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C’EST AINSI QU’ON ÉCOUTE (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2022




    
C’EST AINSI QU’ON ÉCOUTE

Que peuvent faire le bâtard et l’aveugle
Dans un monde où chacun
A son père et des yeux ? Où passions
Et jurons traînent sur tous les remblais,
Où les larmes s’appellent rhumes de cerveau ?

Qu’ai-je à faire moi, chanteuse de métier,
Sur un fil, glace, soleil, Sibérie !
Obsessions, danses et chants sur les ponts
Moi légère, dans ce monde
de poids et de comptes ?

Qu’ai-je à faire moi — chanteur et premier-né,
Dans ce monde où l’on met les rêves en conserves,
Où le plus noir est gris… Un monde de mesure
Avec mon être — tout de démesure !

C’est ainsi qu’on écoute (l’embouchure
écoute la source).
C’est ainsi qu’on sent la fleur :
profondément — à en perdre le sens !

C’est ainsi que dans l’air, qui est bleu,
la soif est sans fond.
C’est ainsi que les enfants dans le bleu des draps
regardent dans la mémoire ;

C’est ainsi que ressent dans le sang
l’adolescent — jusqu’alors un lotus…
C’est ainsi qu’on aime l’amour :
on tombe dans le précipice.

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je t’ai trouvée (Jean Sénac)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2022



Illustration: Marc Chagall
    
Je t’ai trouvée
ta voix suffit le monde s’ouvre
nous arracherons l’homme à son ombre
ensemble nous fermons les plaies.

Je reprends grâce à toi le souffle et la mesure
le coquillage d’eau est au creux de ta chair
il m’enseigne à rouler aussi vrai que la mer
les galets dans ma gorge
avant de les donner aux hommes qu’ils rassurent.

Ton regard se fait complice
des pierres et du soleil
pour une absence limpide.

Ta voix elle
comme un désir à l’approche du soir
trace pour me convaincre
des anémones sur le mur

(Jean Sénac)

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Actes Sud

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FUSION (Léo Schmidl)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2022



Illustration: Christophe Merlot
    
FUSION

Tu dispensas richesses sans mesure,
J’ai bu, ardent, la source tout entière,
Je te voyais, aveuglante lumière,
Tout l’univers sombrait dans l’aventure,

Jusqu’à ne plus sentir que la hantise
De cette ivresse, chute d’eau, prodigue
Roulant sur moi, rompant toutes les digues,
Lorsqu’abîmé en toi, je t’avais prise …

Entre le toi, le moi, plus de barrière …
Où s’étendaient l’une et l’autre frontière ?
Ton coeur au fond du mien battait sonore,

Les mots d’amour que tu soufflais encore
Rendaient en écho mon ravissement,
Et j’étais, moi, dans ton gémissement.

(Léo Schmidl)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction: Catherine Kany
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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Il faut donner (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2022




    
Il faut donner sans mesure,
comme le soleil

***

Há que dar sem medida,
como o sol

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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Le Vieux Jean-Louis (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2022




    
Le Vieux Jean-Louis

Le vieux Jean-Louis, il n’a rien qu’un oeil,
on le dirait pas,
le vieux Jean-Louis sait marquer le pas
comme personne dans les danses.
Son accordéon est comme pas un,
avec un soufflet d’un mètre de long
et tout nickelé
et un souffle à faire danser
à la fois deux ou trois villages.

Çа fait des accords, ça siffle, ça ronfle,
avec des sonnettes et des trémolos,
qu’on entend de loin sur le pont de danse.

Il faut voir les doigts du vieux Jean-Louis,
quand il est parti,
courir sur les touches
et les yeux qu’il fait, sa tête qui penche, et
qui se balance
en mesure, tant il a plaisir.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Dimanche Soir (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2022



Illustration
    
Dimanche Soir

On commence à danser, les filles rient,
les gros souliers vont battant la mesure,
et l’accordéon assis sur la table presse
et distend tour à tour ses soufflets aigres.

C’est l’heure où le soleil se couche,
la lune est ronde, l’air est bleu;
on dirait qu’une poussière d’étoiles
monte des champs avec 1a nuit.

Les cloches du dimanche ont sonné ce matin,
les cloches se sont tues,
mais il y a comme un souvenir qui reste d’elles
dans le balancement des arbres du jardin;
et les gens sur le seuil de leurs maisons regardent,
heureux de voir grandir la lune
à la cime des peupliers.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

 

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Bien peu de coeurs sont désirants (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2021




    
Bien peu de coeurs sont désirants,
Un tiède destin les rassure,
Ils goûtent les faibles mesures,
Les jours égaux, prévus et francs,
L’avenir calme et sans ardeur.
— Il faut plaindre les donateurs !

(Anna de Noailles)

 

Recueil: Poème de l’amour
Traduction:
Editions: Le livre unique

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RÊVERIE EN REGARDANT LA LUNE (Zhang Jiuling)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021



    

RÊVERIE EN REGARDANT LA LUNE

De la mer sombre, calme,
surgit le clair de lune.
Chez toi, à l’autre bord du ciel,
il s’épanouit aussi, en cet instant.
Que longues sont les nuits solitaires,
quand on aime !
Jusqu’à l’aube
le coeur languit de désir…
Inondé de lumière,
j’éteins la chandelle,
transi de rosée,
je revêts ma tunique.
Mes mains, comme vous êtes vides,
vides sans mesure !
Que le sommeil vienne,
et que nos rêves
nous réunissent…

(Zhang Jiuling)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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SUR LA POINTE DES PIEDS (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2021



 

    

SUR LA POINTE DES PIEDS

Mon âme, vent léger et lumière, murmure
sur tes paupières closes. Ma poésie se libère
à présent des mesures, réduit les mots,
cherche à les effacer ; jusqu’au soir
elle sera une brise.

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: Mon soleil
Traduction: Traduit du grec par Ioannis Dimitriadis
Editions: ainigma.net

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Comme à cinq ans on est une grande personne (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021



Illustration: Edouard Manet  
    
Comme à cinq ans on est une grande personne,
On lui disait parfois :  » Prends ton frère, mignonne,  »
Et, fière, elle portait dans ses bras le bébé,
Quels soins alors ! L’enfant n’était jamais tombé.
Très grave, elle jouait à la petite mère.
Hélas ! le nouveau-né fut un ange éphémère.
On prit sur son berceau mesure d’un cercueil ;
Et la sœur de cinq ans a des habits de deuil,
Ne parle ni ne joue et, très préoccupée,
Se dit :  » Je n’aime plus maintenant ma poupée.  »

(François Coppée)

 

Recueil: Promenades et interieurs
Traduction:
Editions:

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