Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘métro’

Banlieues (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



Banlieues

Les tags, le rock, le rap, en guise de culture.
Blocs, bitume et bétons pour seconde nature.
Pour école la rue, pour foyer le bistro.
La moto pour cheval, pour Pégase un métro.
La drogue tenant lieu de bottes de sept lieues.

Y a-t-il un poète, un seul, dans les banlieues ?

(Bernard Lorraine)

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CORPS, MON CORPS (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




Illustration: Ron Mueck
    
CORPS, MON CORPS

Corps, mon corps, combien de mains
de combien d’étrangers sont-elles venues sur toi

Jadis, la mort était une main moite de coiffeur.
Ensuite vint le froid glacial d’un stéthoscope.

Plus tard, tu te cassais dans le fauteuil d’un dentiste
ou un faux enseignant te tripotait la tête.

Et puis ces métros avec cette chair affairée,
ce restant, poissons qui glissent le long de toi

dans les magasins, ascenseurs, ruelles et trains,
corps, mon corps, remémore-toi donc l’odeur

des premières chambres et des draps amoureux,
le printemps qui naissait en nous. Car nous

avons peur. Et l’angoisse parfois dure le temps d’un corps.
Bientôt, je reposerai là et ils me peigneront encore.

***

LICHAAM, MIJN LICHAAM

Lichaam, mijn lichaam, hoeveel handen
van hoeveel vreemden kreeg je op je af?

Ooit was de dood een klamme kappershand.
Toen kwam de vrieskou van een stethoscoop.

Weer later brak je in een tandartsstoel
of zat een valse leerkracht aan je hoofd.

En dan die metro’s met dat drukke vlees,
dat restvolk dat als vissen langs je gleed

in winkels, liften, stegen en coupés,
lichaam, mijn lichaam, denk toch aan de geur

van eerste kamers en verliefde lakens,
de lente die het in ons werd. Wou- wij

zijn bang. En angst duurt soms een lichaam lang.
Straks lig ik daar en wordt mijn haar gekamd.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SOUVENT J’OUBLIAIS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2019




    
SOUVENT J’OUBLIAIS

Souvent j’oubliais le sens des actes les plus simples.

Par exemple, devant l’employé du métro qui poinçonne les billets :
« Bonjour! ça va? » disais-je en lui tendant la main et en soulevant mon chapeau.
Mais l’autre hausse les épaules : « Vous fichez pas du monde! Vot’ billet! »

Un soir, rentrant chez moi, j’ai comme un vague souvenir
qu’il me faut crier quelque chose dans l’allée de l’immeuble.
Mais quoi? Misère, je ne le sais plus, je l’ai oublié.
Je murmure d’abord « Bonne nuit! » puis, élevant peu à peu la voix :
« L’addition!… Un hareng de la Baltique, un!… Les jeux sont faits!… Waterloo!… Vade retro… »
La concierge, furieuse, se lève en papillotes et m’insulte.

Je prends congé de mes amis Z… qui habitent au septième étage, sans ascenseur.
On m’accompagne sur le seuil de l’appartement.
Soudain, apercevant l’escalier, je suis pris de panique et pense, dans un éclair :
« C’est quelque chose qui sert à monter, non à descendre! » je ne vois plus les marches,
mais l’espace vertical qu’elles découpent de haut en bas :
une falaise abrupte, une faille, un précipice affreux!

Affolé, étourdi par le vertige, je crie : « Non! Non! Retenez-moi! »
Je supplie mes amis de me garder chez eux pour la nuit. En vain.
Pas de pitié : on me pousse, en plaisantant, vers l’abîme.
Mais moi, hurlant comme un homme qu’on assassine, je résiste,
je m’arc-boute, — finalement je cède, perds l’équilibre,
manque la première marche, tombe et me casse une jambe.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: La part de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Parle, parle (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019


 


 

Jeanie Tomanek againtowardmorning

Parle, parle dans la lande de la nuit.
Des métros complets de cafard roulent dans ton crâne.
Tu plonges la main dans les corps comme dans un bocal
pour remonter l’étincelle à hauteur de tes prunelles.
Mais les âmes glissent comme des poissons dans ta main.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Qu’est-ce que ça veut dire (Dominique Labarrière)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Qu’est-ce que ça veut dire
(Après avoir souffert.
Après avoir réfléchi)
De guetter la silhouette
Qui sortira bientôt du métro
Et trembler?

(Dominique Labarrière)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | 1 Comment »

SOIR D’HIVER (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



 

SOIR D’HIVER

Les immeubles, le soir, font danser leurs carreaux
Dans des liqueurs d’orange où flottent des pépites
D’or et d’argent fondus en sanglots minéraux
Et changent le ciel noir en flocons qui palpitent.

Les gens emmitouflés, délivrés des bureaux,
Soufflant des halos blancs de froid, se précipitent
Vers les reflux venteux des bouches de métro
Et leurs pas sur l’asphalte, en cascade, crépitent.

Riant au ciel, plusieurs guirlandes vermillon
Ordonnent d’être heureux ce soir de réveillon :
Noël revient, avec ses douceurs de châtaignes.

Personne ne m’attend : mes souvenirs épars
Bercent des bonheurs morts ; vers le fleuve je pars
Marcher, jusqu’à l’heure où les lumières s’éteignent.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans la nuit qui finit (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018



Dans la nuit qui finit l’usine est une étoile
Mitez-vous ô mes moucherons !
Courons, ô ma raideur, sur les pavés bossus
avec la main sur la musette
pour empêcher la vinaigrette
de corrompre en flic-floc mon repas suspendu

Gueule du métro chaude où l’on plonge enfiévrés
Bus et tramways que l’on submerge
— Accours et cours ! l’usine héberge ! —
Camions de brume où l’on s’entasse en étrangers.
Cadrans de pointage au giron
l’usine vous attend au centre de sa toile.

La sirène en serpent furieux se raidissant
s’élance ! Hâtez-vous travailleurs !
elle sera sur les rumeurs
tête coupée bientôt jet de sang s’affaissant.

Au déboulé, garçon, pointe ton numéro
pour gagner ainsi le salaire
d’un morne jour utilitaire
métro, boulot, bistro, mégots, dodo, zéro.

(Pierre Béarn)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je me souviens des trous (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018




    
Je me souviens des trous dans les tickets de métro.

(Georges Perec)

 

Recueil: Je me souviens
Traduction:
Editions: Hachette

    

Posted in poésie | Tagué: , , , , | 5 Comments »

Rencontre (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018


Rencontre

Cette fille de nuage
Que je croise au petit trot
Dans les couloirs du métro,
Portait un si beau visage
Que j’y penserai toujours.
Adieu, mine carrefours
Où se perdent mes orages.
… Portait un si beau visage
Que je l’aimerai toujours.

(Norge)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Voir un ami pleurer (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



    
Voir un ami pleurer

Bien sûr il y a les guerres d’Irlande
Et les peuplades sans musique
Bien sûr tout ce manque de tendres
Il n’y a plus d’Amérique
Bien sûr l’argent n’a pas d’odeur
Mais pas d’odeur me monte au nez
Bien sûr on marche sur les fleurs
Mais voir un ami pleurer!

Bien sûr il y a nos défaites
Et puis la mort qui est tout au bout
Nos corps inclinent déjà la tête
Étonnés d’être encore debout
Bien sûr les femmes infidèles
Et les oiseaux assassinés
Bien sûr nos coeurs perdent leurs ailes
Mais mais voir un ami pleurer!

Bien sûr ces villes épuisées
Par ces enfants de cinquante ans
Notre impuissance à les aider
Et nos amours qui ont mal aux dents
Bien sûr le temps qui va trop vite
Ces métros remplis de noyés
La vérité qui nous évite
Mais voir un ami pleurer!

Bien sûr nos miroirs sont intègres
Ni le courage d’être juifs
Ni l’élégance d’être nègres
On se croit mèche on n’est que suif
Et tous ces hommes qui sont nos frères
Tellement qu’on n’est plus étonnés
Que par amour ils nous lacèrent
Mais voir un ami pleurer

(Jacques Brel)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »