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Poésie

Posts Tagged ‘mépris’

Nos habitudes (Jacques Prevel)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
Nos habitudes des grands échafaudages de poutrelles et de planches

Ici il y a l’indéterminé
Toute la misère éclatante
Des pans entiers écroulés du sommeil
Des lézardes et des rigoles de boue glacée
Et des paroles haletantes qui se maintiennent
Comme des feux follets
Comme la prescience de nos cris de haine
Ici il y a le tabernacle du mépris
Et nos vies somnambuliques
Nos yeux hagards et révulsés
Nos habitudes des grands échafaudages de poutrelles et de planches
Ici il y a les glaciers infranchissables
Du sarcasme et de la folie
Ici il n’y a rien qui soit au monde

(Jacques Prevel)

 

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La vie est du futur un souhait agréable (Jean-Baptiste Chassignet)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




Illustration: Carrie Vielle
    
La vie est du futur un souhait agréable

La vie est du futur un souhait agréable,
Et regret du passé, un désir indompté
De goûter et tâter ce qu’on n’a pas goûté ;
De ce qu’on a goûté, un dégoût incurable :

Un vain ressouvenir de l’état désirable
Des siècles jà passés, du futur souhaité,
Un espoir incertain, frivolement jeté
Sur le vain fondement d’une attente muable.

Une horreur de soi-même, un souhait de sa mort,
Un mépris de sa vie, un gouffre de remords,
Un magasin de pleurs, une mer de tempête :

Où plus nous approchons du rivage lointain,
Plus nous nous regrettons et lamentons en vain
Que le vent ait si tôt notre course parfaite.

(Jean-Baptiste Chassignet)

 

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Le Lys noir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017




    
Le Lys noir

L’inquiétant Lys noir, large ouvert, semble offrir
Dans sa coupe de deuil une ivresse infernale.
Il a le fier mépris de la beauté banale
Qu’un rayon de soleil trop fervent peut flétrir.

Et la sinistre fleur du vice sans désir
Se fane dans l’ardeur de l’âpre bacchanale
S’effeuillant aux cheveux d’une femme vénale
Dont le coeur ennuyé dédaigne de choisir.

Sachant combien le rire est énervant et triste
Elle exhale en mourant son parfum où persiste
Un relent affadi de festins et d’amour

Et l’aube vient brûler la paupière rougie
De la Douleur souillée essuyant au grand jour
Parmi les pleurs sacrés les sueurs de l’orgie.

(Renée Vivien)

 

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A mon Démon familier (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: John Henry Fuseli
    
A mon Démon familier

Toi qui hantes mes nuits cruelles, ô Démon !
Qui vient ouvrir sur moi tes prunelles hagardes
Et qui te tiens debout clans la chambre et regardes,
Emporte-moi sur tes ailes de goémon !

Tu règnes sur mon coeur implacable et suprême !
Que le vent de la mer nous emporte tous deux
Dans le divin mépris des courants hasardeux,
O toi que je redoute et cherche, ô Toi que j’aime ! …

Les peuples sont petits et laids. Allons loin d’eux,
De leurs propos mesquins, de leurs coeurs infidèles.
Envolons-nous au bruit puissant des larges ailes
Que tu sais déployer dans le vent orageux !

Malgré le temps mauvais, debout dans la défaite,
Me voici faisant face à l’orage, à la mer…
O mon Démon, accours à ma voix, comme hier,
Et reconnais en moi ton Maître, le Poète ! …

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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EGEIA (Oscar Milosz)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



EGEIA

Pourquoi ce front si triste, Egeia, forme de mon âme,
Pourquoi ces larmes dans les yeux de ma bien-chère ?
Le sourire de mon amie est comme un blâme,
Ses yeux sont comme un grand silence sur la mer…

Egeia, Egeia ! C’est l’atroce insomnie
De la Vie, ô ma douce, qui psalmodie en vous
Sa berceuse sans fin, dont la monotonie
N’endort ni les regrets, ni les frayeurs, ni les dégoûts !

Je me penche sur mon mirage en l’eau grise de vos pensées
Et ma tristesse est un vertige de parfums fades,
Et les doux flots lents sont un troupeau bêlant d’agnelles malades,
Là-bas, sur la plage nocturne où nos pas se sont effacés…

Nos âmes sont la mort de la mer sur les sables
Où tremble le vieux clair-de-lune des regrets,
Et les jours que nous regrettons sont misérables,
Et les jours que nous espérons sont des désespérés…

Adieu les mots chanteurs, adieu les nobles attitudes,
Adieu l’amour de la Douleur, adieu le mépris de la Gloire !
— Ecoutons sangloter, dans les lointaines solitudes,
L’eau faible et résignée où défaille le Soir…

(Oscar Milosz)

Illustration: Carolus-Duran 

 

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Si chagrin pour chagrin peut te toucher (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Si chagrin pour chagrin peut te toucher,
Malheur au malheur répondre,
Si quelque pitié peut te fléchir
Viens à moi en cet instant !

Je ne saurais être plus seule,
Plus morne je ne saurais l’être !
Mon coeur usé bat si violemment
Pour toi il va se rompre —

Et quand le monde n’est que mépris
Quand le Ciel repousse ma prière
Mon ange va-t-il pas consoler ?
Mon idole entendre ?

Oh ! Par tant de larmes versées,
Tant d’heures passées à souffrir
Je suis sûre, mon bien-aimé,
De te reconquérir !

***

If grief for grief can touch thee,
If answering woe for woe,
If any ruth can melt thee
Come to me now !

I cannot be more lonely,
More drear I cannot be !
My worn heart throbs so wildly
‘Twill break for thee —

And when the world despises —
When Heaven repels my prayer
Will not mine angel comfort ?
Mine idol hear ?

Yes by the tears I’ve poured,
By all my hours of pain
O I shall surely win thee
Beloved, again !

(Emily Brontë)

Illustration

 

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Laisse le coeur que je porte et donne-moi la liberté (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Je fais peu de cas des richesses,
L’Amour, je le tiens en mépris
Et le désir de Gloire ne fut qu’un rêve
Au matin évanoui –

Si je prie – la seule prière
Qui pour moi remue mes lèvres
Est – « laisse le coeur que je porte
Et donne-moi la liberté »

Oui, mes jours brefs approchant de leur terme,
C’est tout ce que j’implore –
A travers vie et mort, une âme sans chaînes
Et le courage d’endurer! –

***

Riches I hold in light esteem
And Love I laugh to scorn
And lust of Fame was but a dream
That vanished with the morn –

And if I pray – the only prayer
That moves my lips for me
Is – ‘Leave the heart that now I bear
And give me liberty’

Yes, as my swift days near their goal
‘Tis all that I implore –
Through life and death, a chainless soul
With courage to endure! –

(Emily Brontë)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration

 

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Le Mot (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2017



Le Mot

Que criait l’invisible bouche? Quelle gorge gonflée de pluie
soufflait dans l’ordre sec l’appel?

L’homme de nuit l’oiseau dans le creuset fondus,
unique alors et sur l’arbre dressé,
que cherchait-il, le coeur tendu, de ses ailes de rose?

(Silence clos, piège d’un astre à l’heure de l’envol.)

Toujours la quête, l’embuscade, et, sous le cri lunaire,
le fil ardent, le trébuchet des morts.

Que d’un remords comblé, que d’un essor le vent nous
arrache et nous porte
au feu de l’arbre, à son mépris, à l’extrême loi de la
sève:

lieu sans ombre, langue légère, libre de l’ossement,

(Jean Joubert)

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Et puis après (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2017



Combien l’homme a de mépris
pour cette bouche qu’il adore
Mais il a trouvé là l’extase
il poursuit toujours son extase
Vitalité
Il demande toujours l’odeur
et la saveur et la couleur du corps des femmes
Leur élasticité
Leur mensonge
Ce qui dans leur chair nacrée
chastement sourit de la mort
Et puis après
Vient sa tristesse
Qu’il reconnaît

(Pierre Jean Jouve)


Illustration: Edvard Munch

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Si je n’aime de tout mon cœur (Pierre Corneille)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Si je n’aime de tout mon cœur,
Iris dont le bel œil s’est rendu mon vainqueur,
Par une simple œillade,
Si de suivre d’autres appas,
Jamais l’amour me persuade,
Je veux que sa beauté qui m’a rendu malade,
Ne me guérisse pas.

Oui, si je n’aime constamment,
Et si jamais mépris ou mauvais traitement,
Me rendent infidèle,
O grands Dieux, à qui je promets
De l’aimer et douce et cruelle,
Je veux bien que le feu dont je brûle
Ne la brûle jamais.

Ma raison par de vains discours,
A beau me faire voir le péril que je cours,
Quoi qu’elle me conseille,
Beaux yeux qui paraissez si doux,
Beau teint, belle bouche vermeille,
Beaux cheveux, belle Iris, adorable merveille,
Je veux mourir pour vous.

(Pierre Corneille)

Illustration: Guillaume Seignac

 

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