branche au soleil se dore
Et penche, pour l’abriter,
Ses boutons qui vont éclore
Sur l’oiseau qui va chanter.

L’aurore où nous nous aimâmes
Semble renaître à nos yeux ;
Et mai sourit dans nos âmes
Comme il sourit dans les cieux.

On entend rire, on voit luire
Tous les êtres tour à tour,
La nuit les astres bruire,
Et les abeilles le jour.

Et partout nos regards lisent,
Et, dans l’herbe et dans les nids,
De petites voix nous disent :
« Les aimants sont les bénis ! »

L’air enivre ; tu reposes
A mon cou tes bras vainqueurs.
Sur les rosiers que de roses !
Que de soupirs dans nos coeurs !

Comme l’aube, tu me charmes ;
Ta bouche et tes yeux chéris
Ont, quand tu pleures, ses larmes,
Et ses perles quand tu ris.

La nature, soeur jumelle
D’Eve et d’Adam et du jour,
Nous aime, nous berce et mêle
Son mystère à notre amour.

Il Suffit que tu paraisses
Pour que le ciel, t’adorant,
Te contemple ; et, nos caresses,
Toute l’ombre nous les rend !

Clartés et parfums nous-mêmes,
Nous baignons nos coeurs heureux
Dans les effluves suprêmes
Des éléments amoureux.

Et, sans qu’un souci t’oppresse,
Sans que ce soit mon tourment,
J’ai l’étoile pour maîtresse ;
Le soleil est ton amant ;

Et nous donnons notre fièvre
Aux fleurs où nous appuyons
Nos bouches, et notre lèvre
Sent le baiser des rayons.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Le bon moment (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2020



    
Le bon moment

Rien de meilleur que le plaisir :
printemps, verdure et amis tendres.
Où est l’échanson ? Dis-le-moi !
Pourquoi donc me fait-il attendre ?
Sache apprécier chaque occasion
que la fortune te propose,
Car personne ne peut savoir
quelle sera la fin des choses.
Sois vigilant, car notre vie
est suspendue à un cheveu.
Ne prends garde qu’à tes ennuis :
le monde tournera sans eux.
Que signifie : Eau de Jouvence ?
Qu’est-ce qu’un Paradis terrestre ?
L’une n’est qu’un petit ruisseau ;
l’autre, un bon petit vin champêtre.
Pudique ou buveur, ce ne sont
que deux facettes du réel.
Les deux aspects sont attirants,
mais nous allons choisir lequel ?
Le secret derrière l’écran,
qu’en connaît le Ciel ? Maintenant,
Tais-toi, prétentieux ! A quoi bon
traiter avec le chambellan ?
Si je n’étais pas responsable
de mes erreurs, de mes offenses,
Que signifierait Ton pardon,
ô mon Dieu miséricordieux ?
Le dévot boit l’eau de l’Eden ;
Hâfez, le vin. Auquel des deux
Le Créateur, en fin de compte,
donnera-t-il la préférence ?

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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