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Poésie

Posts Tagged ‘mensonge’

AIR TRISTE ET CONNU (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018




    
AIR TRISTE ET CONNU

Un caillou lancé
Une vitre saute
Un homme qui tombe
Le coeur fracassé

Celui-ci chantait
Pour ne pas entendre
Le pas de la mort
Dans son escalier

Celui-là mourait
De ne pas comprendre
Les ordres brutaux
Dits en étranger

Celui-ci vivait
Mais de son mensonge
Celui-là est mort
Au lieu de parler

De tous les vivants
Pas deux ne s’accordent
Sur le nom secret
De la liberté

Un caillou lancé
Une vitre saute
Un autre homme tombe
Ah c’en est assez.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Drame ou porte fermée (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018




    
Drame ou porte fermée

La jeunesse sans escorte de nuages,
Les murs, volonté de tempêtes,
La lampe comme un éventail dedans ou dehors,
Disent éloquemment ce qu’on n’ignore pas,
Ce qu’un beau jour faiblement
On abandonne devant la mort même.

Os écrasé par la pierre des rêves,
Que faire, privés d’issue
Autre que le pont jeté par l’éclair
Pour unir deux mensonges,
Mensonge de vie ou mensonge de chair ?

Nous ne savons que sculpter des biographies
Sur des musiques hostiles ;
Nous ne savons que compter affirmations
Ou négations, chevelure de nuit ;
Nous ne savons qu’invoquer tels des enfants le froid
De peur de nous en aller seuls à l’ombre du temps.

***

Drama o puerta cerrada

La juventud sin escolta de nubes,
Los muros, voluntad de tempestades,
La lámpara, como abanico fuera o dentro,
Dicen con elocuencia aquello no ignorado,
Aquello que algún día débilmente
Ante la muerte misma se abandona.

Hueso aplastado por la piedra de sueños,
e Qué hacer, desprovistos de salida,
Si no es sobre puente tendido por el rayo
Para unir dos mentiras,
Mentira de vivir o mentira de carne ?

Sólo sabemos esculpir biografías
En músicas hostiles;
Sólo sabemos contar afirmaciones
O negaciones, cabellera de noche ;
Sólo sabemos invocar como niños al frío
Por miedo de irnos solos a la sombra del tiempo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Laissez-moi seul (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 
Illustration: ArbreaPhotos
    
Laissez-moi seul

Une vérité est couleur de cendre,
Une autre vérité est couleur de planète ;
Mais toutes les vérités, du sol jusqu’au sol,
Ne valent la vérité sans couleur de vérité,
La vérité qui ne sait comment l’homme souvent s’incarne dans la neige.

Quant au mensonge, il suffit de lui dire « j’aime »
Pour que pousse entre les pierres
Sa fleur, qui pour des feuilles montre des baisers
Des épines au lieu d’épines.

La vérité, le mensonge,
Comme des lèvres bleues,
L’une dit, l’autre dit ;
Mais jamais vérités ou mensonges ne prononcent leur torve secret ;
Vérités ou mensonges
Sont oiseaux qui émigrent à la mort des yeux.

***

Dejadme solo

Una verdad es color de ceniza,
Otra verdad es color de planeta;
Mas todas las verdades, desde el suelo hasta el suelo,
No valen la verdad sin color de verdades,
La verdad ignorante de cómo el hombre suele encarnarse
en la nieve.

En cuanto a la mentira, basta decirle « quiero »
Para que brote entre las piedras
Su flor, que en vez de hojas luce besos,
Espinas en lugar de espinas.

La verdad, la mentira,
Como labios azules,
Una dice, otra dice;
Pero nunca pronuncian verdades o mentiras su secreto
torcido;
Verdades o mentiras
Son pájaros que emigran cuando los ojos mueren.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Je sais que vous veillez (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Illustration: Francine Van Hove
    
Je sais que vous veillez dans cette nuit si blanche
qu’on croirait un verger assailli par le vent
et l’heure des lampes devient douce
si votre ombre descend sur la plage d’un livre
si votre souffle éveille le charbon du poème
à la vie de la flamme.

Peut-être suis-je seul avec ma blessure
et mon sang qui écrit
peut-être suis-je loin de vous
de ce visage dont j’existe
et de ces mains ravies à l’écume des astres
et de ce corps si pur et sans baiser
peut-être

et j’envie votre chambre
qui peut vous voir sans cesse
cette table ces livres et la couleur du mur
et la fenêtre mi le visage du soir écrase sa noirceur
et l’eau qui coule entre vos doigts
sans souvenirs ni pensée.

O je vous aime
ma solitude crie à travers ce papier
comme dans le château
la voix du prince vers la belle endormie.

O je vous aime
ma solitude crie et tend ses mains lointaines
à tâtons vers vos mains
je ne veux plus de ce poème
ni du mensonge de mon rêne
mais le pain de vos lèvres
mais le vin de vos yeux
mais l’air de votre souffle.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Ô quel mal (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Illustration
    
Ô quel mal de sortir du calme désespoir
la fièvre d’espérance bat mes tempes de son mensonge
une odeur d’encens glisse d’église en église
je ne croyais plus aux fleurs
ni à Dieu ni aux jeunes filles
il a suffi d’une aubépine
et tout ce monument de lave triste tremble et s’effrite
il a suffi d’une aubépine
et tout l’hiver dérive vers la mer.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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L’amour et l’amant (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017




    
L’amour et l’amant

Es-tu amour ? Passe le feu,
Franchis les mers de tes ailes,
Donne vie au rêve
Et la beauté au réel.

N’en es-tu que l’ombre ?
Va, recouvre de sa clarté
Ton mensonge. Que l’ombre
Terrasse le puissant, le pur amour.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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En rêvant la mort (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Odilon Redon
    
En rêvant la mort

Comme la blanche rose
Dont le nimbe dans le noir se dérobe au regard;
Comme le blanc désir
Devant l’amour déchu se lève invisible;
Comme la blanche flamme
Qui en souffle toujours change les mensonges du corps,
Dans la nuit silencieuse ou le jour solitaire
Tu passes, ombre éternelle,
Un doigt sur les lèvres.

Tu es ce blanc nuage qui déjà, s’ourlant d’or,
D’un dieu est devenu l’aile transparente;
Ce blanc coteau, ces vallons
Que veillent les peupliers, verts lévriers mystiques;
Tu passes sur la blanche figure des hommes,
Oubliés toute leur vie entre rêve et folie;
Partout tu te glisses, ombre énigmatique,
Et posément évoques,
Telle une eau, cette fièvre de la vie.

Lorsque je vois la blanche jeunesse abattue,
Tachée et brisée entre les heures grises;
Lorsque je vois la blanche vérité trahie
Par des mains ambitieuses et des bouches éloquentes;
Lorsque je sens la blanche inspiration perdue
Par tant de siècles cruels passés dans la douleur,
Je ne crois plus qu’en toi, ombre vaste,
Par delà les sombres myrtes de ton portique,
Unique et claire réalité du monde.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Tout cela est passé, passé, passé (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Tout cela est passé, passé, passé:
Des jours le périple est parachevé.
Quel est le mensonge ou quelle est la force,
O passé, qui peut te faire renaitre ?

(Alexandre Blok)

Illustration: Alfons Mucha

 

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Je crois au Soleil (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    
Je crois au Soleil du Testament,
Je vois les lueurs lointaines.
J’attends que l’universelle lumière
Monte de la terre printanière.

Tout ce qui respire le mensonge
Se détourne, en tremblant d’effroi.
Devant moi — vers les routes en débâcle
S’enfuit un sillon doré.

Je m’en vais, traversant
Des lys la forêt interdite.
Et les ailes des anges bruissent
Dans le ciel au-dessus de moi.

D’une lumière inconnaissable
A jailli le tremblé.
Je crois au Soleil du Testament,
Ce sont Tes yeux que je vois.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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AVANT-SOMMEIL (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



Helen Masacz  200

AVANT-SOMMEIL

Attendez je ne suis pas prêt
La lampe lentement vrille dans ma poitrine
Mon sang fait battre au loin le poumon des collines
Voici l’ombre et les fleurs berceuses de mes pas

Quelques instants encore dans l’ouate des mensonges
Les derniers frets du soir pour les ruelles du songe
Une étoile allumée portée à bout de bras
Le vent frais musicien dans les orgues du soir
La bouche enfin tarie
Bon voyage en enfer sous la tapisserie

Dix heures dans les feuillages têtus de mon enfance
Dix heures
Et le manteau troué de la souffrance
Pour poser mon regard pas un coin de ciel bleu
Chacun de mes retours plus triste qu’un adieu
Tous ces demi-silences

Vous êtes là je sais
Au plus clair de moi-même
Penchés sur mon remords et sur mes lendemains
Puisque vous revenez dans cette chambre noire
Ô mon père et ma mère
Partagez-vous mes mains

(René Guy Cadou)

Illustration: Helen Masacz

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