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Poésie

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La chose « la plus belle » (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2020




Pour moi, qui décidément ne comprends pas grand-chose au monde,
j’en viens à me demander si la chose « la plus belle »,
ressentie instinctivement comme telle,
n’est pas la chose la plus proche du secret de ce monde,
la traduction la plus fidèle du message
qu’on croirait parfois lancé dans l’air jusqu’à nous;
ou, si l’on veut, l’ouverture la plus juste sur ce qui ne peut être saisi autrement,
sur cette sorte d’espace où l’on ne peut entrer mais qu’elle dévoile un instant.

Si ce n’était pas quelque chose comme cela,
nous serions bien fous de nous y laisser prendre.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: ArbreaPhotos

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Hier soir j’ai donné à une étoile (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



 

Illustration
    
Hier soir j’ai donné à une étoile un message pour Toi :
« Présente », lui dis-je, « mon hommage à cette beauté de lune ».

Je m’inclinai, et dis : « Apporte cet hommage au Soleil
Qui dore l’ âpre roc de sa brûlure ».

Je dénudai ma poitrine, je lui montrai mes blessures.
« Donne des nouvelles de moi », dis-je, « à cet Aimé qui s’abreuve de mon sang ».

De çà de là me balançai, pour que l’enfant — mon coeur — s’apaise,
— Bercé, l’enfant s’endort dans son berceau —.

Ô toi qui à chaque instant soulages cent déshérités comme moi,
Donne à mon coeur-enfant le lait, délivre-nous de ses pleurs !

La demeure du coeur, de toute éternité, est la cité de l’union.
Combien de temps laisseras-tu dans l’exil ce coeur désolé ?

(Mawlana Rûmî)

 

 

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L’INITIAL (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



Illustration: Josephine Wall
    
L’INITIAL
Âditama

Qui en mon for intérieur muet
arpente les brumes de ma pensée,
demeure près du coeur et pourtant
reste distant,
qui habite l’air à jamais inouï?
Mon espérance est de le chanter —
mais mon jour passe dans le silence
lancinant
de ne pouvoir dire mon sentiment.
Où sont les mots, les mots
qui me fuient ?

Le monde en pleurs qui ruisselle
dans mon sang
que veut-il —
qui connaît le message du primitif
originel ?

Le rayon qui franchit l’orage
perçant le voile des vapeurs
pour venir embrasser la planète
est l’enfant du paradis ;

les mots qu’il lui dit à l’oreille
la terre encore aujourd’hui
en répand le souvenir
parmi les brins d’herbe —
et entend,
les yeux sur son passage rivés,
l’air de son chant.

La pulsion première de la vie
palpite dans la moelle des figuiers,
ses harmoniques insonores vibrent .
nuit et jour au fond du ciel —
et mes veines jusque dans les fibres
résonnent d’elle ;

et dans les profondeurs du conscient
une danse se compose
de figures invisibles
au chant du feuillage susurrant.

Volubiles sont ces arbres, ces plantes
en feuilles et en fleurs —
au fond de l’abysse de silence
où le verbe est roi,

au travers des terres et des eaux
silencieux
j’écoute la respiration première
sacrée,
j’entends la muette rumeur
de la pensée enfouie.

Dans cet univers orphelin de parole
qui s’étend de la poussière terrestre
aux confins stellaires
je prends place
les yeux ouverts emplis d’un chant
sans sonorité.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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Oui, je le sais bien (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019



Illustration
    
Oui, je le sais bien,
ce n’est là rien que ton amour,
Ô aimé de mon coeur
— cette lumière d’or qui danse sur les feuilles;
ces indolents nuages qui voguent par le ciel,
et cette brise passagère qui laisse sa fraîcheur à mon front.
Mes yeux se sont lavés dans la lumière matinale —
et c’est ton message à mon coeur.

Ta face, de très haut s’incline;
tes yeux ont plongé dans mes yeux
et contre tes pieds bat mon coeur.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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Message du pissenlit (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2019



Message
Du pissenlit
Aux 124 000 prophètes :
« Rien »

(Abbas Kiarostami)

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HIER FUT LA FIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
HIER FUT LA FIN

Hier fut la fin le chaos
l’indiscernable. Mais
de l’horreur naquit le passage entre
les blocs.
Vint le frisson
secouant les rafales
soubresauts de l’obscur.
S’avança le silence
ordonnateur inventeur
de pauses, d’oublis souverains.
Il fut permis de voir d’entendre
d’accéder aux cimes froides
où clame la clarté
où tout commence
avec la pointe et l’éclair
le rythme et la faux le secret
la fuite joyeuse des temps, le cruel
message à déchiffrer
puis à déchirer à jeter,
le peu à peu le bientôt
le jamais encore
l’ombre aux abois le peut-être
les lueurs
futures
le feu qui grandit
le souffle

porteur de la parole.

Mais c’est le souffle aussi
qui saura seul
éteindre tout
pour rendre à la Nuit
son empire.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’INTERHUMAIN (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019




    
L’INTERHUMAIN

Tous les abonnés sont absents. Qu’ils disent.
Par la voix d’une indulgente aux griffes rouges, qui promet,
ça n’engage à rien, de transmettre mon message.

Non, non, pas de message ! Je voulais seulement leur dire… leur dire…

Leur dire que je suis là. Avec le vent. Avec le temps. Avec le sang. Que je suis là, battant.

Avec deux T, comme une porte ouverte ?

Va pour la porte ouverte !
O Dieu femelle en ton standard ! Peut-être ai-je mis la main sur ta cuisse, un jour, au cinéma.
Tu sens la permanente, j’entends grouiller ton ventre.

Et dire qu’il faut en passer par là. Toujours par là !
Raccrochez donc, Essence du Monde !

(Jean Rousselot)

 

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Le déchiffrement (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le déchiffrement
pour Octavio et Marie-Jo Paz

Ce que les pattes des sternes ont écrit
sur le sable luisant de la marée basse
la mer en remontant l’efface
avant que j’aie pu déchiffrer le message

Ce que les astres d’Occident inscrivent
sur le ciel de la nuit d’automne entre le Lynx
et Fomalhaut le jour en se levant
l’a fait pâlir avant que j’aie pu traduire les signes

Ce que les pliures du temps sur l’écorce des chênes
ont gravé leurs annales enfouies leurs prophéties
le gel et la pluie l’ont creusé et brouillé
avant que les paroles aient été épelées

Déesse Mère Matrice première Source de vie
s’il y a un texte à traduire que je n’ai pas su lire
gardes-en pour moi le secret perdu
Et s’il n’y a ni texte ni sens
berce-nous longtemps sur ton sein obscur Orée du temps
Mère de tout

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les poèmes sont difficiles à faire taire (Stephen Greenblatt)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



 

Sarolta Bán 9jho1_500

Les poèmes sont difficiles à faire taire.
Il y a des moments rares et puissants où un écrivain disparu
depuis longtemps semble se tenir devant vous et vous parler
directement, comme s’il portait un message a votre intention.

(Stephen Greenblatt)

Illustration: Sarolta Bán

 

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Semblable à un pigeon voyageur (Gesulado Bufalino)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

pigeon-voyageur

Semblable à un pigeon voyageur,
le poète porte sous son aile
un message qu’il ignore.

(Gesulado Bufalino)

Illustration

 

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