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Posts Tagged ‘minuit’

ROMANCE NOCTURNE (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

ROMANCE NOCTURNE

Un solitaire au clair d’étoiles
S’en va dans la calme minuit.
L’enfant s’éveille ivre de rêves,
Ses traits croulent gris dans la lune.

La folle geint cheveux au vent
A fa fenêtre grillagée.
Sur le lac vont en douce errance
Des amoureux, étrangement.

L’assassin blême rit au vin,
L’effroi de mort point les malades.
La nonne prie, meurtrie et nue,
Devant la croix de son Sauveur.

La mère chantonne en sommeil.
L’enfant regarde dans la nuit
De ses yeux vrais, paisiblement.
Dans le bordel sonnent les rires.

A la chandelle dans la cave
Le défunt peint d’une main blanche
Au mur un ricanant silence.
Le dormeur chuchote toujours.

(Georg Trakl)

Illustration

 

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L’heure du crime (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



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L’heure du crime

minuit. Voici l’heure du crime.
Sortant d’une chambre voisine,
Un homme surgit dans le noir.

Il ôte ses souliers,
S’approche de l’armoire
Sur la pointe des pieds
Et saisit un couteau
Dont l’acier luit, bien aiguisé.

Puis, masquant ses yeux de fouine
Avec un pan de son manteau,
Il pénètre dans la cuisine
Et, d’un seul coup, comme un bourreau
Avant que ne crie la victime,
Ouvre le cœur d’un artichaut.

(Maurice Carême)

 

 

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Grands yeux dans ce visage (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



    

Grands yeux dans ce visage,
Qui vous a placés là?
De quel vaisseau sans mâts
Êtes-vous l’équipage?

Depuis quel abordage
Attendez-vous ainsi
Ouverts toute la nuit?

Feux noirs d’un bastingage
Étonnés mais soumis
A la loi des orages.

Prisonniers des mixages,
Quand sonnera minuit
Baissez un peu les cils
Pour reprendre courage.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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La créole (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



 

Nicole Berruet danseuse-creole

La créole

La créole qui danse
Encore à minuit
dansera jusqu’à l’aurore
jusqu’à midi et jusqu’à l’autre nuit

Les seins bandés
Et les yeux clos
Elle parcourt un beau pays
où la tendresse se mêle à la colère

Elle sera toute surprise
après la danse après l’ivresse
de retrouver la rue froide
La nuit précoce et les draps froids

Comme une Vénus inconnue
Surgissant de la conque blanche du lit
Elle reposera son beau corps
En rêvant d’un Olympe noir comme elle

Et des anges noirs comme du charbon
soulevant oette déesse de couleur
l’emporteront vers un pays de ténèbres
où brille un soleil éclatant et bleu

Là les amants sont tendres et méchants
Et ils comprennent ses chansons
L’amour ne les fatigue pas
Et la mer a le parfum des corps virils

Voilà la vie de la créole qui danse
Qui danse encore à minuit
Qui dansera jusqu’à l’aurore
Jusqu’à demain midi et toute l’autre nuit.

(Robert Desnos)

Illustration: Nicole Berruet

 

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Loin de Vera Cruz (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Loin de Vera Cruz

1
Nous sommes au mois
D’aller dans les bois
Dénicher l’oiseau
Et cueillir la fleur
Qui porte bonheur
Mais déjà l’oiseau
Emporte la fleur
Dans sa demeure
A Vera Cruz.

Refrain
Fleurs de papier
Amours envolés
Refleurissez-vous
À Vera Cruz?

2
Bel oiseau bleu
Chanteur fabuleux
Nous te rejoindrons,
Vole à tire-d’aile
A travers le ciel
Au-dessus des monts,
La lune de miel
Brille fidèle
Sur Vera Cruz.

3
Pour moi l’amour
Fleurit chaque jour
Je prends le bonheur
Quand il s’épanouit
Soleil de minuit
Horloge du coeur
Je n’ cherch’ pas midi
A quatorze heures
Loin d’ Vera Cruz!
J’aime à toute heure
Loin d’ Vera Cruz
Yes!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Il est minuit (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2018




    
Il est minuit

1
Il est minuit
Il est minuit
L’horloge sonne vive l’amour.
Parlons moins fort
Puisque tout dort
Puisque tout rêve vive l’amour.
Je sens ton souffle près de ma bouche
Et dans tes veines battre ton sang
Quand tu reposes quand tu te couches
Ton oeil limpide si caressant
Fait la nuit claire pleine de rêves
Reste immobile je suis content
Rêvons ensemble c’est une trêve
Avant l’aurore qui se lève.

2
Il est midi
Il est midi
L’horloge sonne-adieu l’amour.
Au soleil d’or
Rêvons encor
La vie est brève-adieu l’amour.
Reprends ta route et moi la mienne
Et si la vie nous réunit
Dans les ténèbres de tes persiennes
Dans le mystère de ton grand lit
Je veux chérie sous le ciel blême
Rêver encore comm’ cette nuit
Je veux chérie que ce soir même
Nous réunisse pour qu’on s’aime.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Je suis rêveuse et fragile … (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018




    
Je suis rêveuse et fragile …

1
En effeuillant au soleil couchant
Une fleur des champs
La blanche marguerite
J’imagine un pompier pas méchant
Ou d’un soldat dans sa guérite
Nous irions dans un beau jardin
Comme un prince avec sa princesse
Et de minuit jusqu’au matin
Nous serions tout miel et caresse.

Refrain

Je suis rêveuse et fragile
La brutalité
Me blesse et me tourne la bile
La douceur c’est ma qualité
J’aime les fleurs et les mots tendres
Et les songes bleus
Parfois je sens mon cœur se fendre
En guettant un amoureux.

2
Je suis pareille aux sveltes iris
Pareille au grand lys
Pareille aux fraises mûres
Mon coeur est doux d’esprit délicat
Je suis une faible nature
L’amour trouble mon estomac
Mais quand je rêve aux aventures
Ma chair frémit, j’en suis gaga
Faut prendre ma température.

3
Hélas hélas j’ai ce soir cent ans
Un rêve épatant
Me semble aujourd’hui fade
Je veux quelqu’un vivant pour coucher
Je voudrais le marquis de Sade
Ou bien un gros garçon boucher
Et qu’il me mette en marmelade
Qui m’étreigne et fasse loucher
Et que je ne sois plus en rade.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Chanson de la conspiration de minuit (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



Chanson de la conspiration de minuit

Ce cri de victime saignée?
Rien qu’une mouche et l’araignée.
Quel est ce pas dans l’escalier?
C’est le chat qu’on a oublié.

Et ce brouhaha dans la cave ?
Trois crapauds tiennent un conclave.
Ces craquements dans le cellier?
Travail des fûts de châtaignier.

Coup de canon, coup de tonnerre?
Pétard mouillé? Ça m’exaspère.
Rien qu’un ressort dans le sommier
Ou des braises sous le foyer.

Qui donc ferraille à la cuisine?
Quelle émeute dans ma poitrine!
C’est l’horloge et son balancier,
C’est mon coeur, mon coeur tracassier.

Mais ce tam-tam dans l’oreiller?
C’est le battement de mon pouls.
Tout s’acharne à me réveiller
Sous l’oeil froid du soleil des loups.

(Bernard Lorraine)


Illustration: Richard Hess

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Cette tendresse (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




    
Cette tendresse

Cette tendresse et ces mains libres,
à qui les donner sous le vent ? Tant de blé
pour la renarde et au milieu de l’appel
l’anxiété de cette porte ouverte pour personne.

Nous avons fait du pain très blanc
pour des bouches déjà mortes qui n’acceptaient
qu’un croissant de lune et le thé
froid de la veillée à l’aube.

Nous avons joué des instruments pour la colère aveugle
des ombres et des chapeaux oubliés. Nous sommes restés
avec les présents disposés autour d’une vaine table
et nous avons bu du cidre chaud
dans la honte de minuit.
Alors, personne ne veut ça,
personne ?

***

Esta ternura

Esta ternura y estas manos libres,
¿a quién darlas bajo el viento? Tanto arroz
para la zorra, y en medio del llamado
la ansiedad de esa puerta abierta para nadie.

Hicimos pan tan blanco
para bocas ya muertas que aceptaban
solamente una luna de colmillo, el té
frío de la vela la alba.

Tocamos instrumentos para la ciega cólera
de sombras y sombreros olvidados. Nos quedamos
con los presentes ordenados en una mesa inútil,
y fue preciso beber la sidra caliente
en la vergüenza de la medianoche.
Entonces, ¿nadie quiere esto,
nadie?

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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BESTIAIRE DU CHIEN A NE PAS METTRE DEHORS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2018



 

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BESTIAIRE DU CHIEN
A NE PAS METTRE DEHORS

A ne pas mettre un chien dehors
ni un cheval ni un oiseau
Un bel hiver par-dessus bord
de blanc de neige et de biseaux

Deux amants au creux de la nuit
à ne pas mettre un chien dehors
Au creux du chaud passé minuit
deux amants à l’abri du port

Aux amants meurtris de sommeil
avec infiniment de soin
l’hiver construit un soleil
un lit d’amour qui sent le foin

La neige a beau faire semblant
de croire à l’hiver pour toujours
tes cheveux blonds sur les draps blancs
sont moissons au long des longs jours

Ma sommeilleuse ma clarté
tes cheveux blonds mes épis d’or
se courbent aux vents dévastés
à ne pas mettre un chien dehors.

(Claude Roy)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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