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Posts Tagged ‘migraine’

Le soleil n’est plus qu’un coquelicot (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2022



 


Le soleil n’est plus qu’un coquelicot
A l’horizon
J’ouvre la prison
D’une fenêtre maladive
Qui a la migraine
A force de fixer l’espace
Sous la cruauté implacable des astres
Je voudrais voir
Toute la nuit dans une étoile

(Jean-Baptiste Besnard)

 
Illustration: ArbreaPhotos
 

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LE JOUR OÙ TOUT SE BRISE EN TOI (Cécile Coulon)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2022



Illustration: Bing Wright
    
LE JOUR OÙ TOUT SE BRISE EN TOI

Le jour où tout se brise en toi
est un jour de vacances, ou bien
un jour de bureau, ou encore
un jour de retrouvailles, un jour
de famille, d’amis, de mariage ou de sexe.

Le jour où tout se brise en toi
ressemble aux autres jours de l’année : bien
sûr il y eut des signes de cet effondrement
mais tout est toujours sur le point de
s’effondrer, les immeubles, les piles de
linge propre, les actions en bourse,
alors pourquoi accorder à ces alarmes
quotidiennes la moindre importance ?

Le jour où tout se brise en toi —
je dis bien « tout » car il ne s’agit pas seulement
du coeur cassé comme le cou d’une volaille
la veille d’un dimanche à la campagne,
je parle du corps, de l’os du genou à celui de la mâchoire,
je parle de l’âme dans ses derniers retranchements,
je parle des plaies qui s’ouvrent, toutes en même temps.
Je parle de la raison qui se jette contre les murs,
du crâne mordu du sommet au
menton, des doigts de la main gauche
pliés entre ceux de la main droite.

Le jour où tout se brise en toi,
le pire n’est pas la quantité ahurissante de larmes
que tu bois des paupières à la bouche,
ni la migraine qui paralyse le visage et la nuque,
le pire, le jour où tout se brise en toi,
c’est le langage qu’on abandonne pour
des reniflements, le langage qu’on roue de coups
pour qu’il cesse d’aboyer ses mots d’amour
et de respect, le langage qu’on étouffe
dans la pornographie, le langage auquel on croyait tant
qui s’effondre avec le reste.

Le jour où tout se brise en toi
tu t’en veux si fort d’y avoir cru.

(Cécile Coulon)

Recueil: Noir Volcan
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Cactus (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2021



Cactus

Toute mon histoire sur la terre se résume dans ces seuls mots:
J’ai eu froid.
Il m’est impossible de vivre dans ces régions
où il tombe de la neige, où il gèle,
où l’on est sans cesse assailli par la pluie, les vents et les giboulées.

Si j’étais restée sous les tropiques,
je n’aurais pas trop le droit de me plaindre;
mais j’ai fait la sottise de suivre un botaniste en Europe,
et je suis perdues de rhumatismes.

On a beau vivre dans une serre,
on est toujours victime de quelque traître vent coulis.
Et puis cette chaleur factice me donnait la migraine
ou des pesanteurs de tête insupportables.

Mon sang, d’un rouge si vif, ne circulait plus;
mon front alourdi retombait sur ma poitrine;
et il me semblait, dans l’espèce d’hallucination où j’étais,
qu’une main invisible m’avait transformée en portière,
et que je serrais amoureusement un poêle dans mes bras,
ainsi que maintes fois je l’avais vu faire
l’hiver dans la loge de notre hôtel.

Comme je regrettais la douce et tiède température
des pays où nous sommes nées, nous autres fleurs!
comme je m’ennuyais sur les cheminées,
sur les consoles de marbre où je servais d’ornement!

(J.J. Grandville)

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Si, si, si… (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017




    
Si X. avait eu ce jour-là une forte migraine,
si sa femme avait eu besoin de lui pour l’accompagner à l’hôpital,
si le réveil n’avait pas sonné ce matin-là,
s’il avait pris la peine de se raser,
s’il avait renoontré un copain qui lui avait offert un café,
si, si, si…

Ismaël n’aurait pas été écrasé à 9 h 11 minutes
par le chauffeur du camion
qui passait devant chez lui à toute vitesse.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Le Temps (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2016




Dans les terriers du cauchemar
Où la Justice est toute nue,
Le Temps, guettant du fond de l’ombre,
Tousse quand tu veux embrasser.

Dans les soucis et les migraines
Vaguement s’écoule la vie,
Le Temps fera comme il lui chante,
Demain, ou bien aujourd’hui.

Dans nombre de vertes vallées
S’amasse la neige effrayante;
Le Temps brise les farandoles
Et l’arc éclatant du plongeur.

Oh, enfonce tes mains dans l’onde,
Enfonce-les jusqu’au poignet;
Et regarde au fond de la vasque,
Pour voir ce que tu as manqué.

Le glacier cogne dans l’armoire,
Le désert gémit dans le lit
Et la fêlure de la tasse
Ouvre accès au pays des morts.

(Wystan Hugh Auden)


Illustration: Salvador Dali

 

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