Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘minuit’

Poème d’Amour (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2017



Poème d’Amour

O toi qui savamment jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres,
Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des parfums et de l’heure et des rires champêtres.

Le soleil blondissait tes cheveux d’un long rai,
Tes prunelles sur moi dardaient leur double flamme ;
Tu m’apparus, ô nymphe ! et je considérai
Ton visage de vierge et tes hanches de femme.

Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des ombres et de l’heure et des rires champêtres,
O toi qui longuement jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres.

(Renée Vivien)

Illustration: Alex Alemany

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce n’était pas la Mort (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
Je sentais – ramper – des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire –

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit –

Quand tout ce qui tictaque – stoppe –
Et que partout – bée l’espace –
Ou que l’Affreux gel – aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant –

Mais surtout, le Chaos – Sans bornes – froid –
Sans une Chance, ou un espar –
Ni même l’Annonce d’une Terre –
Pour justifier – le Désespoir.

(Emily Dickinson)


Illustration: Sabin Balasa

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans la suave minuit d’été (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Dans la suave minuit d’été
Une lune pure brillait à travers
La fenêtre ouverte du parloir
Et les rosiers mouillés de rosée —

Je songeais assise en silence —
Le vent caressait mes cheveux
Le Ciel, me disait-il, est splendide
Et belle la Terre en son sommeil —

Point n’était besoin de son haleine
Pour m’inspirer de telles pensées
Mais toujours chuchotant il ajouta :
« Comme les bois vont être noirs ! —

«Mon murmure comme en rêve
Fait bruire les feuillages épais,
Et leurs myriades de voix
D’âme semblent douées.»

j’ai dit : « Va, aimable chanteur,
Ta voix tendre veut séduire
Mais ne crois pas qu’elle a pouvoir
D’atteindre mon esprit —

«Joue avec la fleur odorante,
Le rameau souple du jeune arbre —
Mais laisse mes sentiments humains
Suivre leur propre cours. »

L’Errant ne voulait pas me quitter
Son baiser s’est fait plus ardent —
« Ô viens, susurrait-il,
Je ferai malgré toi ta conquête —

«Ne sommes-nous pas des amis d’enfance ?
N’y a-t-il pas longtemps que je t’aime?
Aussi longtemps que tu aimes la nuit
Dont le silence éveille mon chant ?

«Et quand ton coeur reposera en paix
Sous la pierre du cimetière
J’aurai tout loisir de me lamenter
Et toi d’être solitaire» —

***

In summer’s mellow midnight
A cloudless moon shone through
Our open parlour window
And rosetrees wet with dew —

I sat in silent musing —
The soft wind waved my hair
It told me Heaven was glorious
And sleeping Earth was fair —

I needed not its breathing
To bring such thoughts to me
But still it whispered lowly
`How dark the woods will be ! —

« The thick leaves in my murmur
« Are rustling like a dream,
« And all their myriad voices
« Instinct with spirit seem. »

I said, « Go gentle singer,
« Thy wooing voice is kind
« But do not think its music
« Has power to reach my mind —

« Play with the scented flower,
« The young tree’s supple bough —
« And leave my human feelings
In their own course to flow »

The Wanderer would not leave me
Its kiss grew warmer still —
« O come,’ it sighed to sweetly
« I’ll win thee ‘gainst thy will —

« Have we not been from childhood friends ?
« Have I not loved thee long ?
« As long as thou hast loved night
« Whose silence wakes my song ?

« And when thy heart is laid at rest
« Beneath the church-yard stone
« I shall have time enough to mourn
« And thou to be alone » —

(Emily Brontë)

Illustration: Szinyei Merse Pál

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une fois (Károly Fellinger)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Une fois

Quoique je sois dans une mauvaise passe,
je suis capable de renaître chaque jour,
mais pour cela, il faut pour cela que je me consomme
avant le soir et que je ne tienne jamais
jusqu’à minuit, puis, au moment suivant,
je frotte ma statue d’oiseau de miel,
de sucre, je déchire ma couette garnie
de plumes d’oie par-dessus, comme le temps
passe, je me consomme de plus en plus
tôt, demain à l’heure du déjeuner ou quand
le petit-déjeuner est servi, je vivrai assez
pour me voir renaître à partir du pur néant,
comme le dragon sans tête.

***

Egyszer

Bármilyen rossz passzba kerülök, azért még
minden nap képes vagyok újjászületni,
de ahhoz az kell, hogy estére elfogyjak
már és ne tartsak ki éjfélig sohasem,
az azt követő pillanatban meg aztán
madárszobrom bekenem mézzel, cukorral,
széjjeltépem fölötte lúdtollas dunyhám,
az idő múlásával egyre hamarabb
fogyom el, holnap ebédkor vagy a villásreggeli
tálalásakor, egyszer még megérem
majd, hogy a tökéletes semmiből
szülessek újjá, mint a fejetlen sárkány.

(Károly Fellinger)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Cologne (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Cologne cathédrale 69 [800x600]

Cologne

Temps du cœur, ils sont debout
les rêvés
pour les chiffres de minuit.

un peu parla dans le silence immobile, un peu se tut
un peu alla son chemin.
Banni et perdu
étaient chez eux.

Vous cathédrales.
Vous cathédrales, pas vu
vous fleuves, pas entendu
vos horloges si profondes en nous.

(Paul Celan)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ROMANCE NOCTURNE (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

ROMANCE NOCTURNE

Un solitaire au clair d’étoiles
S’en va dans la calme minuit.
L’enfant s’éveille ivre de rêves,
Ses traits croulent gris dans la lune.

La folle geint cheveux au vent
A fa fenêtre grillagée.
Sur le lac vont en douce errance
Des amoureux, étrangement.

L’assassin blême rit au vin,
L’effroi de mort point les malades.
La nonne prie, meurtrie et nue,
Devant la croix de son Sauveur.

La mère chantonne en sommeil.
L’enfant regarde dans la nuit
De ses yeux vrais, paisiblement.
Dans le bordel sonnent les rires.

A la chandelle dans la cave
Le défunt peint d’une main blanche
Au mur un ricanant silence.
Le dormeur chuchote toujours.

(Georg Trakl)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Au long des grilles du Luxembourg (André Salmon)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2017



Bruit d’ailes de hibou,
Les heures dans la sarbacane,
Sonner minuit avec sa canne
Au long des grilles du Luxembourg.

(André Salmon)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

JE NE PUIS, JE NE PUIS… (Chanson populaire Hongroise)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



JE NE PUIS, JE NE PUIS…

Je ne puis, je ne puis
m’endormir en cage,
sur la branche est ma vie,
lestant le ramage,
lestant le ramage,
mangeant du genièvre,
portant la rosée
de l’aube à mes lèvres.

J’attache au triste saule
ma jument lassée,
et j’attache mon sort
à ma giroflée.
Ma monture à minuit
— las ! — je la détache,
lors, de toi giroflée
Mort seule m’arrache.

(Chanson populaire Hongroise)

Illustration: J.J. Grandville

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Au fond de la nuit (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



noel-triste-9-800x600

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n’est plus de fous,
L’heure de minuit, cette heure où l’on chante
Piquera mon cœur bien mieux que le houx.

J’avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l’été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d’hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l’orange amère
Et ton souvenir m’arrache le cœur.

(Luc Bérimont)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

COMMENCEMENT PERPÉTUEL (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017




COMMENCEMENT PERPÉTUEL

Un homme d’un certain âge
Plutôt jeune et plutôt vieux
Portant des yeux préoccupés
Et des lunettes sans couleur
Est assis au pied d’un mur
Au pied d’un mur en face d’un mur
Il dit je vais compter
de un à cent
A cent ça sera fini
Une bonne fois une fois pour toutes
Je commence un deux et le reste
Mais à soixante-treize il ne sait plus bien
C’est comme quand on croyait compter les coups de minuit
et qu’on arrive à onze
Il fait noir comment savoir
On essaye de reconstruire avec les espaces le rythme
Mais quand est-ce que ça a commencé
Et l’on attend la prochaine heure
Il dit allons il faut en finir
Recommençons une bonne fois
Une fois pour toutes
De un à cent
Un…

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Gilbert Garcin

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :