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Posts Tagged ‘menotte’

POUR ELLE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018




    
POUR ELLE

Tel un joyeux soleil, ta chevelure d’or
Répand de lumineuses gerbes,
Superbes,
Sur les plis de ta petite robe, ô Trésor !
Ta fine taille dans ta robe se balance,
Adorable mouvance,
Fine vapeur de diamant
Sur la rose tremblant.

Sans pareils dans le ciel, sur notre terre ronde…
Tes yeux, par leur éclat, sont une mer profonde.
Sitôt que tu me vois, doucement, tu les clos.
Que n’offrirais-je point pour ces rayons si beaux !

Dans une mer sans fond, ton âme se balance,
Doux rayon de lune qui luit,
Séduit.
Un nuage soudain, sans la moindre clémence,
S’en vient la dérober à l’ardeur de mes yeux,
La confisque à mes voeux.
Vite, elle me fuit tel un rêve.
Et le soleil se lève.

Mais ton coeur, où bat-il ? Je ne le trouve pas.
Et pour moi, c’est la mort, c’est l’odieux trépas.
Je ne puis te briser, ma main n’y peut suffire.
Ces menottes l’ont prise. Il me faut te le dire :

Toi qui n’as point de coeur, c’est pour toi que j’expire.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Lou ma rose (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Lou ma rose

Lou tu es ma rose
Ton derrière merveilleux n’est-ce pas la plus belle rose
Tes seins tes seins chéris ne sont-ce pas des roses
Et les roses ne sont-ce pas de jolis ptits Lous
Que l’on fouette comme la brise
Fustige les fesses des roses dans le jardin
Abandonné
Lou ma rose ou plutôt mes roses
Tu m’as envoyé des feuilles de rose
O petite déesse
Tu crées les roses
Et tu fais les feuilles de roses
Roses
Petites femmes à poil qui se baladent
Gentiment
Elles se balancent en robe de satin
Sur des escarpolettes
Elles chantent le plus beau parfum le plus fort le plus doux
Lou ma rose ô ma perfection je t’aime
Et c’est avec joie que je risque de me piquer
En faveur de ta beauté
Je t’aime je t’adore je mordille tes feuilles de rose
Rose reine des fleurs Lou reine des femmes
Je te porte au bout des doigts ô Lou ô rose
Au bout des doigts en te faisant menotte
Jusqu’à ce que tu t’évanouisses
Comme s’évanouit le parfum
Des roses
Je t’embrasse ô Lou et je t’adore

(Guillaume Apollinaire)

 

 

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Bourreaux ou frères (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Près de vos armes, hommes inflexibles,
Près de vos aigles dressés à déchirer les poumons
Des porteurs de flammes, voici mon ombre entre les montagnes inclinées
Attentivement vers la ville prise dans les menottes du pain.
Sachez que si vous me fouillez jusqu’aux entrailles
Ainsi qu’on le ferait d’un violon, afin d’y trouver le chant,
Ou d’un miroir, pour en arracher les images,
Jamais vous ne toucherez la vision qui demeure en moi:

Parmi le matin qui s’ouvre une artère
Avec la brume tombée au fond des éprouvettes,
Avec l’âme qui, dans la chair comme une camisole de force,
Se tord, s’écorche et voudrait se délivrer.

Et vous qui mordez la neige et vous mordez entre vous,
Comme des chiens au traîneau montant vers quel orage,
Bourreaux ou frères, me voilà – je marche parmi vous,
Et je ne sais ce que vous enfoncez dans mon épaule: poignard ou aile.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

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HEMORRAGIE, ASCENSION (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



HEMORRAGIE, ASCENSION

Près de vos armes, hommes inflexibles
Près de vos aigles dressés à déchirer les poumons
Des porteurs de flammes, voici mon ombre entre les montagnes inclinées
Attentivement vers la ville prise dans les menottes du pain.

Sachez que si vous me fouillez jusqu’aux entrailles
Ainsi qu’on ferait d’un violon, afin d’y trouver le chant,
Ou d’un miroir pour en arracher les images
Jamais vous ne toucherez la vision qui demeure en moi.
Parmi le matin qui s’ouvre une artère
Avec la brume tombée au fond des éprouvettes,
Avec l’âme qui, dans la chair comme dans une camisole de force,
Se tord, s’écorche et voudrait se délivrer.

Et vous qui mordez la neige et vous mordez entre vous
Comme des chiens au traîneau montant vers quel orage,
Bourreaux ou frères, me voilà je marche parmi vous
Et je ne sais ce que vous enfoncez dans mon épaule : poignard ou aile.

(Ilarie Voronca)


Illustration: Jean Delville

 

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Le baiser (Jean-Louis Murat)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2016



Je voudrais de toi
De l’eau, des vitamines
Un baiser

Avance
Viens mon dragueur de mines
Mon bébé

Nacré ou lilas
Viens aiguiser sur moi
Ta beauté

Abandonne-toi
Eprouve au fond de toi
Le baiser

Ta bouche, ventre nu
Ne durera que ce que dure
La gaieté

Apprends
Veux-tu
La boue et le diamant
De ton aimé

A quoi bon souffler
Sur des milliers de braises
Mouillés

Qu’on ne compte plus
Que l’acide poivré
Du baiser

Du baiser…

D’argile ou d’ébène
Pose tes menottes
A mes poignets

Viens me faire goûter le fruit
A ta pluie sacrée

Je n’ai plus que toi
Et mes lèvres
Pour te toucher

Abandonne-toi
Eprouve au fond de toi
Le baiser

Le baiser…

(Jean-Louis Murat)

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