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Poésie

Posts Tagged ‘mélancolie’

BAGARRES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

BAGARRES

Je me bats le jour je me bats la nuit
batailles contre la mélancolie
cette vieille pieuvre toujours éveillée
qui me guette au coin des années
au coin des rues et des souvenirs
et lance son refrain mourir
alors que je veux vivre mille fois
que je veux aimer que je veux la joie
qu’il est temps enfin d’espérer
temps de croire temps de respirer

Je porte une flamme dans mon coeur
elle brûle c’est mon enfant ma soeur
c’est la vie qui sourit qui murmure
c’est le temps qui fuit pour que dure
le grand incendie toute la vie
sans remords sans mélancolie
dans l’univers qu’ont créé
les rêves et toute la vérité
seule vérité ma vérité lumière
pour aujourd’hui demain hier

(Philippe Soupault)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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Pastel (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Pastel

J’aime à vous voir en vos cadres ovales,
Portraits jaunis des belles du vieux temps,
Tenant en main des roses un peu pâles,
Comme il convient à des fleurs de cent ans.

Le vent d’hiver, en vous touchant la joue,
A fait mourir vos oeillets et vos lis,
Vous n’avez plus que des mouches de boue
Et sur les quais vous gisez tout salis.

Il est passé, le doux règne des belles;
La Parabère avec la Pompadour
Ne trouveraient que des sujets rebelles,
Et sous leur tombe est enterré l’amour.

Vous, cependant, vieux portraits qu’on oublie,
Vous respirez vos bouquets sans parfums,
Et souriez avec mélancolie
Au souvenir de vos galants défunts.

(Théophile Gautier)

Illustration

 

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D’un sommeil plus tranquille à mes Amours rêvant (Théophile de Viau)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2019



 

D’un sommeil plus tranquille à mes Amours rêvant
J’éveille avant le jour mes yeux et ma pensée,
Et cette longue nuit si durement passée,
Je me trouve étonné de quoi je suis vivant.

Demi désespéré je jure en me levant
D’arracher cet objet à mon âme insensée,
Et soudain de ses voeux ma raison offensée
Se dédit et me laisse aussi fol que devant.

Je sais bien que la mort suit de près ma folie,
Mais je vois tant d’appas en ma mélancolie
Que mon esprit ne peut souffrir sa guérison.

Chacun à son plaisir doit gouverner son âme,
Mytridate autrefois a vécu de poison,
Les Lestrigons de sang, et moi je vis de flamme.

(Théophile de Viau)

Illustration

 

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Vous écrivez dit-elle (Jacques Robinet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



Illustration: Edvard Munch
    
Vous écrivez dit-elle
par ennui ou mélancolie
votre peine
embrume les chemins

Où est votre amour
Où le chant de la grive ?
Vous écrivez dit-elle
car je me suis enfuie

On allume des bougies
dans les églises désertes
Vous écrivez pour remplir
mon absence

Peut-être reviendrai-je
avec la marée pour lire
serrée bien contre vous
ce poème sous un ciel étoilé

(Jacques Robinet)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: 125-126
Traduction:
Editions: Arpa EXILS

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CHANSON (Tristan l’Hermite)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



CHANSON

Doux Printemps ne revenez pas
Avec tant d’appas
Vous opposer à ma mélancolie ;
Depuis qu’une Beauté que j’aimais chèrement
Se trouve ensevelie,
Tous mes plaisirs sont dans le monument.

O beaux jours si tôt allongés,
Que vous m’affligez
Moi qui toujours ai des pensers si sombres ;
Dès lors que le sujet de ma félicité
Erre parmi les ombres,
J’ai de l’horreur quand je vois la clarté.

Claires eaux qui lavez des fleurs
Ainsi que mes pleurs,
Votre cristal a pour moi quelques charmes :
En mon affliction j’aime à voir votre cours,
Il ressemble à mes larmes,
La Mort a fait qu’elles coulent toujours.

(Tristan l’Hermite)

Illustration

 

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ECRIT UN SOIR D’ETE (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

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ECRIT UN SOIR D’ETE

Les cloches de l’église ont sonné aux alentours leur mélancolie
Appelant les gens à prier encore,
A se plonger encore dans la tristesse, dans de plus terribles soucis,
A écouter encore plus l’affreuse éloquence d’un sermon,
A coup sûr l’esprit de l’homme est étroitement garrotté
Par quelque obscure incantation ; on voit chacun s’arracher
Aux joies du coin de l’âtre et aux airs lydiens
Aux tendres et hauts entretiens de ceux que la gloire a couronnés.
Encore, encore, les cloches sonnent et j’en sentirais un froid,
Un frisson comme celui qui vient de la tombe, si je ne savais
Qu’elles vont mourir comme une lampe consumée,
Que c’est leur dernier soupir, leur lamentation dernière
Au moment de rentrer dans l’oubli
Et que de fraîches fleurs croîtront et beaucoup de gloires
portant le sceau de l’immortalité.

(John Keats)


 

 

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JUSQUE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019



Illustration:Ana Cruz
    
JUSQUE

Par milliers millions milliards
voie lactée incalculable
forêt chaque arbre un rappel
chaque campanule autant de cloches
dans les prés du souvenir
chaque nuage jamais retrouvé
dans le ciel de la mémoire
écumes que l’océan impose
pour toutes les marées
celles de la honte du désespoir
de la mélancolie
et les vagues de regrets de remords
qui se brisent quand vient la nuit
Orages oubliés éclairs de colère
éclairs des déchirements
le sang coulera-t-il longtemps
le prochain orage qu’on n’attendait plus
plus jamais
Et pourtant le premier coup de tonnerre
la même catastrophe et la même chanson

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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MELANCOLIE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



MELANCOLIE

Que de cris, en l’automne, de sanglots !
Toute la forêt rugit, furieuse,
Sur les hauteurs un buccin fait écho
Et la complainte monte, douloureuse.

O viens mon aimée, écoute-moi bien,
Point ne pleure et chasse ta peur nouvelle,
Écoute l’appel profond, ancien
C’est la terre qui nous appelle à elle…

(George Bacovia)

Illustration: François Malespine

 

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MELANCOLIE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



MELANCOLIE

C’est l’aube et c’est l’automne
Et loin devant les yeux
La vapeur tourbillonne
Sur les vergers brumeux.

De mornes voix résonnent
Par les grands champs déserts, —
Et des clameurs sillonnent
Là-haut les coteaux verts.

Un cerf-volant bourdonne,
Jadis, c’était ton jeu.
Tu pleures… c’est l’automne
Sur les vergers brumeux.

(George Bacovia)

Illustration

 

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La main (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



La main

I

Main qui chantais, main qui parlais,
Main qui étais comme une personne,
Main amoureuse qui savais
Comment on prend, comment on donne ;

Main sur laquelle on a pleuré
Comme d’une fontaine fraîche,
Main sur laquelle on a crié
D’amour, de joie ou de détresse ;

Main qui reçus les confidences
Que la peur fait à la volupté,
Main de calme et d’impatience,
Main de grâce et de volupté ;

Main que des dents ont mordue
Et que des ongles ont déchirée
Dans leur frénésie ingénue,
Main que des lèvres ont pansée ;

Main des rêves, main des caresses,
Main des frissons, main des tendresses,
Main de la ruse et de l’adresse,
Ô main, maîtresse des maîtresses ;

Main qui donnas tant de joies
A tant de chairs éperdues,
Ô main comme de la soie
Sur les belles poitrines nues ;

Ô main, toi qui avais une âme
Pour l’heure douce du désir,
Et qui avais encore une âme
A l’heure âpre du plaisir,

Ô main, tu trembles encore aux souvenirs charnels !

II

Afin que tu éprouves des tendresses nouvelles,
Je te donne à l’amie qui régit mon destin :
Ses yeux sont des fleurs vives, ses cheveux sont des ailes,
Son esprit se promène en un songe hautain,

Sois sage, ô main trop tendre, et cache le passé
Sous tes ongles, aux replis secrets de tes jointures,
Comme je cache au fond de mon vieux cœur blessé
Le souvenir sacré des belles meurtrissures.

Ô main, je te regarde avec mélancolie.

(Remy de Gourmont)

 

 

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