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Poésie

Posts Tagged ‘miroir’

MIROIR (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021



Illustration: Christiane Rabasse
    
MIROIR

L’évidence du blanc est aussi obscène
que l’été littoral de l’adolescence.
La chaux coagulée dans les bassins attire
les mouches que le soir n’effraie pas.
Avec un manche à balai, je les repousse
vers le fond, encore vivantes, et je les vois
disparaître dans la matière immaculée. Parfois,
lors de ces fins de journée, le vent se lève,
agite les branches des amandiers où
les fruits commencent à sécher; ici et là, les
feuilles voltigent. L’eau de la chaux acquiert
une transparence inattendue, et
un visage surgit dans son miroir : toi,
que le temps a emportée il y a longtemps, tu me regardes,
de nouveau, comme si tu n’avais jamais
cessé de le faire.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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JE CONTINUE (Jean-pierre Schlunegger)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2021



Illustration: Flo DS
    
JE CONTINUE

L’air bleu fraîchit, les visages s’effacent
Au fin grésil. Mes pas brouillent leurs traces.
Tu regardes longtemps ton papier et tes mains
L’enfant que tu étais : moins qu’un rêve.
Alouette au miroir. Tu n’as pas faim.

Le marchand de tabac. Le quartier qui s’allume.
Hier j’ai passé ici, j’y passerai demain
Ô ma forme qui fuis en avant, qui m’échappes,
Tu te penches de plus en plus. Tout s’éteint.

(Jean-pierre Schlunegger)

 

Recueil: Je est un autre Anthologie des plus beaux poèmes sur l’étranger en soi
Traduction:
Editions: Seghers

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DES CUISSES, DES CHEVEUX (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2021



Illustration: Pascal Renoux
    
DES CUISSES, DES CHEVEUX, cette femme est plongeuse
Plus lente que nature
Elle est enfouie comme une rose sous les verdeurs de la mer.

Elle fait pour moi un sourire extasié
Elle m’adresse des baisers faux et anormaux
Elle nage entre mes animaux les poissons miroirs
Elle a des mouvements aériens des jambes.

Elle suce, elle embrasse, elle épuise et remue.
Quand je suis entièrement brisé elle s’envole
Torrent de bulles bleues
Elle crache mes plus précieux souvenirs.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Les Noces suivi de Sueur de Sang
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je suis un voyageur en noir (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2021



Je suis un voyageur en noir.
Qui voudrait suivre mes empreintes?
Qui voudrait m’entendre et savoir?
Bateau de deuil, bateau de plaintes,
Je suis un voyageur en noir.

Je suis un navire en détresse
Sous l’offense du mauvais sort.
Ma cargaison n’est que tristesse,
Ah! ne montez pas à mon bord,
Je suis un navire en détresse.

Je suis un voyageur en noir.
Toute saison m’est étrangère.
Un souvenir veut me revoir,
Ma pensée est sa messagère,
Je suis un voyageur en noir.

Enfants, beaux oiseaux demoiselles,
Citadelles d’enlacements,
Dites, la parole peut-elle,
Peut-elle égarer le tourment?
Enfants, beaux oiseaux demoiselles,

Peut-elle égarer le malheur,
Lui faire quitter son ouvrage,
Le changer en saule pleureur
Drapant une chambre d’ombrage?
Peut-elle égarer le malheur?

Mes mains sont herbier de caresses.
Herbes d’amour, fleurs de mes soins
Ne sont plus qu’ombre et sécheresse
En ma paume et bruissant au loin.
Mes mains sont herbier de caresses.

Notre lit était un pays,
Une île, une gorge bien creuse,
La plaine où nous avons cueilli
Des fleurs du nom d’aventureuses.
Notre lit était leur pays.

Jeunes filles battant des ailes,
Premiers rayons, premier oubli.
Dites, la parole peut-elle
Plier le drap de l’ancien lit ?
Jeunes filles battant des ailes,

Peut-elle égarer le chagrin,
Le changer en rose des vents marins,
Soit en forêt, soit en prairie ?
Peut-elle égarer le chagrin ?

Si vous montez du puits des larmes,
Enfants, vous venez de mon coeur.
Vous êtes, peut-être, en vos charmes
Ma morte libre de mes pleurs?
Si vous montez du puits des larmes

Vais-je m’arrêter à jamais
Auprès de vous, mes patineuses ?
Comme vous, celle que j’aimais
Etait en étant nombreuse.
Vais-je m’arrêter à jamais

Pour votre chaleur à ma hanche,
Pour goûter à votre pâleur
Et pour vos doux bras de peau blanche ?
Ne serais-je plus voyageur
Pour votre chaleur à ma hanche?

Sous quelque auvent, guettant mon pas,
Un petit garçon me supplie,
Il crie :  » Oh! ne t’attarde pas,
Ma mère croit que tu l’oublies
Sous quelque auvent, guettant un pas  »

Femme, mon ange fiancée,
Nous marierons nos souvenirs.
Cultive un jardin de pensées
Je viendrai bientôt les cueillir.
Femme, mon ange fiancée,

Regarde aux miroirs du trépas,
Rougissante des nuits prochaines,
Ta lèvre où mon baiser soupa.
Attend la fin de ma semaine,
Regarde aux miroirs du trépas.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Max Mitenkov

 

 

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Berceuse pour le dieu de la guerre (Souad Labbize)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2021




    
Berceuse pour le dieu de la guerre (Extrait)

Certaines nuits Allah
dans Son sommeil
parle l’arabe dialectal
de choses surprenantes dans une
bouche divine les imams
refusent que Ses mots soient
ajoutés à Son journal D’autres
nuits nous L’entendons marcher
sur talons aiguilles nous
devinons au bruit du plafond
qu’Il se déguise devant un miroir
pour descendre faire un tour
dans les rues de Bab el-Oued

(Souad Labbize)

 

Recueil: Voix Vives de méditerranée en méditerranée Anthologie Sète 2019
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Viens ! – une flûte invisible (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2021




Illustration: Massart    

    
Viens ! – une flûte invisible

Viens ! – une flûte invisible
Soupire dans les vergers. –
La chanson la plus paisible
Est la chanson des bergers.

Le vent ride, sous l’yeuse,
Le sombre miroir des eaux. –
La chanson la plus joyeuse
Est la chanson des oiseaux.

Que nul soin ne te tourmente.
Aimons-nous! aimons toujours ! –
La chanson la plus charmante
Est la chanson des amours.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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PASSAGE (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2021



Illustration: Ho Huai-sho
    
Poem in French, Dutch, Spanish, English, Italian, German, Romanian, Greek, Chinese, Japanese, Farsi, Serbian

Poem of the Week Ithaca 664 « CROSSING »
Germain Droogenbroodt, Belgium/Spain

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

PASSAGE

L’hiver répand sa froidure
cingle avec la grêle et le vent du nord
d’un décembre glacé
les branches dégarnies des arbres

blafarde et sans couleur
est suspendue à la cloison de la nuit
la lune miroir du temps

œil fatigué
entre l’argenterie négligée des étoiles

monnaie d’échange pour le passage
d’une année vers la suivante.

(Germain Droogenbroodt)

***
Avec mes meilleurs voeux pour la nouvelle année
Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache et … Christian alias Arbrealettres

***

Met mijn wensen voor een nieuw en gelukkig jaar
Germain Droogenbroodt

OVERTOCHT

De winter draagt zijn koude uit
geselt met hagelslag en noordenwind
van een verijsd december
het kaalgetak der bomen

vaal en uitgebleekt
hangt aan de wand van de nacht
de tijdspiegel maan

vermoeid oog
tussen het verwaarloosd zilverwerk
der sterren:

pasmunt voor de overtocht
van jaar tot jaar

Germain Droogenbroodt

***

Feliz Año Nuevo
Germain Droogenbroodt & Rafael Carcelén

PASO

El invierno predica su frío
fustiga con pedrisco y viento nórdico
del glacial diciembre
las ramas desnudas de los árboles

pálida y desteñida
cuelga como espejo del tiempo
en la pared de la noche, la luna

ojo cansado
entre la descuidada plata
de las estrellas:

calderilla para el paso
de año a año

Translation into Spanish by Rafael Carcelén

***
Wishing you a Happy New Year
Germain Droogenbroodt & Stanley H. Barkan

CROSSING

Winter carries out its cold,
lashes with hail and northerly wind
the bare branches
of a frosty December.
Pale and bleached,

hangs the moon on the dome of the night
a mirror of time, tired eye,
between the neglected silverware
of the stars:

Change for the crossing
from year to year.

Translation into English by Stanley H. Barkan

***

Un augurio per un felice anno nuovo
Germain Droogenbroodt & Luca Benassi

PASSAGGIO

L’inverno porta il suo freddo,
flagella con la grandine e il vento del nord
le braccia nude
di un gelido dicembre.

Pallida e slavata,
come uno specchio del tempo alla volta della notte
è appesa la luna,

occhio stanco,
tra l’argenteria dimenticata
delle stelle:

Cambio per il passaggio
di anno in anno.

Translation into Italian by Luca Benassi

***

Mit unseren besten Wünschen für ein glückliches
Neues Jahr
Germain Droogenbroodt & Wolfgang Klinck

ÜBERFAHRT

Der Winter breitet seine Kälte aus
geißelt mit Hagelschlag und Nordwind
des eisigen Dezember
das kahle Geäst der Bäume

fahl und ausgebleicht
hängt an der Wand der Nacht
der Mond, Spiegel der Zeit
müden Auges
zwischen dem verwahrlosten Silber
der Sterne:

Kleingeld für die Überfahrt
vom einen zum anderen Jahr.
Translation into German by Wolfgang Klinck

***

Cu cele mai calde urări de An Nou fericit
Germain Droogenbroodt & Gabriela Căluțiu Sonnenberg

TRAVERSARE

Iarna își așterne frigul
biciuind crivăț și piatră
și decembrie înghețat
se strecoară printre ramuri

luna palidă, albită
agățată în zidul nopții
pare oglinda unui timp
licărind din ochi sleiți
de argint abandonat
printre aștri:

creițari de dat arvună
pentru o trecere de an.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translation into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

Wishing you a Happy New Year
Germain Droogenbroodt & Manolis Aligizakis

ΑΛΛΑΓΗ

Ο χειμώνας φέρνει κρύο,
χιόνια και το χαλάζι βοριά
στα γυμνά κλαδιά
του παγωμένου Δεκέμβρη

Ωχρό κι άχρωμο
κρέμεται το φεγγάρι
απ’ της νύχτας τον τρούλο
καθρέφτης του χρόνου
με κουρασμένο μάτι που φέρνει
ανάμεσα στα παρατημένα μαχαιροπήρουνα
των αστεριών

την αλλαγή από χρόνο
σε χρόνο

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translation into Greek by Manolis Aligizakis

***

Wishing you a Happy New Year
Germain Droogenbroodt, William Zhou, Anna Keiko
祝你新年快乐!
杰曼·卓根布鲁特和斯坦利·巴坎

十字路口

冬天带来它的寒冷,
用冰雹和北风鞭挞
一个霜寒十二月的
光秃秃的树枝。

苍白和褪色,
月亮挂在夜的苍穹上
时间之镜,疲惫之眼,
在被忽视的星星的
银器间:

十字路口的转变
一年又一年。

原 作:比利时 杰曼·卓根布鲁特
汉 译:中 国 周道模2020-12-31

Translation into Chinese by William Zhou

***
謹賀新年
ジャーマン・ドローゲンブロート & スタンリー・H・バラカン
Wishing you a Happy New Year
Germain Droogenbroodt & Manabu Kitawaki

交差路

冬は寒さを運び出し
あられや北風とともに
凍った12月の枯れ枝に叩きつける

月は淡く青ざめて
夜の天蓋にかかる
それは忘れられた星々の銀器のあいだの
時の鏡
つかれた眼

年から年へ
渡るために
変化するのだ

ジャーマン・ドローゲンブロート
Translation into Japanese by Manabu Kitawaki

***

***

கடந்துவெற்றிகொள்!+

குளிர்காலம் தனது குளிர் தனது
ஆலங்கட்டி மழையோடும், வடக்குக் காற்றோடும்
சுாட்டையடி தருகிறது!
டிசம்பர் மாத பனிக்கிளைகளையுடன்!
வெளுத்தும், வெளிறிய மங்கலோடும்
இரவின் கவிகை மாடத்தில் நிலவை, சந்திரனை
நிற்க வைக்கிறது! அமரச் செய்கிறது!
காலத்தின் கண்ணாடி, களைப்படைந்த கண்ணாய்
புறக்கணிக்கப்பட்ட வெள்ளிச் சாமான்கள் போன்ற
விண்மீன்களுக்கும் மிடையே!
கடந்து வெற்றிகொள்ள
ஒவ்வொரு ஆண்டும்!!

Translation into Tamil by N V Subbaraman,

***

СРЕТНА НОВА ГОДИНА
Germain Droogenbroodt

ПРЕЛАЗ

Зима дише хладноћу,
шиба ледом и северним ветром
голе гране
леденог децембра.

Пребледео
виси месец на своду ноћи
огледало времена, уморно око,
између запуштеног сребрног сјаја
звезда:
Промена је за прелаз
из године у годину.

С енглеског превела С.Пиксиадес
Translation into Serbian by S. Piksiades

(Germain Droogenbroodt)

Recueil: ITHACA 664
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

FRIENDS ITHACA
Holland: https://boekenplan.nl
Poland: http://www.poetrybridges.com.pl
France: https://arbrealettres.wordpress.com
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Romania: http://www.logossiagape.ro; http://la-gamba.net/ro; http://climate.literare.ro; http://www.curteadelaarges.ro.; https://cetatealuibucur.wordpress.com
Spain: https://www.point-editions.com; https://www.luzcultural.com
India: https://nvsr.wordpress.com; https://ourpoetryarchive.blogspot.com>
USA-Romania: http://www.iwj-magazine.com/journal02

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Je me rappelle fort bien une autre jeune fille (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2020



    

Je me rappelle fort bien une autre jeune fille
[…]
Mais il me paraît si invraisemblable
que j’aie pu être cette petite Resi
et que je serai un jour une vieille femme.
[…]
Comment ces choses-là arrivent-elles ?
Comment le bon Dieu peut-Il faire cela ?
Alors que moi, je reste toujours la même.
Et s’il faut qu’il agisse ainsi, pourquoi me laisse-t-Il le voir en spectatrice,
avec une aussi nette perception ? Pourquoi ne me le cache-t-Il pas ?
Tout cela est mystérieux, si profondément mystérieux
[…]
Je suis d’une humeur où je ressens très fortement
la fragilité de toutes les choses de ce monde.
Je sens jusqu’au fond du coeur, que l’on ne doit rien garder,
que l’on ne peut rien saisir, que tout nous coule entre les doigts,
que tout ce que nous cherchons à prendre se dissout,
que tout s’évanouit comme une vapeur ou un rêve.
[…]
Le temps, c’est une chose étrange.
Tant qu’on se laisse vivre, il ne signifie absolument rien du tout.
Et puis, brusquement,
on n’est plus conscient de rien d’autre.
Il est tout autour de nous. Il est même en nous.
Il ruisselle sur nos visages, il ruisselle sur le miroir,
il coule entre mes tempes.
Et, entre toi et moi,
il coule encore, sans bruit, comme un sablier.
Oh, Quinquin ! Parfois, je l’entends qui coule— irrémédiablement.
Parfois, je me lève, au milieu de la nuit
et j’arrête toutes les pendules, toutes.

(Hugo von Hofmannsthal)

    

Recueil: Le chevalier à la rose
Traduction:
Editions:

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Regarde aux miroirs du trépas (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



Regarde aux miroirs du trépas
Rougissante des nuits prochaines,
Ta lèvre où mon baiser soupa,
Attends la fin de ma semaine,
Regarde aux miroirs du trépas.

Femme, mon ange fiancée,
Nous marierons nos souvenirs.
Cultive un jardin de pensées
Qu’ensemble nous allons cueillir.
Femme, mon ange fiancée.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Paul Delvaux

 

 

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Le chat et le miroir (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    
Le chat et le miroir

Philosophes hardis, qui passez votre vie
À vouloir expliquer ce qu’on n’explique pas,
Daignez écouter, je vous prie,
Ce trait du plus sage des chats.
Sur une table de toilette
Ce chat aperçut un miroir ;
Il y saute, regarde, et d’abord pense voir
Un de ses frères qui le guette.
Notre chat veut le joindre, il se trouve arrêté.
Surpris, il juge alors la glace transparente,
Et passe de l’autre côté,
Ne trouve rien, revient, et le chat se présente.
Il réfléchit un peu : de peur que l’animal,
Tandis qu’il fait le tour, ne sorte,
Sur le haut du miroir il se met à cheval,
Deux pattes par ici, deux par là ; de la sorte
Partout il pourra le saisir.
Alors, croyant bien le tenir,
Doucement vers la glace il incline la tête,
Aperçoit une oreille, et puis deux… à l’instant,
À droite, à gauche il va jetant
Sa griffe qu’il tient toute prête :
Mais il perd l’équilibre, il tombe et n’a rien pris.
Alors, sans davantage attendre,
Sans chercher plus longtemps ce qu’il ne peut
Comprendre,
Il laisse le miroir et retourne aux souris :
Que m’importe, dit-il, de percer ce mystère ?
Une chose que notre esprit,
Après un long travail, n’entend ni ne saisit,
Ne nous est jamais nécessaire.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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