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Posts Tagged ‘meurtre’

Rumeur du monde (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



 

Remedios Varo Uranga_revelation mystique [1280x768]

Rumeur du monde

Écoute
autour de la maison
l’âpre rumeur du monde :
meurtres, massacres,
épouvante, incendie,
tyrannie et torture.

En d’autres lieux, dans d’autres cœurs
bien sûr !

Mais ne te crois ni agneau ni colombe.
Comme chacun
tu portes en toi le loup, le tigre
et la vipère,
en toi dans des ténèbres
où leur rage enchaînée
sourdement siffle et gronde.

Dans l’angoisse, la crainte
mais aussi l’espérance,
veille sur les remparts, en toi,
et prie pour que les chaînes ne se rompent.

(Jean Joubert)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

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La division du travail (Elisabeth de Fontenay)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



Élisabeth de Fontenay

    

La division du travail
d’exploitation et d’abattage,
le découpage des responsabilités,
permet de masquer
notre participation individuelle
à la maltraitance et au meurtre.

(Elisabeth de Fontenay)

 

Auteur: Frédéric Lenoir
Recueil: Lettre ouverte aux animaux (et à ceux qui les aiment)
Traduction:
Editions: Fayard

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PARTENAIRES SOCIAUX DANS L’INDUSTRIE D’ARMEMENT (Hans Magnus Enzensberger)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018




    
PARTENAIRES SOCIAUX DANS L’INDUSTRIE D’ARMEMENT

A en grincer des dents ce spectacle
de gros pourceaux sur les terrasses
et sur les golfs des palaces
remontés à coups d’engrais et de vols,
des chouchous du bon dieu.

Plus dur
à supporter, toi qui n’es personne,
foreur au ciré bon marché,
petit-bourgeois, huissier, assesseur, coursier,
plus triste ton visage jauni.

Foutu
toi qui t’abandonnes à qui te mène
par le bout du nez, dé de vent modéré,
forgeron de tes menottes,
accoucheur de ta mort,
épicier du poison
qui te sera administré.

Sans doute
ils sont nombreux à te promettre
l’abolition du meurtre.
Les meurtriers t’invitent
à partir en guerre contre lui.
Ce n’est pas le crime qui perdra
la partie, mais toi : le crime
ne fait que changer de visage.
Le sang des victimes, lui, reste noir.

(Hans Magnus Enzensberger)

 

Recueil: Mausolée
Traduction: Maurice Regnaut et Roger Pillaudin
Editions: Gallimard

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NUITS BLANCHES (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



 

NUITS BLANCHES

Personne ici,
et le corps dit : tout ce qui est dit
n’est pas à dire. Mais aussi
personne n’est un corps, et ce que dit le corps
n’est entendu de personne
hormis toi.

Chute de neige et nuit. La répétition
d’un meurtre
parmi les arbres. La plume
court à travers la terre : elle ne sait plus
ce qu’il adviendra, et la main qui la tient
a disparu.

Cependant, elle écrit.
Elle écrit : au commencement,
parmi les arbres, un corps venait
de la nuit. Elle écrit :
la blancheur du corps
est couleur de la terre. Elle est terre,
et la terre écrit : tout
est couleur du silence.

Je ne suis plus ici. Je n’ai jamais dit
ce que tu dis
que j’ai dit. Et pourtant, le corps est un lieu
où rien ne meurt. Et chaque nuit,
du silence des arbres, tu sais
que ma voix
s’avance vers toi.

(Paul Auster)

Illustration: Arthur Hughes

 

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Au milieu de l’infini tranquille (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017



 


    
Au milieu de l’infini tranquille,
sous la paix qui tombe des étoiles,
nos meurtres, nos crimes, nos hontes!

— Cela me rappelle, en je ne sais quel drame,
une, situation terrible,
qu’accompagnait un air de flûte.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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LA VIEILLE ET LES DEUX SERVANTES (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LA VIEILLE ET LES DEUX SERVANTES

Il était une vieille ayant deux Chambrières.
Elles filaient si bien que les soeurs filandières
Ne faisaient que brouiller au prix de celles-ci.
La Vieille n’avait point de plus pressant souci
Que de distribuer aux Servantes leur tâche.
Dès que Téthis chassait Phébus aux crins dorés,
Tourets entraient en jeu, fuseaux étaient tirés ;
Deçà, delà, vous en aurez ;
Point de cesse, point de relâche.
Dès que l’Aurore, dis-je, en son char remontait,
Un misérable Coq à point nommé chantait.
Aussitôt notre Vieille encor plus misérable
S’affublait d’un jupon crasseux et détestable,
Allumait une lampe, et courait droit au lit
Où de tout leur pouvoir, de tout leur appétit,
Dormaient les deux pauvres Servantes.
L’une entr’ouvrait un oeil, l’autre étendait un bras ;
Et toutes deux, très malcontentes,
Disaient entre leurs dents : « Maudit Coq, tu mourras. »
Comme elles l’avaient dit, la bête fut grippée.
Le réveille-matin eut la gorge coupée.
Ce meurtre n’amenda nullement leur marché.
Notre couple au contraire à peine était couché
Que la Vieille, craignant de laisser passer l’heure,
Courait comme un Lutin par toute sa demeure.
C’est ainsi que le plus souvent,
Quand on pense sortir d’une mauvaise affaire,
On s’enfonce encor plus avant :
Témoin ce Couple et son salaire.
La Vieille, au lieu du Coq, les fit tomber par là
De Charybde en Scylla.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Le silence de l’Aimée (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017




    
Le silence de l’Aimée
Est un meurtre tranquille
Il blesse sans tuer
Il inquiète et fait monter la fièvre
C’est un mur froid qui avance
Broie ce qu’il rencontre
Le tout sans faire de bruit.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Amazone (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




    
Amazone

L’Amazone contemple à ses pieds des ruines,
Tandis que le soleil, las de luttes, s’endort ;
La volupté du meurtre a gonflé ses narines ;
Elle exulte, amoureuse étrange de la Mort.

Elle veut les baisers des lèvres expirantes
Qui laissent à sa bouche en feu le goût du sang ;
Sur le champ de bataille aux odeurs enivrantes,
Son orgueilleux désir se vautre en pâlissant.

Elle aime les amants qui lui donnent l’ivresse
De leur fauve agonie et de leur fier trépas,
Et, méprisant le miel de la fade caresse,
Les coupes sans horreur ne lui suffisent pas.

Le râle la remplit d’une ivresse sauvage ;
Au milieu des combats son coeur s’épanouit
Et, lionne aux yeux d’or éprise de carnage
La livide sueur des fronts la réjouit.

Elle rit et se pâme auprès du vaincu blême ;
Son corps, vêtu de pourpre, aux derniers feux du jour
Se penche avec ardeur sur le spasme suprême,
Plus terrible et plus beau que le spasme d’amour.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Je dois à la poésie la grâce de ton amour (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2016



Je dois à la poésie
la grâce de ton amour.
Je dois à son pouvoir
l’offrande de ta voix,
l’aimantation de ta voix,
l’aimantation de ton pas,
une passion fabuleuse
et nos emportements.

Au comble de l’accablement
et du meurtre de nous,
jamais je ne laisserai dire
que la magie du poème
ne peut pas tout traduire
ni que la poésie
n’enchante pas la vie.
Elle seule,
comme la Soupçonnée
de René Char,
garde force de mots
jusqu’au bord des larmes.

(André Velter)

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La vie (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



Espagne  [800x600]

La vie

Je ne suis plus aussi doué pour la vie désormais.
Parfois je me réveille et ne la reconnais pas.
Les maisons, les voitures, les meubles, les livres sont flous
tandis que les arbres, les oiseaux et les chevaux sont beaux
et distincts. Je comprends aussi la musique
d’une ancienne variété d’avant le dix-neuvième siècle.
Où ai-je été ?
J’ai recompté les fleurs depuis la fenêtre du train
entre Séville et Grenade, ainsi que les taureaux et les oliviers.
Je n’ai pas pu dormir dans la chambre de Lorca parce qu’elle était hantée.
Même le vin que j’ai emporté était hanté.
L’Espagne ne s’est jamais remise de ce meurtre.
Ses nuits sont pleines des dents rouges de la mort.
Il y en a beaucoup qui l’ont rejoint. On ne peut compter,
de haut en bas, les oiseaux et les fleurs en même temps.

***

Life

I’m not so good at life anymore.
Sometimes I wake up and don’t recognize it.
Houses, cars, furniture, books are a blur
while trees, birds, and horses are fine
and clear. I also understand music
of an ancient variety—pre-ninteenth century.
Where have I been?
Recounting flowers from the train window
between Seville and Granada, also bulls and olive trees.
I couldn’t sleep in Lorca’s room because it was haunted.
Even the wine I carried was haunted.
Spain has never recovered from this murder.
Her nights are full of the red teeth of death.
There were many who joined him. You can’t count,
up and down, birds and flowers at the same time.

(Jim Harrison)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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