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Poésie

Posts Tagged ‘menue’

L’inconstant (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2018



L’inconstant

Mes yeux s’en sont allés
derrière une brunette
qui passait.

Était de nacre noire,
était raisin violet.
De sa traîne de feu
elle a fouetté mon sang.

Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Une blonde est passée
telle une plante d’or
en balançant ses charmes.
Et ma bouche s’est faite
vague qui s’en allait
décharger des éclairs
de sang sur sa poitrine.
Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Mais vers toi, sans bouger,
sans te voir, ma lointaine,
mon sang, mes baisers volent,
ma brunette et clairette,
ma grande et ma petite,
ma vaste et ma menue,
ma jolie laideronne,
faite de tout l’argent
et faite de tout l’or,
faite de tout le blé
et de toute la terre,
faite de toute l’eau
des vagues de la mer,
faite pour mes deux bras ,
faite pour mes baisers,
faite, oui, pour mon coeur.

(Pablo Neruda)


Illustration: Fabienne Contat

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En toi la terre (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017




En toi la terre

Petite
rose,
rose menue,
parfois,
minuscule et nue,
on dirait
que tu tiens
dans une seule de mes mains,
que je vais t’y emprisonner
et à ma bouche te porter,
mais
soudain
mes pieds touchent tes pieds et ma bouche tes lèvres,
tu as grandi,
tes épaules s’élèvent comme deux collines
et voici que tes seins se promènent sur ma poitrine,
mon bras parvient à peine à entourer la mince ligne,
le croissant de nouvelle lune de ta taille :
dans l’amour tu t’es déchaînée comme l’eau de la mer :
je mesure à peine les yeux les plus vastes du ciel
et je me penche sur ta bouche pour embrasser la terre.

(Pablo Neruda)

Illustration: Man Ray

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Je sors d’un sommeil pâle et sans plante (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2016



Je sors d’un sommeil pâle et sans plante
Et je songe à ma femme qui est parmi les arbres,
Autour d’elle, de l’ombrage, de la verdure :
Je la songe, grandie par les champs et les cieux !

J’ai tant envie de m’en aller là-bas
De me promener les bras sur son cou !

La première fois que je l’ai vue
Ce fut sous une lune songeuse de nue en nue !

Elle était plus mouvante que la nue,
Et je la regardais, toute fine, tremblante-menue
Jouet des sentiers.

(Armand Robin)

Illustration: Evgeni Gordiets

 

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La trace (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2016



La trace

Approche de ta main
la feuille blanche:
brume étale sur la prairie,
plaine de neige où va s’inscrire
le pas de l’errant, le sillage de sa fatigue,

ou bien le lac, cette eau de lune
où tremblent des reflets
qu’un vent de nuit tord et disloque.

Écoute,
penche-toi
et lève un peu, du même geste,
ta main veinée de noir
puisque la lampe veille,
qu’elle partage ombre et clarté
et tente une frontière
toujours poreuse.

Au loin, dans le silence,
un faible pas résonne,
trébuche, hésite
puis s’éteint sur la colline.

Que reste-t-il à dire?
Tout, rien: double et même vertige.

Pose pourtant la pointe de la plume
sur la brume, beau, la neige.
Attends le signe que le destin diffère.

Étroit le temps, menue la trace comme d’insecte sur le sable.

(Jean Joubert)

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Pour une minute de vie (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2015




pour une minute de vie
brève et unique aux yeux ouverts
une minute où l’on verrait
dans le cerveau de menues fleurs
dansant comme des mots dans la bouche d’un muet

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Joséphine Wall

 

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LA RACINE AFFECTUEUSE (António Osório)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2015




LA RACINE AFFECTUEUSE

Avec les ans
peu à peu
la racine affectueuse
a pénétré
au fond de la terre
jusqu’à atteindre
à la plus menue
et la plus ancienne
veine de larmes.

***

A RAIZ AFECTUOSA

Com os anos
a pouco e pouco
a raiz afectuosa
penetrou
no fundo da terra
até chegar
ao mais pequeno
e mais antigo
veio de lágrimas

(António Osório)

Illustration: Valérie Barcelo

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