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Posts Tagged ‘métaphysique’

La métaphysique du corps (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2020



La métaphysique du corps

La métaphysique du corps s’entr’aperçoit
dans les images. L’âme du corps
module en chaque fragment sa musique
de sphères et d’essences
au-delà de la simple chair et de simples ongles.

Dans chaque silence du corps on identifie
la ligne du sens universel
qui à la forme brève et transitive imprime
la solennelle marque des dieux
et du rêve.

Parmi les feuilles, on surprend
dans la dernière nymphe
ce qui dans la femme est encore branche et rosée;
et, plus que nature, pensée
de l’unité initiale du monde:
femme plante brise mer,
son être tellurique, spontané,
comme si elle était un rameau de l’arbre
infini qui condense
le miel, le soleil, le sel, le souffle âcre de la vie.

Dans l’extase et le tremblement plonge le regard
devant la lumineuse fesse opalescente,
la cuisse, le ventre sacré, assigné
à l’office d’exister, et puis tout ce que le corps
résume de l’autre vie, plus florissante,
dans laquelle nous avons tous été terre, sève et amour.

Voici ce que révèle l’être, dans la transparence
de l’enveloppe parfaite.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Théodore Chassériau

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Est-ce que l’univers vous apparaît comme un « poids » ? (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
(Recueil Le professeur Froeppel)
PARLONS MÉTAPHYSIQUE
QUESTIONS
Est-ce que l’univers vous apparaît comme un « poids » ?
Que vous portez ? Que vous traînez ?
Ou, au contraire, avez-vous l’impression de « flotter » sur
le monde ?
Motivez vos réponses.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Comment vous représentez-vous l’Être ? (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2020




    
(Recueil Le professeur Froeppel)
PARLONS MÉTAPHYSIQUE
QUESTIONS

Comment vous représentez-vous l’Être ?
A-t-il des plumes dans les cheveux ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Le Néant est-il plus sensible le dimanche que les autres jours ? (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2020



Illustration
    
(Recueil Le professeur Froeppel)
PARLONS MÉTAPHYSIQUE
QUESTIONS

Le Néant est-il plus sensible le dimanche que les autres jours ?
Souhaitez-vous y passer vos vacances ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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On rencontre partout des gens (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2020




    
On rencontre partout des gens comme ce monsieur José,
ils occupent leur temps, ou celui qu’ils croient que la vie leur laisse, à collectionner
des timbres, des monnaies, des médailles, des potiches, des cartes postales,
des boîtes d’allumettes, des livres, des montres, des chandails de sport,
des autographes, des pierres, des personnages en terre cuite, des canettes vides de boissons rafraîchissantes,
des petits anges, des cactus, des programmes d’opéra, des briquets, des stylos, des hiboux, des boîtes à musique,
des bouteilles, des bonsaïs, des tableaux, des gobelets, des obélisques en cristal, des canards en porcelaine,
des jouets anciens, des masques de carvanal,
poussés probablement par quelque chose que nous pourrions appeler angoisse métaphysique,
peut-être parce qu’ils n’acceptent pas l’idée que le chaos soit le seul arbitre de l’univers,
et donc avec leurs faibles forces et sans aide divine, ils tentent d’introduire un peu d’ordre dans le monde,
ils y réussissent pendant un certain temps,
mais seulement aussi longtemps qu’ils parviennent à défendre leur collection
car quand vient le jour de la disperser et ce jour arrive inéluctablement, à cause de la mort ou de la lassitude du collectionneur,
tout retourne au chaos originel, tout replonge dans le désordre.

(José Saramago)

 

Recueil: Tous les noms
Traduction: Geneviève Leibrich
Editions: Seuil

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Le philosophe baroque marche sur la plage rocailleuse (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2019



Le philosophe baroque
marche sur la plage rocailleuse

se parlant à lui-même
comme un lézard détraqué

observe une sterne huppée
et pense : Schopenhauer…

aperçoit un oiseau de paradis
et s’écrie : Nietzsche !

mesure les ondes de son cerveau
tout au long de l’après-midi

met de la métaphysique dans son gin
quand le soleil se couche

quand le soleil existentiel
se couche.

(Kenneth White)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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Vespergenèse (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2019



César Vallejo
    
Vespergenèse

Je suis né un jour
où Dieu était malade.

Tous savent que je vis,
que je suis mauvais; mais ils ne savent rien
du décembre de ce janvier.
Car je suis né un jour
où Dieu était malade.

Il est un vide
dans mon air métaphysique
que personne ne palpera :
le cloître d’un silence
qui parla à fleur de feu.

Je suis né un jour
où Dieu était malade.

Mon frère, écoute, écoute….
Bon. Et que je ne parte pas
sans emporter de décembres,
sans laisser de janviers.
Car je suis né un jour
où Dieu était malade.

Tous savent que je vis,
que je mastique… Mais ils ne savent pas
pourquoi dans mon vers grincent,
obscur déboire de cercueil,
des vents lyissés
décrochés du Sphinx
indiscret du Désert.

Tous savent… Et ne savent pas
que la Lumière est phtisique,
et l’Ombre grosse…
Mais ils ne savent pas que le Mystère synthétise…
qu’il est la bosse
musicale et triste qui à distance annonce
le passage méridien des lisières aux Lisières.

Je suis né un jour
où Dieu était malade,
gravement.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Le fruit est le résumé de l’arbre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



Le fruit est le résumé de l’arbre,
l’oiseau est le résumé de l’air,
le sang est le résumé de l’homme,
l’être est le résumé du néant.

La métaphysique du vent
s’informe de tous les résumés
et du tunnel que creusent les paroles
par-dessous tous les résumés.

Car la parole n’est pas le cri,
mais l’accueil ou le congé.
La parole est le résumé du silence,
du silence, qui est le résumé de tout.

***

El fruto es el resumen del árbol,
el pájaro es el resumen del aire,
la sangre es el resumen del hombre,
el ser es el resumen de la nada.

La metafísica del viento
se notifica de todos los resúmenes
y del túnel que excavan las palabras
por debajo de todos los resúmenes.

Porque la palabra no es el grito,
sino recibimiento o despedida.
La palabra es el resumen del silencio,
del silencio, que es resumen de todo.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Odilon Redon

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De loin je vois passer sur le fleuve un navire… (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018




De loin je vois passer sur le fleuve un navire…
Il descend le Tage avec indifférence.
Mais ce n’est pas avec indifférence parce qu’il ne se soucie pas de moi
Et je n’exprime en cela aucune désolation.
C’est avec indifférence parce qu’il n’a aucun sens
Extérieur au fait de s’en aller navire en exil
En descendant le fleuve sans mouchoir de métaphysique,
En descendant le fleuve jusqu’à la réalité de la mer.

(Fernando Pessoa)

 

 

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Quand je sens le vent (Hwang Ji-u)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



Illustration: Max Patte   
    
Quand je sens le vent, je voudrais être nu.
Que dire? Le chatouillement métaphysique : Il me semble que
Le vent m’habille avec la peau d’une autre vie.
Le vent m’enseigne que tous les corps sont infiniment dans le réel.

(Hwang Ji-u)

 

Recueil: DE L’HIVER-DE-L’ARBRE AU PRINTEMPS-DE-L’ARBRE Cent poèmes
Traduction: Kim Bona
Editions: William Blake & co

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