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Posts Tagged ‘mépris’

Proverbes de l’Enfer (5) (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017



Illustration: William Blake
    
Proverbes de l’Enfer (5)

La tête le Sublime ; le coeur le Pathétique ;
le sexe, la Beauté ; les mains et les pieds, la Proportion.

Ce que l’air est à l’oiseau, la mer au poisson,
le mépris l’est au méprisable.

La corneille voudrait que tout soit noir,
le hibou que tout soit blanc.

L’exubérance est Beauté.

Si le lion prenait conseil du renard, il serait rusé.

On rend la route droite en l’améliorant ; mais les routes
tortueuses que nul travail n’améliore, sont celles du Génie.

***

The head Sublime, the heart Pathos, the genitals Beauty, the hands & feet Proportion.
As the air to a bird or the sea to a fish, so is contempt to the contemptible.
The crow wish’d every thing was black, the owl, that every thing was white.
Exuberance is Beauty.
If the lion was advised by the fox. he would be cunning.
Improvement makes strait roads, but the crooked roads without Improvement, are roads of Genius.
Sooner murder an infant in its cradle than nurse unacted desires.
Where man is not, nature is barren.
Truth can never be told so as to be understood, and not be believ’d.
Enough! or Too much.

(William Blake)

 

Recueil: William Blake
Traduction: Georges Bataille
Editions: Fata Morgana

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Je suis! (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017



Illustration: Andrew Murray
    
Je suis!

Je suis – mais qui je suis, nul ne sait ou s’en soucie ;
Mes amis me délaissent tel un souvenir vieux :
De mes propres souffrances je me rassasie-
Elles enflent et meurent dans un essaim oublieux
Comme les ombres de nos affres amoureuses-
Et pourtant je suis et je vis –ballotté, vaporeux,

Dans le vaste néant du mépris et du bruit,
Dans l’océan vivant des rêves éveillés
Sans le moindre bonheur et sans la moindre vie,
Seul le grand naufrage de mes vies estimées ;
Et même les êtres que j’aime, les êtres chers,
Me sont devenus étrangers –et je les perds.

Je rêve de lieux ou nul homme n’a marché,
Où nulle femme encore n’a souri ni pleuré,
Ainsi là avec Dieu, toujours, y demeurer,
Et rêver tel qu’enfant doucement j’ai rêvé,
Serein et calme, couché dans un songe éternel,
L’herbe en dessous –par-dessus, l’arche du ciel.

***

I am!

I am—yet what I am none cares or knows;
My friends forsake me like a memory lost:
I am the self-consumer of my woes—
They rise and vanish in oblivious host,
Like shadows in love’s frenzied stifled throes
And yet I am, and live—like vapours tossed

Into the nothingness of scorn and noise,
Into the living sea of waking dreams,
Where there is neither sense of life or joys,
But the vast shipwreck of my life’s esteems;
Even the dearest that I loved the best
Are strange—nay, rather, stranger than the rest.

I long for scenes where man hath never trod
A place where woman never smiled or wept
There to abide with my Creator, God,
And sleep as I in childhood sweetly slept,
Untroubling and untroubled where I lie
The grass below—above the vaulted sky.

(John Clare)

 

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Nos habitudes (Jacques Prevel)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017




    
Nos habitudes des grands échafaudages de poutrelles et de planches

Ici il y a l’indéterminé
Toute la misère éclatante
Des pans entiers écroulés du sommeil
Des lézardes et des rigoles de boue glacée
Et des paroles haletantes qui se maintiennent
Comme des feux follets
Comme la prescience de nos cris de haine
Ici il y a le tabernacle du mépris
Et nos vies somnambuliques
Nos yeux hagards et révulsés
Nos habitudes des grands échafaudages de poutrelles et de planches
Ici il y a les glaciers infranchissables
Du sarcasme et de la folie
Ici il n’y a rien qui soit au monde

(Jacques Prevel)

 

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La vie est du futur un souhait agréable (Jean-Baptiste Chassignet)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




Illustration: Carrie Vielle
    
La vie est du futur un souhait agréable

La vie est du futur un souhait agréable,
Et regret du passé, un désir indompté
De goûter et tâter ce qu’on n’a pas goûté ;
De ce qu’on a goûté, un dégoût incurable :

Un vain ressouvenir de l’état désirable
Des siècles jà passés, du futur souhaité,
Un espoir incertain, frivolement jeté
Sur le vain fondement d’une attente muable.

Une horreur de soi-même, un souhait de sa mort,
Un mépris de sa vie, un gouffre de remords,
Un magasin de pleurs, une mer de tempête :

Où plus nous approchons du rivage lointain,
Plus nous nous regrettons et lamentons en vain
Que le vent ait si tôt notre course parfaite.

(Jean-Baptiste Chassignet)

 

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Le Lys noir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017




    
Le Lys noir

L’inquiétant Lys noir, large ouvert, semble offrir
Dans sa coupe de deuil une ivresse infernale.
Il a le fier mépris de la beauté banale
Qu’un rayon de soleil trop fervent peut flétrir.

Et la sinistre fleur du vice sans désir
Se fane dans l’ardeur de l’âpre bacchanale
S’effeuillant aux cheveux d’une femme vénale
Dont le coeur ennuyé dédaigne de choisir.

Sachant combien le rire est énervant et triste
Elle exhale en mourant son parfum où persiste
Un relent affadi de festins et d’amour

Et l’aube vient brûler la paupière rougie
De la Douleur souillée essuyant au grand jour
Parmi les pleurs sacrés les sueurs de l’orgie.

(Renée Vivien)

 

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A mon Démon familier (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: John Henry Fuseli
    
A mon Démon familier

Toi qui hantes mes nuits cruelles, ô Démon !
Qui vient ouvrir sur moi tes prunelles hagardes
Et qui te tiens debout clans la chambre et regardes,
Emporte-moi sur tes ailes de goémon !

Tu règnes sur mon coeur implacable et suprême !
Que le vent de la mer nous emporte tous deux
Dans le divin mépris des courants hasardeux,
O toi que je redoute et cherche, ô Toi que j’aime ! …

Les peuples sont petits et laids. Allons loin d’eux,
De leurs propos mesquins, de leurs coeurs infidèles.
Envolons-nous au bruit puissant des larges ailes
Que tu sais déployer dans le vent orageux !

Malgré le temps mauvais, debout dans la défaite,
Me voici faisant face à l’orage, à la mer…
O mon Démon, accours à ma voix, comme hier,
Et reconnais en moi ton Maître, le Poète ! …

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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EGEIA (Oscar Milosz)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



EGEIA

Pourquoi ce front si triste, Egeia, forme de mon âme,
Pourquoi ces larmes dans les yeux de ma bien-chère ?
Le sourire de mon amie est comme un blâme,
Ses yeux sont comme un grand silence sur la mer…

Egeia, Egeia ! C’est l’atroce insomnie
De la Vie, ô ma douce, qui psalmodie en vous
Sa berceuse sans fin, dont la monotonie
N’endort ni les regrets, ni les frayeurs, ni les dégoûts !

Je me penche sur mon mirage en l’eau grise de vos pensées
Et ma tristesse est un vertige de parfums fades,
Et les doux flots lents sont un troupeau bêlant d’agnelles malades,
Là-bas, sur la plage nocturne où nos pas se sont effacés…

Nos âmes sont la mort de la mer sur les sables
Où tremble le vieux clair-de-lune des regrets,
Et les jours que nous regrettons sont misérables,
Et les jours que nous espérons sont des désespérés…

Adieu les mots chanteurs, adieu les nobles attitudes,
Adieu l’amour de la Douleur, adieu le mépris de la Gloire !
— Ecoutons sangloter, dans les lointaines solitudes,
L’eau faible et résignée où défaille le Soir…

(Oscar Milosz)

Illustration: Carolus-Duran 

 

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Si chagrin pour chagrin peut te toucher (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Si chagrin pour chagrin peut te toucher,
Malheur au malheur répondre,
Si quelque pitié peut te fléchir
Viens à moi en cet instant !

Je ne saurais être plus seule,
Plus morne je ne saurais l’être !
Mon coeur usé bat si violemment
Pour toi il va se rompre —

Et quand le monde n’est que mépris
Quand le Ciel repousse ma prière
Mon ange va-t-il pas consoler ?
Mon idole entendre ?

Oh ! Par tant de larmes versées,
Tant d’heures passées à souffrir
Je suis sûre, mon bien-aimé,
De te reconquérir !

***

If grief for grief can touch thee,
If answering woe for woe,
If any ruth can melt thee
Come to me now !

I cannot be more lonely,
More drear I cannot be !
My worn heart throbs so wildly
‘Twill break for thee —

And when the world despises —
When Heaven repels my prayer
Will not mine angel comfort ?
Mine idol hear ?

Yes by the tears I’ve poured,
By all my hours of pain
O I shall surely win thee
Beloved, again !

(Emily Brontë)

Illustration

 

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Laisse le coeur que je porte et donne-moi la liberté (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Je fais peu de cas des richesses,
L’Amour, je le tiens en mépris
Et le désir de Gloire ne fut qu’un rêve
Au matin évanoui –

Si je prie – la seule prière
Qui pour moi remue mes lèvres
Est – « laisse le coeur que je porte
Et donne-moi la liberté »

Oui, mes jours brefs approchant de leur terme,
C’est tout ce que j’implore –
A travers vie et mort, une âme sans chaînes
Et le courage d’endurer! –

***

Riches I hold in light esteem
And Love I laugh to scorn
And lust of Fame was but a dream
That vanished with the morn –

And if I pray – the only prayer
That moves my lips for me
Is – ‘Leave the heart that now I bear
And give me liberty’

Yes, as my swift days near their goal
‘Tis all that I implore –
Through life and death, a chainless soul
With courage to endure! –

(Emily Brontë)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration

 

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Le Mot (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2017



Le Mot

Que criait l’invisible bouche? Quelle gorge gonflée de pluie
soufflait dans l’ordre sec l’appel?

L’homme de nuit l’oiseau dans le creuset fondus,
unique alors et sur l’arbre dressé,
que cherchait-il, le coeur tendu, de ses ailes de rose?

(Silence clos, piège d’un astre à l’heure de l’envol.)

Toujours la quête, l’embuscade, et, sous le cri lunaire,
le fil ardent, le trébuchet des morts.

Que d’un remords comblé, que d’un essor le vent nous
arrache et nous porte
au feu de l’arbre, à son mépris, à l’extrême loi de la
sève:

lieu sans ombre, langue légère, libre de l’ossement,

(Jean Joubert)

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