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Posts Tagged ‘mépriser’

MESSALINE (Alcide Bonneveau)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Illustration: Eugène Brunet
    
MESSALINE

Messaline, je t’aime, ô superbe païenne,
Pour ton corps merveilleux, tes puissantes amours,
Et l’impudicité de tes désirs de chienne
Errant, inassouvie, à tous les carrefours !

Oui,je t’aime ! Et je veux, prêtresse des luxures.
Dont rameur infini jamais ne fut vénal.
Religieusement panser les meurtrissures
Dont te cingla jadis le fouet de Juvénal.

Tu fus sincère, au moins, grande voluptueuse !
Rome ne t’a point vue hésiter ni choisir.
Sans souci de l’amant ta chair impétueuse
Se ruait, frémissante, à l’assaut du plaisir.

A tous tu prodiguais les splendeurs de ta forme,
Tes baisers énervants, ton regard velouté,
Et ton beau corps était comme une amphore énorme
D’où sans cesse coulait à flots la volupté.

Aussi, comme ils devaient tressaillir, tous ces mâles,
Blonde Lycisca, lorsque, vivant trésor,
Ta gorge pantelante aux tons roses et pâles
Brusquement surgissait de la résille d’or.

Je vous vois : eux rompus, la face convulsée.
Le front vide roulant dans la lourde épaisseur
De tes cheveux, et toi, non encore lassée.
Criant, criant toujours ton désir obsesseur.

Voilà pourquoi je t’aime, ô Femme entre les femmes !
Et pourquoi je méprise avec férocité
Les filles d’aujourd’hui, ces machines infâmes.
Sans passion, sans nerfs, sans force et sans beauté !

(Alcide Bonneveau)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Le décoratif (Pierre Reverdy)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2016



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (8)

Le décoratif, c’est le contraire du réel.

C’est le talent, de savoir prendre ses mesures et de s’y tenir.

La main de Dieu paraît rude souvent
parce qu’il traite ses amis débiles au gant de crin.

L’évidence paralyse la démonstration

Si vous ne vous livrez pas, les hommes vous en tiennent rigueur
et, si vous vous livrez, ils vous méprisent.

Je ne connais pas d’exemple d’une oeuvre qui ait inspiré
moins de confiance à son auteur que la mienne.
Aussi me gardé-je bien de la défendre.
J’accepte ici qu’elle peut n’être qu’un témoin d’lmpuissance.

Mon désir de beauté était trop au-dessus de mes forces.

Le rêve est un tunnel qui passe sous la réalité.
C’est un égout d’eau claire, mais c’est un égout.

On n’a presque rien dit des misères de l’homme quand on n’a parlé que de ses grandes,
auxquelles il ne pense ou qu’il, ne sent que rarement.
Les pires, ce sont les petites, qui sont constantes,
toujours présentes et faites à ses justes mesures.

(Pierre Reverdy)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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Contente-toi de savoir que tout est mystère (Omar Kayyâm)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2016



Contente-toi de savoir que tout est mystère :
la création du monde et la tienne,
la destinée du monde et la tienne.
Souris à ces mystères comme à un danger que tu mépriserais.

Ne crois pas que tu sauras quelque chose
quand tu auras franchi la porte de la Mort.
Paix à l’homme dans le noir silence de l’Au-Delà !

(Omar Kayyâm)

Illustration: Fuyuko Matsui

 

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La soif des amours (Petrus Borel)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



La soif des amours

Viens, accours, fille jolie!
Viens, que j’oublie en ton sein
Le chagrin,
Qui, partout, dans cette vie,
Suit le pauvre pèlerin.

Qu’un autre, envieux de la gloire,
Dans le tracas coule ses jours;
Moi, toujours,
Riant de ce mot illusoire,
Je n’ai que la soif des amours!

Viens, accours, fille jolie…

Qu’un buveur, la tasse remplie,
Aux coteaux consacre ses jours;
Moi, toujours,
Sans goût savourant l’ambroisie,
Je n’ai que la soif des amours!

Viens, accours, fille jolie…

Qu’un ladre, accumulant sans cesse,
Sur ses trésors traîne ses jours;
Moi, toujours,
Méprisant honneurs et richesse,
Je n’ai que soif des amours!

Viens, accours, fille jolie…

Qu’un Anglais trace sur la tombe
Des vers sombres comme ses jours ;
Moi, toujours,
Sur des fleurs ma lyre retombe;
Je n’ai que soif des amours!

Viens, accours, fille jolie…

Le temps éteindra sous ses ailes
Les feux ardents de mes beaux jours;
Moi, toujours,
Je serai galant près des belles;
Je n’ai que soif des amours!

Viens, accours, fille jolie…

(Petrus Borel)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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Les mains (Germain Nouveau)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2016



Ce sont vos mains qui font la caresse ici-bas;
Croyez qu’elles sont soeurs des lys et soeurs des ailes:
Ne les méprisez pas, ne les négligez pas,
Et laissez-les fleurir comme des asphodèles.

(Germain Nouveau)

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L’art de la fugue (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2016



L’art de la fugue

Mourir, c’est retrouver la terre désirée,
S’endormir dans les eaux de l’origine,
Téter le sein nourricier de la nuit.
Mourir, c’est embrasser le monde bien-aimé.
Qui n’aime pas devient
La lande abandonnée.
Qui ne s’est pas ouvert
Sera pierre fermée.
Qui méprisa rejoint
La cendre secouée.

Mourir, c’est perdre pied sur le bord de l’écueil,
Puis chavirer dans la mer étrangère :
S’enliser dans le marais du silence.
Mourir, c’est passer dans le monde mal-aimé.

Chaque homme se destine
A la mort qui lui plaît.
Mourir, c’est s’accomplir,
Mourir, c’est s’engloutir.
La mort est ta patrie,
La mort est ton exil.

Mourir, c’est devenir le monde où tu vivais.

(Claude Vigée)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Ne pas jouer, c’est déjà récuser la règle (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2016


 
 

Ne pas jouer, c’est déjà récuser la règle.
La mettre en danger. Et toi-même, en plus grand péril encore.
Hors jeu, tu seras méprisé de tous.
Les joueurs et leurs suiveurs. Les grands fauves et tous les chiens de garde.
Il te faut l’accepter ainsi.
Dans un même temps, partager le délire du monde et garder le vertige des choses.
Feindre de croire à ce rôle.
Sinon t’est retiré jusqu’au droit de vivre.

(Gérard Pfister)

 

 

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Stances à Marquise (Pierre Corneille)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2015




Stances à Marquise

Marquise si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront,
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front.

Le même cours des planètes
Règle nos jours et nos nuits
On m’a vu ce que vous êtes
Vous serez ce que je suis.

Cependant j’ai quelques charmes
Qui sont assez éclatants
Pour n’avoir pas trop d’alarmes
De ces ravages du temps.

Vous en avez qu’on adore;
Mais ceux que vous méprisez
Pourraient bien durer encore
Quand ceux-là seront usés.

Ils pourront sauver la gloire
Des yeux qui me semblent doux,
Et dans mille ans faire croire
Ce qu’il me plaira de vous.

Chez cette race nouvelle,
Où j’aurai quelque crédit,
Vous ne passerez pour belle
Qu’autant que je l’aurai dit.

Pensez-y, belle Marquise.
Quoiqu’un grison fasse effroi,
Il vaut bien qu’on le courtise,
Quand il est fait comme moi.

(Pierre Corneille)

Illustration: Pierre Mignard

 

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