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Posts Tagged ‘minuit’

Un bateau peut être mis à l’abri (Chang-Tzu)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




    
Un bateau peut être mis à l’abri dans une crique ;
une nasse mise à l’abri dans un lac,
mais à minuit un homme robuste peut venir et les emporter.

L’ignorant ne sait pas que
quels que soient les lieux où vous mettez un objet à l’abri,
les plus petits dans les plus grands,
ce que vous avez caché peut disparaître et vous être enlevé.

Mais si vous cachez l’univers dans l’univers,
ce qui vous était précieux ne risque pas de vous être enlevé,
et ce que vous possédez est à vous pour toujours.

Donc, le sage sait que la séparation n’est pas possible
et que ce qui est perdu n’est pas vraiment perdu.

(Chang-Tzu)

 

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AMOUR DE PROFIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

Richard MacDonald - Tutt'Art@ (1)

AMOUR DE PROFIL

1
Dans le sommeil des feuilles mortes
qui craquent de gel la nuit
sans que personne pose le pied

dans le sang qui bat à la tempe
du dormeur qui ferme les portes
et ne sait plus si lui c’est lui

dans le froissement de la furtive
allant retrouver son amant
au creux des menthes la rivière

dans les paroles de la pluie
dans le feu quand la maison dort
dans la chevêche de minuit

j’entends respirer la secrète
qui n’est jamais là où elle est

2
Songeuse Retirée Rieuse Tempérée
Flexible Détournée Distraite Méditée
Le beau front bombé et sa pâleur d’opale
Les yeux de grand hiver de brasero lent

Toi la pensive et l’incertaine Toi l’innocence
et la malice Toi l’eau qui dort en robe d’eau
Absente Dérobée Naïve Gaie Moqueuse
Furtive Souveraine Altière Intimidée

Indécise Etonnée Limpide Couronnée
Profil nu hésitant dans un miroir brouillé
par les longues pluies de la mélancolie
toi la Reine et la Fée l’enfantine et la grave

je t’écoute écouter J’écoute ton silence
J’écoute les échos les voiles de ta voix
ta voix de feuilles mortes et de vent sur la tempe
qui peut en murmurant faire éclore l’automne

3
Nous deux
Quelquefois un
Les deux doigts de la flamme
Deux c’est ton ombre et moi
ou toi ma silencieuse
nue comme à marée basse
une voix qu’on devine

Nous deux
quelquefois un
Les deux pieds nus du vent
Deux d’eau Le bruit de l’eau
Rêver se taire ensemble

Le ciel mangé de jour
qui n’a qu’un seul regard

Quelquefois un Nous deux

(Claude Roy)

Illustration: Richard MacDonald

 

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Dans la suave minuit d’été (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Dans la suave minuit d’été
Une lune pure brillait à travers
La fenêtre ouverte du parloir
Et les rosiers mouillés de rosée —

Je songeais assise en silence —
Le vent caressait mes cheveux
Le Ciel, me disait-il, est splendide
Et belle la Terre en son sommeil —

Point n’était besoin de son haleine
Pour m’inspirer de telles pensées
Mais toujours chuchotant il ajouta :
« Comme les bois vont être noirs ! —

«Mon murmure comme en rêve
Fait bruire les feuillages épais,
Et leurs myriades de voix
D’âme semblent douées.»

j’ai dit : « Va, aimable chanteur,
Ta voix tendre veut séduire
Mais ne crois pas qu’elle a pouvoir
D’atteindre mon esprit —

«Joue avec la fleur odorante,
Le rameau souple du jeune arbre —
Mais laisse mes sentiments humains
Suivre leur propre cours. »

L’Errant ne voulait pas me quitter
Son baiser s’est fait plus ardent —
« Ô viens, susurrait-il,
Je ferai malgré toi ta conquête —

«Ne sommes-nous pas des amis d’enfance ?
N’y a-t-il pas longtemps que je t’aime?
Aussi longtemps que tu aimes la nuit
Dont le silence éveille mon chant ?

«Et quand ton coeur reposera en paix
Sous la pierre du cimetière
J’aurai tout loisir de me lamenter
Et toi d’être solitaire» —

***

In summer’s mellow midnight
A cloudless moon shone through
Our open parlour window
And rosetrees wet with dew —

I sat in silent musing —
The soft wind waved my hair
It told me Heaven was glorious
And sleeping Earth was fair —

I needed not its breathing
To bring such thoughts to me
But still it whispered lowly
`How dark the woods will be ! —

« The thick leaves in my murmur
« Are rustling like a dream,
« And all their myriad voices
« Instinct with spirit seem. »

I said, « Go gentle singer,
« Thy wooing voice is kind
« But do not think its music
« Has power to reach my mind —

« Play with the scented flower,
« The young tree’s supple bough —
« And leave my human feelings
In their own course to flow »

The Wanderer would not leave me
Its kiss grew warmer still —
« O come,’ it sighed to sweetly
« I’ll win thee ‘gainst thy will —

« Have we not been from childhood friends ?
« Have I not loved thee long ?
« As long as thou hast loved night
« Whose silence wakes my song ?

« And when thy heart is laid at rest
« Beneath the church-yard stone
« I shall have time enough to mourn
« And thou to be alone » —

(Emily Brontë)

Illustration: Szinyei Merse Pál

 

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Que cherche-t-elle? (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



Que cherche-t-elle?

A minuit craque
et tremble la
maison

comme si la forêt
d’un bond sur le toit
s’était assise

griffant les murs
pesant sur les soupentes

Nul orage pourtant
nulle épouvante
dans le noir immobile

Mais la porte soudain
s’ouvre s’emplit
d’un bout géant d’un

mufle dont les naseaux
bougent et
flairent

Puis paisiblement plutôt
la bête souffle
et tire une langue rose.

(Jean Joubert)

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Chant funèbre (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Chant funèbre

Arrête toutes les horloges, coupe le téléphone,
Jette un os juteux au chien pour qu’il cesse d’aboyer,
Fais taire les pianos et avec un tambour étouffé
Sors le cercueil, fais entrer les pleureuses.

Que les avions tournent en gémissant au-dessus de nos têtes
Griffonnant sur le ciel ce message : Il est Mort,
Noue du crêpe au cou blanc des pigeons,
Donne des gants de coton noir à l’agent de la circulation.

C’était mon Nord, mon Sud, mon Est et Ouest,
Mon travail, mon repos
Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant ;
Je pensais que l’amour durait pour toujours : j’avais tort.

On ne veut plus d’étoiles désormais ; éteins-les toutes ;
Emballe la lue et démonte le soleil,
Vide l’océan et balaie les bois ;
Car rien maintenant ne vaut plus la peine.

***

Funeral blues

Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last for ever: I was wrong.

The stars are not wanted now: put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;
Pour away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.

(Wystan Hugh Auden)

 

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Le hibou (Gil Jouanard)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2017



Le hibou rêve à midi

(Gil Jouanard)

 

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LE HIBOU (Pierre Della Faille)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2017



 

LE HIBOU

Le hibou n’est qu’une horloge à plumes, avec deux
cadrans à secondes et une seule aiguille, la petite.
Il marque toujours six heures.
Il se moque, je le sais. Pourtant il est minuit moins le quart
et demain, peut-être, on aura crevé le soleil.

(Pierre Della Faille)

 

 

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Chanson au noir de la nuit (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



Chanson au noir de la nuit

Dans l’oeil de solitude
Du puits vide où je suis
Jamais âme n’élude
Ses aveux de minuit.

Chaque nuit, tu l’endeuilles
D’un crime, ô Barbe-Bleue.
Je ne dors que d’un oeil
Dans l’amitié d’un feu.

Cette chienne de nuit
Offerte aux chiens errants
Qui aboient au néant
Pue la souille et la suie.

Un iceberg de noir
Se dilue dans la pluie
L’aube qui s’y appuie
Le suce et va le boire.

(Bernard Lorraine)


Illustration

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En rêve (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration: Luc Thébault

En rêve

La séparation noire, définitive
Je la subis tout comme toi.
Comment, tu pleures ? Donne-moi plutôt la main.
Promets-moi de revenir en rêve.
Pour nous deux, c’est comme pour les montagnes,
Pour nous deux, nulle rencontre ici-bas.
Puisses-tu seulement, à minuit,
Me faire signe par-delà les étoiles.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Il est minuit (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2017



Il est minuit à la crête
de chaque seconde qui passe.

(Laurent Albarracin)

 Illustration

 

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