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Poésie

Posts Tagged ‘méridien’

LES TRAQUÉS (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



LES TRAQUÉS
(fragment)

Où sommes-nous sur le dos du monde ?
Nous avons tant roulé
d’un sabord sur l’autre
et piqué du nez dans l’embrun
que les méridiens sont brisés.

Le froid du vent ne trouve plus d’obstacle
sur le spardeck nu
c’est un torrent d’herbes mouillées qui dévale.

De la nuit, rien ne naît que ce filin
qui tombe dans ma main durcie.
On entend, comme d’un cachot, rôder la vie
et la Vie c’est la mer façonnant nos destins.

Le vie c’est aussi ce filin dans ma main
ce filin rude et froid qui vient d’en haut
du ciel peut-être
et qui vibre dans ma main.

Je le tirais á moi lorsque j’étais enfant
et la cloche éclatait d’orgueil !
Puis la nuit se peuplait d’étoiles vagabondes
qui glissaient en cercle vers moi
et l’église emmurait alors la voie lactée.

Si je tirais la cloche
dans ce vent d’herbes mouillées
viendraient-ils les vieux de mon village
sur la mer illimitée ?

Si j’éveillais le bruit des heures sur nos têtes
l’église de la nuit serait-elle assez grande
pour accueillir tous ces errants que j’ai perdus ?

Mais les heures ne sont plus saluées par des cloches
dans les sillons de nuit la guerre nous a vidés
loin des villages
loin des étoiles qui vagabondent.

Le vent nous reste, avec la mer, avec la nuit,
près de la Mort qu’il faut servir.

La cloche des heures ne sonne plus
mais les glas sont infinis

(Pierre Béarn)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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MÉRIDIEN (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



 

MÉRIDIEN

Tout l’été,
calibré par l’âpre lumière déclinante
de nos mains sombres, forgeant dunes : tes pierres,
s’écroulant pour revivre
autour de toi.

Dans la transparence de mes cils, noir corbeau,
une seule étoile précoce,
débusquée d’un enfer de ronces,
te dresse, innocente,
vers le matin, et peuple ton ombre
de noms.

Rimés de nuit. Aux profondeurs de herse.
Près.

(Paul Auster)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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SOLITUDE (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Károly Ferenczy
    
SOLITUDE

Il y a dans la solitude un charme heureux
Un sentiment dont le monde ne connaît rien
Un vert délice que chérit l’esprit blessé
Une fois retranché de ce monde brutal
Dont la joie criminelle est de railler le bien
Sa verte geôle lui procure du plaisir
La renarde ne le fuit pas les oiseaux rient
Il vit en Crusoë de son champ dont les chênes
Abritent vert foncé son méridien loisir

***

SOLITUDE

There is a charm in solitude that cheers
A feeling that the world knows nothing of
A green delight the wounded mind endears
After the hustling world is broken off
Whose whole delight was crime — at good to scoff
Green solitude his prison pleasure yields
The bitch fox heeds him not birds seem to laugh
He lives the Crusoe of his lovely field
Whose dark green oaks his noontide leisure shield

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Toi seul m’apprendras par coeur (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018




    
toi seul m’apprendras par coeur
les légendes de la pluie lente
avec ses chevaux incertains
dont le seul souffle peut se voir
leurs pas sourds qui font le bruit d’un pouls
tu riras d’en avoir oublié le début
dans ton rire j’inventerai leur fin
et pour toi j’écrirai en lettres méridiennes
les premiers rayons du jour

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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MERIDIENS DE L’ABSENCE (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2015



Steve Cieslawskis (7)

MERIDIENS DE L’ABSENCE

Ce long mois a passé comme la chair se fane
De fleur en flétrissure aux bruyères du temps
Et de nos jours filtrés au fil des tramontanes
Il ne subsistera que des noms dans le vent

Et nous voici rendus au gel des ombres seules
Comme si tout ne s’était pas rejoint en nous
De hanche à paume au bord du couchant où les meules
Engrangent des moissons grisantes de grisou

Quel est l’apaisement que le sang distribue
Pour les archets du soir aux ruptures des mains
En soudant et puis dénouant les lèvres bues
Jusqu’au descellement sombre des lendemains

Puis il ne reste à la lisière de l’absence
A l’heure proche de l’ultime sacrement
Que des blés de blessure et l’oubli du silence
Pour réconcilier l’homme avec son néant.

(Robert Goffin)

Illustration: Steve Cieslawskis

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