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Poésie

Posts Tagged ‘mélanger’

Jusqu’à l’aube (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Jeanie Tomanek -escapevelocity

Jusqu’à l’aube j’irai pour mordre chaque atome de mes minutes.
Chaque mot que je jette sur le papier, c’est un mot en moins dans mon crâne.
Nous et toi. Moi et nous.
On a beau tourner les boutons… Il y a moi, toi — toi, moi…
Si on mélangeait, mais bien au chaud — toi et moi — moi en toi.
Mais les mots s’insinueront dans ton crâne et tout ce qu’ils feront
c’est de lutter avec tes mots sédentaires ou de coucher avec.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Qui rêve à qui? (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Qui rêve à qui?

Si je dors longtemps à l’ombre
du grand saule droit au bord de l’étang
le rêve de l’arbre entrera dans mon rêve
Mon corps feuillu frémira pour chasser
un pic-vert en train de marteler mon écorce
pendant que je retourne à l’école
en tablier noir afin d’apprendre à lire
et que la maîtresse ressemble à l’infirmière
dont je ne vois que les yeux
derrière le masque bleu
Est-ce le saule qui se rêve écolier dans la classe enfantine?
Est-ce moi qui me fais tronc branches feuilles agitées?
Ou bien la vie vivante qui mélange nos rêves?

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le bleu-clarté (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019




    
Le bleu-clarté du ciel-cristal
invente le mot radieux
Le soleil mélangé au froid
brûle et glace à tue-tête
Un lézard passe pensée furtive
ll fait beau comme un éclair calme

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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De nouveau (Hubert Antoine)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



    

de nouveau
ouvrir le dictionnaire imaginaire
inventer des sens et des sons
mélanger l’inconnu de toutes les casseroles
aux ingrédients du fou
punir l’ordinaire
par des châtiments de charme sauvage
voler les oeufs des nuages
sous la paille des rayons
et écrire tous les vents
dans les trêves du rire

(Hubert Antoine)

 

Recueil: tohu-bohu et brouhaha
Editions: Le Cormier

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Aube vivante (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Aube vivante

La lumière nimbe la source
Dans le bois humide
Dont le vent secoue les feuilles
Et mélange les couleurs
Avec les odeurs d’un matin acide

Dans le silence
J’écoute monter la sève
Vers un ciel aride
Et me drape de clarté

J’emprisonne l’espace
Où le soleil se mire
Et multiplie sa propre image

Il se lève sur un matin d’oiseaux
Qui criblent l’air de cris
Lentement le jour déplie ses doigts
Pour me caresser le front.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Sa chair est venue (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
sa
chair
Est venue
à

moiteldusabledé V
alantsuru
Ne
gouttière
j’avais du ciment pour elle,
joyeusement
nous nous sommes l’un
l’autre mélangés pour retomber

gâchis lorsqu’
un
rien
ouvrant les vannes

est sorti.

le béton

***

her
flesh
Came
at

meassandca V
ingint
oA
chute
i had cement for her,
merrily
we became each
other humped to tumbling

garble when
a
minute
pulled the sluice

emerging.

concrete

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Monsieur Monsieur aux bains de mer (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2017



Illustration: René Magritte
    
Monsieur Monsieur aux bains de mer

Un jour près de la mer
Monsieur et Monsieur seuls
parlaient tranquillement
et mangeaient une pomme
en regardant les cieux.

— Voyez donc, dit l’un d’eux,
l’agréable néant!
et quel apaisement
quand l’abîme sans bord
mélange sans effort
les choses et les gens!
Pour qui ressemble à Dieu
les jours particuliers
ne sont pas nécessaires.

La question n’est pas là
Monsieur (répond Monsieur)
nous sommes éphémères,
or la totalité
de la grande Unité
nous étant refusée,
c’est par la quantité
que nous nous en tirons.
Et nous additionnons
et nous thésaurisons!
Donc la diversité
pour nous sur cette terre
est la nécessité.
Regardez ce poisson
qui n’est pas un oiseau
qui n’est pas une pomme
qui n’est pas la baleine
qui n’est pas le bateau…

— Ah, pour moi c’est tout comme,
interrompit Monsieur,
la baleine et la pomme
devant l’éternité

A ces mots le vent souffle
emportant leurs chapeaux
et les deux personnages
dans le ciel bleu et beau
s’effacent aussitôt.

(Jean Tardieu)

 

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Au moment où je fermais (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2017



Au moment où je fermais la dernière fenêtre de ma chambre
Pour m’endormir
La lune mélangeait son corps à celui du lac

Dans le peuplier incliné
Il m’a semblé entendre une voix chuchoter :
Où est ton corps?

Comme si :
Le peuplier
Le lac,
La lune,
La nuit,
Et moi,
N’étions qu’une même robe

(Adonis)

 

 

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Portrait d’une ville (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Portrait d’une ville

Elle porte nom de rivière cette ville
où les rivières jouent à cache-cache.
Ville faite de montagne
indissolublement mariée
à la mer.

Ici
le jour se lève comme dans n’importe quel autre endroit du
monde
mais vibre le sentiment
que les choses se sont aimées pendant la nuit.

Les choses se sont aimées. Et s’éveillent
plus jeunes, avec l’appétit de vivre
de la lumière dans l’écume,
la topaze du soleil dans le feuillage,
l’irisation de l’heure
sur le sable déployé à perte de vue.

Des formes adolescentes ou adultes
se découpent sculptées dans l’eau éclaboussée.
Un rire clair, venu d’avant la Grèce
(venu de l’instinct)
couronne la sarabande du bord de mer.

Regarde, regarde ce corps
qui est fleur en acte de fleurir
entre ce parasol et cette planche de surf,
luxueusement fleur, gratuitement fleur
offerte à la vue de celui qui passe
dans l’acte de voir et non de cueillir.

Voici qu’une frénésie gagne ce peuple
griffe l’asphalte de l’avenue, heurte l’air,
Rio prend forme de sambista.
C’est carnaval pur, douce folie,
retentissant dans le chant de mille bouches,
dix mille, trente mille, cent mille bouches,
dans un rituel d’abandon à un dieu ami,
dieu rapide qui passe et laisse
un sillage de musique dans l’espace
pour le reste de l’année.

[…]

Le Christ, une statue? Une présence,
du haut, non pas des astres,
mais du Corcovado, bien plus proche
de l’humaine contingence,
préside au vivre général, sans grand effort,
car la loi carioca
(ou destin carioca, peu importe)
il faut mélanger tristesse, amour et musique,
travail, blague, loterie,
dans le même coquillage du moment
qu’il est indispensable d’avaler jusqu’à sa dernière
goutte de miel et de nerfs, pleinement.

La sensualité voletant
par des chemins ombreux et au plein jour
des collines et des baies,
dans l’air tropical infuse l’essence
des rondes voluptés partagées.
Tout autour de la femme
un système de gestes et de voix
va se tramant. Et va se définissant
l’âme de Rio: voir la femme en tout.
Dans le contour des jardins, dans la taille svelte
du palmier, dans la tour circulaire,
dans le profil du morne et l’écoulement de l’eau
femme femme femme femme.

(Carlos Drummond de Andrade),

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IL est devant la porte (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2016



Robert Delaunay   voronca1926

IL est devant la porte ou devant la fenêtre.
Mais l’a-t-on reconnu ? Il est venu peut-être
Pour entendre nos voix et regarder nos yeux.
Ces routes de la nuit mènent vers ses grands yeux.
Il voudrait nous parler aussi; mais nulle larme
Ne lui est de secours. La mer brûle ses armes
Et ses navires, ses aurores, ses couchants.

Nous sommes là plusieurs à écouter son chant
Et son souffle pareil aux orages de sable.

Et tout devient plus beau. Nul contour haïssable,
Nulle faim, nulle soif, pour tenir son amour.
D’où revient-il ? Du Nord ? De l’Ouest ? Tous les jours
Il rôdait là. Mais nul ne l’a su…

Nulle part un regret, dont il n’eût pas souffert:
L’injustice, les lois méchantes, dans ses vers
Passèrent comme la chenille par la feuille.
Et tu y es aussi, lecteur, que tu le veuilles
Ou non. Le sauras-tu? il te faudrait encore
Te détacher de toi, tel un vaisseau des bords
De l’océan. Ouvre ce livre. Mais peut-être
Une ombre te fera deviner aux fenêtres
Ou dans la chambre ainsi qu’un souffle (auras-tu peur ?)
Ce voyant, ce proscrit, ce triste voyageur.

Il me faudra ici te quitter ombre, frère,
Je laisserai ces mots, ces chants inachevés.
Le souffle est là tout près qui mélange les terres
Et nos regards, nos mains et nos sommeils.
Je vais sans savoir où. Et toi, aussi, ombre, pareille
Au souvenir, oiseau qui dans l’air se dissout
Le soir est là tel un vaisseau qui appareille
Nous séparant de tout ce qu’une fois fut « nous ».

(Ilarie Voronca)

 Illustration: Robert Delaunay 

 

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