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Posts Tagged ‘mignarde’

Japoneries (Paul Morin)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2018



 

Abraxsis Der Jen 21 [1280x768]

Japoneries

J’ai peint ces vers sur la soierie
D’un frêle éventail japonais,
Où courait une broderie
De fils d’or, de nacre et de jais:

Nid de polychromes mousmées
Dont les silhouettes s’en vont,
Grêles, mignardes et grimées,
Se perdre au clair de lune blond;

Fantasque pays d’hippogriffes
Dont les temples d’ocre vêtus
Et flanqués de monstres à griffes
Jaillissent, bulbeux ou pointus,

Et se reflètent dans la moire
Azuréenne d’un bassin
D’onyx rose ou de pâle ivoire,
De granit rouge ou de succin;

Rafales nippones, fleuries
De la neige des fleurs de thé
Que moissonne aux branches meurtries
Le vent nocturne de l’été;

Pagodes bizarres, dieux blêmes,
Geishas en robe de crépon,
Jardins gemmés de chrysanthèmes
D’iris, de jonquilles… Japon!

Pays où la brise sans trêve
Berce les lotus et les lis,
Pays secret d’extrême rêve
Peuplé de flamants et d’ibis;

Petit empire aux vertes rives,
Sensuel, bigarré, charmant,
Tu me déplais et me captives,
Tout chez toi me semble alarmant,

Et le vif carmin de ta lèvre,
Et tes masques et tes chansons…
Petit empire des frissons,
Des frissons d’angoisse et de fièvre
Dont meurent, au matin pâli,
Tes mille et une Butterfly…

(Paul Morin)

Illustration: Abraxsis Der Jen

 

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Quand je vois ma Lucresselette (Jean Godard)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2016



Quand je vois ma Lucresselette,
Plus mignarde qu’une perlette,
Plus belle qu’un jour gracieux,
Je pense voir une prairie,
La plus belle qui soit fleurie
Dessous le grand manteau des cieux.

Son front qui mon tourment allège,
Et qui est plus blanc que la neige,
Semble être composé de lis,
De lis sont faites ses mains blanches,
Son col, ses bras, ses pieds, ses hanches,
Et ses autres membres polis.

Ses blonds cheveux dont les ondées
Sont deçà et delà guidées
Sur l’haleine d’un petit vent,
Font honte à la fleur de Clytie,
Lorsque sa robe elle déplie
Au Soleil qu’elle va suivant.

Quand sur son sein mon oeil je darde,
Et quand son beau sein je regarde,
Et la fraise de son téton,
Tout aussitôt je l’a compare.
A quelque rose la plus rare
Qui n’est encore qu’en bouton…

Sa belle lèvre couraline,
Sa belle lèvre cristalline,
Qu’on peut rouge et blanche appeler,
Est une marguerite franche
Qui fait, tant elle est rose et blanche,
Les regardants émerveiller…

Pour elle, je verse une pluie
Que jamais elle ne m’essuie,
Car toujours je jette des pleurs
Comme une Niobe insensée.
Ha ! C’est qu’elle aime la rosée,
Puisqu’elle est faite ainsi de fleurs.

(Jean Godard)

Illustration

 

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