Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘mer’

Poète (Jean Dauby)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



    

Illustration: Gao Xingjian

Poète,

Il faut garder les chants d’amour au fond des gorges,
ne pas laisser les mains écrire leurs caresses
et les yeux refléter les splendeurs visitées.
Le plaisir doit dormir dans les chambres secrètes
et les amants se taire.

Il faut clamer les chants de peur sur les sommets,
les thrènes de pitié tout au long des chemins,
les cris de liberté aux échos des forêts,
les dures vérités à la face des mers
et toujours avoir faim.

Ton coeur et tes amours n’intéressent personne.
Les fleurs et les oiseaux sont morts sous ton stylet.
Ecoute, écoute les balbutiements des hommes,
et que ta chair et que ton sang se fassent verbe
pour habiter en tous.

(Jean Dauby)

 

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Tu n’es pas seul (Hannah Senesh)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
tu n’es pas seul
tu n’es pas seul regarde la mer elle t’appartient
en un murmure tendre elle t’interroge
sur tes espoirs et tes désirs

attends elle va venir sois en sûr
le sable la plage les rochers les vagues la mer
tous savent le savent : dans la nuit noire elle viendra

et du haut du ciel des yeux par milliers
veillent sur tes amies
et volent à la mer à l’infini leurs larmes

(Hannah Senesh)

 

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Mon Dieu, mon Dieu (Hannah Senesh)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Promenade à Césarée

Mon Dieu, mon Dieu,
puissent exister éternellement,
Le sable et la mer,
Les eaux jaillissantes,
Le rougeoiement du ciel,
La prière de l’Homme.

***

Halikha le Késaria 

’Éli, ’Éli,
Shè-lo yigamér le-‘olam,
Ha-hol ve-ha-yam,
Rishrush shèl ha-mayim,
Beraq ha-shamayim,
Tefillat ha-adam.

***

אֵלִי, אֵלִי
שֶׁלֹּא יִגָּמֵר לְעוֹלָם
הַחוֹל וְהַיָּם,
רִשְׁרוּשׁ שֶׁל הַמַּיִם,
בְּרַק הַשָּׁמַיִם,
תְּפִלַּת ה

(Hannah Senesh)

 

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Des narcisses sauvages (Mikio Matsumoto)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



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Des narcisses sauvages
capturant
des petits points lumineux de la mer

(Mikio Matsumoto)

Illustration

 

 

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FOUGÈRE (Gottfried Benn)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



FOUGÈRE

Fougère, fougère qui bruit,
annonce l’heure en bruissant;
ciel, les ciels guettent
qui peut encore être vivant.
Chacun connaît les jours
où nous voyons les lointains :
Vivre : jeter des ponts
sur des fleuves qui passent.

Fougère, fougère qui bruit,
c’est l’éternité
où l’automne et les roses
échangent un regard de mort lointaine;
alors montent aussi des mers les accords de l’inapaisé,
le reflet de vague
des plages blafardes et des récifs.

Fougère, fougère inclinant
trop profondément la musique;
ce qui meurt veut se taire :
Silence panique;
d’abord jeter les ponts,
le plateau de sang,
puis, lorsque les ponts portent,
les fleuves — où sont-ils ?

(Gottfried Benn)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Reviendras-tu (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017



    
Reviendras-tu si je disais la terre est au bout de tes doigts
comme une branche calcinée et déjà refroidie?
les oiseaux sont morts plusieurs fois à pic contre tes cheveux blonds
ils avaient adopté la mer pour vice
à cause des algues sonores
et des pistes qui se défont
lentement
trop tard pour naître chaque instant
à genoux devant des visages où toute couleur est hostie

comme une gorge prise au bétail qui dévore un rayon de soleil

reviendras-tu si je disais la mer est au bout de tes doigts?

(Nadia Tueni)

 

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Ils sont morts à plusieurs (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017



Illustration: Diana Zeineddine Al Hourani
    
Ils sont morts à plusieurs
C’est-à-dire chacun seul
sur une même potence qu’on nomme territoire
leurs yeux argiles ou cendres emportent la montagne
en otage de vie.

Alors la nuit
la nuit jusqu’au matin
puis de nouveau la mort
et leur souffle dernier dépose dans l’espace la fin du mot.
Quatre soleils montent la garde pour empêcher
le temps d’inventer une histoire.

Ils sont morts à plusieurs
sans se toucher
sans fleur à l’oreille
sans faire exprès
une voix tombe: c’est le bruit du jour sur le pavé.

Crois-tu que la terre s’habitue à tourner?
Pour plus de précision ils sont morts à plusieurs
par besoin de mourir
comme on ferme une porte lorsque le vent se lève
ou que la mer vous rentre par la bouche…

Alors
ils sont bien morts ensemble
c’est-à-dire chacun seul comme ils avaient vécu.

(Nadia Tueni)

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La vie est plus belle que l’union du ciel et de la mer (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



La vie est plus belle que l’union du ciel et de la mer.
Vous la gâtez parce qu’il vous semble que vous devez vous l’approprier.
Mais non, cent fois non …
Ce n’est pas en se couchant sur les choses qu’on les possède …

En étreignant l’objet que vous désirez vous le souillez de vos misères,
vous lui donnez l’odeur rebutante de la terre qui vous recouvrira.
Et c’est bien le vertige de votre déchéance prochaine qui
vous suggère de saisir le beau comme une proie.

Vous prenez les choses entre vos mains pour vous rassurer contre leur souveraineté.
Vous les éteignez, cela vous donne un instant l’illusion que vous êtes un flambeau.
C’est ainsi que tout cela a commencé …
Vous vous souvenez de ce que nous avons dit.

Vous vous apercevez qu’il existe un être plus digne que vous de l’existence.
L’aubaine, c’est de s’aviser que tous les hommes, même les plus misérables,
vous semblent plus dignes que vous de porter un nom ; et que ce n’est pas diminuant.

Alors, vous grandissez hors de vous-même … Le jour s’ouvre.
C’est le moment délicieux où vous faites une différence
entre le crépuscule du matin et le crépuscule du soir.
n n’y a plus rien entre la lumière et l’eau et l’herbe et le vent…

Et vous pensez…

(Joë Bousquet)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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J’ai retenu la vie (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



Illustration
    
J’ai retenu la vie
Pour que dure l’instant sous le poids des mémoires
j’ai retenu la nuit
plus doucement qu’une main de femme
plus longuement sans oublier
contre des murs vivants
sur un étroit chemin utile comme un arbre

Pour que le don de Mort recouvre les eaux sures
J’ai retenu la mer
loin des cathédrales dont elle se glorifie
loin de ces araignées qui tissent
encore des vagues pour attirer la plage
et des rochers tordus où s’en ira la vie
j’ai retenu la vie
j’ai retenu la mer

Pour que reste le cri des oiseaux de l’orage
ceux qui n’ont plus rien dit depuis la grande attente
ceux qui prient chaque fois pour les morts en puissance
et détiennent la tour d’où soufflent tous les vents
j’ai retenu la mer
la nuit est moins féroce
qui permet au soleil
un temps de revenir

(Nadia Tueni)

 

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Rien ne m’effraye plus (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



Illustration: Constantin Brancusi
    
Rien ne m’effraye plus que la fausse accalmie
D’un visage qui dort
Ton rêve est une Égypte et toi c’est la momie
Avec son masque d’or

Où ton regard va-t-il sous cette riche empreinte
D’une reine qui meurt,
Lorsque la nuit d’amour t’a défaite et repeinte
Comme un noir embaumeur?

Abandonne ô ma reine, ô mon canard sauvage,
Les siècles et les mers;
Reviens flotter dessus, regagne ton visage
Qui s’enfonce à l’envers.

(Jean Cocteau)

 

Recueil: PLAIN-CHANT
Editions: Gallimard

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