Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘mirer’

A chaque oiseau le nid est beau (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



A chaque oiseau
le nid est beau.
Entre l’oeuf et le nid
l’oiseau vit sa vie.
Pas vu pas pris
un oeuf un nid un oeuf un nid
n-i ni ça n’est jamais fini.

Les oiseaux sont mouches
mangeurs de charogne
les oiseaux sont lyres
les oiseaux sont ivrognes
les oiseaux sont ivres.
Les baisers sont des oiseaux-bouches
le ruisseau les mire.

(Armand Lanoux)


Illustration: Jean-H. Guilmette

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Le château (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018




Illustration


Le château

Un vent violent déchaîné
Agite un étang veiné
De frissons d’eau voyageuse.
L’imposant et vieux château,
Bâti sur un vert coteau,
Y mire, moyen-âgeuse
La pierre grise des tours
Que survolent les vautours.

(Jean-Baptiste Besnard)

Site de Jean-Baptiste

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ESPÉRANCE MORTE (Edmond Pilon)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



troi sreines

L’ESPÉRANCE MORTE

Sur le bord du bassin trois Reines se penchent :
Trois Reines, la Bleue et la Rouge et la Blanche :
Sur le bord du bassin de verte espérance
Trois Reines se penchent vers l’attirance
De leurs beaux visages mirés dans l’eau,
Trois Reines se penchent sur le bateau…

Trois Reines se penchent, et la première
Laisse tomber ses bagues dans le courant.

Ses bagues, ses roses, ses bagues d’argent,
Laisse tomber ses bijoux dans la rivière…
Trois Reines se penchent, la Reine Bleue
S’approche et se penche et se courbe un peu…

Trois Reines se penchent, et la seconde,
La Rouge, et puis celle aux deux mains si blondes…
Trois Reines se penchent, la Reine Rouge
Regarde l’Etoile dans l’eau qui bouge,
Laisse choir des lys, et sa sœur aux yeux bleus
Laisse choir l’éclat de ses beaux cheveux :

Au bord du bassin, trois Reines se penchent,
Trois Reines : la Rouge, et la Bleue, et la Blanche,
Trois Reines se penchent vers l’Espérance…
Mais l’Espérance est morte, et l’eau la balance,
Et les trois Reines voient sur son front qui dort
Passer les poissons roses dans les joncs d’or…

(Edmond Pilon)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE LAC (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



LE LAC

Remémore, mon coeur, devant l’onde qui fuit
De ce lac solennel, sous l’or de la vesprée,
Ce couple malheureux dont la barque éplorée
Y vint sombrer avec leur amour, une nuit.

Comme tout alentour se tourmente et sanglote !
Le vent verse les pleurs des astres aux roseaux,
Le lys s’y mire ainsi que l’azur plein d’oiseaux,
Comme pour y chercher une image qui flotte.

Mais rien n’en a surgi depuis le soir fatal
Où les amants sont morts enlaçant leurs deux vies,
Et les eaux en silence aux grêves d’or suivies
Disent qu’ils dorment bien sous leur calme cristal.

Ainsi la vie humaine est un grand lac qui dort
Plein sous le masque froid des ondes déployées,
De blonds rêves déçus, d’illusions noyées,
Où l’Espoir vainement mire ses astres d’or.

(Emile Nelligan)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

FLORENCE (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Florence 1

FLORENCE

I
Meurs, Florence, ô Judas,
Disparais dans les ténèbres séculaires !
A l’heure de l’amour, je t’oublierai,
A l’heure de la mort, je ne serai pas avec toi !

O belle, moque-toi de toi-même,
Car tu as perdu ta beauté !
Un rictus putride, un rictus de mort
A défiguré tes traits !

S’égosillent tes automobiles,
Sont hideuses tes maisons,
A la jaune poussière européenne
Pourquoi donc t’es-tu livrée !

Dans la poussière, tintent les vélocipèdes,
Là, où le saint moine fut brûlé,
Là, où Léonard a su percer les ténèbres,
Où Fra Beato un rêve bleu a rêvé !

Tu réveilles les Médicis somptueux,
Tu piétines tes propres lis,
Mais tu ne sais pas te faire renaitre,
De la poussière, de la cohue des boutiques !

Le long gémissement nasillard de la messe
Et l’odeur de cadavre des roses dans tes églises,
Tout le poids de la tristesse séculaire,
Disparais donc dans les siècles purificateurs !

IV
Les pierres surchauffées brûlent
Mon regard enfiévré.
Les iris brumeux, dans la fournaise
Semblent vouloir s’envoler.

O tristesse sans issue,
Je te connais par coeur !
Dans le ciel noir de l’Italie
Je mire mon âme noire.

(Alexandre Blok)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

NARCISSE (Ali Al-Baghdadi)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017



Illustration: Gustave Courbet
    
NARCISSE

Vois ce narcisse au parfum pénétrant
que fait se balancer
un simple souffle !

N’est-il pas à l’image de ces pucelles ivres
de leur état, et qui s’enlacent l’une l’autre,
mirant l’un dans l’autre leurs visages de soleil ?

(Ali Al-Baghdadi)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Chanson pour une amoureuse secrète (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2017



II y avait dans les feuilles
une femme qui riait
si petite qu’on pouvait en faire
une ardoise pour les toits.

Une femme pour chaque rire
si rose
pour couvrir tous les toits.

Je pouvais dans la douleur
la clouer comme un ciel
au sang, au vent
ou à l’ombre de l’arbre
ou encore à ses ailes.

Mais l’amour me surprit
dans ma haute nuit de haine
avec un oiseau mort dans les bras.
Jusqu’où chercherais-je à m’oublier ?

Il y avait une femme
au milieu de la terre,
si rongée de mystère
qu’on la prenait pour un fruit pourri.

Et les hommes la piétinaient
pour lui arracher ses rêves;
tiède jus échappé aux lèvres
que le sol à pleine bouche buvait.

Laisserai-je voguer un fruit pourri
dans sa saison de grande peine
avec ses cris de mort-né?

Il y avait une femme
aux contours de musique,
marguerite au halo d’or
confondue avec la lune.

Au réveil – en aurai-je le cœur net? –
effeuillée pour se distraire
au contact de mille doigts.
Et j’attendais son message
comme aux plus beaux jours de la vie.

Rien ne vint. Nul ne sut que j’étais ivre
de me mirer dans le lac
où l’oiseau abattu reposait.

Comment la nuit fait-elle à suivre
le mal que je nourris au secret?
Elle me livre comme un prisonnier
poings liés au désespoir.

Tant de larmes ont coulé depuis.
La nuit dévore ceux-là seuls qui tombent.

Il y avait une femme
sur le chemin pierreux du soir
qui ne voulut jamais dire son nom
mais qui s’appuyait à mon épaule et parlait d’avenir.

J’ignorais son visage.
Je ne me souviens que de ses lèvres
tant il y avait dans l’air d’étranges insectes lents
qui ressemblaient à des grains légers de riz.

Il y avait une femme qui riait sur mon épaule
et j’étais comme un arbre
emporté par un oiseau.
Je ne sais plus où je vais.
Le temps des fleurs est consommé

(Edmond Jabès)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’IMAGE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2017



 

Brenda Burke -   (1) [1280x768]

L’IMAGE

Que pour d’autres l’amour rende triste l’aurore
Du regret frissonnant d’avoir hier aimé!
Pour nous, dans l’air palpite et se répand encore
La ténébreuse odeur dont tu l’as parfumé.

N’as-tu pas vu, en nous, se lever de l’étreinte
Un dieu né de notre âme et fait de notre chair,
Et qui, debout au seuil de la maison éteinte,
En la jeune clarté sourit au matin clair?

Amour, prends aujourd’hui nos formes dans la tienne,
Prête-nous pour marcher dans l’herbe tes pieds nus
Et que, ce soir, tes pas par les nôtres reviennent
Au seuil mystérieux où nous t’aurons connu;

Et laisse-nous, durant ce jour que tu nous donnes,
Sentir en lui ton feu, ta force et ta beauté
Et mirer dans les eaux qui reflètent l’automne
L’image en un seul corps de notre double été.

(Henri De Régnier)

Illustration: Brenda Burke

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La vie (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2016




La vie est plus vaine une image
Que l’ombre sur le mur.
Pourtant l’hiéroglyphe obscur
Qu’y trace ton passage

M’enchante, et ton rire pareil
Au vif éclat des armes;
Et jusqu’à ces menteuses larmes
Qui miraient le soleil.

Mourir non plus n’est ombre vaine.
La nuit, quand tu as peur,
N’écoute pas battre ton coeur :
C’est une étrange peine.

(Paul-Jean Toulet)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La dame de l’été (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2015



yeux verts kx

La dame de l’été

Sous les yeux d’or des églantines blanches,
Les liserons grimpent autour des fougères.
La fleur des ronces met des petites croix blanches
Dans la haie d’où surgissent les fougères.

L’herbe des prés ondule en vagues blondes,
Qui vont mourir sous les pas du faucheur,
Il y a dans l’herbe des ailes bleues, des ailes blondes,
Et la grande aile noire de la faux du faucheur.

Alors j’ai vu, assise près d’une source,
Cueillant des joncs pour lier ses cheveux,
Une femme aux yeux clairs comme une source,
Qui me permit de baiser ses cheveux.

Et je fus plein d’amour pour les yeux verts
De la dame de l’été qui vient sourire
Au bord des sentiers, au fond des bois verts,
Et mirer dans les sources son beau sourire.

(Remy de Gourmont)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :