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L’AIGLE, LA LAIE, ET LA CHATTE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

L’AIGLE, LA LAIE, ET LA CHATTE

L’Aigle avait ses petits au haut d’un arbre creux.
La Laie au pied, la Chatte entre les deux ;
Et sans s’incommoder, moyennant ce partage,
Mères et nourrissons faisaient leur tripotage.
La Chatte détruisit par sa fourbe l’accord.
Elle grimpa chez l’Aigle, et lui dit : « Notre mort
(Au moins de nos enfants, car c’est tout un aux mères)
Ne tardera possible guères.
Voyez-vous à nos pieds fouir incessamment
Cette maudite Laie, et creuser une mine ?
C’est pour déraciner le chêne assurément,
Et de nos nourrissons attirer la ruine.
L’arbre tombant, ils seront dévorés :
Qu’ils s’en tiennent pour assurés.
S’il m’en restait un seul, j’adoucirais ma plainte. »
Au partir de ce lieu, qu’elle remplit de crainte,
La perfide descend tout droit
A l’endroit
Où la Laie était en gésine.
« Ma bonne amie et ma voisine,
Lui dit-elle tout bas, je vous donne un avis.
L’aigle, si vous sortez, fondra sur vos petits :
Obligez-moi de n’en rien dire :
Son courroux tomberait sur moi. »
Dans cette autre famille ayant semé l’effroi,
La Chatte en son trou se retire.
L’Aigle n’ose sortir, ni pourvoir aux besoins
De ses petits ; la Laie encore moins :
Sottes de ne pas voir que le plus grand des soins,
Ce doit être celui d’éviter la famine.
A demeurer chez soi l’une et l’autre s’obstine
Pour secourir les siens dedans l’occasion :
L’Oiseau Royal, en cas de mine,
La Laie, en cas d’irruption.
La faim détruisit tout : il ne resta personne
De la gent Marcassine et de la gent Aiglonne,
Qui n’allât de vie à trépas :
Grand renfort pour Messieurs les Chats.

Que ne sait point ourdir une langue traîtresse
Par sa pernicieuse adresse ?
Des malheurs qui sont sortis
De la boîte de Pandore,
Celui qu’à meilleur droit tout l’Univers abhorre,
C’est la fourbe, à mon avis.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Le silence des noyés (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017




    
Le silence des noyés
Est une lance qui traverse les coeurs des survivants
Fait des trous dans leur nuit
Et se brise dans le champ des mines
Où des chevaux de mer s’envolent sur le dos

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Sur un terrain couvert de mines (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2017



 

sur un terrain couvert de mines
des centaines d’arbres
couverts de bourgeons

(Abbas Kiarostami)

 

 

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Amoureuses (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Elles ont les épaules hautes
Et l’air malin
Ou bien des mines qui déroutent
La confiance est dans la poitrine
À la hauteur où l’aube de leurs seins se lève
Pour dévêtir la nuit

Des yeux à casser les cailloux
Des sourires à y penser
Pour chaque rêve
Des rafales de cris de neige
Des lacs de nudité
Et des ombres déracinées.

Il faut les croire sur baiser
Et sur parole et sur regard
Et ne baiser que leurs baisers.

Je ne montre que ton visage
Les grands orages de ta gorge
Tout ce que je connais et tout ce que j’ignore
Mon amour ton amour ton amour ton amour.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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Je te vois mieux — dans la Nuit — (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Je te vois mieux — dans la Nuit —
Nul besoin de Lumière —
Mon Amour pour Toi — est un Prisme —
Plus vif que le Violet —

Je te vois mieux avec les Ans
Qui dressent leur monticule —
Brille — la Lampe du Mineur —
Et la Mine s’annule —

Mieux que partout je Te vois — dans la Tombe —
Ses Panneaux étroits
S’illuminent — Tout vermeils — de la Lampe
Que je tins si haut, pour Toi —

Qu’ont-ils besoin de Jour —
Ceux dont la Nuit — possède — un Soleil si splendide —
Qu’il s’estime être — Sans cesse –
À son Zénith?

***

I see thee better — in the Dark —
I do not need a Light —
The Love of Thee — a Prism be —
Excelling Violet —

I see thee better for the Years
That hunch themselves between —
The Miner’s Lamp — sufficient be —
To nullify the Mine —

And in the Grave — I see Thee best —
It’s little Panels be
Aglow —All ruddy — with the Light
I held so high, for Thee —

What need of Day —
To Those whose Dark — hath so — surpassing Sun —
It deem it be — Continually —
At the Meridian ?

(Emily Dickinson)

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Dire la Beauté (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



Dire la Beauté serait affadir
Déchoir qu’exprimer la magie
Il est un Océan sans syllabes
Dont elles sont les signes
Ma volonté en cherche le vocable,
Échoue, mais goûte
Une Extase comme de Legs —
De mines introspectives —

***

To tell the Beauty would decrease
To state the spell demean
There is a syllableless Sea
Of which it is the sign
My will endeavors for it’s word
And fails, but entertains
A Rapture as of Legacies —
Of introspective mines —

(Emily Dickinson)

Illustration: Clark Little

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Ecce homo (Paul Henri Lezac)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016


ChristSaintJeanDeLaCroix-Dali

Je suis une terre brûlée
Les bombes, les sols calcinés
Je suis un vaste champ de mines
Murs détruits et longs pans de ruines,
Les villes dévastées

Je SUIS les corps déchiquetés
Pourrissant au fond des tranchées
Je suis le fracas des batailles
Le fer, l’acier et la mitraille
Le sang à flots versé

Je suis le pus, l’équarisseur
L’absent, la mort et la terreur
Je suis la flamme des bûchers
Les cris, les plaies de l’écorché
Le paria rejeté

Je suis dans les larmes du Blonde
Le désespoir, la bête immonde
Je suis las, elle se réveille
Parce que nul ne la surveille
Les enfants violentés.

(Paul Henri Lezac)

Textes de Prisonniers: lecercledespoetesdetenus

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Anecdotique je le suis (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2016



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Anecdotique je le suis
Merci de me le faire entendre
Mais si vous saviez comme amuse
le vers qui prend n’importe quoi
dans sa délirante salive
L’itinéraire qu’il me faut
c’est le sien Je suis, sans valise,
sa trace au fil de mon plaisir
et si ce que je pense y passe
tant pis tant mieux ce n’est rien que
pour me distraire un peu Si lasse
est parfois ma rame de cœur
que même la mer y renonce
Elle ne bat plus pour personne
pour moi moins encor et pourtant
le vers va toujours Je persiste
à ne le croire tout à fait
et le voilà qui recommence
Où irons-nous donc aujourd’hui ?

Mon vers est lièvre il est tortue
Furet ici escargot là
il court et dérape souvent
car la vie est peau de banane
et c’est elle qui cherche allant
au gré de sa buissonnerie
Ainsi marche-t-il sur les mines
et saute saute pauvre enfant.

(Georges Perros)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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ASSOCIATIONS (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016




ASSOCIATIONS

Ma fille, votre cruche est pleine.
L’eau déborde.
A quoi pensez-vous ?

—Je pense à la pluie.
Je pense au matin,
Et à ses vapeurs,
Et à sa rosée,
Ma mère!

—Vous pensez à ça.
Je n’y pensais pas.

—Vous alliez au puits,
Moi à la fontaine.
Vous tiriez la chaîne.
Moi je peux rêver!

—A quoi rêvez-vous, ma fille,
Ma fille ?

—Au ciment, ma mère, qui capte la source,
Au fer qui la mène,
Au fer et aux mines,
Aux ports, aux canaux,
Et aux bateliers,
Et aux terrassiers,
Et au fontainier,
Et à leurs chansons,
Et à leurs baisers…

—Et à leurs baisers ?

—Je suis fille, ma mère.
Je suis fille,
Ma mère.

(André Spire)

Illustration: Bernard Bénézet

 

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Habiter son corps (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2016



Habiter son corps
n’est pas aisé
c’est une maison hantée
un champ de mines
il faudrait pouvoir le louer
juste pour des vacances

(Abdellatif Laâbi)


Illustration: Pieter Bruegel l\’Ancien

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