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Poésie

Posts Tagged ‘meule’

IMPRESSION DU MATIN (Oscar Wilde)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2020



IMPRESSION DU MATIN

La Tamise nocturne dont l’or et l’azur
Se fondent dans la grisaille ;
Un chaland couvert de paille
Ocre s’y avance : le brouillard sur

Les ponts, jaunâtre et glacé, se faufile
Jusqu’aux maisons, leurs fronts
Ne sont plus qu’ombres et Saint-Paul rond
Comme une bulle flotte sur la ville.

Et voici qu’éclate le cri
De la vie qui s’éveille ; les rues s’agitent,
Pleines de chariots : c’est la fuite
Des oiseaux qui vont chanter sur les toits éblouis.

Mais une femme spectrale et seule,
Dont le jour baigne les cheveux blafards,
A la lueur des réverbères rôde sur le tard,
Ses lèvres étincellent, son coeur n’est qu’une meule.

***

IMPRESSION DU MATIN

The Thames nocturne of blue and gold
Changed to a Harmony in grey :
A barge with ochre-coloured hay
Dropt from the wharf : and chill and cold

The yellow fog came creeping down
The bridges, till the houses’ walls
Seemed changed to shadows and St. Paul’s
Loomed like a bubble over the town.

Then suddenly arose the clang
Of waking life; the streets were stirred
With country waggons: and a bird
Flew to the glistening roofs and sang.

But one pale woman all alone,
The daylight kissing her wan hair,
Loitered beneath the gas lamps’ flare,
With lips offlame and heart ofstone.

(Oscar Wilde)

 

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IN MEMORIAM (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration

    

IN MEMORIAM

Meurs mon cri, meurs, car de toute manière
Des cieux tu ne seras même pas écouté.
Par la nuit la nouvelle lune fut pointée
Comme un couteau sur le cou de la terre.

S’étranglera bientôt soi-même le silence
Avec les aboiements exacerbés des chiens,
Mais la nuit ne cessera point ses violences
Et nul à mon aide ne vient.

Alors pour qui, pour qui tombe-t-on à présent,
Pour soi-même et pour vous faut-il demander grâce
Quand tremblantes d’effroi les étoiles se cachent
Dans les plis de fer du torrent ?

Je ne suspendrai pas ma harpe aux branches d’arbre
Mais pour tous les vents j’en jouerai,
Même en rêve déjà je n’ai plus en partage
Un pays de miel et de lait.

Un souriceau dans mon âme grignote,
Pères, aïeux, votre vieux chant s’abat
La semaine – clouant un astre sur sa porte –
Et il verrouille mon propre Shabbat.

Broyez-moi, broyez-moi, minuscules pépins,
Meules des temps passés et des temps à venir
Si seulement ainsi l’étoile du matin
Comme une pomme peut mûrir.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



    

RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER

Combien de temps, tête sempiternelle,
Te faudra-t-il penser et repenser,
Tel l’aiguilleur reclus dans sa tourelle,
Guetteur raidi du train qui va passer ?
Au roulement des rapides idées
Ouvrant ou non les disques lumineux,
Combien de temps, leviers vertigineux,
Dois-je mouvoir vos tiges recoudées?
Combien de temps?

Combien de temps, radoteuse cervelle,
Dois-je sentir ta roue en moi tourner,
Virer au vent et voleter ton aile,
Et sous ta meule un grain dur s’enfourner?
Combien de temps, machine tyrannique,
De ton tiquant, de ton taquant moulin,
Où toujours entre et d’où sort un sac plein,
Me faudra-t-il servir la mécanique?
Combien de temps?

Combien de temps,
Dans la guérite où je
Me faudra-t-il garder
Tenace Esprit qui ne
nocturne sentinelle,
dois m’enfermer,
ta citadelle,
veux désarmer?
Le poing toujours sur le pommeau du glaive,
Prêt à jeter l’anxieux Qui va là,
Combien de temps, dans le trou que voilà,
Me faudra-t-il attendre la relève?
Combien de temps?

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Que faire de la petite voix (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2019




Que faire de la petite voix
Sans voix
Qui dit des choses
Qu’on ne dit pas
Même
A l’oreille qui n’entend pas

On la connaît grain de sable
Tombée des meules
De la montagne
Où presque personne ne va

On la savait goutte de pluie
D’une pluie
Dont les dernières
Moussons faisaient cadeaux

On traîne ce lambeau d’âme
Comme une carie
Parmi les canines aiguisées
Du quotidien

Et les molaires
Mâcheuses de crépuscules

La parole sans verbe envoie
Ses marteaux-piqueurs
Défoncer
La mosaïque de nos images

Et les parpaings mal ajustés
Du silence
Ecrasent le reste en tombant

Laissant
Sur ces gravats
Les luzernes dorées et folles

(Werner Lambersy)

Illustration: Jeana Sohn

 

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Mes jours neigent vainement (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2018



Illustration
    
Mes jours neigent vainement
Ils ne couvrent pas la plaine

Qui s’étend infiniment
D’aller seule toujours pleine,

J’aurais voulu la couvrir
D’innocence radieuse,

Y lancer la furieuse
Tempête du grand désir

Le vent qui met en mouvement
Les arbres morts et les vivants,

Et roule la meule de foin
Des images dont j’ai besoin.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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QUELQUE CHOSE… (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2018



Quelque chose passe en fraude
Les marges de ma raison
Et prend feu sur l’émeraude
Suspendue à l’horizon.

Falaise tu t’ouvres seule.
Sang inerte tu repars.
Brasillement de la meule
Aiguiseuse des regards.
Quelque chose vibre, fuse

Puis installe dans ma voix
La miraculeuse ruse
Des rires cloués en croix.

Quelque chose qui pénètre :
Épée, épineuse fleur,
Cri vif au centre de l’être,
Arête de la douleur.

(Jules Tordjman)

 

 

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DANSE DES FLAMMÈCHES (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Berthe Morisot
    
DANSE DES FLAMMÈCHES

Meule de feu, je voltige
Autour de toi, en flammèches.
En boitillant je jaillis
De tes douces tiges courbes.
Et hop ! du bout de ton nez,
Je te souris, mon amour.
Et le crépuscule arrive,
Drapé dans sa houppelande,
Gardant en sa pipe fraîche
Tes fretins de flammes qui
Me giflent sur les deux joues.
Accroupie es-tu, coquine ?
Et voilà que le buisson
Jette au loin ta jupe rouge
Dont tu l’as, impertinente,
Couvert pour te joindre à moi.
Rentre tes cornes de feu,
Étends-toi sur l’herbe tendre,
Pour que ton corps brun je puisse
L’oindre d’entière blancheur.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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La feuillée d’or (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
La feuillée d’or s’est mise à tournoyer.
Sur l’eau rosissante de l’étang
comme un vol de papillons ailés
file vers l’étoile en mourant.

Je suis amoureux du soir qui tombe,
il m’est cher ce val jaunissant.
L’aquilon polisson a soulevé
la robe du bouleau dénudé.

Par le val comme en moi il fait doux,
l’ombre indigo passe en troupeau.
Derrière la haie du jardin qui se tait
s’évanouit la sonnaille des clochettes.

À écouter la chair pleine de raison
jamais je n’ai pris tant de soin.
Il ferait si bon, comme branche de saule,
s’abandonner à la roseur de l’eau.

Il ferait si bon, à la gueule de la lune,
rire sur la meule en mâchouillant le foin…
Où es-tu, où es-tu, joie sereine
à tout aimer, et ne désirer rien ?

(Sergueï Essénine)

***

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Le pourpre de l’aube (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Illustration: Jules Bastien-Lepage
    
Le pourpre de l’aube s’imprime sur l’étang.
Dans le petit bois avec le glas sanglote le tétras.

Blotti dans un trou, quelque part, un loriot pleure.
Moi seul l’âme radieuse ne verse pas de larmes.

Car ce soir, je le sais, tu franchiras l’anneau routier,
assis tous deux contre la meule parmi les gerbes fraîches

je te froisserai comme une fleur, m’enivrerai de baisers,
qui est de joie grisé n’a cure que l’on glose.

À force de caresses tu rejetteras ce voile soyeux
et je t’enlèverai, ivre, dans les halliers jusqu’à l’aube.

Qu’il sanglote avec le glas le tétras du petit bois.
Dans le pourpre de l’aube il est une mélancolie joyeuse.

(Sergueï Essénine)

***

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Au bagne des sentiments (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2018



Sergueï Essénine
    
Au bagne des sentiments je suis condamné
à tourner sans cesse la meule des poèmes.

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Journal d’un poète
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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