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Poésie

Posts Tagged ‘miel’

Racistes (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2020



Racistes

Voilà ce qu’ils disent :
l’anémone est plus intelligente que la rose
le sable est plus beau que le chat
et la pierre a toujours été
supérieure au potiron

Ils reprochent au noir
d’être plus noir que le blanc
comme si on reprochait au feu
d’être plus chaud que la neige
et au miel d’être plus sucré que la vague

Et s’ils ont peur de leur ombre
c’est qu’ils se doutent un peu
que haïr l’étranger
c’est avoir peur de soi.

(Jean-Pierre Siméon)

 

 

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Aux fleurs (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Aux fleurs

Fleurs des bois, fleurs des prés, fleurs aux formes parfaites,
Quelle peine sincère, en ce mois, vous nous faites !
Vos coupes de parfums, vos vases de couleurs,
Vos calices de miel, vos corolles de pleurs,
Vos feuillages luisants, vos tiges élancées
Harmonieusement par la brise bercées,
Rien de votre beauté frêle n’a parfumé
Ni réjoui ce triste et frileux mois de mai !
Sans doute, un peu de vous dans la grâce des femmes
A charmé nos regards et consolé nos âmes…
Vos grandes sœurs ont eu leur règne séduisant
Et c’est le tour des plus petites, à présent.
– Églantines, lilas, tulipes, violettes,
C’est le printemps ! Muguets, agitez vos clochettes !
Dans les cerisiers blancs, dans les pommiers fleuris,
Le merle vous appelle avec de petits cris ;
Et les amants qui font l’amour à lèvres closes,
Ne peuvent rien se dire en l’absence des roses…
La terre, sous son herbe avare, vous attend,
Marguerite au cœur d’or, svelte lys éclatant,
Narcisse rose et blanc, pensée au velours sombre,
Et rêve de sommeil à votre petite ombre.
Chantez-nous la chanson délicate du bleu,
Et la gamme du rose exquis au rouge feu ;
Détaillez-nous la forme ascétique ou charnue,
Épanouie en boule, étoilée ou menue,
Et la variété soyeuse du satin,
Sa nuance innombrable au soleil du matin,
Ses éblouissements de pierres précieuses,
Ses ors, ses argents mats, ses pourpres somptueuses !
Comme trempé de sang, qu’on aperçoive au loin
L’ardent coquelicot dressé dans le sainfoin,
Et que dans la forêt, dentelée et légère,
Verte au pied du tronc gris, foisonne la fougère !
Point d’abeilles sans vous et point de papillons
Qui voltigent, de miel en miel, dans les rayons.
Vous êtes la lumière éclairant toute chose,
Ou bleue ou blanche ou mauve ou violette ou rose,
Et qui s’est incarnée en votre fine chair
Et, sous le ciel de pluie ou le firmament clair,
De vos calices fait de petites veilleuses
Frissonnantes au vent, douces et merveilleuses !
Vous êtes les parfums enivrants des sentiers,
Qui s’exhalent sans s’épuiser, des jours entiers,
Et, moite, dans le bois profond au vaste dôme,
Fume et l’emplit, pareil à l’encens, votre arôme !
La jeune fille rit en s’embaumant à vous,
Et pour vous respirer baise vos cœurs si doux.
Quand elle vous caresse à sa lèvre, on peut dire
Que la lèvre a l’odeur et la fleur le sourire !
Vous embellissez tout ; l’eau devient diamant
Dès que sur vous la goutte étincelle un moment,
Et lorsqu’un papillon brun en vous s’aventure,
Vous composez un prodige de la nature !
– Fleurs des champs, fleurs des bois, riches fleurs des jardins,
Splendide floraison : velours, tulles, satins ;
Humbles fleurs qui croissez au bord des grandes routes,
Fleurs indigentes qui bientôt vous fanez toutes ;
Fleurs à qui chaque jour le jet de l’arrosoir
Prodigue la fraîcheur qu’entretiendra le soir ;
Et vous, chétives fleurs tristes et négligées,
Qui n’êtes pas souvent d’eau limpide aspergées,
Qui comptez sur le ciel seulement, et que juin
Négligemment arrose en passant – et de loin,
C’est la saison ! Ne nous laissez pas dans la peine :
Sans couleurs, sans parfums, qu’est l’existence humaine ?

(Albert Lozeau)

 

 

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La main touche une jupe (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020




    

La main touche une jupe,
muguets fanés, je me souviens
tiède comme un début de peau,
un feu de sang brûle les os.

Les joncs craquent sous le corps souple,
et le miel bout dans l’oeillet pourpre,
sur le brasier de myositis
là-haut où les oiseaux s’étirent.

Carrière de braise rouge,
près d’une eau non doublée de tain,
où toute pudeur expire
au vent venu de si loin.

Sous août bruissant, la fièvre est fraîche,
et la brûlure encore glacée
des lèvres fanées de soif,
et du corps torride de sang.

Voici la baie de tes jambes
avant cette île foudroyée
où peut-être un peu de neige
attend ma tête sans pensée.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Deux petits éléphants (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2020


 

C’était deux petits éléphants,
Deux petits éléphants tout blancs.

Lorsqu’ils mangeaient de la tomate,
Ils devenaient tout écarlates.

Dégustaient-ils un peu d’oseille,
On les retrouvait vert bouteille.

Suçaient-ils une mirabelle,
Ils passaient au jaune de miel.

On leur donnait alors du lait:
Ils redevenaient d’un blanc tout frais.

Mais on les gava, près d’Angkor,
Pour le mariage d’un raja,

D’un grand sachet de poudre d’or.
Et ils brillèrent, ce jour-là,

D’un tel éclat que plus jamais,
Même en buvant des seaux de lait,

Ils ne redevinrent tout blancs,
Ces jolis petits éléphants.

(Maurice Carême)

 

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Belle (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2020



Belle

Belle,
pareil à l’eau qui sur la pierre fraîche
de la source
ouvre son grand éclair d’écume,
est ton sourire,
belle.

Belle,
aux fines mains, aux pieds déliés
comme un petit cheval d’argent,
fleur du monde, marchant,
je te vois moi,
belle.

Belle,
avec un nid de cuivre enchevêtré
dans la tête, un nid
d’une brune couleur de miel
où mon coeur brûle et se repose,
belle.

Belle,
aux yeux trop grands pour ton visage,
aux yeux trop grands pour la planète.
I1 y a des pays, des fleuves
dans tes yeux,
ma patrie se tient dans tes yeux,
je vagabonde à travers eux,
ils donnent sa clarté au monde
partout où s’avancent mes pas,
belle.

Belle,
tes seins sont pareils à deux pains
– terre froment et lune d’or -,
belle.

Belle,
ta taille
mon bras l’a faite comme un fleuve
mille années parcourant la douceur de ta chair,
belle.

Belle,
rien n’a le charme de tes hanches,
la terre en quelque lieu caché
a peut-être, elle,
la courbe de ton corps et son parfum,
en quelque lieu peut-être,
belle.

Belle, ma belle,
ta voix, ta peau, tes ongles,
belle, ma belle,
ton être, ta clarté, ton ombre,
belle,
tout cela est mien, belle,
tout cela, mienne, m’appartient,
lorsque tu marches ou te reposes,
lorsque tu chantes ou que tu dors,
lorsque tu souffres ou que tu rêves,
toujours,
lorsque tu es proche ou lointaine,
toujours,
ma belle, tu es mienne,
toujours.

(Pablo Neruda)

Illustration: Alexandre-Auguste Hirsch

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L’enfant (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

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L’enfant dont la tête buissonne
Fait semblant d’être ici, mais non,
Au fond, il n’est là pour personne,
Ses yeux voient d’autres horizons.

L’enfant dont la tête bourgeonne
Lit feuille à feuille la forêt
Comme un grand livre qui frissonne
Plein d’écureuils et de furets.

L’enfant dont la tête grillonne
Respire un air de mélodie;
En lui la nuit d’été ronronne
Quand il prend son bain de minuit.

L’enfant dont la tête rayonne
Est un soleil qui luit au ciel:
S’il se perd, qu’une fée lui donne
Pour goûter un rayon de miel.

(Marc Alyn)

Illustration: Adam Tan

 

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Ruche dorée de l’air (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020



Ruche dorée de l’air
alvéole de l’heure
Rayon de ma douleur

Au poids de la nuit
que le miel est impur

(Robert Guiette)

Illustration

 

 

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Brume d’été (José-Maria de Heredia)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



La terre fume ainsi qu’un immense encensoir
Et le son très lointain de l’Angélus du soir
D’invisibles clochers en notes grêles tinte.

Les sarrazins fleuris ont une odeur de miel
Et le jour qui s’éteint mêle une rose teinte
Au gris délicieux de la mer et du ciel.

(José-Maria de Heredia)

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La barque dans le ciel (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2020





La barque dans le ciel
L’horizon perdu
livide et sans reflet
la mer qu’on devine
de la plage de miel
l’homme a marqué son rêve
d’un brise-lames tranchant

(Robert Guiette)

Illustration

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IN MEMORIAM (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration

    

IN MEMORIAM

Meurs mon cri, meurs, car de toute manière
Des cieux tu ne seras même pas écouté.
Par la nuit la nouvelle lune fut pointée
Comme un couteau sur le cou de la terre.

S’étranglera bientôt soi-même le silence
Avec les aboiements exacerbés des chiens,
Mais la nuit ne cessera point ses violences
Et nul à mon aide ne vient.

Alors pour qui, pour qui tombe-t-on à présent,
Pour soi-même et pour vous faut-il demander grâce
Quand tremblantes d’effroi les étoiles se cachent
Dans les plis de fer du torrent ?

Je ne suspendrai pas ma harpe aux branches d’arbre
Mais pour tous les vents j’en jouerai,
Même en rêve déjà je n’ai plus en partage
Un pays de miel et de lait.

Un souriceau dans mon âme grignote,
Pères, aïeux, votre vieux chant s’abat
La semaine – clouant un astre sur sa porte –
Et il verrouille mon propre Shabbat.

Broyez-moi, broyez-moi, minuscules pépins,
Meules des temps passés et des temps à venir
Si seulement ainsi l’étoile du matin
Comme une pomme peut mûrir.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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