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Poésie

Posts Tagged ‘mélancolique’

Lanterne rouge (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017




    

Lanterne rouge

Auberge obscure avec mendiants de nuit
Etreignant des lambeaux de froid,
Tandis que les groupes inertes, pareils à une fleur de pluie,
Contemplent le passage d’un sourire.

Ces corps misérables possèdent
Des formes aux yeux sans lumière ou au sable tombé ;
Là chante une voix, et la vie, si les mains n’échouent pas,
Est gaie comme l’amour emprisonné.

Ces mendiants sont les rois sans couronne
En quête du bonheur au-delà de la vie,
En quête de la fleur jamais ouverte,
En quête de désirs achevés en nuages.

Les corps pâlissent comme des vagues,
La lumière est un prétexte de l’ombre,
Le rire meurt très lentement,
Et avec lui s’en va aussi ma vie.

Or les ombres ne sont ni mendiants ni couronnes,
Mais les années d’ennui et leur vie cette nuit ;
Et ma vie n’est plus qu’un homme mélancolique
Qui ne connaît rien d’autre que ses larmes.

***

Linterna roja

Albergue oscuro con mendigos de noche
Abrazando jirones de frío,
Mientras que los grupos inertes, iguales a una flor de lluvia,
Contemplan cómo pasa una sonrisa.

Poseen estos cuerpos miserables
Formas de ojos sin luz o de arena caída;
Vivir, allí canta una voz, si las manos no fallan,
Es alegre como un amor aprisionado.

Esos mendigos son los reyes sin corona
Que buscaron la dicha más allá de la vida,
Que buscaron la flor jamás abierta,
Que buscaron deseos terminados en nubes.

Los cuerpos palidecen como olas,
La luz es un pretexto de la sombra,
La risa va muriendo lentamente,
Y mi vida también se va con ella.

Mas las sombras no son mendigos o coronas,
Son los años de hastío esta noche con vida;
Y mi vida es ahora un hombre melancólico
Sin saber otra cosa que su llanto.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Voix douces (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017




    
Voix douces

Plus douces sont les voix qui éternellement
se sont tues, et qui tristement
dans nos coeurs malheureux, et en eux seuls, résonnent.

Humbles, mélancoliques et timides voix,
dans les rêves on les reçoit,
qui dans notre mémoire souffrante ramènent

ceux qui sous terre, froids, dorment, nos disparus
bien-aimés, ceux qui ne voient plus
le printemps qui fleurit, le matin qui rayonne.

Les voix douces soupirent, et l’âme alors entend
la poésie des premiers temps
de notre vie — musique dans la nuit, lointaine.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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LOIN DES TROPIQUES (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




    
LOIN DES TROPIQUES

C’est tout un art de balayer
c’est un métier digne d’estime
les ruisseaux comme des torrents
cavalent cavalent cavalent

on doit savoir les diriger
y concentrer les ordures
qu’il faut absolument glisser
sous les ouatures

crottes de chiens vieilles lettres
mégots bâtonnets de sucettes
épingle à cheveux verre brisé
l’ajonc mouillé
d’une gracieuse parabole
les fait choir
en bas du trottoir
sans une parole

ces artistes municipaux
ont depuis peu souvent la peau noire
ils ont un air mélancolique.
pensent-ils à la Martinique ?
à un marigot africain ?
lorsqu’ils ont le balai en main
du matin
au soir

(Raymond Queneau)

 

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Nuit sous le pont aux érables (Tchang Ki)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2017




    
Nuit sous le pont aux érables

La lune décline, les corneilles croassent dans le ciel couvert de givre.

Les érables du fleuve, des feux de pêcheurs accompagnent le dormeur mélancolique.

Du temple de la Montagne Fraîche, hors de la ville de Kou-sou,

Vers minuit, un tintement de cloche parvient au bateau du voyageur.

(Tchang Ki)

 

 

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Vous êtes ô Parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration
    
Vous êtes ô Parfums,

D’une ivresse plus délectable et plus choisie
Que la caresse aux yeux, où leur splendeur s’imprègne,
Des chappes raidissant leur moire cramoisie
Et portant, d’or fané, l’agneau blessé qui saigne;

Plus naïfs et plus doux que n’est au crépuscule,
Sous des pins bleuissants embaumant la résine
Où quelque lueur d’astre en frissonnant circule,
Un champêtre duo de flûte et de clarine;

Plus somptueux et lents que le cours de l’Erèbe
Fluant son onde lourde aux plages léthargiques;
Qu’en l’honneur d’un héros, une marche funèbre
Déroulant pesamment son rythme pathétique.

Vous remplissez les coeurs d’un plus triste vertige,
D’un effroi plus aigu que l’aboi spleenitique
Lointainement d’un loup dans la nuit qui s’afflige,
Endeuillant les crénaux des donjons romantiques.

Plus que le son des cors aux ténébreuses fresques
Des forêts déchaînant le hurlement des meutes,
Parfums, vous provoquez, des désirs titanesques,
Dans l’ombre de nos coeurs les rougeâtres émeutes.

Vous êtes, ô parfums, plus comblés d’inertie
Que les violets sourds qui tombent des verrières,
Distributeurs savants de cette ataraxie
Qu’implorent nos douleurs dont le cri s’exaspère;

Plus résignés qu’ils sont en leur torpeur hindoue,
Où tout geste s’est tu, où nul désir ne râle,
Les tons silencieux dont la houle se joue,
Mer extatique, au dallage des cathédrales.

Endormeuse harmonie errante dans l’espace
Et qui bercez d’oubli nos âmes faméliques,
Vous surpassez la paix qui descend des rosaces
Quand s’unit l’orangé aux bleus mélancoliques.

Perçant l’opacité morne où nos sens résident,
Vous êtes, défiant le plus subtil orchestre,
De l’immense inconnu le langage fluide,
La voix de l’au-delà dans sa forme terrestre.

(Marie Dauguet)

 

 

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Le soleil mollement surgit… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
Le soleil mollement surgit…

Le soleil mollement surgit et se dilate
Comme une énorme fleur qui lentement s’étale
Et qui soudain parmi les prés mouillés éclate,
Eparpillant au loin ses rougeâtres pétales.

Le marais fume où l’eau mélancolique râle
Etendant sous les joues une moire écarlate,
Et la confuse vase intensément exhale
Dans le vent une odeur de baume et d’aromate

Puissante et qui vous met des baisers sur les lèvres.
Le paysage est plein de langueur et de fièvre
Ainsi que mon désir de troubles rêveries;

Et le songe est si doux dont la langueur m’obsède,
Que je me sens dans la nuit, avec leur parfum tiède,
S’effeuiller sur mon coeur des roses attendries.

(Marie Dauguet)

 

 

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La sagesse des verts (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
La sagesse des verts

Verts cendreux, flétris, effacés
Et qui niez l’intensité
De vivre, comme un coeur lassé
Epris d’ombre et de cécité,

Verts des mousses à la racine
D’un vieil érable desséché,
Sourds autant qu’un sanglot caché
Mourant au creux de la poitrine.

Nuance vraiment d’un mystique
Pénétrant, rappelant la fine
Tonalité des dalmatiques
Qu’un reflet de cierge satine.

Et verts, pourtant inconsolés
Sous le ciel d’hiver impassible,
Parlant de désirs immolés
Et de rêves inaccessibles

Ou que le réel étouffa…
Vert mélancolique et d’antan
Qu’ont les gourgouran de sopha
Ou les menuets chevrotants

Au fond du passé; verts des mousses
Qui parez cet arbre chancreux,
Vous scandez, accord qui s’émousse,
Un langage mystérieux.

Mais, ô paroles estompées,
J’ai saisi vos subtilités
Et je comprends vos mélopées
De tristesse et de volupté,

Verts cendreux, effacés, flétris
Et qui niez l’intensité
De vivre, comme un coeur épris
De néant et de cécité.

(Marie Dauguet)

 

 

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LE CHEVAL BLEU (Norge)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



LE CHEVAL BLEU

On ne voit pas clairement pourquoi ce cheval bleu est si mélancolique,
mais il est très mélancolique, sans aucun doute.
On ne voit pas clairement pourquoi ce cheval bleu va connaître bientôt une joie immense,
mais il va la connaître, sans aucun doute.
Le fond du tableau fait penser à une grande pluie qui s’éloigne.

(Norge)


Illustration: Marc Franz

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Que je sois en forme ou mélancolique (Fumiko Arai)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



Que je sois en forme ou mélancolique,
au grand temple,
cet arbre hivernal reste le même

(Fumiko Arai)

 

 

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Frères aveugles (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017




    
Frères aveugles

Pensez à tous ceux qui voient
vous tous qui ne voyez pas
où vont-ils se laissez conduire
ceux qui regardent leur bout de nez
par le petit bout d’une lorgnette

Pensez aussi à ceux qui louchent
à ceux qui toujours louchent vers l’or
vers la mer leur pied ou la mort

à ceux qui trébuchent chaque matin
au pied du mur au pied d’un lit
en pensant sans cesse au lendemain
à l’avenir peut-être à la lune au destin
à tout le menu fretin
ce sont ceux qui veillent au grain

Mais ils ne voient pas les étoiles
parce qu’ils ne lèvent pas les yeux
ceux qui croient voir à qui mieux mieux
et qui n’osent pas crier gare

Pensez aux borgnes sans vergogne
qui pleurent d’un œil mélancolique
en se plaignant des moustiques

Pensez à tous ceux qui regardent
en ouvrant des yeux comme des ventres
et qui ne voient pas qu’ils sont laids
qu’ils sont trop gros ou maigrelets
qu’ils sont enfin ce qu’ils sont

Pensez à ceux qui voient la nuit
et qui se battent à coups de cauchemars
contre scrupules et remords

Pensez à ceux qui jours et nuits
voient peut-être la mort en face

Pensez à ceux qui se voient
et savent que c’est la dernière fois

(Philippe Soupault)

 

 

Recueil: Georgia, Épitaphes, Chansons
Editions: Gallimard

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