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Poésie

Posts Tagged ‘minuscule’

LE SENS (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2021



Illustration
    
LE SENS

Le sens ne réside pas en un lieu.
C’est comme une lèvre tronquée
ou la musique d’une planète lointaine.
Rarement c’est un palais ou une plaine,
le diamant d’un vol ou le coeur de la pluie.
Parfois c’est le bourdonnement d’une abeille, une infime présence
et le jour est un feu brûlant sur la corolle de la mer.
Il s’abreuve de violence et d’obscurité
et ses rivages sont jonchés d’oubli et de chaos.
Ses caprices contiennent toute la distance du silence
et tout l’éclat du désir. Avec une musique désespérée,
il craque parfois sous le masque du temps.
Avec des cendres d’eau, il crée des halos de pénombre
et d’un côté c’est le désert, de l’autre une cataracte.
On peut le parcourir certaines fois comme le spectre solaire
ou le sentir comme un cri en lambeaux ou une porte condamnée.
Souvent ses noms ne sont pas des noms,
mais des blessures, des murailles sourdes, des lames effilées,
de minuscules racines, des chiens d’ombre, des ossements de lune.
Toutefois, il est toujours l’amant désiré que
recherche le poète dans les remous des ténèbres.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Mère et enfant réfugiés (Chinua Achebe)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021




    
Mère et enfant réfugiés

Nulle Vierge à l’Enfant ne pourrait se mesurer
à cette image de la tendresse maternelle
pour un fils qu’elle devrait bientôt oublier.
L’air était lourd d’odeurs

de diarrhée d’enfants non lavés
aux côtes délavées et aux derrières
décharnés qui avancent d’un pas laborieux
traînés par des ventres vides et gonflés. Tant
de mères avaient cessé depuis longtemps
de prodiguer leurs soins, mais pas celle-ci; elle arborait
un sourire fantôme entre ses dents
et dans ses yeux le fantôme de l’orgueil
d’une mère tandis qu’elle peignait telle la touffe de cheveux
couleur rouille qui restait sur son crâne et puis –

dans ses yeux un chant – elle a commencé à les
séparer avec soin… Dans une autre vie ça
aurait été un peu banal
un acte sans conséquence avant son
petit-déjeuner et l’école; mais en cet instant

son geste était de fleurir
une tombe minuscule

(Chinua Achebe)

Traduit de l’anglais par Frieda Ekotto, &ware Sou! Brother, Heinemann, 1971.

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Les morts minuscules (Monika Herceg)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2021




    
les morts minuscules

nous respirons bruyamment de chaleur suffocante
dormant dans la même pièce
l’angoisse plus lourde que l’air
remplit l’espace comme le dioxyde de carbone
et nous étouffons dans le cauchemar

dans le rêve de mon père le vide prolifère
comme les doryphores sur les pommes de terre
jusqu’à la destruction complète des plantations
souvent il tousse
comme un chat qui rejette
une boule de poils
mon frère grince des dents
ma mère est immobile
les lèvres serrées
à l’image de la madone qu’elle prie
quelquefois je me penche sur son visage
pour vérifier si elle respire

j’écoute aussi
nos pieds dépasser les chaussures devenues étroites
nos cheveux s’assombrir
nos cartilages s’user à courir
dehors l’atmosphère se consume

et en nous brûlent nos corps d’enfants
comme les bougies d’anniversaire
suffisamment vite pour que le matin on
ne s’en souvienne plus

(Monika Herceg)

Traduit du croate par Martina Kramer

 

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Silence de pierre (Catherine Morvan)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2021




    
Silence de pierre
Lumière chaude se faufile entre chaque branche.

Comme un champ clos flottant dans un chuintement végétal,
de minuscules monticules s’érigent en îlots concentriques.

Leur tranquille immobilité invite à la dérive,
la déambulation.

(Catherine Morvan)

 

Recueil: Bruissement d’elles
Traduction:
Editions: L’Harmattan

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Le chat nouveau-né abandonné là (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2020




    
Le chat nouveau-né abandonné là
Dans le fourré, corps informe, concentré
De soif, de faim, de frayeur, de crève-cœur,
Minuscule œil fixant, hagard, l’Énorme…

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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ECHO (Sultan Catto)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Tineke Storteboom 
    
ECHO

Regarder dans sa mémoire, âme qui défie la gravité,
chercher la lumière, rêvant de fleurs de lavande bleue,
contempler les gouttes de pluie qui filent flottant dans l’air
et de l’autre côté conquièrent et reflètent l’univers.

Pouvons-nous faire un saut de quantum,
avancer d’un pas,
ensemble observer l’avenir et revenir,
jeter un coup d’œil sur la théorie de toutes choses ?

Aujourd’hui nous avons tous deux besoin de quelques ficelles,
d’une poignée de rêves agréables, mystérieux, algébriques,
de sentiers minuscules le long d’un espace poétique
et d’un petit trou noir pour nous y emmener

***

ECHO

peer into its memory, soul defying gravity,
visit light dreaming on blue petaled lavender,
watch the spinning raindrops suspended in air
capturing and reflecting the universe beyond.

Can we make a quantum jump,
take a step forward,
observe the future together and return,
have a glimpse at theory of everything?

What we both need today is a few strings,
some sweet, mysterious algebraic dreams,
miniature pathways along poetics of space
and a tiny black hole to give us a ride.

***

ECHO

En su memoria, desafiando el alma la gravedad,
visitar la luz, soñando sobre pétalos azules de lavanda,
ver las gotas de lluvia girando suspendidas en el aire
capturando y reflejando el universo más allá.

¿Podemos dar un salto cuántico,
ir un paso por delante,
observar el futuro juntos y regresar,
vislumbrar la teoría de todo?

Lo que ambos necesitamos hoy son unas cuerdas,
algunos dulces, misteriosos sueños algebraicos,
mínimas sendas surcando la poética del espacio
y un pequeño agujero negro que nos lleve.

***

ECHO

in haar geheugen kijken, de ziel die de zwaartekracht tart,
licht zoeken, dromend op blauwe lavendelbloesems,
kijken naar de spinnende regendruppels zwevend in de lucht
die het universum aan gene zijde veroveren en weerspiegelen.

Kunnen we een kwantumsprong maken,
een stap voorwaarts doen,
samen de toekomst observeren en terugkeren,
een kijkje nemen in de theorie van alle dingen?

Wat we vandaag allebei nodig hebben zijn een paar touwtjes,
een handvol lieve, mysterieuze, algebraïsche dromen,
kleine paadjes langs een poëtische ruimte
en een klein zwart gat om ons een lift te geven.

***

ECO

Scruta la sua memoria, anima che si oppone alla gravità,
visita il sogno della luce su petali blu di lavanda,
osserva il girare delle gocce di pioggia sospese nell’aria
catturare e riflettere l’universo remoto.

Possiamo fare un salto quantico,
avanzare di un passo,
osservare il futuro tutto insieme e ritornare,
intravedere la teoria del tutto?

Ciò di cui entrambi abbiamo bisogno è qualche stringa,
dolci, misteriosi sogni algebrici,
sentieri in miniatura attreverso le poetiche dello spazio
e un piccolo buco nero per darci un passaggio.

***

ECO

Entrevia na memória o desafio à gravidade,
visita à luz dos sonhos, pétalas azuis,
a alfazema, vendo a gota girar no ar
capturando o reflexo do mundo além.

Nós podemos fazer um salto quântico,
um passo à frente.
observando o futuro juntos, que retorna,
tendo a iluminação da teoria e tudo?

O que nós precisamos hoje são as linhas,
algum suave e misterioso sonho algébrico,
pequenas vias sobre a poética do espaço
e um buraco negro ínfimo que nos leve adiante.

***

ECOU

Să explorezi a gravitației memorie, de spirit sfidătoare,
cătând după visata lumină azurie a florii de lavandă
și contemplând învolburații stropi de ploaie
să vezi cum prind și oglindesc spațiul de dincolo.

De-am izbândi să întreprindem saltul cuantic,
menitul pas departe să ne poarte,
afla-vom împreună viitorul, dar ne-am putea întoarce oare
având astfel știință de teoria întregii noastre firi?

Doar ceva corzi azi nouă ne lipsesc,
și-algebrice, din dulci visări mistere,
spre poezia spațiului, subțirile cărări
și-o neagră gaură infimă, să ne deschidă drum.

***

回 声


窥视它的记忆, 灵魂抗拒地心引力,
访光梦蓝瓣薰衣草上,
观察雨丝悬挂空气中
获并反射宇宙之外


我们能否做到突飞猛进,
向前迈一步,
一起观察未来并回归,
看一眼万物的理论?


今天我们都需要的是几根弦
一些甜蜜、神秘的代数梦想,
沿着空
间诗学和一个小黑洞
微型
通道以送我们一程
***

***

ΗΧΩ

Ψάξε μες στη μνήμη, ψυχή που αψηφεί βαρύτητα
φως που ονειρεύεται το γαλάζια πέταλα λεβάντας
πρόσεξε τις σταγόνες που στροβιλίζονται στον αέρα
κι αντανακλούν την οικουμένη συλλαμβάνοντας

θα μπορούσαμε άραγε να κάνουμε το κβαντικό άλμα
ένα βήμα προς τα μπρος
να παρατηρήσουμε το μέλλον επιστρέφοντας
μια ματιά να ρίξουμε στν θεωρία του όλου;

Αυτό που χρειαζόμαστε σημερα είναι μερικά
γλυκά μυστηριώδη μαθηματικά όνειρα
μικροσκοπικά μονοπάτια στον ποιητικό χώρο
και μια μικρή οπή να μας παρει μαζί της

(Sultan Catto)

 

Recueil: ITHACA 603
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / USA / Espagnol Rafael Carcelén / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Chinois William Zhou / Hébreu Dorit Wiseman / Grec Manolis
Aligizakis /
Editions: POINT

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Il est une pièce minuscule (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2020



    

Il est une pièce minuscule, cachée
dans la source de l’espérance
Il est un matin le rouge du soleil
la dernière couleur que j’oublierai
Il est dans le trèfle précoce ce que je
trouve très tôt sans chercher
Il est une fissure dans la terre de l’hiver
printemps obstiné, bouche d’eau

(Inger Christensen)

 

Recueil: Il pleut des étoiles dans notre lit : Cinq poètes du Grand Nord
Traduction:
Editions: Gallimard

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A un ami qui part pour le Wu (Du Xun-he)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
A un ami qui part pour le Wu

Au sud du fleuve, dans la ville de Gu-su
Les maisons, toutes, sont bordées d’eau
Près de l’ancien palais, peu de lieux délaissés
Dans le quartier du port, que de ponts minuscules…

Au marché de nuit on vend fruits et racines de lotus
Les barques de printemps transportent soies et satins
Loin de toi, sous la même lune qui veille
Je te rejoindrai dans le chant d’un pêcheur

(Du Xun-he)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Nos mots (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2020




    
Nos mots

Quand le silence hurle,
Se fait assourdissant
Que des sons minuscules
Se font cris de géants
Nos mots sont des compas,
Nous guident sur l’océan
Nos mots comme continents,
Il nous restera ça

Quand les nuages filent
Sans qu’on puisse les toucher
Dans le bleu tendres îles,
Impossible d’accoster
Nos mots sont des trois mâts
Naviguent dans ces nuées
Nos mots comme nos voiliers,
Il nous restera ça

Et quand le ciel pleure,
Se grise de sanglots
Que les sons, les couleurs
Se prennent dans les rouleaux
Nos mots à bouts de bras
Sont nos armes, nos flambeaux
Nos mots comme drapeaux,
Il nous restera ça

Quand les portes sont fermées,
Que l’on reste au-dehors
Quand on a beau frapper
De nos mains, de nos corps
Nos mots resteront là,
Gravés dans le décor
Nos mots comme trésor,
Il nous restera ça

Quand mes lèvres sont scellées,
que je ne sais que dire
Quand je ne sais que pleurer
quand je voudrais sourire
Mes mots glissent tous bas,
pour éviter le pire
Mes mots comme des soupirs,
il me restera ça

Quand on voudrait fixer
Chaque souvenir chaque nuit
Pour ne rien oublier
De chaque sensation
Les mots sont nos combats,
Les mots sont l’émotion
Nos mots comme chansons
Il nous restera ça
Il nous restera ça

(Luciole)

 

Paroliers : David Babin / Angelo Foley / Lucile Gerard

   

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L’écart de deux étoiles (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020



 

Quelques rares abeilles
mesurent l’étendue

leur feu minuscule
approfondit l’azur

immobilise le mouvement
des heures

fixe entre chaque fleur
l’écart de deux étoiles

(Jean Mambrino)

 

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