Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘micron’

Il est un pays où pèse l’oubli (Samuel Beckett)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018



bon bon il est un pays
où l’oubli où pèse l’oubli
doucement sur les mondes innommés
là la tête on la tait la tête est muette
et on sait non on ne sait rien
le chant des bouches mortes meurt
sur la grève il a fait le voyage
il n’y a rien à pleurer

ma solitude je la connais allez je la connais mal
j’ai le temps c’est ce que je me dis j’ai le temps
mais quel temps os affamé le temps du chien
du ciel pâlissant sans cesse mon grain de ciel
du rayon qui grimpe ocellé tremblant
des microns des années ténèbres

Vous voulez que j’aille d’A à B je ne peux pas
je ne peux pas sortir je suis dans un pays sans traces
oui oui c’est une belle chose que vous avez là une bien belle chose
qu’est-ce que c’est ne me posez plus de questions
spirale poussière d’instants qu’est-ce que c’est le même
le calme l’amour la haine le calme le calme

***

all right all right there’s a land
where forgetting where forgetting weighs
gently upon worlds unnamed
there the head we shush it the head is mute
and one knows no but one knows nothing
the song of dead mouths dies
on the shore it has made its voyage
there is nothing to mourn

my loneliness I know it oh well I know it badly
I have the time is what I tell myself I have time
but what time famished bone the time of the dog
of a sky incessantly paling my grain of sky
of the climbing ray ocellate trembling
of microns of years of darkness

you want me to go from A to B I cannot
I cannot come out I’m in a traceless land
yes yes it’s a fine thing you’ve got there a mighty fine thing
what is that ask me no more questions
spiral dust of instants what is this the same
the calm the love the hate the calm the calm

(Samuel Beckett)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Euan Macleod

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SPÉCIALISTE (Georges L. Godeau)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2015



feu t [800x600]

SPÉCIALISTE

Les feux verts que tu manipules sur le trottoir sont plus lourds que toi.
Pourtant, tu les hisses à l’épaule et tranquille
tu les mets en place, tu les visses, tu les synchronises.
J’ai envie de rester jusqu’au bout pour comprendre.
Moins la mécanique des feux que la tienne.
Car tu vins en ville à trente ans sans l’idée d’un métier.
Quelle marche dans l’ombre as-tu faite pour ce droit de dresser au soleil
et tout seul un carré de machines qui fonctionnent au micron ?

(Georges L. Godeau)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :