Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘métaphysique’

Le fruit est le résumé de l’arbre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



Le fruit est le résumé de l’arbre,
l’oiseau est le résumé de l’air,
le sang est le résumé de l’homme,
l’être est le résumé du néant.

La métaphysique du vent
s’informe de tous les résumés
et du tunnel que creusent les paroles
par-dessous tous les résumés.

Car la parole n’est pas le cri,
mais l’accueil ou le congé.
La parole est le résumé du silence,
du silence, qui est le résumé de tout.

***

El fruto es el resumen del árbol,
el pájaro es el resumen del aire,
la sangre es el resumen del hombre,
el ser es el resumen de la nada.

La metafísica del viento
se notifica de todos los resúmenes
y del túnel que excavan las palabras
por debajo de todos los resúmenes.

Porque la palabra no es el grito,
sino recibimiento o despedida.
La palabra es el resumen del silencio,
del silencio, que es resumen de todo.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Odilon Redon

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

De loin je vois passer sur le fleuve un navire… (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018




De loin je vois passer sur le fleuve un navire…
Il descend le Tage avec indifférence.
Mais ce n’est pas avec indifférence parce qu’il ne se soucie pas de moi
Et je n’exprime en cela aucune désolation.
C’est avec indifférence parce qu’il n’a aucun sens
Extérieur au fait de s’en aller navire en exil
En descendant le fleuve sans mouchoir de métaphysique,
En descendant le fleuve jusqu’à la réalité de la mer.

(Fernando Pessoa)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quand je sens le vent (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Max Patte   
    
Quand je sens le vent, je voudrais être nu.
Que dire? Le chatouillement métaphysique : Il me semble que
Le vent m’habille avec la peau d’une autre vie.
Le vent m’enseigne que tous les corps sont infiniment dans le réel.

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Menu débris métaphysique (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Francisco Goya
    
Menu débris métaphysique

Alors qu’il se promenait
clans un paisible paysage,
il crut voir dans un buisson
le mufle noir du néant.

Il s’arrêta frissonnant.
Le jour s’était assombri.

Et soudain le ciel ouvrit
une gigantesque gueule
et, d’un coup, lе dévora
ne laissant ni cendres ni âme.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La métaphysicienne (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
La métaphysicienne

Entre la très savante et très loquace
métaphysicienne,
tout de blanc vêtue
et nous autres qui l’écoutions,
passagers de l’éphémère,
soudain bondit un chat très noir
qui bouscula non pas la belle
mais son discours,
si bien que nous ne sûmes pas
à quoi ressemble Dieu,
quels sont ses attributs, ses pouvoirs
et quel séjour d’éternité
éventuellement il nous propose.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Interprétations d’un pin tordu (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



Interprétations d’un pin tordu (Extrait)

J’ai commencé
Par pousser tout droit
Comme qui que ce soit.
Suivirent alors
Un virage vers le sud
Une inclinaison vers l’est
Une poussée vers le nord
Et un brusque tournant vers l’ouest.

Donc, si vous m’approchez
Attendez-vous à un brin de folie
Il n’y a que des pins dans la philosophie.

Je vis paisible
Mais les vents me prennent pour cible

Ma métaphysique est une danse
Au cœur de l’existence.

Les branches de mon cerveau
Vibrent au soleil et au vent

La forêt de mon esprit
Est fécondée par la pluie

Ma résine est ma raison.
Regardez sur le ciel

Le fou, très réel.

(Kenneth White)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Guérison (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: Theodore Chassériau
    
Guérison

Le gazon nourri des vertes banlieues,
Ma forêt d’amour aux chemins vernis,
Sont tout pénétrés d’une pâte bleue
– D’un azur solide où planter des nids.

Fuyons les pays que leur gloire encombre
(Quel désert superbe on ferait ici)
Nous irons au bois fouler le décombre
De tout ce laurier cher à mes amis

Il faut mettre au vert notre poétique.
Ne te grise plus de métaphysique,
Laisse épanouir ton corps triomphant.

Tout s’arrangera si tu es bien ivre !
Muse des taillis qui ris de mes livres,
Allons dans les bois te faire un enfant.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SONNET METAPHYSIQUE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



 

Brendan Monroe -04

SONNET METAPHYSIQUE

Dans ces cycles, si grands que l’âme s’en effraie,
L’impulsion première en mouvements voulus
S’exerce.
Mais plus loin la
Loi ne règne plus :
La nébuleuse est, comme au hasard, déchirée.

Le monde contingent où notre âme se fraie
Péniblement la route au pays des élus,
Comme au-delà du ciel ces tourbillons velus
S’agite discordant dans la valse sacrée.

Et puis en pénétrant dans le cycle suivant.
Monde que n’atteint pas la loupe du savant,
Toute-puissante on voit régner la
Loi première.

Et sous le front qu’en vain bat la grêle et le vent,
Les mondes de l’idée échangeant leur lumière
Tournent équilibrés dans un rythme vivant.

(Charles Cros)

Illustration: Brendan Monroe

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Les lieux aussi sont corps mêlés (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Les lieux aussi sont corps mêlés
Misère et grandeur s’y accouplent
On reconnaît chacun à son ciel
comme il embrasse
comme il courbe et lisse ses teintes

Le temps alors
met sa tête sous son aile
vous confie au hasard

On a la bride sur le cou
On file ses rêves

On croirait
voyant autour de soi
des champs si propres
que ces courbes vous aiment
qu’elles prennent soin aussi
de l’âme
la font chanter

On abandonne les bois noirs
de la métaphysique
dès que s’éclairent ces contrées
On oublie la nuit griffue
la nuit des petits monstres

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tubéreuse et jonquille (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Tubéreuse et jonquille

—L’autre jour, disait la Jonquille, mon maître,
en me montrant à un de ses amis, s’est écrié:
voyez cette jolie fleur, c’est le désir.

—Moi, répondit la Tubéreuse, je suis la volupté.
—J’aime bien mieux être le désir.
—Cela vous plaît à dire, mais tout le monde n’est pas de votre avis.
—Vous ne venez qu’après moi.
—Mais je vous fais oublier.
—Sans moi vous n’existeriez pas. Je vous fais naître.
—Moi, je vous ressuscite.

La conversation, comme on le voit, avait pris une tournure assez métaphysique.
Le champ était vaste, et les deux fleurs pouvaient disputer longtemps avec des avantages égaux.
Entre le désir et la volupté, entre la jonquille et la tubéreuse,
ce n’est pas nous qui oserons décider.
Heureusement, le Ramier n’éprouvait pas les mêmes scrupules:
Pour vous juger, je n’ai qu’à voir la manière dont les hommes vous traitent;
la nature a pris soin de multiplier la jonquille;
elle abonde dans les prés, elle s’épanouit à côté des fleurs les plus simples.
Son parfum est doux sans être enivrant.
Sa tête penchée qui semble cachée sous un voile blanc,
sa robe verte d’espérance charment le regard.
L’homme aime à s’entourer de jonquilles.
Sur la fenêtre du pauvre, sur la cheminée du riche, partout, elle est bien accueillie.
C’est que le désir plaît.

Quant à vous, madame la Tubéreuse, c’est autre chose.
Vous êtes originaire de l’Inde, vous êtes fille de la terre d’où nous viennent tous les poisons.
Vos grandes fleurs blanches lavées de rose séduisent, il est vrai, par leur beauté,
mais leur parfum ne peut se sentir longtemps.
En vous voyant pour la première fois un charme puissant s’empare des sens,
on voudrait se livrer tout entier au plaisir de vous respirer,
mais bientôt une fatigue étrange remplace cet enivrement passager.
On vous éloigne, on vous évite, on craint de vous approcher.
C’est que la volupté tue.

Les sages seuls sont de l’avis du Ramier.
Le reste des hommes hésite encore entre le désir et la volupté.

(J.J. Grandville)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :