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Poésie

Posts Tagged ‘minute’

LE TEMPS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
LE TEMPS

Bête comme un moteur, bête comme un alexandrin,
le temps piétine et bouge et marche tout le temps.
Il ne peut pas rester en place, et son chemin
déroule son tricot de vers à soie bavant.

Le temps n’a pas le temps de perdre ses minutes,
ni de trouver jolies les choses ni les gens.
Il a toujours à faire, et s’il trébuche et bute
il repart tout de suite et rattrape le temps.

Mon échelle à monter aux grand’places d’aurore,
ma douce, ma songeuse, et mon seul passe-temps,
dans le chaud mélangé de notre double corps
nous n’entendons plus les gros sabots du temps.

Il n’est pourtant pas loin, bête comme un ruisseau,
il fait bouger le sang et le tic-tac du coeur,
les onze ou douze pieds de mes vers pas très beaux,
bête comme une rime qu’on saurait par coeur.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Quelque chose (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2020


Appelé mangeur de pierre
un petit ver se repaît de l’ardoise
où il se cache
de minute en minute se resserre
l’étau du temps
les bijoux remués font leur bruit
des fourmis habitent une ruine
toujours se passe
quelque chose.

(Jean Follain)

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L’HEURE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



 

L’HEURE

Rapide, aiguë et furtive,
L’aiguille sur le cadran
Perce l’heure où elle arrive
De son dard indifférent.

La rose, de ses pétales,
Compte l’instant qui se suit
En minutes inégales
Qui s’effeuillent sans un bruit.

Le temps pour toi se divise
Selon que tu l’as pensé!
Qu’il s’abrège ou s’éternise
Il deviendra ton passé.

Et, lorsqu’un jour de ta cendre
Les roses refleuriront,
Tu ne pourras plus entendre
Les aiguilles qui feront,

Sur le cadran à demeure,
Leur travail minutieux
De percer encore l’heure
Que ne verront plus tes yeux.

(Henri De Régnier)

 

 

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Tout à coup le silence a la douceur d’une chair (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Tout à coup le silence a la douceur d’une chair.
Chaque minute est ronde.
A travers les murs les plus épais j’entends ton pas.
Même si tu détournes la tête je sais tes yeux.
Sans te toucher j’ai ton visage entre les paumes.
Où tu reviens je ne cesse de naître.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration

 

 

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Jusqu’à l’aube (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Jeanie Tomanek -escapevelocity

Jusqu’à l’aube j’irai pour mordre chaque atome de mes minutes.
Chaque mot que je jette sur le papier, c’est un mot en moins dans mon crâne.
Nous et toi. Moi et nous.
On a beau tourner les boutons… Il y a moi, toi — toi, moi…
Si on mélangeait, mais bien au chaud — toi et moi — moi en toi.
Mais les mots s’insinueront dans ton crâne et tout ce qu’ils feront
c’est de lutter avec tes mots sédentaires ou de coucher avec.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Mordre dans chaque atome (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



Gurbuz Dogan Eksioglu (21) 

mordre dans chaque atome de ses minutes

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

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Se détourner du temps (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
Se détourner du temps,
déjouer le compte-gouttes de l’âge
et déchirer le suaire
des minutes répétées comme des abeilles.

Comment fouler le temps
et marcher sur lui
comme sur une plage
dont la mer s’est séchée ?

Comment sauter sur le temps
et avoir pied dans le vide
et son absence creusée ?

Comment reculer dans le temps
et raccorder le passé
à tout ce qui fuit ?

Comment trouver dans le temps l’éternité,
l’éternité faite de temps,
de temps congelé dans les gosiers les plus froids ?

Comment reconnaître le temps
et trouver le fil inconnu
qui coupe ses moments
et le divise toujours
justement au milieu ?

***

Desconocer el tiempo,
desbaratar el cuentagotas de la edad
y rasgar el sudario
de los minutos repetidos como abejas.

¿Cómo pisar en el tiempo
y caminar por el
como sobre una playa
cuyo mar se ha secado?

¿Cómo saltar en el tiempo
y hacer pie en el vacío
y su excavada ausencia?

¿Cómo retroceder en el tiempo
y empalmar el pasado
con todo lo que huye?

¿Cômo encontrar la eternidad en el tiempo,
la eternidad hecha de tiempo,
de tiempo congelado en las fauces mas frías?

Cômo reconocer el tiempo
y hallar el filo ignoto
que corta sus momentos
y siempre lo divide
justamente en el medio?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Le passage progressif destructeur (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2019



    

Le passage progressif destructeur des minutes,
minute par minute.

***

Il progressivo trascorrere distruttivo dei minuti,
minuto per minuto.

(Giuseppe Ungaretti)

 

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Le temps est tard le temps est tôt (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Le temps est tard
le temps est tôt.
Dans l’horloge les lézards
rongent les minutes en trop.

(Armand Lanoux)

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LA ROSE QUI DURE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
LA ROSE QUI DURE

… A peine le dos tourné
Que l’horloge va plus vite.
Le temps voleur en profite
Aussitôt pour me flouer
De quelque riche minute.

À peine un jour commencé
Lisse au coeur, doux au toucher
Qu’un autre invente sa chute,
Je le vois s’effilocher
Le front bas et l’oeil poché.

Et quand mes paumes retiennent
Des perles dans mes années
Je retrouve les colliers,
Tout poussiéreux et fanés
Au bout de quelques semaines.

Le haut mur de la cité
Que soutenaient mes colonnes
Quel mistral me l’a soufflé
Comme une brume d’automne ?

Adieu, jardins fugitifs,
Amours, saisons, écritures
Et musiques passagères
Qu’écrase l’ombre des ifs !

Moi, je veux la fleur sévère,
Je veux la fleur inventée.
J’invente la fleur qui dure
Et s’appelle éternité.

(Norge)

 

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