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Poésie

Posts Tagged ‘mensonge’

Peut-être que ce qui fut (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Peut-être que ce qui fut, une seule fois,
la vie d’un homme

ne disparaît pas tout à fait, peut-être
que la terre garde en mémoire

la forme, la figure impalpable
de ceux qui s’en vont

qu’elle dérobe seulement leur image
à la corruption de l’air

les blessures ne guérissent pas, les remords
durent encore et les mensonges

mais une couche de silence
les recouvre

tout s’apaise
dans la profondeur.

(Claude Esteban)

 

Recueil: La mort à distance
Traduction:
Editions: Gallimard
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CHERCHER (Jean-Luc Pouliquen)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2018



 

CHERCHER

(…)
Chercher
au-delà du mensonge
de l’ombre des charniers
dans la complainte des peuples
et la musique des feuillages
Est-elle si loin
l’aurore fraternelle
la liberté gagnée
au chaos déferlant?

(Jean-Luc Pouliquen)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Chelin Sanjuan

 

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Nuit, comme savourée au-dedans (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



 

Nuit, comme savourée
au-dedans. Et de nous, chaque mensonge
que reconnaîtrait la langue
quand elle se dédit et s’enlise
dans son propre poison.
Nous dormirions, côte à côte
avec cette faim-là, et à partir du fruit
que nous combattons, deviendrions le nom
de ce que nous nommons. Comme si un crime, rêvé
par nous, pouvait mûrir au froid, et abattre
ces arbres noirs, dont les mèches
drainent l’histoire des étoiles.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Jamais d’autre que toi (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



 

Gabriel Bonmati  (22) [1280x768]

Jamais d’autre que toi

Jamais d’autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes
En dépit des mutilations d’arbre à la tombée de la nuit
Jamais d’autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien
Plus tu t’éloignes et plus ton ombre s’agrandit
Jamais d’autre que toi ne saluera la mer à l’aube quand fatigué d’errer
moi sorti des forêts ténébreuses et des buissons d’orties je marcherai vers l’écume
Jamais d’autre que toi ne posera sa main sur mon front et mes yeux
Jamais d’autre que toi et je nie le mensonge et l’infidélité
Ce navire à l’ancre tu peux couper sa corde
Jamais d’autre que toi
L’aigle prisonnier dans une cage ronge lentement les barreaux de cuivre vert-de-grisés
Quelle évasion !
C’est le dimanche marqué par le chant des rossignols dans les bois d’un
vert tendre l’ennui des petites filles en présence d’une cage où
s’agite un serin, tandis que dans la rue solitaire le soleil lentement
déplace sa ligne mince sur le trottoir chaud
Nous passerons d’autres lignes
Jamais jamais d’autre que toi
Et moi seul seul seul comme le lierre fané des jardins de banlieue seul comme le verre
Et toi jamais d’autre que toi.

(Robert Desnos)

Illustration: Gabriel Bonmati

 

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Pour la belle Isabelle (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Pour la belle Isabelle

1
Pour la belle Isabelle
Et Jeanne et Suzon,
Pour Lucie pour Marcelle,
Que de beaux garçons
Perdirent leurs beaux jours,
Beaux jours, beaux amours,
Illusions vaines
Qui se chang’nt en peine.
Car chacun d’entre eux aurait pour chacune
Pris le soleil et décroché la lune
Pour teindre leur robe eût donné son sang
Peine perdue, soins épuisants.

Refrain
Malin celui-là qui pour plaire aux belles
Fait tout ce qu’il faut pour être aimé d’elles
Malin celui-là qui satisfait celles
Que mille choses ne satisfont.

2
Bien volontiers les femmes
Se font prendre au mot
Fou celui qui les blâme
Et souffre leurs maux
Tout ce qui brille est d’or
Et vienne la mort

3
Vive un mensonge
Si c’est un beau songe.
Celui dont l’amour est fort et sincère
Souvent maladroit, ne sait pas quoi faire
Pour être aimé en vain il s’évertue
Soins épuisants, peines perdues.
Celui-là s’évertue
À de grands travaux
Il s’épuise, il se tue.
Oui, mais ses rivaux
N’ont qu’à cligner des yeux
La belle est à eux
Battez campagne
Qui méprise gagne.
C’est jeu de dupes, et pourtant pour elles
C’est un jeu qui vaut toutes les chandelles
L’amour à son gré sait brouiller les cartes,
Verser du sel sur une tarte.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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La Clef des Songes (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018



Illustration: Nathalie Ragoust
    
La Clef des Songes

1
Cuisinière ou poétesse
Buss’nessman ou charpentier
Tout l’ monde aime la paresse
Le loisir, le sommeil et rêver
Car le rêve est un spectacle
C’est un billet de faveur
Dont la nuit fait cadeau au rêveur
Fortune qui nous est due
C’est un quotidien miracle
Une nuit sans rêver
Sans aimer
Est perdue.

Refrain 1
La Clef des Songes m’a dit
Rêver d’eau claire
Et de soleil qui resplendit
Ou qu’on perd une molaire
C’est bon signe
Voir un cygne
C’est bon signe
Voir des vignes
C’est bon signe
C’est l’amour le bonheur qui la nuit
Sont venus visiter votre lit
Écoutez la Clef des Songes
Même si c’est des mensonges
Rêvez en dormant
Car le jour on n’a pas le temps.

2
L’autre jour ma p’tite amie
Avec un gros va-nu-pieds
M’a trompé quelle infamie
Je l’ai su, je l’ai épiée
Et le soir dans ma colère
J’achetais un revolver
À six coups, bien en main, pour gangster
Méditant crime et suicide
J’hésitais sur la manière
Dont j’allais me venger
Et juger
La perfide.

Refrain 2
La Clef des Songes m’a dit
Dans son langage
Le lendemain après un’ nuit
De cauch’mars et de carnages
Bon présage
— L’encornage
Bon présage
— Rêver d’cage
Bon présage
Oui l’amour le bonheur cette nuit
Sont venus te bercer dans ton lit
Écoute la Clef des Songes
Et pardonne les mensonges
Pardonne à l’instant.
Car demain il n’ serait plus temps.

3
Au dernier tour de lot’rie
Je n’ai pas gagné un clou
Et j’ai juré sur ma vie
De ne plus risquer un sou
Dans un’ belle tirelire
J’aurais caché en secret
Mes gros sous, mon argent, mes billets
J’aurais amassé fortune
Pour ach’ter ce que j’ désire
Un’ maison un château
Une auto
Ou la lune.

Refrain 3
La Clef des Songes m’a dit
Dans son langage
Le lendemain après un’ nuit
D’additions et de mirage
Bon présage
Héritage
Bon présage
Bon présage
Prends courage
La chance et la fortun’ cette nuit
Sont venues t’inspirer dans ton lit
Écoute la Clef des Songes
Car ce n’est pas un mensonge
Prends l’ billet gagnant
Car demain il n’ sera plus temps.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Au livre de Léopardi (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Alexandr Sulimov -   (28)

Au livre de Léopardi

Il est de longs soupirs qui traversent les âges
Pour apprendre l’amour aux âmes les plus sages.
Ô sages ! De si loin que ces soupirs viendront,
Leurs brûlantes douceurs un jour vous troubleront.

Et s’il vous faut garder parmi vos solitudes
Le calme qui préside aux sévères études,
Ne risquez pas vos yeux sur les tendres éclairs
De l’orage éternel enfermé dans ces vers,

Dans ces chants, dans ces cris, dans ces plaintes voilées,
Tocsins toujours vibrant de douleurs envolées.
Oh ! N’allez pas tenter, d’un courage hardi,
Tout cet amour qui pleure avec Léopardi !

Léopardi ! Doux Christ oublié de son père,
Altéré de la mort sans le ciel qu’elle espère,
Qu’elle ouvre d’une clé pendue à tout berceau,
Levant de l’avenir l’insoulevable sceau.

Ennemi de lui seul ! Aimer, et ne pas croire !
Sentir l’eau sur sa lèvre, et ne pas l’oser boire !
Ne pas respirer Dieu dans l’âme d’une fleur !
Ne pas consoler l’ange attristé dans son coeur !

Ce que l’ange a souffert chez l’homme aveugle et tendre,
Ce qu’ils ont dit entre eux sans venir à s’entendre,
Ce qu’ils ont l’un par l’autre enduré de combats,
Sages qui voulez vivre, oh ! Ne l’apprenez pas !

Oh ! La mort ! Ce sera le vrai réveil du songe !
Liberté ! Ce sera ton règne sans mensonge !
Le grand dévoilement des âmes et du jour !
Ce sera Dieu lui-même… oh ! Ce sera l’amour !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

 

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ÉLÉGIE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: François Boucher   
    
ÉLÉGIE

Je m’ignorais encor, je n’avais pas aimé.
L’amour ! si ce n’est toi, qui pouvait me l’apprendre ?
À quinze ans, j’entrevis un enfant désarmé ;
Il me parut plus folâtre que tendre :
D’un trait sans force il effleura mon coeur ;
Il fut léger comme un riant mensonge ;
Il offrait le plaisir, sans parler de bonheur :
Il s’envola. Je ne perdis qu’un songe.

Je l’ai vu dans tes yeux cet invincible amour,
Dont le premier regard trouble, saisit, enflamme,
Qui commande à nos sens, qui s’attache à notre âme,
Et qui l’asservit sans retour.
Cette félicité suprême,
Cet entier oubli de soi-même,
Ce besoin d’aimer pour aimer,
Et que le mot amour semble à peine exprimer,
Ton coeur seul le renferme, et le mien le devine ;
Je sens à tes transports, à ma fidélité,
Qu’il veut dire à la fois, bonheur, éternité,
Et que sa puissance est divine.

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE MARCHAND D’ETOILES (Franck Gérald)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2018



 

Ivailo Petrov - Tutt'Art@ - (15)

LE MARCHAND D’ETOILES

C’était un marchand d’étoiles
Et d’aurores boréales
Qui a posé sur ton lit
Tous les fantasmes de la nuit
Il allait de ville en ville
Cherchant un esprit docile
Il t’a bien vite ébloui
Et comme une ombre tu l’as suivi

Moi je croyais au ruisseau
Je croyais à l’ormeau
Qui se couvre de lierre
Moi je croyais au jardin
Que revêt de satin
La rosée du matin

C’était un marchand d’étoiles
Et de phrases magistrales
Il a glissé dans ta vie
Tous les mensonges de la nuit
Dans les reflets d’une eau grise
Il t’a fait croire à Venise
Tu as cru voir du pays
Tu as cru voir le paradis

Moi je disais que l’oiseau
Nous fait signe là-haut
Que s’éloigne l’orage
Moi je disais qu’au réveil
Sur la vigne vermeille
Brillerait le soleil

Mais ton beau marchand d’étoiles
En changeant de cathédrale
A changé de compagnie
Dans le miroir de son ennui
Je t’attends, petite fille
L’arbre n’était que brindille
Qui sera bien vite enfouie
Sous le manteau de l’oubli

(Franck Gérald)

Illustration: Ivailo Petrov

 

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AIR TRISTE ET CONNU (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018




    
AIR TRISTE ET CONNU

Un caillou lancé
Une vitre saute
Un homme qui tombe
Le coeur fracassé

Celui-ci chantait
Pour ne pas entendre
Le pas de la mort
Dans son escalier

Celui-là mourait
De ne pas comprendre
Les ordres brutaux
Dits en étranger

Celui-ci vivait
Mais de son mensonge
Celui-là est mort
Au lieu de parler

De tous les vivants
Pas deux ne s’accordent
Sur le nom secret
De la liberté

Un caillou lancé
Une vitre saute
Un autre homme tombe
Ah c’en est assez.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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