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Poésie

Posts Tagged ‘menaçant’

Gué (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



 

La Tisseuse et le Pâtre  Vega et Altaïr

Gué

L’an ne contient qu’un seul gué
qui me conduit vers toi. À chaque fois
je le retrouve submergé davantage, les eaux
plus gonflées, le courant
plus menaçant. Et pourtant
pourtant je t’ai rejoint encore, et le moindre instant
en fera son aliment. Et si une dure loi
nous imposait un « jamais », à nous condamnés
immobiles sur des rives opposées,
nous croiserons toutefois
les échos d’un désir transmué en splendeur.
Ainsi la Tisseuse et le Pâtre
se répondent : Vega et Altaïr
entre eux se dénoue haut perché
le fleuve des étoiles.

(Margherita Guidacci)

 

 

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Le chat noir (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018




    
Le chat noir

Un fantôme est encor comme un lieu
où ton regard se heurte contre un son;
mais contre ce pelage noir
ton regard le plus fort est dissous :

ainsi un fou furieux, au paroxysme
de sa rage, trépigne dans le noir
et soudain, dans le capitonnage sourd
de sa cellule, cesse et s’apaise.

Tous les regards qui jamais l’atteignirent,
il semble en lui les recéler
pour en frémir, menaçant, mortifié,
et avec eux dormir.

Mais soudain, dressé vif, éveillé,
il tourne son visage — dans le tien :
et tu retrouves à l’improviste
ton regard dans les boules d’ambre
jaune de ses yeux : enclos
comme un insecte fossilisé.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Pavillon noir (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



Pavillon noir

Quand les filles de proue des caravelles
chantèrent à poitrine nue
l’amour sur la mer
les vaisseaux de ces reines
frémirent des cales aux hunes
comme de grands violoncelles
couchés sous la lune
et l’archet des vents
dans les cordages
prolongeait le chant
qui regrettait les rivages.

C’était un rude capitaine
le Roi l’avait remarqué
un jour que Jean s’en était allé
avec son vaisseau Fleur de Misaine
son équipage et ses gabiers
et qu’il avait souri à la reine
en jetant à ses pieds
les épices
de l’amour sans espoir
sous le pavillon noir.
C’est toujours l’amour qui appareille.
Lover signifie parfois bien-aimé.

Le vent chantait
Misaine Misaine
le vent qui vient de Vire
pare à vire
pare à virer
l’amour chavire
pare à aimer.

Et jouant dans les ramures du navire
pour les matelots qui ont la vague à
l’âme
le vent nonchalant
s’amusait
à ses essais sur la gamme.

La mort est mon second
ensemble nous voguons.
Quand les filles de proue des caravelles
devinrent de bois chantant
sur la mer la mer des sirènes
les sirènes se turent de honte
et noyèrent dans l’onde
les feux de leurs écailles.

Sur le pont Jean de la Manche dort.
Il rêve de la reine infidèle
qui oublia qu’elle fut sa belle
un instant.
II rêve de grille d’or
pour mettre la dame en cage
car l’amour est un sauvage
rouge et tatoué et menaçant.

La mort est mon second
ensemble nous voguons.
C’était un rude capitaine
qui commandait la Fleur de Misaine
capitaine que la Reine
a trop regardé
pour sa santé.
La Reine est morte depuis dix ans.
Le Roi ombrageux l’a étouffée
comme un canard au sang.
Misaine cherche dans le vent
Misaine cherche dans les cris

de la mouette et de la poulie
Misaine cherche jusque dans la haine
le souvenir de la voix
de l’infidèle au marin de l’infidèle au Roi
quand elle disait je t’aime
et qu’il était son amant.

Quand les filles de proue des caravelles
chantèrent la peine des forçats
la peine sur la mer
l’eau du monde ne fut plus qu’une voix
et les galériens crièrent au Roi :
Beau Sire du grand collège
tu as fait de nous les Juifs errants
de l’Océan
Hollandais volants
condamnés à ramer dix mille ans
mais nous avons le cœur content.
La mer chante dans le vent
du soleil levant!

La mort est mon second
ensemble nous voguons.

Quand les corsaires goddons
prirent Jean de Misaine
pour le pendre
Jean de Misaine chantait
Jean de Misaine chantait
devant la cravate de chanvre:
Mon amour revient dans le vent
mon amour mon beau revenant.
J’ai tué le Roi la Reine est morte
bourreau blond
tu m’ouvres la porte
du grand élan.

En manière d’ancre les marins de la
Misaine
portent une lyre de laine
sur leur maillot rayé.
Une rose à la main
le plus jeune mousse la tient
à peine effeuillée
c’est la rose des vents.

(Armand Lanoux)

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Tourment (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Tourment

Coeur, entends-tu
Le pas léger
Derrière toi?

Coeur, vois-tu?
Quelqu’un te fait signe,
Un signe furtif de la main.

Est-ce toi ? Est-ce toi ?
La neige tourbillonne,
Le croissant se fige…

Est-ce toi qui descends?
Est-ce toi qui m’emmènes?
Toi, dont je suis épris?

Au-dessus des neiges sans fin
Envolons-nous!
Par-delà les mers brumeuses,
Brûlons jusqu’au bout!

Oiseau du tourbillon,
Aux sombres ailes,
Donne-moi deux ailes!

Qu’avec toi, chère à mon coeur,
Dans le cercle de lune argent,
Mon âme se languisse!

Que les braises de l’hiver
Calcinent la croix
Lointaine et menaçante!

Que nous volions, flèches sifflantes,
Vers l’abîme des étoiles noires.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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LE LYS (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017



Illustration: Malinowsky
    
LE LYS

La modeste rose avance une épine,
L’humble agneau une menaçante corne,
Tandis que le lis trouve son bonheur dans l’Amour ;
Ni épine ni menace ne souille son éclatante beauté.

***

THE LILLY

The modest Rose puts forth a thorn,
The humble Sheep a threat’ning horn,
While the Lilly white shall in Love delight,
Nor a thorn nor a threat stain her beauty bright.

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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Adieux à la Sirène (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



    Illustration: Victor Nizovtsev
    
Adieux à la Sirène

Je t’ai gardée, auprès de moi, toute une nuit…
Et maintenant retourne à la mer, ma Sirène !
Vers la mer, tour à tour menaçante ou sereine,
Car ton front se détourne et mon regard te fuit…

Retourne à cette mer toujours renouvelée,
Vers laquelle en secret ton songe amer revient,
Qui t’a bercée, et qui t’appelle et te retient,
Grande comme les cieux, et, comme eux, étoilée !

Toi que mes yeux en pleurs ne reverront jamais,
Qui ne peux habiter la maison chaude et tendre
Où fut notre bonheur, qui ne peux plus m’entendre,
Va, plonge dans les flots, Sirène que j’aimais !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Arbres dans la nuit (Brigitte Level)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017




    
Arbres dans la nuit

Les grands arbres de la forêt
Semblent s’animer dans la nuit,
Et nous, tout seuls sur le sentier,
Nous frémissons au moindre bruit.

Comme d’énormes bras, les branches
Ont l’air de vouloir nous saisir :
Sur le sentier le vent les penche,
Et nous ne savons comment fuir.

Menaçantes, terrifiantes,
Les voilà qui vont nous frôler !
Horrible pieuvre !… L’épouvante
Nous paralyse tout glacés !

Soudain, bonheur ! Un oiseau chante
Et son chant clair nous rend la paix.
Non la forêt n’est pas méchante :
L’oiseau le dit, l’oiseau le sait.

(Brigitte Level)

 

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Lourde pend la goutte de pluie (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Lourde pend la goutte de pluie
Au rameau chargé ;
Lourde s’amasse la brume
Au loin, sur les Hautes Terres ;

Lourd plane le ciel maussade.
Lourde déferle la mer —
Et lourd bat le jeune coeur
Sous l’arbre solitaire —

Jamais lueur bleue depuis l’aube
N’a fendu les nuages —
Jamais depuis sa naissance
N’a souri son sinistre Destin —

Menaçant pour le tout-petit,
Ternissant les joies de l’enfant
Il ignore, l’ange gardien,
Ce garçon mélancolique.

Le jour dépasse vite
Son printemps triste et sombre :
Bientôt la jeunesse déborde
Sur l’âge d’homme plus austère —

Il n’est pas de fleur qui ne prie
Le soleil avant de se fermer

***

Heavy hangs the raindrop
From the burdened spray ;
Heavy broods the damp mist
On Uplands far away ;

Heavy looms the dull sky.
Heavy rolls the sea —
And heavy beats the young heart
Beneath that lonely tree —

Never has a blue streak
Cleft the clouds since morn —
Never has his grim Fate
Smiled since he was born —

Frowning on the infant,
Shadowing childhood’s joy ;
Guardian angel knows not
That melancholy boy.

Day is passing swiftly
Its sad and sombre prime :
Youth is fast invading
Sterner manhood’s time —

All the flowers are praying
For sun before they close

(Emily Brontë)

 Illustration

 

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Le monde du silence (Valérie Canat de Chizy)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2016



Le monde du silence est si beau et menaçant à la fois.
Rassurant et peuplé d’ombres.
Protecteur mais incertain.
Une raie, un requin.
Un coup de mâchoire.
Sans bruit.
Le sang attire d’autres prédateurs.

(Valérie Canat de Chizy)

Illustration

 

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La chose est ramassée sur elle-même (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2016



La chose est ramassée sur elle-même. Compacte.
Comme prête à sauter au visage. Faut-il s’étonner que
nous en ayons peur ?

Notre corps aussi est cette masse menaçante : cette
opacité, cette force tapie dans l’obscurité.

Cette douleur qui peut, à chaque instant, surgir.

(Gérard Pfister)

Illustration: Johann Heinrich Füssli

 

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