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Poésie

Posts Tagged ‘métamorphose’

Paresseux morose (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Paresseux morose
j’ai laissé passer
l’étoile et la rose
sans les regarder.

L’école des jours
instruit ses enfants :
« aimons-nous toujours,
mentons-nous souvent,

qui naît doit grandir
dans la déraison,
au mal du désir
pas de guérison ».

— Comprendre m’ennuie,
ces ruses, ces traits !
Le jeu de la vie
me trouve distrait.

A telle sagesse
je n’ai point de part,
je prends, je délaisse
au gré du hasard.

Derrière le voile
des métamorphoses
est-il une étoile,
est-il une rose?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans l’amour (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019



Illustration: Pascal Renoux
    
Dans l’amour, le corps fond,
porté à fusion par le désir,

et c’est ailleurs que l’on fait l’amour,
dans un double fond du corps,

embrassant l’intérieur du crâne,
touchant l’intérieur de la matière,

sa moelle de feu…
au bord de la métamorphose.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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AUSCHWITZ (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2019



    

AUSCHWITZ

Là-bas, à Auschwitz, loin de la Vistule,
mon amour, le long de la plaine nordique,
dans un champ de mort: froide et funèbre,
la pluie sur la rouille des poteaux
et les barbelés entortillés de l’enceinte :
ni arbre ni oiseaux dans l’air gris
ou surgissant en nous, mais l’inertie
et la douleur que laisse la mémoire
à son silence sans ironie ni colère.

Tu ne veux ni élégies, ni idylles : juste
des raisons à notre destin, ici,
toi qui t’émeus des contrastes de l’esprit,
incertaine d’une présence
claire de la vie. Et la vie est ici,
dans chaque non qui semble être une certitude :
ici nous entendrons pleurer l’ange, le monstre
et nos heures futures
parcourir l’au-delà, qui est ici, éternel
et mouvant, et n’est pas une image
de rêves, de possible pitié.
Ici les métamorphoses, les mythes.
Sans nom de symboles ni de dieu,
ils sont la chronique, les lieux de la terre,
ils sont Auschwitz, mon amour. Pareil au cher corps
d’Alphée et d’Aréthuse qui subitement
se changea en fumée d’ombre.

De cet enfer ouvert par une inscription
blanche : « Le travail vous rendra libre »
s’échappa continuellement la fumée
de milliers de femmes poussées
à l’aube hors des chenils contre le mur
du stand ou suffocant en criant
pitié avec leurs bouches
de squelettes sous les douches à gaz.
Les retrouveras-tu, soldat, dans ton
histoire en forme de fleuves, d’animaux,
ou bien es-tu toi aussi cendres d’Auschwitz,
médaille de silence ?
Il reste de longues tresses enfermées dans des urnes
de verre encore nouées par des amulettes
et les ombres infinies des petits souliers
et des écharpes hébraïques : ce sont les reliques
d’un âge de sagesse et de savoir
où l’homme connaissait la mesure des armes,
ce sont les mythes, nos métamorphoses.

Sur les plaines où l’amour, les pleurs
et la pitié pourrirent, sous la pluie,
là-bas, un non frappait au fond de nous,
un non à la mort, morte à Auschwitz,
afin que dans ce trou elle ne se relève plus
des cendres, la mort.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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Qui est toi qui est moi (Jacqueline Risset)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



Illustration: Lucie Llong   
    
Qui est toi qui est moi
dans cette flamme?
Dès lors :

— le seul mot toi
brûle à cette flamme
et reste –

feu frénétique

vent nonchalant qui traverse le corps

corps
déjà plus là

dans cet état de métamorphose

(Jacqueline Risset)

 

Recueil: L’Amour de loin
Traduction:
Editions: Flammarion

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Métamorphose marine (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Métamorphose marine :
Peu à peu l’amour enrobe
La graine du chagrin;
La douleur parfait sa perle
Toute une vie
Sous les vagues.

***

Sea-change:
The grain of pain
Love layer on layer enspheres;
Sorrow its gradual pearl
Perfects with life-long toil
Beneath the tides.

(Kathleen Raine)

 

 

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Les bijoux (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



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Les bijoux

La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !

(Charles Baudelaire)

Illustration

 

 

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Finies les douces métamorphoses (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




finies les douces métamorphoses d’une enfant toute de soie
somnambule à présent sur la corniche de brouillard
son réveil de main qui respire
de fleur que le vent fait éclore

(Alejandra Pizarnik)

Illustration

 

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Un lapereau court (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Un lapereau court
Dans le vaste jour.

Comme j’étudiais,
L’odeur d’amandier
M’a fait prisonnier.

Une araigne pend
À son fil d’argent.

Chrysalide rose,
Le ciel se propose
Ta métamorphose.

Un colvert patoise
Sur le lac turquoise.

Pleurs joyeux ! semailles !
J’aime le remeil
Jamais en sommeil.

Un âne chemine
Vers les cardamines.

Contre un tournesol
Au ooeur crépuscule
Un bourdon somnole.

Si le soleil songe,
Est-ce aux nuits du monde ?

(Henri Pichette)

 

Recueil: Poèmes offerts
Traduction:
Editions: Gallimard

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La nature (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2018



Illustration: Josephine Wall
    
La nature, en nous, ouvre ses métamorphoses,
Lys s’éveillant nuage, et dragon phénix.
Monts et mers, vaste réserve inépuisable,
Qu’englobe pourtant ce coeur nôtre, infime.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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POURSUITES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



 

Brad Kunkle

POURSUITES

Rassurée et sereine
Sous les feuillages
Étendue
La femme de tous les temps
Découvre ce lieu paisible
Où le rêve peut éclore
Et l’amour advenir.

*

J’ai beau le poursuivre
Je ne l’atteindrai jamais
Ce Poème des poèmes
Masqué par l’indicible
Je demeure en chemin
Au présent A jamais
Heureuse de ce parcours
Invincible.

De notre chair éclatante
A nos chairs ramollies
De notre chair pulpeuse
A nos chairs d’élégie
J’ai vu glisser le temps
Et s’accroître les ans

Mais j’ai aimé cette chair
Et ses métamorphoses
Et respecté cette chair
En ses secrets replis.

*

Des rafales en bourrasques
J’ai couru dans le Vent
Vers le grand souffle des choses

L’arbre gémissait
Les plantes se recourbaient
A cheveux déployés
Je cours vers l’avant.

(Andrée Chedid)

Illustration: Brad Kunkle

 

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