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Poésie

Posts Tagged ‘mince’

Une fibre plus mince que la pensée (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



Illustration: Remedios Varo Uranga
    
Une fibre plus mince que la pensée,
un fil au calibre nul,
unit nos yeux quand nous ne nous regardons pas.

Quand nous nous regardons
nous unissent tous les fils du monde,
mais celui-là manque,
qui seul donne l’ombre
à la lumière la plus secrète de l’amour.

Quand nous ne serons plus,
restera peut-être ce fil
pour unir nos places vides.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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VIE DE CHÂTEAU (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



château  PSGw

VIE DE CHÂTEAU

C’est un château d’ancêtres
Sans table ni feu
Ni poussière ni tapis.

L’enchantement pervers de ces lieux
Est tout dans ses miroirs polis.

La seule occupation possible ici
Consiste à se mirer jour et nuit.

Jette ton image aux fontaines dures
Ta plus dure image sans ombre ni lumière.

Vois, ces glaces sont profondes
Comme des armoires
Toujours quelque mort y habite sous le tain
Et couvre aussitôt ton reflet
Se colle à toi comme une algue.

S’ajuste à toi, mince et nu,
Et simule l’amour en un lent frisson amer.

(Anne Hébert)

Illustration

 

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Comme boutons frais (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Comme boutons frais
votre présence,
comme boutons de rose
vos douces joues rouges, votre gaîté,
comme d’éclatantes gouttes
d’argent, de provocation —
vos yeux quand vous les détournez de moi,
que ce mince corps délicieux se courbe
en arrière, de côté, comme un roseau,
pour m’attirer vers vous,
et votre tendre sourire me dit:
vous ne venez pas ?

(Herman Gorter)

 

Recueil: Ce que tu es
Traduction: Saskia Deluy et Henri Deluy
Editions: Al Dante

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Rêverie secrète (Li Qingzhao)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2018



 

Joo Seok Ju [Joseokju] -  (27) [1280x768]

Rêverie secrète

Brume légère, nuage épais,
Tristesse tout le long du jour.
Parfum de l’encens.
Fête de l’automne.
Fraîche fraîcheur de minuit
à travers la moustiquaire
et jusque sur l’oreiller de jade.

Boire du vin au crépuscule
dans le jardin de l’est.
La manche de ma robe
embaume un doux secret.
Le vent d’ouest agite le store.
La tige d’un chrysanthème jaune
n’est pas plus mince que je ne suis.

(Li Qingzhao)

Illustration: Joo Seok Ju

 

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LES PAROLES DU POÈME (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

LES PAROLES DU POÈME

Si mince l’anfractuosité d’où sortait la voix,
si exténuant l’édifice entrevu,
si brûlants sont les monstres, terrible l’harmonie,
si lointain le parcours, si aiguë la blessure
et si gardée la nuit.
Il faudrait qu’elles fussent justes et ambiguës,
jamais rencontrées, évidentes, reconnues,
sorties du ventre, retenues, sorties,
serrées comme des grains dans la bouche d’un rat,
serrées, ordonnées comme les grains dans l’épi,
secrètes comme est l’ordre
que font luire ensemble les arbres du paradis,
les paroles du poème.

(André Frénaud)

 

 

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C’est peut-être ça que je sens (Samuel Beckett)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018




    
C’est peut-être ça que je sens,
qu’il y a un dehors et un dedans et moi au milieu,

c’est peut être ça que je suis,
la chose qui divise le monde en deux,
d’une part le dehors, de l’autre le dedans,

ça peut être mince comme une lame,
je ne suis ni d’un côté ni de l’autre,
je suis au milieu, je suis la cloison,

j’ai deux faces et pas d’épaisseur,
c’est peut-être ça, que je sens,
je me sens qui vibre,

je suis le tympan,
d’une côté c’est le crâne,
de l’autre le monde,

je ne suis ni de l’un
ni de l’autre.

(Samuel Beckett)

 

Recueil: l’innommable
Traduction:
Editions:

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LA TIMIDITÉ (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018




LA TIMIDITÉ

Je sus à peine, être esseulé, que j’existais
et que je pourrais vivre ainsi cahin-caha,
que j’eus peur de cela même : la vie;
je voulus qu’on ne me vit pas,
qu’on ignorât mon existence.
Et je devins maigreur, pâleur, absence,
je ne voulus pas parler : il ne fallait pas
qu’on reconnût ma voix, je ne voulus pas voir
pour ne pas être vu,
je frôlai les murs en marchant :
j’étais une ombre aux pas glissants.

J’aurais bien mis des vêtements
de tuiles cassées, de fumée,
pour rester là, mais invisible,
pour être en tout présent, mais à distance,
et garder mon obscure identité
fixée au rythme du printemps.

Un visage de fille, le choc pur
d’un rire qui fendait le jour en deux
comme une orange en deux moitiés,
et je changeais de rue,
avide de vivre et craintif,
proche de l’eau sans en boire le froid,
proche du feu sans en baiser la flamme,
un masque d’orgueil me couvrit
et je fus mince et belliqueux comme une lance,
ne prêtant l’oreille à personne
— car je m’y opposais —
ma plainte
murée
comme le cri d’un chien blessé
au fond d’un puits.

(Pablo Neruda)

 

 

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Approchez-vous (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Anne-Marie Zylberman
    
Approchez-vous, baissez les yeux sur mon amour,
Que je cherche en vos mains une chère figure
Pour vivre et m’en aller encor le long des jours
Périssables avec une douceur qui dure.

Ces veines, bleus ruisseaux ne faisant pas de bruit,
Je les veux suivre au bout de leur grande aventure
Qui va du poignet mince au fond des doigts subtils,
Toujours sous le regard perdu de la nature.

Après avoir erré dans d’étranges pays,
Je fermerai la porte aux formes de la Terre
Et, tenant dans mes mains vos paumes prisonnières,
Je referai le monde et les nuages gris
Et les oiseaux qui vont se poser sur la mer.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Parlant du camp (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018




    
(Parlant du camp)
Et c’est à vous couper le souffle – on y retrouve toutes les facettes, les classes, les « ismes »,
les oppositions et les chapelles qui divisent la société.(…).

Ils se retrouvent désormais dans un espace vide, seulement délimité par le ciel et la terre
et qu’il leur faudra meubler de leurs propres ressources intérieures.(…).

La solide armure que leur avait forgée position sociale, notoriété et fortune est tombée en pièces,
leur laissant pour tout vêtement la mince chemise de leur humanité

(Etty Hillesum)

 

 

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D’autres villes d’autres échos (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



Illustration: Baiser mortel laurier-rose
    
D’autres villes d’autres échos
Il faut bien que le son
finisse sa course passant par nous
Modifié par nous chaque obstacle vivant
atténue sa stridence
Chaque arbre et chaque maison
chaque camion sur la route pierreuse
chaque directrice de projet à la banque
chaque homme lisant son journal au café
chaque collégienne en uniforme et le chat
fait ses griffes sur le tronc mince
du laurier-rose avant de tourner
au coin de la rue

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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