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Poésie

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Quelque part dans une maison calme (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




    
Quelque part dans une maison calme

le soleil passe à travers les volets
et la poussière se croyant seule se met à danser
sans autre bruit que celui que fait un insecte.

Il y a bien au loin le cri d’un enfant
ou celui d’un chien oppressé de solitude.
Il y a bien, dans l’herbe, le pas d’une source
où la mer vient, en se cachant, prendre pied.

Il n’y a plus soudain dans le jour immense
qu’un bourdon désorienté qui se cogne aux carreaux
qu’un oiseau brûlé de soleil
qui retombe comme une feuille au milieu des blés.

Et la chambre plus profonde que le monde
se tient dans l’ombre auprès de la porte
avec un coeur qui a cessé de battre
parce qu’il n’y a plus de soleil dans les volets.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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LE POETE (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



LE POETE

Jardinier d’un sol aride
D’une terre sèche
D’un ciel stérile
Comme un reflet de l’éternité
D’une mer mouvante
Où le sillage s’orne d’écume
Avec des mots émoussés
Des paroles sans tranchant
Il essaie de témoigner
Mais il laisse en friche
Bien des jardins abandonnés

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: René Baumer

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Chaque vie scellée par le silence (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Alfred Kubin     
    
Chaque vie scellée par le silence se perd
dans l’espace clignotant de jours et de nuits
et c’est au moment de la mort qu’elle apprend
que les siècles ont le battement de la mer.

C’est le pas cadencé sur la dalle éternelle,
c’est le cri sans écho qui tournoie dans la nuit
comme un peu de foudre, c’est le cri sur lequel
se ferme pour toujours la bouche de l’homme.

Pars vite. Tu ne peux déjà plus me rejoindre.
L’amour est un peu de soleil sur un naufrage.
Séparée de moi par des plaines de retard,
tu ne coïncides pas avec ma minute éternelle.

Et pourtant la joie de vivre se fait femme
au seuil des portes trop hautes du jour
où les hommes se lavent à grand soleil
avec l’ombre rejetée d’un coup derrière eux.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Les hommes tournent (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Steve Hanks
    
Les hommes tournent autour de la même femme
comme la mer autour d’une île.
Elle est belle et haute
avec un regard qui s’ouvre en pleine tempe.

Elle vous fixe avec l’aisance de quelqu’un
pour qui la mort n’a pas de sens.
Sa beauté ne s’explique pas plus que celle
des moissons qui se dressent dans le soleil.

Personne ne sait si son corps est une plante
que la terre a faite pour donner un nom au désir.
Elle ferait vivre tant d’hommes d’un baiser,
mais elle passe lointaine sans le savoir.

A la suivre, on s’arrête. Elle vient d’entrer
dans une maison grise comme le sont toutes les maisons.
Cette femme est bien de ce monde : elle habite `
quelque part dans une chambre au plafond bas.

Car tous les plafonds sont bas sur cette terre
où il n’y a de haut que le front qui les soutient.
Il fait de plus en plus clair à mesure qu’on s’approche
des lits où les femmes ne sont nues que belles.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Complaisance (Liliane Wouters)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Complaisance

Des sardines qui se baignent dans une mer d’huile,
un veau qui se laisse rôtir au soleil,
une poule qui pond des oeufs sur le plat,
un pigeon qui se dore dans les petits pois,
des fruits qui poussent sur les arbres en Macédoine,
des anguilles qui se mettent au vert:
Ils poussent la complaisance un peu trop loin.

(Liliane Wouters)


Illustration

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La Mouette qui s’éleva (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



 

Illustration: Florence Coquais Foucault
    
La Mouette qui s’éleva

Oh ! soyez-moi cléments, mes espaces fidèles !
Car je sens remuer en moi mes grandes ailes !
Et je subis ici la volupté du vent,
Moi qui sus l’affronter et le braver souvent.

Vent qui fais s’élever en moi mes larges ailes,
Vent qui sait dominer les vagues infidèles,
Viens vers moi ! Porte-moi, comme tu fis souvent,
Toi qui sais dominer la mer immense, ô vent !

(Renée Vivien)

 

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Palais sous la Mer (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Palais sous la Mer

Puisque tu sus surprendre enfin mon coeur amer,
Je te découvrirai mon palais sous la mer !
Tu verras, comme on voit en des visions rares,
Les étranges corails, les éponges bizarres !

Je te découvrirai mes jardins, loin des vents,
Où chaque fleur respire, où les fruits sont vivants.
Puis tu verras les beaux poissons dont l’aile vole
Aussi légèrement que se dit la parole.

Tu verras le soir glauque et fuyant sous les eaux,
Et nous regarderons ainsi que des oiseaux
Passer la mouette ivre et des voiles sereines,
Et parfois chanteront, pour nous deux, les Sirènes !

(Renée Vivien)

 

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Aux Mouettes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Aux Mouettes

Je vous envie autant que je vous aime, oiseaux
Qui traversez sans moi tout l’infini des eaux.

Vous qui passez battant tout l’infini des ailes,
Rendez-moi, rendez-moi comme vous infidèles !

Que je sois libre ainsi que vous dans le ciel clair,
Que mon domaine soit le règne de la mer !

Et partout subissant l’éternelle infortune,
J’obéirai, muette, à l’ordre de la lune.

Dans une obéissance au regard somnolent
J’endurerai son règne intermittent et lent.

Mais mon sort est parmi les choses méprisées,
Et pourtant ! Et pourtant ! — Ô mes ailes brisées !

(Renée Vivien)

 

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Amour (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Amour

MIRAGE de la mer sous la lune, ô l’Amour !
Toi qui déçois, toi qui parais pour disparaître
Et pour mentir et pour mourir et pour renaître,
Toi qui crains le regard juste et sage du jour !

Toi qu’on nourrit de songe et de mélancolie,
Inexplicable autant que le souffle du vent
Et toujours inégal, injuste trop souvent,
Je te crains à l’égal de ta soeur la folie !

Je te crains, je te hais et pourtant tu m’attires
Puisque aussi le fatal est proche du divin.
Voici qu’il m’est donné de te connaître enfin,
Et je mourrais pour l’un de tes moindres sourires !

(Renée Vivien)

Illustration: Alphonse Osbert

 

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Après une journée perdue (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Paige Bradley
    
Après une journée perdue comme toutes les autres
à attendre dans un bureau qu’on ait gagné sa vie,
on entre dans la nuit
avec la certitude qu’elle vous offrira sa rançon de femmes.

Nuit toujours pareille avec ses convois de lumière
nuit tournant sous de hautes montagnes de vent
nuit qui fait briller les regards
nuit légère sur les paupières comme la mer sur les coquillages.

La main de l’homme n’est vraiment vivante
que quand elle s’enfonce entre deux cuisses
pour y chercher un sexe
qui se laisse découvrir comme un fruit dans l’herbe.

Cette chair que je froisse que j’attire à moi
comme une branche trop chargée
cette chair qui frémit
à mesure qu’on la dénude de son linge

comme on le fait à une jeune pousse
de l’argile qui la recouvre
cette chair est la seule étendue
où mon corps peut jeter l’ancre.

Cette chair est la seule issue
qui me mène à la pointe d’un désir
neuf et luisant comme un fer qu’on forge.
Comme une taupe le désir fouille cette femme
qui respire de tout son ventre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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