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Poésie

Posts Tagged ‘mélancolie’

CHANSON (Tristan l’Hermite)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



CHANSON

Doux Printemps ne revenez pas
Avec tant d’appas
Vous opposer à ma mélancolie ;
Depuis qu’une Beauté que j’aimais chèrement
Se trouve ensevelie,
Tous mes plaisirs sont dans le monument.

O beaux jours si tôt allongés,
Que vous m’affligez
Moi qui toujours ai des pensers si sombres ;
Dès lors que le sujet de ma félicité
Erre parmi les ombres,
J’ai de l’horreur quand je vois la clarté.

Claires eaux qui lavez des fleurs
Ainsi que mes pleurs,
Votre cristal a pour moi quelques charmes :
En mon affliction j’aime à voir votre cours,
Il ressemble à mes larmes,
La Mort a fait qu’elles coulent toujours.

(Tristan l’Hermite)

Illustration

 

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ECRIT UN SOIR D’ETE (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

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ECRIT UN SOIR D’ETE

Les cloches de l’église ont sonné aux alentours leur mélancolie
Appelant les gens à prier encore,
A se plonger encore dans la tristesse, dans de plus terribles soucis,
A écouter encore plus l’affreuse éloquence d’un sermon,
A coup sûr l’esprit de l’homme est étroitement garrotté
Par quelque obscure incantation ; on voit chacun s’arracher
Aux joies du coin de l’âtre et aux airs lydiens
Aux tendres et hauts entretiens de ceux que la gloire a couronnés.
Encore, encore, les cloches sonnent et j’en sentirais un froid,
Un frisson comme celui qui vient de la tombe, si je ne savais
Qu’elles vont mourir comme une lampe consumée,
Que c’est leur dernier soupir, leur lamentation dernière
Au moment de rentrer dans l’oubli
Et que de fraîches fleurs croîtront et beaucoup de gloires
portant le sceau de l’immortalité.

(John Keats)


 

 

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JUSQUE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019



Illustration:Ana Cruz
    
JUSQUE

Par milliers millions milliards
voie lactée incalculable
forêt chaque arbre un rappel
chaque campanule autant de cloches
dans les prés du souvenir
chaque nuage jamais retrouvé
dans le ciel de la mémoire
écumes que l’océan impose
pour toutes les marées
celles de la honte du désespoir
de la mélancolie
et les vagues de regrets de remords
qui se brisent quand vient la nuit
Orages oubliés éclairs de colère
éclairs des déchirements
le sang coulera-t-il longtemps
le prochain orage qu’on n’attendait plus
plus jamais
Et pourtant le premier coup de tonnerre
la même catastrophe et la même chanson

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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MELANCOLIE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



MELANCOLIE

Que de cris, en l’automne, de sanglots !
Toute la forêt rugit, furieuse,
Sur les hauteurs un buccin fait écho
Et la complainte monte, douloureuse.

O viens mon aimée, écoute-moi bien,
Point ne pleure et chasse ta peur nouvelle,
Écoute l’appel profond, ancien
C’est la terre qui nous appelle à elle…

(George Bacovia)

Illustration: François Malespine

 

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MELANCOLIE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



MELANCOLIE

C’est l’aube et c’est l’automne
Et loin devant les yeux
La vapeur tourbillonne
Sur les vergers brumeux.

De mornes voix résonnent
Par les grands champs déserts, —
Et des clameurs sillonnent
Là-haut les coteaux verts.

Un cerf-volant bourdonne,
Jadis, c’était ton jeu.
Tu pleures… c’est l’automne
Sur les vergers brumeux.

(George Bacovia)

Illustration

 

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La main (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



La main

I

Main qui chantais, main qui parlais,
Main qui étais comme une personne,
Main amoureuse qui savais
Comment on prend, comment on donne ;

Main sur laquelle on a pleuré
Comme d’une fontaine fraîche,
Main sur laquelle on a crié
D’amour, de joie ou de détresse ;

Main qui reçus les confidences
Que la peur fait à la volupté,
Main de calme et d’impatience,
Main de grâce et de volupté ;

Main que des dents ont mordue
Et que des ongles ont déchirée
Dans leur frénésie ingénue,
Main que des lèvres ont pansée ;

Main des rêves, main des caresses,
Main des frissons, main des tendresses,
Main de la ruse et de l’adresse,
Ô main, maîtresse des maîtresses ;

Main qui donnas tant de joies
A tant de chairs éperdues,
Ô main comme de la soie
Sur les belles poitrines nues ;

Ô main, toi qui avais une âme
Pour l’heure douce du désir,
Et qui avais encore une âme
A l’heure âpre du plaisir,

Ô main, tu trembles encore aux souvenirs charnels !

II

Afin que tu éprouves des tendresses nouvelles,
Je te donne à l’amie qui régit mon destin :
Ses yeux sont des fleurs vives, ses cheveux sont des ailes,
Son esprit se promène en un songe hautain,

Sois sage, ô main trop tendre, et cache le passé
Sous tes ongles, aux replis secrets de tes jointures,
Comme je cache au fond de mon vieux cœur blessé
Le souvenir sacré des belles meurtrissures.

Ô main, je te regarde avec mélancolie.

(Remy de Gourmont)

 

 

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26 MAI 1828 (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2018



   Alexandre Pouchkine 
    
26 MAI 1828

Vie, don inutile, don fortuit,
à quoi bon m’es-tu donnée ?
Pourquoi un mystérieux destin
aux supplices m’a-t-il voué ?

Qui donc aux pouvoirs hostiles
du néant m’a rappelé,
chargé le coeur de passions
et rongé l’esprit de doute… ?

J’ai l’âme vide, l’esprit oiseux,
n’ai plus aucun but en vue ;
le bruit monotone de la vie
m’emplit de mélancolie.

***

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: L’heure de la nuit Poèmes
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Goutte à goutte (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2018



Illustration: Michel Chansiaux    
    
Goutte à goutte
d’une fin de pluie

Suspension de vie
avant l’agonie

Tendre ralenti
intervalles
où se condense
la mélancolie

Une goutte
l’ultime

Silence

Non
mourir
ne peut être
aussi simple

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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FUGUE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2018




FUGUE

plus haut
parlez plus haut
les morts
soufflez dans l’infini
plus haut
dans le secret de votre nuit

plus haut
la semence des anges
plus haut
le ciel et les mains pleines
plus haut
l’immensité du noir
plus haut
parlez plus haut
les morts
parlez pour prendre corps
plus haut
parlez pour prendre coeur

plus haut
le cortège des ombres
plus haut
les fables du naufrage
plus haut
la pulpe du désordre
plus haut
parlez plus haut
les morts
dans la sève de votre vertige
plus haut
votre pluie d’espace

plus haut
ce ressac de tendresse
plus haut
cet iris de solitude
plus haut
ce souffle de pierre meurtrie

plus haut
parlez plus haut
les morts
pour renverser notre sommeil
plus haut
pour prêter l’oreille au sans fond

plus haut
les oiseaux du vide
plus haut
les pièges à mélancolie
plus haut
le coeur du couchant

plus haut
parlez plus haut
les morts
pour inciser le monde
plus haut
pour agrandir le temps

plus haut
vos lèvres de baptême
plus haut
vos étoiles de fatigue
plus haut
votre blessure d’horizon

plus haut
parlez plus haut
les morts
inlassablement
plus haut
dans la montagne des signes

(Zéno Bianu)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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A l’heure dite (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
A l’heure dite

À l’heure de ma mort À l’heure dite
J’espère être assez juste
Je souhaite voir assez clair
Ecouter ta voix assez profondément

dans ce qui sera encore moi
Pour me souvenir de ton printanier souffle
Dies illa dies irae pitié pour cette chair torturée
Loin de la célébration de l’erreur

Traité de la mort, voie lactée

Traité de la mélancolie

L’air de ta chevelure en moi

L’aréole fatigable

La chaîne secrète à ton cou

Portant la géométrie

Où luit la perle, œil de la mort

Que je fixerai dans le
Songe

Oubliant ton regard

(Jacques Chessex)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

 

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