Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘miroiter’

L’INSTANT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




L’INSTANT

Jamais, jamais plus
Cet instant, jamais
Ces lentes rides
A travers l’eau lisse,
Et jamais plus ces
Nuages blancs et gris
Dans le ciel cristallin vif
Bleu comme le cri du sterne,
Strident parmi l’air léger,
Salé par l’océan,
Adouci par les fleurs.

Ici coïncident
Les longues histoires
Des formes récurrentes
Qui se touchent en un point
Et se quittent dans l’instant,
Les vagues rapides
Du vent et de l’eau,
Le rythme plus lent
De l’usure des roches,
De l’enfoncement des terres.

Dans les lacs fertiles
Le cycle de vie
Des algues brunes
Entrecroise
Les fréquences
Des divers coquillages
Chacun avec son arc
Sa spirale singulière
Filée à partir d’un point
En ton et demi-ton
D’une octave formelle.

Ici viennent planer
Les mouettes blanches
Qui lentement tournent
Au-dessus des îles
OEillets de mer et herbe salée,
Eider et fou de Bassan,
Courlis et cormoran,
Chacun a son mode .
Personnel d’extase
Nouée dans le dessin,
Le courant incessant
De l’espèce perpétuelle,
Répétée, renouvelée
Par le vouloir de la joie
Dans des oeufs mis à l’abri
De corniches escarpées.

Le soleil qui se lève
Sur une terre, se couche
Sur une autre.
Rapidement les fleurs
Croissent et se flétrissent,
Le grand iris jaune
Déploie sa corolle
Quand les primevères se fanent,
Les volutes des fougères
Se déroulent, les moucherons
Dansent le temps d’une heure
Dans l’air du soir,
La phalène brune émerge
De sa chrysalide
Et les os de l’alouette
Tombent épars dans l’herbe.

Le soleil qui s’est levé
De la mer ce matin
Ne reviendra jamais,
Car la lumière diffuse
Qui fait briller les feuilles
Et miroite sur l’eau
Poursuivra cette nuit
Son très long voyage
Hors de l’univers.
Jamais plus ce soleil,
Ce monde, jamais plus
Cet unique témoin.

***

THE MOMENT

Never, never again
This moment, never
These slow ripples
Across smooth water,
Never again these
Clouds white and grey
In sky sharp crystalline
Blue as the tern’s cry
Shrill in light air
Salt from the ocean,
Sweet from flowers.

Here coincide
The long histories
Of forms recurrent
That meet at a point
And part in a moment,
The rapid waves
Of wind and water
And slower rhythm
Of rock weathering
And land sinking.

In teeming pools
The life cycle
Of brown weed
Is intersecting
The frequencies
Of diverse shells
Each with its variant
Arc or spiral
Spun from a point
In tone and semitone
Of formal octave.

Here come soaring
White gulls
Leisurely wheeling
In air over islands
Sea pinks and salt grass,
Gannet and eider,
Curlew and cormorant
Each a differing
Pattern of ecstasy
Recurring at nodes
In an on-flowing current,
The perpetual species,
Repeated, renewed
By the will of joy
In eggs lodged safe
On perilous ledges.

The sun that rises
Upon one earth
Sets on another.
Swiftly the flowers
Are waxing and waning,
The tall yellow iris
Unfolds its corolla
As primroses wither,
Scrolls of fern
Unroll and midges
Dance for an hour
In the evening air,
The brown moth
From its pupa emerges
And the lark’s bones
Fall apart in the grass.

The sun that rose
From the sea this morning
Will never return,
For the broadcast light
That brightens the leaves
And glances on water
Will travel tonight
On its long journey
Out of the universe,
Never this sun,
This world, and never
Again this watcher.

(Kathleen Raine)

Illustration: Andrew Judd

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le serpent qui danse (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Le serpent qui danse

Que j’aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s’éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.

Tes yeux où rien ne se révèle
De doux ni d’amer,
Sont deux bijoux froids où se mêlent
L’or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
Belle d’abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d’un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d’enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s’allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l’eau.

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l’eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de bohème,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon cœur !

(Charles Baudelaire)

Illustration: Isadora Duncan

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Ô, Sire, est-ce là le chemin ? (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



temple de Kom Ombo

Les murs ne tombent pas
[42]

Ô, Sire, est-ce là le chemin ?
dans la laîche, dans l’herbe des dunes,

silencieusement
les patins des traîneaux passent.

Ô, Sire, est-ce là la terre gaste ?
incroyablement,

le sable miroite comme la glace,
froid, froid ;

attiré vers la porte du temple, ô, Sire,
est-ce enfin l’union ?

***

O, Sire, is this the path?
over sedge, over dune-grass,

silently
sledge-runners pass.

O, Sire, is this the waste?
unbelievably,

sand glistens like ice,
cold, cold;

drawn to the temple-gate, O, Sire,
is this union at last?

(Hilda Doolittle)

 Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LUMIÈRE DE SCALPAY (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2018



 

sunset over loch carron

LUMIÈRE DE SCALPAY

Voici le sommet de la contemplation, et
nul art ne saurait l’atteindre
bleu, si bleu, le lointain archipel, et
la mer qui miroite, miroite
nul art ne saurait l’atteindre, l’esprit ne peut
que tenter de s’y accorder
de s’apaiser, de s’espacer, tenter
de s’ouvrir, tranquille, au-delà du monde
révélé lui-même en terre de diamant,
dans la lumière au-delà des mots

*

A HIGH BLUE DAY ON SCALPAY

This is the summit of contemp la tion, and
no art can touch it
blue, so blue, the far-out archipelago, and
the sea shimmering, shimmering
no art can touch it, the mind can only
try to become attuned to it
to become quiet, and space itself out, to
become open and still, unworlded
knowing itself in the diamond country, in
the ultimate unlettered light

(Kenneth White)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XIX) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Illustration: Carole Cousseau
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XIX)

Le soleil reste sur ta bouche
à la place où miroite encore un baiser.
Ton visage lui appartient mais il me le rend
pour des nuits plus longues que ma vie.

Ton corps pour lequel je m’éveille
s’éclaire plus vite que le jour
parce que le soleil surgit à toutes les places
où il y a des cailloux à pétrir.

Les forêts se dénudent pour lui
dans le secret de leurs clairières
mais c’est sur ta gorge
qu’il fait pousser ses plus beaux fruits.

La terre lui présente une à une
ses vallées les plus riches,
mais c’est sur ton ventre qu’il s’arrête,
simple bouquet de flammes.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES MAINS (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



LES MAINS

Elle est assise au bord des saisons
Et fait miroiter ses mains comme des rayons.

Elle est étrange
Et regarde ses mains que colorent les jours.

Les jours sur ses mains
L’occupent et la captivent.

Elle ne les referme jamais.
Et les tend toujours.

Les signes du monde
Sont gravés à même ses doigts.

Tant de chiffres profonds
L’accablent de bagues massives et travaillées.

D’elle pour nous
Nul d’accueil et d’amour

Sans cette offrande impitoyable
Des mains de douleurs parées
Ouvertes au soleil.

(Anne Hébert)

Illustration: Chantal Mainguy

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans l’étendue (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Dans l’étendue
plus rien que des montagnes miroitantes

Plus rien que d’ardents regards
qui se croisent

Merles et ramiers

(Philippe Jaccottet)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chansons (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2018




    
Chansons

I
qu’il est jeune le fleuve il dévale
et porte des bateaux joyeux
fleuve bateau belles images
miroitantes je pleure
heureux malheureux
de voir le printemps passer
je suis sur la montagne les printemps passent

un arc-en-ciel permanent brille
dans les vallées les prés le fleuve
tu es la barque et le cantique
ton image flotte au ciel
mais fleuve et bateau passent leur chemin

2
je pense à toi tu disperses
la tristesse
qu’il est frais de promener
mes regards dans ton jardin

des oiseaux merveilleux
y paissent
des anges des cantiques
traversent lentement le ciel

où vont tous les nuages
à l’azur splendide
aucun ne revient
et je reste seul

***

Lieder

I
Frischt eilt der helle Strom hinunter.
Drauf ziehn viel bunte Schifflein munter,
Und Strom und Schiff und bunte Scheine,
Sie fragen aile : was ich weine ?
Mir ist so wohl, mir ist so weh,
Wie ich den Frühling fahren seh.

Viel Lenze sitz ich schon da oben,
Ein Regenbogen steht im Land erhoben
Und durch die Täler, Wiesen, Wogen
Still, wie ein ferres Lied, gezogen,
Schifft immerfort dein himmlisch Bild —
Doch Strom und Schiff nie stille hielt.

2
Denk ich dein, muß bald verwehen
Alle Trübnis weit und breit,
Und die frischen Blicke gehen
Wie in einen Garten weit.

Wunderbare Vögel wider
Wei den dort auf grüner Au,
Einsam Engel, alte Lieder
Ziehen durch den Himmel blau.

Wolken, Ströme, Schiffe, aile
Segeln in die Pracht hinein —
Keines kehrt zurück von allen,
Und ich stehe so allein.

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SÉRÉNADE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2018




    
SÉRÉNADE
(Hommage à Lope de Vega.)

Sur les bords de la rivière
voyez la nuit qui se baigne
et sur les seins de Lolita
meurent d’amour les bouquets.

Meurent d’amour les bouquets.

La nuit nue chante à voix basse
sur les ponts du mois de mars.
Lolita au bain se pare
dans l’eau saline et le nard.

Meurent d’amour les bouquets.

La nuit d’anis et d’argent
luit sur les toits de la ville.
Argent des eaux miroitantes.
Anis de tes cuisses blanches.

Meurent d’amour les bouquets.

(Federico Garcia Lorca)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le mineur opiniâtre du vide (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2018



Illustration: Gilbert Garcin
    
Le mineur opiniâtre
du vide
exploite
sa mine féconde
le possible brut
y miroite
emmêlé à sa roche blanche

(Jean Cocteau)

 

Recueil: Le Cap de Bonne-Espérance suivi de Discours du Grand Sommeil
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :