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L’autre (Michel Baglin)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



Gurbuz Dogan Eksioglu (12)

L’autre, c’est lui, là-bas. Toujours là-bas.
Parce qu’ici, c’est moi, c’est toi, c’est nous – c’est du pareil au même.

L’autre, c’est la peur remontée du fond des âges qui fabrique un étranger.
Qui fait serrer les fesses, et puis les poings, et puis les rangs.

C’est quelqu’un que l’on attendait pas, quelqu’un qui vient de loin,
quelque autre qui s’est invité dans nos jeux de miroirs et s’y réfracte.

Il diffère, on le compare. Il se distingue, on s’en méfie.
Et parce qu’il nous ressemble trop, les différences s’exaspèrent.

L’autre se tient là-bas, au delà d’une frontière.
Il est le nom d’une peur commune aux êtres dissemblables,
qui porte les peuples depuis toujours aux solidarités de clan, de tribu, de meute.

(Michel Baglin)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

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Je vous écris (Michel Baglin)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2016



 

Mihai Criste   (4)

Je vous écris sans savoir l’heure ou le temps qu’il fait,
d’un café, d’un hall de gare ou d’un aéroport,
d’un endroit qui vous tire le regard au dehors
sans que vous voyiez les flaques ni les ciels défaits.

Je vous écris dans cette échappée du quotidien.
C’est un voyage sans autres bruits que ceux des rues,
sans plus de larmes ou de cris ou de pas perdus
que dans une vie quelconque et son décor de rien.

C’est un lieu que je connais, un temps que je fréquente.
J’y ai des habitudes de vivant qui s’absente
dans un arrière-pays jamais très éloigné

où lève sous l’encre une nuée d’oiseaux de nuit
dont j’écris le vol dans l’espoir qu’il va m’enseigner
où ont émigré jadis les horizons promis.

(Michel Baglin)

Illustration: Mihai Criste

 

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S’absenter (Michel Baglin)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2016



S’absenter

Qu’on regarde au-dehors, le dedans vous reprend.
On voudrait être au monde, on ne sait qu’échapper.
Et tout ceux-là qu’on croise et voudrait arrêter
ont le pas trop rapide et sont pris par l’élan.

Qui parle des lointains évoque une autre vie.
Et c’est pour mieux tromper ce sentiment de n’être
qu’en exil ici-bas, un voyageur peut-être
mais qui ne pèse pas et reste sans appui.

Nous avons des manies de vivants qui s’absentent,
qui pour prendre enfin pied s’accrochent à des leurres
en faisant reculer l’horizon qu’ils s’inventent.

Partir est toujours une façon d’être là,
lever l’ancre encore un rêve de pesanteur,
et c’est pour aller plus loin qu’on ne s’en va pas.

(Michel Baglin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: William Turner

 

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