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Poésie

Posts Tagged ‘mer’

Au jardin du Sud (Li Ho)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



Au jardin du Sud

Chercher son style, cueillir ses phrases, quel vieux scrutateur de vermisseaux!
La lune matinale, devant le store, s’accroche comme un arc de jade.
Ne voyez-vous pas, d’année en année, sur les hautes mers,
La littérature pleurer son sort dans le vent d’automne?

(Li Ho)

 

 

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Ces oiseaux que tu vois voler sur le mur (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



 

Ces oiseaux que tu vois voler sur le mur
ne sont que l’ombre de mes paroles
des îles
des tempêtes
des paysages éphémères
même les souvenirs d’un long voyage
apparaissent sur la pierre lisse du mur
parmi d’autres choses attirées
par le regard de la pensée

ce couple de poissons volants
qui vient de frôler ta chevelure
n’a jamais existé hors d’ici

nous n’avons pas besoin du ciel
nous n’avons pas besoin de la
neige ou de la mer
nous avons déjà allumé un feu de joie
sur la côte sauvage de notre chambre
à peine avons-nous besoin d’avoir un nom

(Luis Mizón)

Illustration

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MONDES FRAGILES, CHOSES FRÊLES (Hélène Dorion)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



MONDES FRAGILES, CHOSES FRÊLES

Il y eut des jours d’errance, de doute
sur les mers du temps, la peur abyssale
que rien ne surgisse, plus une étoile
en cette nuit intérieure.

O joie promise, royaume annoncé
qui serait au loin, fécondé par la lumière
— ébauche de vie sous la vie même.

Ainsi vas-tu, des années durant
sans relâche chercher cette grotte
au coeur de l’être, l’union de ton souffle
à celui du monde.

*

Il y eut des jours où seule la fatigue
en l’avancée, telle une ombre
où baigne l’errant, érige un mur
jusqu’à soi, puis un autre
et un autre encore.

Plus que fatigue, ta route
— pèsement, ta vie.

Alors, tu vas, par où règne l’Un
tu recueilles le chant
comme fragments de clarté
pris à ses filets.

*

L’obscur sonde, pénètre ton âme
le temps soulève la pesée des jours
Ô mêmes ailes, d’arbres et d’oiseaux
qui s’ouvrent, fléchissent sous le vent —
tu retournes le sablier des ombres
et se renverse la splendeur.

Telle une épave, ton pas
ne flotte ni ne s’appuie
en cette danse conduite par l’aveugle
où mène l’ultime pas, quel chemin
formé de tous les chemins
pour l’âme indécise?

Tout se passe dans le cercle silencieux
du temps ; tout vient à nous
s’unit en nous à la lumière.

Le jour tombait. Ton coeur
s’alourdissait de ces mots
car tu luttais encore
contre la lumière.

Que disait-elle, cette voix?
Quelle puissance t’étreignit alors
pour te rendre à une terre de joie?

Jusqu’à l’ombre, tu avances, ombre
amarrée à cette lointaine frontière
qui te sépare de toi-même.

(Hélène Dorion)

Illustration: Léon Bonnat

 

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Nous nous courbons nous nous tendons (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2017



Nous nous courbons nous nous tendons nous nous
Faisons face nous nous croisons nous nous côtoyons
(Je suis vêture pour toi, tu es pour moi vêture)
La sève lève
La peau prend la couleur de la violette et le goût de la mer
A l’appel du large quand nos extrémités lâchent les amarres

Nous entendons le gémissement des secrets
Nous pouvons apercevoir nos veines s’habiller de mort

Nous nous tendons comme l’arc puis nous tombons

Ah l’eau rédemptrice l’amour
Pourquoi la fatigue le repos ô fusion plus complète que celle de l’eau ô amour ?

(Adonis)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Vertige (Melih Cevdet Anday)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017





Vertige

Débordant d’une mer qui fleurit
Tout deviendra un jour forêt,
Ce que tu vois désormais c’est l’heure
Tendre des oiseaux dans les branches.
Attends le dieu en attente car
Le soleil s’attardera sur les pins rougeoyants
Jusqu’à la grande nuit.

Un jour tout sera voix, une voix qui
De l’étoile au nuage, de la terre à l’étoile,
Allongera son ellipse en résonnant.
Toi, en observant ces anneaux,
Attends la voix parmi les voix,
Soudain la lune aux ailes velues apparaîtra
En passant à travers les orgues.

J’ai vécu dans le vent,
À une époque seul le vertige, seules
Les pierres lointaines étaient mes prophètes.
Ni voix, ni forêt, tout seul, déserté,
L’être se distrait d’une ondée.
Ou bien dans la forêt comme un dieu attendre
Si l’on entend une voix.

(Melih Cevdet Anday)

Illustration: Herb Dickinson

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Il est une solitude (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Il est une solitude de l’espace
Une solitude de la mer
Une solitude de la Mort, mais elles
Sont société
Comparées à ce site plus profond
Cette polaire intimité
D’une âme qui se visite —

***

There is a solitude of space
A solitude of sea
A solitude of Death, but these
Society shall be
Compared with that profounder site
That polar privacy
A soul admitted to itself —

(Emily Dickinson)


Illustration: Gilbert Garcin

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Sur cette mer enchantée (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Sur cette mer enchantée
– voguant en silence –
Ohé! Pilote! Ohé!
Connais-tu le rivage
Où ne gronde nulle vague –
Où la tempête a cessé?

Dans l’Ouest silencieux
Voiles sans nombre – au repos –
Sûrs, les mouillages.
Vers ce lieu je te pilote –
Terre! Ohé! Eternité!
Enfin le port!

(Emily Dickinson)

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Ô, POÉSIE (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017




Ô, POÉSIE

Et toujours un peu de théâtre malgré soi,
Pour leur complaire et se complaire.
Car il est passé dans nos veines
Le vieux poison de la beauté !

Plus facile est de démêler
Du bois le faon, du vent la rose
Que de l’art la vérité.

O, Poésie, intolérable dévoiement !
Que faire des joyaux dont tu emplis nos cales ?
Que faire de la terreur provoquée par nos chevaux ?

Pour avoir confondu la coquille et l’oreille,
La mer et la rumeur marine de la vie,
Beurrés d’or, emplumés de mots et de merveilles,
Jamais nous n’atteindrons notre pré-Colombie.

(Jean Rousselot)

Illustration

 

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Penser est habiter (Jean-Paul Michel)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



 

Eugène Carrière Moonlight

Penser est habiter

Des oliviers plantés avec soin devant nos yeux couvrent
comme une mer la sèche
montagne. Les hommes, ainsi, habitent,
de leur talent l’espace entier du vivable ils
façonnent un visage tenable devant
le chaos des monts : c’est
la torche qu’ils allument leur
poème – devant le tout de l’être, avec modestie,
ferveur. Cette poursuite de travaux salubres est
leur marque. Une cloche soudain taille dans le silence un
ordre On remercie, reconnaissant, de
ce qu’une musique humaine puisse
borner le silence donné – ce don
d’un monde plus grand et
meilleur

Ces signes ne sont pas sans portée. Puisses-tu
carillon matinal valoir métaphore pour
un signe vers
le tout de l’être en sa beauté terrible – d’un coup surgi depuis
attisant nos désirs ! Puisses-tu
poème comme un cri scander
à l’égal de ces notes dans l’aube – et, comme elles, d’assez de portée un chant
pur
À cette condition, la parole n’aurait pas été
chose vaine

Penser est habiter Il n’y a d’autre mesure que la parole
L’Être n’a pas de plein La vérité est son voile Chaque
possibilité nouvelle de la parole, de ce voile, un pli
nouveau. Chacun de ces plis porte
le chiffre d’un poète.

(Jean-Paul Michel)

Illustration: Eugène Carrière

 

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Lourde pend la goutte de pluie (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Lourde pend la goutte de pluie
Au rameau chargé ;
Lourde s’amasse la brume
Au loin, sur les Hautes Terres ;

Lourd plane le ciel maussade.
Lourde déferle la mer —
Et lourd bat le jeune coeur
Sous l’arbre solitaire —

Jamais lueur bleue depuis l’aube
N’a fendu les nuages —
Jamais depuis sa naissance
N’a souri son sinistre Destin —

Menaçant pour le tout-petit,
Ternissant les joies de l’enfant
Il ignore, l’ange gardien,
Ce garçon mélancolique.

Le jour dépasse vite
Son printemps triste et sombre :
Bientôt la jeunesse déborde
Sur l’âge d’homme plus austère —

Il n’est pas de fleur qui ne prie
Le soleil avant de se fermer

***

Heavy hangs the raindrop
From the burdened spray ;
Heavy broods the damp mist
On Uplands far away ;

Heavy looms the dull sky.
Heavy rolls the sea —
And heavy beats the young heart
Beneath that lonely tree —

Never has a blue streak
Cleft the clouds since morn —
Never has his grim Fate
Smiled since he was born —

Frowning on the infant,
Shadowing childhood’s joy ;
Guardian angel knows not
That melancholy boy.

Day is passing swiftly
Its sad and sombre prime :
Youth is fast invading
Sterner manhood’s time —

All the flowers are praying
For sun before they close

(Emily Brontë)

 Illustration

 

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