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Posts Tagged ‘mensonge’

La feuille tremble encor (Jules-Lefèvre Deumier)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017


 


 

Oskar Kokoschka 235842

La feuille tremble encor aux rameaux verts de l’arbre,
Mais le ciel gris et lourd dort comme un ciel de marbre.
Nous sommes en été, mais la mort est dans l’air :
J’ai froid. Tout me paraît pauvre, usé : c’est l’hiver,
L’hiver du désespoir qui m’est entré dans l’âme !
Quel printemps, échappé des regards d’une femme,
Reviendra sur ce sol, glacé par la douleur,
D’une asphodèle même entr’ouvrir la pâleur ?
Du même hiver que moi la terre est poursuivie :
Un mensonge de moins dépeuple donc la vie !
L’amour, en s’éloignant, ôte à l’infortuné
Plus de bonheur encor qu’il n’en avait donné :
Sur tout ce qui console il faut qu’il jette un voile.
Il nous éteint le ciel, étoile par étoile,
Et nous laisse à la fin, quand il a tout détruit,
Seuls, avec la mémoire, habiter dans la nuit.
C’est là qu’il faut languir, ou se tordre à demeure,
Ne vivant seulement que pour sentir qu’on meure,
Se tuant en détail pour renaître en entier.
Au bec de ce vautour demandez donc quartier !

(Jules-Lefèvre Deumier)

Illustration: Oskar Kokoschka

 

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LA RIVIERE (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



LA RIVIERE

nous descendons dûment
la grande rivière de la vie
tout en l’interprétant à faux
tandis que son courant
de plus en plus rapide
et son eau de plus en plus
profonde et sombre
en aval se précipitent

et bien sûr cette liquidité
nous convient si bien
comme nous aurait
aussi bien convenu
la terre ferme ou le ciel vide
si le choix nous en fut donné

mais puisque nous ne comprenons
pas nous mêmes pourquoi en aval
se fait ce voyage plutôt qu’en amont
même si parfois nous nous donnons
le mensonge pour croire le contraire
il n’y a pas raison ni moyen d’essayer
de comprendre même si
nous le voulions ou pouvions

est-ce que ce voyage existe vraiment
peut-être faut-il le considérer comme si
dans ses mystérieuses méandres
il se faisait au fur et à mesure du hasard
de son prolongement tortueux
vers la grande embouchure de l’infini

***

THE RIVER

we go down resolutely
the great river of life
interpreting it falsely
while its currents
more and more rapid
and its water
deeper and somber
flows downstream

and of course this liquidity
suits us so well
just as the firm ground
or the empty sky would have
if the choice had been given us

but since we do not comprehend
why this journey goes downstream
rather than upstream
even though sometimes
we give ourselves
the lie to believe otherwise
there is no reason nor any means
to try and understand why
even if we could or would

does this journey really exist
perhaps it should be considered
in its mysterious meandering
as if it is accomplished haphazardly
in its tortuous prolongation
towards the great void of infinity

(Raymond Federman)


Illustration

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AFFRONTE AVEC ORGUEIL… (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2017




AFFRONTE AVEC ORGUEIL…

Affronte avec orgueil la vie et ses hasards,
N’attends rien, ô passant, du repos ou du songe,
N’accueille qu’en tremblant l’amour, ce beau mensonge,
Et chaque jour sois prêt pour de nouveaux départs !

(Pascal Bonetti)


Illustration: Gilbert Garcin

 

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Les Tendres Souhaits (Charles-Henri Ribouté)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



Illustration: Giovanni Bellini
    
Les Tendres Souhaits

Que ne suis-je la fougère,
Où, sur la fin d’un beau jour,
Se repose ma bergère,
Sous la garde de l’amour ?
Que ne suis-je le zéphyr
Qui rafraîchit ses appas,
L’air que sa bouche respire,
La fleur qui naît sous ses pas ?
Que ne suis-je l’onde pure
Qui la reçoit en son sein ?
Que ne suis-je la parure
Qui la couvre après le bain ?
Que ne suis-je cette glace,
Où son minois répété,
Offre à nos yeux une grâce,
Qui sourit à la beauté ?
Que ne puis-je par un songe,
Tenir son cœur enchanté ?
Que ne puis-je du mensonge
Passer à la vérité ?
Les dieux qui m’ont donné l’être,
M’ont fait trop ambitieux.
Car enfin je voudrais être,
Tout ce qui plaît à ses yeux.

(Charles-Henri Ribouté)

 

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La Nature (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017



Illustration: jean-gabriel Domergue
    
La Nature sans cesse change de costumes,
comme une danseuse qui veut plaire.

— A qui veut-elle plaire avec ses mensonges?

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Sois bon, sois doux, sois aimant (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017




    
Sois bon, sois doux, sois aimant.

Aie l’âme pleine de pitié devant la douleur des êtres.

Puisque la vie est un combat,
et que l’odieuse loi du plus fort est la loi de l’univers entier,
aie compassion des faibles, des petits qui succombent,
recueille les blessés, adoucis leurs souffrances, console leurs misères ;
aime comme le Boudha ou Jésus.

Et sois poète aussi, crée de glorieux mensonges.
Parle du bien, proclame la splendeur du beau :
— n’évite quelque fois que de parler du vrai.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Nature (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2017



Illustration: Josephine Wall

    

Nature, amoureuse éternelle,
c’est toi qui rends fous les amants:
dans les grands yeux de leurs amantes,
ce sont tes yeux, beaux, de mensonges,
qu’ils contemplent, et où ils se meurent ;
ce qu’ils adorent, ce qu’ils étreignent,
c’est ta splendeur et ton néant!

— Partout sont les reflets de ta beauté :
frissons des chairs et frissons des nuits,
vagues onduleuses, cheveux flottants,
lianes aux longs bras enlaçant les arbres des forêts
charme de la femme, et souplesse de son corps,
mensonges de ses regards, de ses lèvres,

Nature, éternelle amoureuse,
c’est toi par tout, c’est toujours toi;
et sous ces diverses apparences,
toi que je vénère ou méprise,
et que j’adore ou que je hais !

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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La Nature brûle comme une amante (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2017




    
La Nature brûle comme une amante.
Le Soleil de baisers la couvre,l’étouffe, la tue;
elle le veut encore, toujours et sans fin le rappelle.

— Aimez donc tous, aimez ainsi :
lèvres des amants, unissez-vous;
brûlez ainsi, chairs des amants.

Ayez votre heure d’illusion,
votre part du glorieux mensonge;

un instant dans vos bras mortels,
enfermez, pressez, étreignez
l’immortelle beauté du néant !

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Un jour certainement viendra (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2017



Illustration: Titien
    

Un jour certainement viendra
où l’homme ne voudra plus procréer son espèce.

A quoi bon?
Pour prolonger la durée de cette infernale comédie,
pour perpétuellement refaire ce travail de Sisyphe,
remuer toujours cette boue et ce néant?

Jadis on avait Dieu,
et l’espérance de la lumière,
de la vie lumineuse au delà de la mort.

Nous ne sommes plus, d’après la science moderne,
que des animaux parmi les animaux ;
nos passions ne sont que les passions de la brute,
parées de brillants mensonges;
nos éclairs de génie ne sont que des névroses ;
nos prophètes, des hallucinés, et nos religions,
des fantômes créés par nos tristes cerveaux.

L’antique voile est tombé :
pour fin de tout,
c’est la tombe ignoble, la mort sans phrases…

Et il est encore des gens
qui mangent, boivent, dorment,
et engendrent tranquillement !

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Remords tendre (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Karol Bak     
    
Remords tendre

Je n’ai pas su t’aimer, ma divine et ma blonde,
— Blonde aux baisers de fleur, — bien souvent, en secret
J’ai dû faire pleurer les plus beaux yeux du monde,
Je n’ai pas toujours eu la bonté qu’il faudrait.

J’ai vécu trop de deuils, de douleurs, de mensonges,
J’ai passé mon chemin, — mon coeur est devenu
L’incrédule du rêve et l’ennemi des songes ?…
Lorsqu’il était trop tard, ton sourire est venu.

Je trouvais à souffrir Dieu sait quels sombres charmes,
Tu me disais : Toujours ! Je répondais : Jamais !
Je doutais âprement ; même devant tes larmes,
J’étais triste et méchante ; et pourtant tu m’aimais !

Je n’ai pas su garder intacte et parfumée
Une heure unique et tendre, au fond de mon destin…
O ma douceur ! Pourquoi t’ai-je si mal aimée ?
L’espérance ne peut épouser le chagrin.

Quelque chose de frais, quelque chose d’immense,
Quelque chose de blanc comme l’éclat du jour
Avait paru pourtant dans ma terne existence,
Ce miracle : t’avoir inspiré de l’amour !

Une larme à tes yeux ressemble à la rosée ;
Pour me la donner, pleure une dernière fois !
Ce sera le pardon sur mon âme brisée
Et l’effacement pur du mauvais autrefois !

(Renée Vivien)

 

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