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Posts Tagged ‘mélancolique’

LE CHEVAL BLEU (Norge)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017



LE CHEVAL BLEU

On ne voit pas clairement pourquoi ce cheval bleu est si mélancolique,
mais il est très mélancolique, sans aucun doute.
On ne voit pas clairement pourquoi ce cheval bleu va connaître bientôt une joie immense,
mais il va la connaître, sans aucun doute.
Le fond du tableau fait penser à une grande pluie qui s’éloigne.

(Norge)


Illustration: Marc Franz

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Que je sois en forme ou mélancolique (Fumiko Arai)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



Que je sois en forme ou mélancolique,
au grand temple,
cet arbre hivernal reste le même

(Fumiko Arai)

 

 

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Frères aveugles (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017




    
Frères aveugles

Pensez à tous ceux qui voient
vous tous qui ne voyez pas
où vont-ils se laissez conduire
ceux qui regardent leur bout de nez
par le petit bout d’une lorgnette

Pensez aussi à ceux qui louchent
à ceux qui toujours louchent vers l’or
vers la mer leur pied ou la mort

à ceux qui trébuchent chaque matin
au pied du mur au pied d’un lit
en pensant sans cesse au lendemain
à l’avenir peut-être à la lune au destin
à tout le menu fretin
ce sont ceux qui veillent au grain

Mais ils ne voient pas les étoiles
parce qu’ils ne lèvent pas les yeux
ceux qui croient voir à qui mieux mieux
et qui n’osent pas crier gare

Pensez aux borgnes sans vergogne
qui pleurent d’un œil mélancolique
en se plaignant des moustiques

Pensez à tous ceux qui regardent
en ouvrant des yeux comme des ventres
et qui ne voient pas qu’ils sont laids
qu’ils sont trop gros ou maigrelets
qu’ils sont enfin ce qu’ils sont

Pensez à ceux qui voient la nuit
et qui se battent à coups de cauchemars
contre scrupules et remords

Pensez à ceux qui jours et nuits
voient peut-être la mort en face

Pensez à ceux qui se voient
et savent que c’est la dernière fois

(Philippe Soupault)

 

 

Recueil: Georgia, Épitaphes, Chansons
Editions: Gallimard

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Extrême-Orient (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




    
Extrême-Orient

I

Le fleuve au vent du soir fait chanter ses roseaux.
Seul je m’en suis allé. – J’ai dénoué l’amarre,
Puis je me suis couché dans ma jonque bizarre,
Sans bruit, de peur de faire envoler les oiseaux.

Et nous sommes partis, tous deux, au fil de l’eau,
Sans savoir où, très lentement. – O charme rare,
Que donne un inconnu fluide où l’on s’égare !…
Par instants, j’arrêtais quelque frêle rameau.

Et je restais, bercé sur un flot d’indolence,
A respirer ton âme, ô beau soir de silence…
Car j’ai l’amour subtil du crépuscule fin ;

L’eau musicale et triste est la soeur de mon rêve
Ma tasse est diaphane, et je porte, sans fin,
Un coeur mélancolique où la lune se lève.

II

La vie est une fleur que je respire à peine,
Car tout parfum terrestre est douloureux au fond.
J’ignore l’heure vaine, et les hommes qui vont,
Et dans 1’Ile d’Émail ma fantaisie est reine.

Mes bonheurs délicats sont faits de porcelaine,
Je n’y touche jamais qu’avec un soin profond ;
Et l’azur fin, qu’exhale en fumant mon thé blond,
En sa fuite odorante emporte au loin ma peine.

J’habite un kiosque rose au fond du merveilleux.
J’y passe tout le jour à voir de ma fenêtre
Les fleuves d’or parmi les paysages bleus ;

Et, poète royal en robe vermillon,
Autour de l’éventail fleuri qui l’a fait naître,
Je regarde voler mon rêve, papillon.

(Albert Samain)

 

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L’Automne et sa douceur (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



Stances

I

Dépouille de l’allée où j’ai marché souvent,
Feuilles mortes, tendres feuillages,
Que suivait mon regard quand, portés sur le vent,
Vous mêliez de l’or aux nuages ;

L’Automne et sa douceur vont s’alanguir là-bas,
Dans les sous-bois, le long des grèves.
Et l’ancien souvenir ramènera mes pas
Aux lieux où se plaisaient mes rêves.

O feuilles, que me fait, non plus que le carmin
Des fleurs, votre pâle sourire ?
Mon âme et la douleur sur le sombre chemin
Passent et n’ont rien à se dire.

II

La rose du jardin que j’avais méprisée
A cause de son simple et modeste contour.
Sans se baigner d’azur, sans humer la rosée,
Dans le vase, captive, a vécu plus d’un jour,

Puis lasse, abandonnée à ses pâleurs fatales,
Ayant fini d’éclore et de s’épanouir,
Elle laissa tomber lentement ses pétales,
Indifférente au soin de vivre ou de mourir.

Lorsque l’obscur destin passe, sachons nous taire;
Pourquoi ce souvenir que j’emporte aujourd’hui ?
Mon cœur est trop chargé d’ombres et de mystère :
Le spectre d’une fleur est un fardeau pour lui. :

III

Lorsque se lamentant comme auprès d’une tombe,
Dans le creux du vallon
Passait, tout vêtu d’or par la feuille qui tombe,
Le tragique Aquilon,

Qu’a-t-il dit au rameau qui balançait encore
Un beau fruit, une fleur,
Au soleil de novembre, à la tardive aurore,
A mon âme, à mon cœur ?

IV

J’allais dans la campagne avec le vent d’orage,
Sous le pâle matin, sous les nuages bas ;
Un corbeau ténébreux escortait mon voyage,
Et dans les flaques d’eau retentissaient mes pas.

La foudre à l’horizon faisait courir sa flamme
Et l’Aquilon doublait ses longs gémissements ;
Mais la tempête était trop faible pour mon âme,
Qui couvrait le tonnerre avec ses battements.

De la dépouille d’or du frêne et de l’érable
L’Automne composait son éclatant butin,
Et le corbeau toujours d’un vol inexorable
M’accompagnait sans rien changer à mon destin.

V

Voici donc une fois encore
La fin précoce de l’été:
Quelle pâle et tremblante aurore
Se réveille sur la cité !

VI

Tout l’esprit d’Apollon et cette ardeur divine
Qui n’était que lumière et que frémissement.
Quand nous prenions la lyre au pied de la colline
Que le Tarb dans son cours baigne secrètement! …

Le bruit des chariots sur la route poudreuse,
Au crépuscule lent, sous les matins jaillis;
La vigne et la prairie et cette ombre joueuse
Qui tournait au soleil dans les jeunes taillis! …

L’orageux Orion guidait nos belles courses,
Pan gonflait notre cœur, et nous avions bien su
Donner des noms jolis à ces petites sources,
Qui filtraient doucement au creux d’un roc moussu.

VI

J’ai revu le jardin autour de la maison,
Il est plein de zéphyrs et plein d’oiseaux encore
Et le même treillis, n’importe la saison,
Laisse passer Vénus, Sirius et l’Aurore.

Mais le gazon qui pousse et le chemin sablé.
Du lac et du bassin le familier rivage,
Et cette belle fleur plus jaune que le blé,
Ne reconnaissent plus mes pas ni mon visage

VIII

Le jour à son déclin semait tout le couchant
D’un flocon velouté de couleur amarante.
Seul sur le quai désert, immobile ou marchant.
Je laissais sur la mer aller mon àme errante.

O misère! ô destin! Je me pris à songer,
Et j’ avais à la bouche une fade amertume . . .
Mais la vague en courant montait pour se briser
Dans le joyeux élan de ses éclats d’écume.

IX

Quand de la tragique vie
Se condense l’épaisseur,
L’âme se sent assouvie
De tendresse et de douceur.

Mais soudain la flamme brève
D’un mystérieux trésor
Illumine, et dans un rêve
La bouche sourit encor ;

Et d’espérance s’égaie
Notre ancienne douleur.
Comme se pare une haie
Auprès d’une jeune fleur.

X

Aujourd’hui ma pensée erre sur le Céphise
Et je soupire après
Les pâles oliviers et la cime indécise
Qu’élance le cyprès.

Mais que me font mes yeux, qu’ai-je à marquer la trace
De mes pas terriens ?
O mon âme, ô torrent, c’est l’absence et l’espace
Qui forment vos liens.

XI

Mon cœur n’est plus le rameau tendre
Qui reverdit sous le ciel bleu ;
Il n’est plus même cette cendre
Qui couve encore un sombre feu.

Mais ma blessure est si profonde,
Virgile, ô Dante, mes aïeux !
Que j’envelopperai le monde
Dans un amour plus orgueilleux.

XII

Par ce soir pluvieux, es-tu quelque présage,
Un secret avertissement,
O feuille, qui me viens effleurer le visage
Avec ce doux frémissement ?

L’Automne t’a flétrie et voici que tu tombes,
Trop lourde d’une goutte d’eau ;
Tu tombes sur mon front que courbent vers les tombes
Les jours amassés en fardeau.

Ah ! passe avec le vent, mélancolique feuille
Qui donnais ton ombre au jardin !
Le songe où maintenant mon âme se recueille
Ouvre les portes du destin.

(Jean Moréas)

Illustration

 

 

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À E… (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



À E…

O TOI,
chaude comme l’enfer,
Ô toi, froide comme l’hiver,
Douce et dure, on dirait du fer
Et de la mousse,

Dure et douce comme la mousse
Et le fer, si dure et si douce,
Va ! sois toi-même ! Un vent te pousse.
Vent de printemps

Et vent d’automne, et tant d’autans
Et de zéphyrs sont palpitants
Dans tes grands yeux mahométans
De catholique

Que j’en reste mélancolique
Et joyeux: et sans plus d’oblique
Madrigal, je t’aime !
Ô réplique,
Diable angélique.

(Paul Verlaine)

Illustration: Jose Maria Bernardo

 

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LE LIÈVRE ET LES GRENOUILLES (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE LIÈVRE ET LES GRENOUILLES

Un Lièvre en son gîte songeait
(Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ?) ;
Dans un profond ennui ce Lièvre se plongeait :
Cet animal est triste, et la crainte le ronge.
« Les gens de naturel peureux
Sont, disait-il, bien malheureux.
Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite ;
Jamais un plaisir pur ; toujours assauts divers.
Voilà comme je vis : cette crainte maudite
M’empêche de dormir, sinon les yeux ouverts.
Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle.
Et la peur se corrige-t-elle ?
Je crois même qu’en bonne foi
Les hommes ont peur comme moi.  »
Ainsi raisonnait notre Lièvre,
Et cependant faisait le guet.
Il était douteux, inquiet :
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.
Le mélancolique animal,
En rêvant à cette matière,
Entend un léger bruit : ce lui fut un signal
Pour s’enfuir devers sa tanière.
Il s’en alla passer sur le bord d’un étang.
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ;
Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.
« Oh! dit-il, j’en fais faire autant
Qu’on m’en fait faire ! Ma présence
Effraie aussi les gens ! je mets l’alarme au camp !
Et d’où me vient cette vaillance ?
Comment ? Des animaux qui tremblent devant moi !
Je suis donc un foudre de guerre !
Il n’est, je le vois bien, si poltron sur la terre
Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi. »

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Même les atomes sont mélancoliques (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
même les atomes sont mélancoliques
même les protons
connaissent le délaissement
mais comment faire autrement
si l’on veut écouter sa naissance
à chaque instant
comment faire autrement
si l’on veut rejoindre
l’exactitude des éperdus
tous ceux qu’il faut écouter
in extremis

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Chet Baker (Déploration)
Editions: Le Castor Astral

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La licorne devant le miroir (T. Carmi)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



&

   
La licorne devant le miroir

Ma Dame,
Si vous n’aviez pas tenu
Devant moi, ce miroir

Je n’aurais pas su
Que j’étais mélancolique et col monté.
Je n’aurais pas su
Que je n’avais qu’une corne,
La barbe rare et des lèvres épaisses.

Ma Dame,
Sans fâcherie,
Si votre main amère n’avait tenu
Devant moi ce miroir

Jamais je n’aurais osé vous approcher
Et poser mes serres crochues
Sur vos genoux.

Ma Dame,
Si vous n’aviez point appelé l’écho de mon corps,
Nous ne serions pas devenus trois :

Moi, vous et moi-même,
Et au-dessus de nous
Une corne hautaine.

(T. Carmi)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: S. Reich
Editions: Gallimard

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Mon tableau (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017




Mon tableau

Ma peinture, c’est la poésie,
Les paroles, mes pinceaux.
– Elles disent ce que tout vaut –
Les sentiments sont mes couleurs,
Je les ressens à toute heure:
Un rire, quel vif coloris,
Un pleur, c’est un gris…
Et la symphonie des tons
Se joue sur la musique des sons.
Comme j’aime l’automne,
Et ses teintes rouillées,
Comme j’aime que résonne
La mélodie des feuilles tombées…

Mon tableau, deux ou trois mots,
La mélancolique chanson
De la plus riche des saisons…

(Mireille Gaglio)

Illustration

 

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