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Posts Tagged ‘meurtrie’

Tombeau du Poète (Léon Deubel)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Tombeau du Poète

Par les sentiers abrupts où les fauves s’engagent,
Sur un pic ébloui qui monte en geyser d’or,
Compagnon fabuleux de l’aigle et du condor,
Le Poète nourrit sa tristesse sauvage.

À ses pieds, confondus dans un double servage,
Multipliant sans cesse un formidable effort,
Les Hommes, par instants, diffamaient son essor ;
Mais lui voyait au loin s’allumer des rivages.

Et nativement sourd à l’injure démente,
Assuré de savoir à quelle ivre Bacchante
Sera livrée un jour sa dépouille meurtrie ;

Laissant la foule aux liens d’un opaque sommeil,
Pour découvrir enfin l’azur de sa patrie
Il reprit le chemin blasphémé du soleil !

(Léon Deubel)

Illustration: David Caspar Friedrich

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Paix (Ephraïm)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Paix sur toi détresse au front déchirure
Paix sur toi tendresse meurtrie
Paix sur toi soleil qui sombre dans la mer
Sans bruit

Sans célébration et sans chant de l’union des contraires
Sans le tressaillement des noces de l’eau et du feu
Paix sur toi douleur offerte et tranquille
Paix sur toi mon âme sur ton goût d’exil
Paix sur tes larmes presque de sang
Paix sur toi tristesse calme
paix sur toi aurore promise
Paix sur toi ville splendide

Amour ne se mutile
Amour se divinise-

Paix sur toi néant que jamais ne goûtera ma vie

(Ephraïm)

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RENCONTRES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



RENCONTRES

Elle rencontra ce printemps-là
Plus précoce qu’aucun autre
Et s’allia aux bourgeons
Avides de renouveau

Elle rencontra cette femme-là
Plus meurtrie qu’aucune autre
Partagea son désert
Sans gerbes et sans oiseau

Elle rencontra cet enfant-là
Plus alerte qu’aucun autre
Fugua vers ses jardins
Qui devançaient les mots

Elle rencontra cet homme-là
Plus clair qu’aucun autre
Qui ranima l’espoir
Enfoui sous les lambeaux

Elle rencontra cette mort-là
Plus clémente qu’aucune autre
S’inclinant en silence
Lui remit son fardeau.

(Andrée Chedid)


Illustration

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ROMANCE NOCTURNE (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

ROMANCE NOCTURNE

Un solitaire au clair d’étoiles
S’en va dans la calme minuit.
L’enfant s’éveille ivre de rêves,
Ses traits croulent gris dans la lune.

La folle geint cheveux au vent
A fa fenêtre grillagée.
Sur le lac vont en douce errance
Des amoureux, étrangement.

L’assassin blême rit au vin,
L’effroi de mort point les malades.
La nonne prie, meurtrie et nue,
Devant la croix de son Sauveur.

La mère chantonne en sommeil.
L’enfant regarde dans la nuit
De ses yeux vrais, paisiblement.
Dans le bordel sonnent les rires.

A la chandelle dans la cave
Le défunt peint d’une main blanche
Au mur un ricanant silence.
Le dormeur chuchote toujours.

(Georg Trakl)

Illustration

 

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Je ne sais pourquoi (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m’est cher,
D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?

Mouette à l’essor mélancolique,
Elle suit la vague, ma pensée,
À tous les vents du ciel balancée,
Et biaisant quand la marée oblique,
Mouette à l’essor mélancolique.

Ivre de soleil
Et de liberté,
Un instinct la guide à travers cette immensité.
La brise d’été
Sur le flot vermeil
Doucement la porte en un tiède demi-sommeil.

Parfois si tristement elle crie
Qu’elle alarme au loin le pilote,
Puis au gré du vent se livre et flotte
Et plonge, et l’aile toute meurtrie
Revole, et puis si tristement crie !

Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m’est cher,
D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?

(Verlaine)

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L’abandonnée (Virginie Sampeur)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



 

Dimitar Voinov

L’abandonnée

Ah! si vous étiez mort! de mon âme meurtrie
Je ferais une tombe où, retraite chérie,
Mes larmes couleraient lentement, sans remords
Que votre image en moi resterait radieuse !
Que sous le deuil mon âme aurait été joyeuse !
Ah! si vous étiez mort!

Je ferais de mon coeur l’urne mélancolique
Abritant du passé la suave relique,
Comme ces coffrets d’or qui gardent les parfums,
Je ferais de mon âme une ardente chapelle
Où toujours brillerait la dernière étincelle
De nos espoirs défunts.

Ah! si vous étiez mort, votre éternel silence,
Moins âpre qu’en ce jour, aurait son éloquence,
Car ce ne serait plus le cruel abandon,
Je dirais: «Il est mort, mais il sait bien m’entendre,
Et peut-être, en mourant, n’a-t-il pu se défendre
De murmurer: Pardon!»

Mais vous n’êtes pas mort ! ó douleur sans mesure !
Regret qui fait jaillir le sang de ma blessure !
Je ne puis m’empêcher, moi, de me souvenir,
Même quand vous restez devant mes larmes vraies,
Sec et froid, sans donner à mes profondes plaies
L’aumône d’un soupir!…

Ingrat ! vous vivez donc quand tout me dit vengeance !
Mais je n’écoute pas ! À défaut d’espérance,
Le passé par instants revient, me berce encor…
Illusion, folie, ou vain rêve de femme!…
Je vous aimerais tant, si vous n’étiez qu’une âme.
Ah! que n’êtes-vous mort!

(Virginie Sampeur)

Illustration: Dimitar Voinov

 

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Soeurs ennemies (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2015



Soeurs ennemies

La femme à la langue meurtrie
Lasse d’égrener l’exil
La femme à la langue scellée
Lasse de prévoir les ghettos
Surprennent dans l’exil de leurs fils
L’aiguillon de la haine
Les fièvres du talion

Pourtant
Dans la sagesse de leur sang millénaire
Dans l’espérance d’un sang pour vivre
Dans le secret d’un sang
Où s’abreuvent mêmes racines
S’ébranle le souffle de l’alliance
Et des promesses à venir

Elles vont Elles iront
Dans le futur qu’elles nomment
Ces femmes sans frontières
Au présent dévasté.

(Andrée Chedid)


Illustration

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