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Poésie

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CHOSES ILLICITES (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



CHOSES ILLICITES

L’EAU continue de couler—
La grive de chanter

pourtant
au bord du ciel

au fin fond
du lointain

se mêlent…
… les échos du canon !

Dont le silence rappelle
de vallée

en vallée à la paix
de même que les poèmes conservent

le langage
d’anciennes extases.

les éclairs et les bruits de la guerre ;
demeures dont les chambres
sont les plus froides que l’on puisse imaginer,

ils sont partis tous ceux que nous aimions,
les lits restent vides, les divans
moites, les chaises inutiles —

Allez cacher tout cela quelque part
hors de l’esprit, que cela s’enracine
et pousse, à l’écart

des oreilles et des yeux jaloux — pour soi-même.
Dans cette mine, ils viennent tous creuser.
Est-ce la souche de la plus douce

musique ? La source de la poésie qui
voyant la pendule arrêtée, dit
La pendule s’est arrêtée

qui hier encore marchait si bien ?
et elle entend le clapotis de l’eau du lac
— qui maintenant est devenue de pierre.

***

ILLEGITIMATE THINGS

WATER still flows —
The thrush still stings

though in
the skirts of the sky

at the bottom of
the distance

huddle…
…echoing cannon !

Whose silence revives
valley after

valley to peace
as poems still conserve

the language
of old ecstasies.

the flashes and booms of war ;
houses of whose rooms
the cold is greater than can be thought,

the people gone that we loved,
the beds lying empty, the couches
damp, the chairs unused —

Hide it away somewhere
out of the mind, let it get roots
and grow, unrelated to jealous

ears and eyes — for itself.
In this mine they come to dig — all.
Is this the counterfoil to sweetest

music ? The source of poetry that
seeing the clock stopped, says,
The clock has stopped

that ticked yersterday so well ?
and hears the sound of lakewater
splashing — that is now stone.

(William Carlos Williams)
Illustration: ArbreaPhotos

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Ce feu (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018




    
ce feu
dans la cheminée
ce brandon
au foyer de l’être

creuser déblayer
creuser encore
la lumière ne filtre
qu’au profond de la mine

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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immobile yeux clos (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



immobile yeux clos
reclus au plus intime
m’épuisant à mourir
me préparant à naître
scrutant l’invisible
jusqu’à l’hébétude

ou je déambule par les rues
aussi vivant qu’une pierre
le regard vitreux
miné par l’à quoi bon
de tant d’heures inutiles

(Charles Juliet)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Prestige (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



Prestige, la lune de nouveau pleine
et le lapin dans le chapeau.

Prestige, la femme qui se réveille entière
et les souvenirs qui lui reviennent.

Prestige, la colombe rescapée du déluge
et le canari remonté de la mine, plus vivant
que le phénix, rôti sous la cendre.

Prestige, le tombeau vide du magicien
qui marchait sur les eaux et multipliait les pains.
Prestige, l’imitation de la mort et la résurrection.

(Gérard Macé)

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A l’étage – 850 (Christian Hillebrand)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



A l’étage – 850
Entrée d’air
Embouteillage de lampes

***

Dans le train
Illusion du bistrot
Partie de belote

***

Les femmes, au fond
Interdites à la tâche
Esclaves au jour

***

Dans la mine
Deux lampes se croisent
Une lumière

***

Au fond dans la veine Frida
Un fossile, dans le schiste
Poussière d’étoile imprimée

***

Coup de hache
Dans l’étai
L’odeur du pin s’échappe

(Christian Hillebrand)


Illustration

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La feuille d’un palmier (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Andrey Bobir
    
La feuille d’un palmier privé de ses racines,
Murmure à mon oreille une chanson sans suite.
Le ciel tout près de moi me tourmente et me ment,
Il m’a pris mes deux chiens gelés restés derrière,
Et j’entends leur exsangue, immobile aboiement,
Les étoiles se groupent et me tendent des chaînes.
Faudra-t-il humblement leur offrir mes poignets ?
Une voix qui voudrait faire croire à l’été
Décrit un banc de parc à ma fatigue humaine.
Le ciel est toujours là qui creuse son chemin,
Voici l’écho des coups de pic dans ma poitrine.
Ô ciel, ciel abaissé, je te touche des mains
Et m’enfonce voûté dans la céleste mine.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Zut je m’ suis trompé (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration
    
Zut je m’ suis trompé

1
À Marseille sur les quais
Certain matin mon grand-père
Acheta un perroquet
Dont la mine était prospère.
Il lui apprit le langage
Et l’oiseau répétait, c’était tout son bagage

Refrain
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept
Neuf, zut! je me suis trompé!
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept
Neuf, zut! je me suis trompé
Je m’en vais recommencer
Un deux trois
Un deux trois quatre cinq six sept
Neuf zut zut et zut je me suis trompé
Trompé!

2
Mais sur l’ordre du docteur
Mon grand’père apoplectique
Me donna cet orateur
Ce bel oiseau des tropiques.
Rentré à mon domicile
J’écoutais tout le jour l’animal imbécile.

3
Je l’ donnai au percepteur
Qui l’ donna à sa concierge
Mais sa concierge en fureur
Le vendit dans une auberge
Et l’auberge fit faillite
À cause de l’oiseau à la voix laryngite.

4
Je n’ sais c’ qu’il est devenu
On m’a dit qu’en Amérique
Un chasseur l’a reconnu
Sur un arbre rachitique
Des forêts c’est la coqu’luche
Il est roi et apprend cette phrase aux perruches.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Bravant tempête, vent et pluie… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
Bravant tempête, vent et pluie…

Bravant tempête, vent et pluie
Noirs de suie,
Noirs de sueur,
Nous passons à toute vapeur.
Sur le train qui chemine
Nous sommes maîtres après Dieu
S’il en est un dans les cieux
Le charbon de la mine
Flambe dans nos machines.
(Bravant tempête, vent et pluie,
Noirs de sueur, noirs de suie
À coups de sifflets dans la nuit
Nous passons et le feu luit.)

Refrain
Peau noire, oeil blanc, par les voies
Les mécaniciens
Qu’ils soient tristes, qu’ils soient en joie
P.L.M. ou Transsibérien
Sous le soleil ou sous la pluie
Ardents voyageurs
Barbouillés de sueur et de suie
Passent à toute vapeur.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Je resterai seul (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Je resterai seul
debout dans la mine
avec ma carte
ma pioche
et ma bêtise.

(Jean Cocteau)

 

Recueil: Le Cap de Bonne-Espérance suivi de Discours du Grand Sommeil
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le mineur opiniâtre du vide (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2018



Illustration: Gilbert Garcin
    
Le mineur opiniâtre
du vide
exploite
sa mine féconde
le possible brut
y miroite
emmêlé à sa roche blanche

(Jean Cocteau)

 

Recueil: Le Cap de Bonne-Espérance suivi de Discours du Grand Sommeil
Traduction:
Editions: Gallimard

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